Génocide rwandais : le rapport Duclert pointe les responsabilités de la France

Une commission d'historiens dirigée par Vincent Duclert a remis, le 26 mars 2021, un rapport sur le rôle de la France dans le génocide des Tutsi au Rwanda en avril 1994. Ce rapport pointe des "responsabilités accablantes" pour la France mais souligne l'absence de complicité de génocide.

Uniforme de militaire français en mission.
Les conclusions de ce rapport insistent notamment sur la question de la responsabilité politique, intellectuelle, éthique, cognitive et morale de la France dans l’impossibilité à éviter un génocide. © Bumble Dee - stock.adobe.com

La journée du 7 avril 1994 au Rwanda a marqué le début du génocide de plus de 800 000 personnes (majoritairement des Tutsi).

À la demande du chef de l'État, Emmanuel Macron, une commission d'historiens a examiné l'implication militaire et politique de la France au Rwanda de 1990 à 1994.

Ce rapport sur la France, le Rwanda et le génocide des Tutsi analyse le degré de responsabilité de Paris dans la politique d’extermination menée par le gouvernement rwandais au pouvoir en avril 1994.

La responsabilité de la France

Le rapport pointe la responsabilité politique et militaire de la France à plusieurs niveaux :

  • un aveuglement continu dans le soutien au "régime raciste, corrompu et violent" au pouvoir au Rwanda durant cette période ;
  • une lecture ethniciste alignée sur celle du pouvoir rwandais en place et héritée d’un schéma colonial ;
  • un isolement de la France sur le plan international ;
  • au plan des institutions, un fonctionnement rendant difficile toute vision critique dans la chaine de prise de décisions (rôle de l'État-major particulier et de la cellule Afrique à la présidence de la République). 

Chronologie du conflit rwandais de 1990 à 1994

20 juin 1990 : discours du chef de l’État, François Mitterrand, à La Baule rappelant le soutien de la France aux pays africains qui oeuvrent à la démocratisation de leur régime ; début de l’engagement de la France au Rwanda.

4 août 1993 : signature des accords d’Arusha en Tanzanie qui prévoient à terme un système politique pluraliste au Rwanda.

14 décembre 1993 : départ des troupes françaises pour laisser la place aux casques bleus de l'ONU.

6 avril 1994 : assassinat des présidents rwandais et burundais dans un attentat.

7 avril 1994 : début du génocide rwandais.

9 avril 1994 : évacuation des ressortissants français.

16 mai 1994 : le ministre français des affaires étrangères reconnaît publiquement le génocide.

22 juin 1994 : intervention militaire française soutenue par le Conseil de sécurité de l’ONU à travers l’opération Turquoise.

4 juillet 1994 : prise de Kigali par le FPR (parti d’opposition).

Un travail d'historiens

Les membres de la commission ont mené un travail d’analyse durant cinq ans grâce notamment à l’accès à des archives dont certaines étaient jusque-là classées secret-défense (archives présidentielles).

Les membres de la commission ont répondu à trois missions assignées par le président de la République :

  • poser un regard critique d'historien sur les sources consultées ;
  • analyser le rôle et l'engagement de la France au Rwanda de 1990 à 1994 ;
  • contribuer au renouvellement des analyses historiques sur  les causes du génocide des Tutsi.

Les conclusions de ce rapport insistent notamment sur :

  • le rôle effectif de la France au Rwanda au vu des archives ;
  • la question de la responsabilité politique, intellectuelle, éthique, cognitive et morale de la France dans l’impossibilité à éviter un génocide.