Crise sanitaire : quelles évolutions de la pauvreté et de l'exclusion sociale ?

Le CNLE a rendu un premier rapport sur l'évolution de la pauvreté pendant la crise sanitaire du Covid-19. Il met en évidence le caractère multidimensionnel de la pauvreté, la crise ayant provoqué une aggravation des situations de pauvreté ainsi que l’exposition de nouveaux publics à la pauvreté.

Jeune garçon, sacs de courses au bout des bras, regardant une vitrine de téléviseurs...
La diversité des facteurs aggravants la précarité peut renvoyer à la pauvreté monétaire comme à la détresse psychologique ou l’exclusion sociale. © Brilliant Eye - stock.adobe.com

Le rapport de suivi de la pauvreté dans le cadre de la crise sanitaire a été remis au Premier ministre le 12 mai 2021 par le Conseil national des politiques de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale (CNLE). Composé de 65 membres (chercheurs, parlementaires, représentants d’association…), le Conseil assiste le gouvernement dans la lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale.

La crise sanitaire : révélateur d’une pauvreté démultipliée

Entre 2020 et 2021, la crise sanitaire a significativement aggravé des situations de pauvreté préexistantes, tout en poussant des individus vers la précarité. Dans ses conclusions, le CNLE identifie particulièrement plusieurs points de fracture sur lesquels peuvent se cristalliser les difficultés :

  • la crise a conduit à une diminution et parfois à des ruptures d’activité prolongées, notamment pour les travailleurs indépendants, intérimaires ou en contrat à durée déterminée ;
  • la hausse du nombre des bénéficiaires d’aide alimentaire traduit le fait qu’une partie grandissante de la population a du mal à se nourrir ;
  • les inégalités en matière de conditions de logement sont de plus en plus fortes ;
  • la crise sanitaire rend plus difficile l’accès aux services publics et aux droits sociaux ;
  • elle révèle des inégalités sociales de santé, en particulier dans l’accès aux soins et l’équipement des territoires ;
  • la crise et les confinements renforcent le sentiment de perte de repères et d’exclusion ;
  • les jeunes se perçoivent majoritairement comme une jeunesse sacrifiée ;
  • les situations de violences conjugales ou intrafamiliales ont pu être exacerbées par les conditions de logement.

Transferts sociaux et associations

La diversité des facteurs aggravants évoqués illustre le caractère multidimensionnel de la pauvreté en France. Selon les situations, la précarité peut renvoyer à la pauvreté monétaire comme à la détresse psychologique ou l’exclusion sociale. 

Les transferts sociaux n'ont pas réussi à protéger de nombreux ménages de la pauvreté, voire de la grande pauvreté. En revanche, le chômage partiel a permis, dans l’ensemble, à ses bénéficiaires de maintenir leur niveau de revenu. Mais les jeunes chômeurs non indemnisés, non éligibles au RSA et de nombreux couples monoactifs avec enfants sont dans une situation alarmante.

Le premier confinement, par la contraction de l'activité économique qu'il a provoquée, a eu de lourds effets : +45% de personnes aidées au Secours populaire. Les associations ont alerté sur la situation des sans-abri et sur celle des  personnes dépendantes d’aides se retrouvant devant des guichets fermés et sans accès aux services numériques. Elles ont également alerté sur la réapparition de la faim. Comme lors de la crise des années 1980 qui avait vu l'apparition des "nouveaux pauvres", les associations ont vu venir des publics inattendus, "des jeunes de 30 ans avec bac +5 qui venaient de monter leur entreprise, des étudiants en médecine, des commerciaux et même une avocate".

Le nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté risque d’augmenter fortement en 2021, sans que l'on puisse estimer l'ampleur de cette évolution. À cet effet, le CNLE proposera d’ici l’automne un dispositif de baromètre trimestriel pour suivre les effets de la crise sur les populations les plus précaires.