Covid-19 : hausse marquée de l'épargne, quelle analyse de la Banque de France ?

L'’épargne des ménages est en forte hausse depuis la crise sanitaire du Covid-19. Une analyse de la Banque de France distingue les effets mécaniques liés aux restrictions pendant le confinement et les causes plus psychologiques liées à un réflexe de prudence des ménages.

Couple assis sur un canapé en train de calculer ses dépenses et ses capacités d'épargne.
Une grande partie de la hausse de l’épargne s’explique par une "épargne forcée". © Andrey Popov - stock-adobe.com

27%, c’est le taux d’épargne des ménages enregistré au deuxième trimestre 2020 selon les statistiques communiquées dans le Bloc-notes Éco de la Banque de France publié le 3 mars 2021.

Cela représente près de trois fois le montant épargné en 2019 (33 milliards d’euros au second semestre 2019 contre 110 milliards d’euros épargnés au premier semestre 2020) selon la note de conjoncture de l'Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) du 6 octobre 2020.

Distinction entre épargne forcée et épargne de précaution

Une grande partie de la hausse de l’épargne s’explique par une épargne forcée du fait des restrictions administratives dans certains secteurs économiques (restauration, activités de loisir, tourisme) pendant la première période de confinement. Néanmoins, elle est due aussi à une réaction de prudence des ménages face aux incertitudes économiques et financières.

La Banque de France analyse plus en profondeur ces motifs de précaution qui pourraient freiner une dynamique de reprise économique. Les analystes se basent sur un modèle de projection économique qui inclut différents indicateurs (variation du taux de chômage, niveau d’indice de tension financières, intentions d’achats des ménages de l’INSEE) afin d'étudier l’impact de la conjoncture sur le niveau d’épargne et le niveau de la consommation des ménages.

Il ressort que l’incertitude économique et financière a pesé pour un quart dans la baisse de la croissance de la consommation durant la période de confinement. Les variations du taux de chômage ont influé négativement sur la consommation des ménages (-1,3 point) mais ils ont été transitoires, selon la Banque de France, puisque les intentions d’achat des ménages ont retrouvé en juin leur niveau d’avant la crise. 

Le taux de chômage, facteur déterminant

Les perspectives d’emploi sont un facteur déterminant dans l’aptitude des ménages à consommer ou à épargner. Au-delà de l’impact immédiat d’une situation de chômage sur le revenu disponible d’un ménage, l’étude observe les comportements d’épargne en anticipation d’une dégradation du marché de l’emploi. 

Dans l’hypothèse d’une hausse du taux de chômage de deux points, sur un rythme régulier jusqu’à 2023, la propension des ménages à accumuler de l’épargne reste élevée (+0,2 point de pourcentage du taux d’épargne, soit trois milliards d’euros par an).

Dans le contexte actuel de crise sanitaire, une plus grande incertitude sur l’emploi se traduirait par un renforcement des motifs de précaution et une progression de l’épargne, conclut l’étude. En revanche les freins à la consommation des ménages pourraient être levés dans l’hypothèse d’une dissipation de la crise sanitaire.