Patrimoine culturel immatériel : les pistes du Sénat pour mieux le valoriser

Gastronomie, parfums de Grasse, horlogerie du Jura, fest-noz en Bretagne, équitation de tradition française... Des spécialités françaises renommées sont inscrites sur les listes du patrimoine culturel immatériel de l'Unesco. Un rapport d’information du Sénat du 19 mai 2021 préconise de développer la sauvegarde de ce patrimoine.

Un voltigeur équestre s'entraîne à l'École nationale Cadre noir, à Saumur, dans le Maine-et-Loire (49).
L'Unesco a inscrit en 2011 l'équitation de tradition française au patrimoine culturel immatériel de l'Humanité, dont le Cadre noir de Saumur (Maine-et-Loire), l'École nationale d'équitation. © Anne-Christine Poujoulat/AFP

Peu connu du public, le patrimoine culturel immatériel (PCI) permet de valoriser des pratiques et savoirs "vivants". Selon la Convention de l’Unesco du 17 octobre 2003, ratifiée par la France en 2006, il concerne essentiellement :

  • les traditions et expressions orales y compris les langues (contes, légendes...) ;
  • les pratiques sociales, rituels, événements festifs (fêtes, carnavals, processions...) ;
  • les savoirs et pratiques relevant des arts du spectacle (musique, danse, théâtre) ;
  • les savoir-faire artisanaux (tapisserie d'Aubusson, dentelle au point d'Alençon, compagnonnage...) ;
  • les connaissances et les pratiques en lien avec la nature et l’univers.

La Commission de la culture, de l’éducation et de la communication du Sénat dresse un état des lieux de la situation dans un rapport d'information sur le patrimoine culturel immatériel. Les sénatrices Catherine Dumas et Marie-Pierre Monier qui ont rédigé ce rapport émettent 25 propositions pour mieux faire connaitre cette diversité culturelle.

Un rôle clé pour le développement des territoires

Le patrimoine culturel immatériel est "un enjeu important pour contribuer à la cohésion et au développement des territoires" note le rapport du Sénat. Il permet aussi de "préserver la diversité culturelle et faciliter l’exercice des droits culturels".

Mais, avant d'être inscrit à l'Unesco, un élément du PCI doit suivre un parcours complexe : être identifié (associations culturelles, créateurs des savoirs, par exemple) puis intégré à l'inventaire national. Il peut alors prétendre à une candidature à une inscription sur les listes de l'Unesco au patrimoine culturel immatériel.

Six critères d'éligibilité

Pour être éligible au PCI, les pratiques culturelles doivent être :

  • vivantes, non figées et constamment recréées par les communautés ;
  • transmises de génération en génération ;
  • propices au développement durable ;
  • conformes aux instruments internationaux sur les droits de l’homme ;
  • favorables à la diversité culturelle, au dialogue et au respect mutuel ;
  • étrangères à toute notion de conflit, de guerre ou de violence, entre êtres humains et entre êtres humains et animaux.

Les sénatrices soulignent le rôle incontournable des élus locaux pour faire connaître et protéger le patrimoine local. Elles regrettent cependant le manque de sensibilisation des élus et une faible implication de l’État, véritables freins à la sauvegarde des richesses culturelles des territoires. L'étude pointe par ailleurs de fortes disparités territoriales dans ce domaine.

Toutefois, l'inscription sur les listes de l'Unesco ne doit pas se résumer à une course à un label, rappellent les rapporteurs. Pour l’Unesco, l'inscription constitue plutôt "un moyen d’inciter à la définition et à la mise en œuvre de mesures de sauvegarde du PCI".

Mieux valoriser le patrimoine

Pour favoriser la promotion du patrimoine culturel immatériel, le Sénat préconise notamment de mettre en place :

  • un référent sur le patrimoine culturel immatériel dans chaque direction régionale des affaires culturelles (Drac) ;
  • un véritable suivi des mesures de sauvegarde pour les éléments reconnus par l’Unesco ou par l’inventaire national ;
  • un inventaire national plus attractif (faciliter sa consultation par le public, permettre aux citoyens de suggérer une inscription, par exemple) ;
  • une formation des élus avec un guide sur l'essentiel à savoir pour la valorisation du PCI ;
  • des études sur l’impact de la valorisation de ces éléments patrimoniaux ;
  • les Journées du patrimoine culturel immatériel chaque année.