Inondations fréquentes : un problème d'ampleur croissante

Avec le dérèglement climatique, le phénomène des inondations fréquentes va s'accentuer. Si le Sud-Est de la France connaît des épisodes fréquents et importants (voire catastrophiques), les inondations sont moins des phénomènes brutaux que des contraintes imposant un aménagement du territoire spécifique.

Panneau jaune posé au sol indiquant que la route est barrée pour cause d'inondation.
Le dispositif "catastrophes naturelles" déresponsabilise les différents acteurs et tend à éluder le fait que les causes des crues ne sont pas seulement naturelles. © David Bise - stock.adobe.com

Les inondations fréquentes sont un "sujet d'actualité et d'avenir" selon le Conseil général de l'environnement et du développement durable (CGEDD).

Dans le rapport sur l'adaptation des territoires aux inondations fréquentes d'avril 2021, le CGEDD identifie les aspects du problème et la capacité des différents territoires à y répondre. Des recommandations sont faites afin de faire face à ce phénomène à l'ampleur croissante.

Un problème d'avenir, des outils existants mais sous-utilisés

Le rapport traite des zones à inondations fréquentes (ZIF), quelle que soit l'ampleur des dommages causés. Le problème et les zones sont identifiés mais les acteurs publics locaux appréhendent mal ou de façon incomplète cette thématique.

La notion d'aléa permet de caractériser les crues fréquentes : c'est "un événement provoquant les premiers dommages conséquents, commençant à un temps de retour de dix ans et dans la limite d'une période de retour de l'ordre de trente ans". Toutefois, cette définition ne prend pas en compte :

  • le ressenti des habitants selon la fréquence des inondations ;
  • l'impact économique ;
  • le montant cumulé des dommages ;
  • la perception et l'enjeu de politique locale comme nationale.

En plus du dérèglement climatique, le rapport identifie d'autres causes aggravant le phénomène, entre autres par le ruissellement :

  • évolutions rapides en termes d'occupation et d'usage des terres ;
  • imperméabilisation croissante des sols ;
  • évolution des cultures ou des forêts ;
  • développement d'une urbanisation en coteaux.

Le rapport souligne que l'identification des ZIF est à parfaire, entre autres parce que les acteurs publics locaux en ont une définition floue.

Par ailleurs, les guides techniques ou méthodologiques existants et les organismes en recherche, développement et accompagnement ne sont pas toujours connus et maîtrisés par les acteurs opérationnels.

Enfin, le dispositif de catastrophes naturelles déresponsabilise les différents acteurs et tend à éluder le fait que les causes des crues ne sont pas seulement naturelles. La "culture du risque", entre "perte de mémoire et négation", est incomplète. L'anticipation face à l'augmentation de la fréquence et de l'intensité des inondations est insuffisante.

Quelles réponses apporter ?

Le rapport préconise d'aménager les territoires sans attendre la crise pour réagir. Selon le rapport, trois éléments majeurs sont nécessaires :

  • un portage politique afin de donner une impulsion et une gouvernance plus en prévention qu'en réaction ;
  • l'association de tous les acteurs (collectivités territoriales, établissements publics fonciers, conseils d'architecture, d'urbanisme et d'environnement, comités de quartier, assureurs mais aussi population, etc.) ;
  • un accompagnement de l'État.

Le rapport fait huit recommandations répondant aux trois axes majeurs de progrès relevés :

  • identifier et caractériser les ZIF tant grâce aux données qu'en anticipation, afin d'établir un degré de priorité du sujet (cela favoriserait une stratégie globale et des portages politiques) ;
  • améliorer l'accompagnement des acteurs locaux par un accès facilité aux données et à une expertise (synergie des différents acteurs) ;
  • perfectionner la responsabilisation des acteurs sur la base d'un mécanisme public-privé de solidarité nationale (mobilisation des particuliers et des filières bâtiments et normes, évolution de l'indemnisation en cas de sinistres répétés en fonction des mesures de réduction de vulnérabilité engagées, assurance de 20 ans sur les dommages risques majeurs aux ouvrages à souscrire par les différents acteurs en ZIF).