Conflits de valeurs au travail : six actifs sur dix concernés

Pénibilité, manque de moyens, désaccord éthique… Six actifs sur dix sont exposés à des conflits de valeurs au travail. C’est ce que révèle une enquête de la Dares sur les conditions de travail que confirment les chiffres de l’assurance maladie. Mais quelles sont les catégories professionnelles concernées et quel est son impact sur la santé ?

Deux soignantes accroupies dans un couloir d'hôpital partageant leur désarroi.
Les actifs en emploi sont 61% à se dire exposés à des conflits de valeurs et parmi eux plus d’un tiers vivent un conflit éthique important, pouvant mettre en danger leur santé physique ou mentale. © H Ko - stock.adobe.com

"Ensemble des conflits qui portent sur des choses auxquelles les travailleurs octroient de la valeur : conflits éthiques, qualité empêchée, sentiment d’inutilité du travail, atteinte à l’image du métier".

Parmi les facteurs de risques psychosociaux au travail, c’est ainsi que se définit la notion de conflits de valeurs au travail dans l’analyse de la Direction de l'animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares) publiée en mai 2021.

Cette analyse est issue de l'enquête menée sur les conditions de travail et les risques psychosociaux (RPS) réalisée en 2016 par la Dares.

Six profils de conflits de valeurs identifiés

L’enquête distingue six profils d’exposition aux conflits de valeurs parmi les actifs en emploi :

Les actifs en contrat précaire sont la catégorie qui déclare le moins souvent être exposée à des conflits de valeurs malgré des situations possibles de désaccord personnel ou de sacrifice de la qualité de travail.

Néanmoins, 61% des actifs en emploi se disent exposés à des conflits de valeurs et parmi eux plus d’un tiers vivent un conflit éthique important, pouvant mettre en danger leur santé physique ou mentale. Si les conditions matérielles de travail sont peu mises en cause pour ces derniers, une large majorité (83%) dit "ne pas pouvoir faire du bon travail, sacrifier la qualité". Parmi les causes possibles, l'enquête évoque :

  • un rythme et une quantité de travail excessifs ;
  • des tâches à forte pénibilité physique ;
  • un emploi mal payé ;
  • des agressions verbales subies de la part du public.

Parmi les actifs surexposés aux conflits de valeurs, ces derniers estiment en grande partie :

  • être souvent amenés à faire des choses qu’ils désapprouvent (96% des cas) ;
  • mentir à des clients, des patients, des usagers, des collègues (71%) ;
  • prendre des risques pour leur santé mentale ou physique ou pour celles des usagers, des clients, des patients ou des collègues.

Ces situations concernent globalement plus souvent les emplois en contact avec le public comme les professions de santé, l’enseignement, la sécurité publique mais aussi les employés des banques et des assurances ou les cadres de la fonction publique.

Incidences sur la santé physique et mentale

Les salariés les plus exposés aux conflits de valeurs et à leur cumul déclarent plus fréquemment une santé physique et mentale dégradée.

Comme les auteurs de l’enquête le rappellent, ces situations de conflits de valeurs, sources de souffrance, peuvent conduire à des cas extrêmes de suicide.

47% des actifs qui sont victimes d'une surexposition aux conflits de valeurs déclarent une santé altérée même si les chiffres sont plus faibles pour ceux qui ont la fierté d’un "travail utile et bien fait".

Le risque de déclarer un bien-être réduit est 2,3 fois supérieur pour un individu dont le travail manque de sens et de qualité.

Ces situations peuvent également engendrer des troubles du sommeil (risque entre 1,4 fois et 1,6 fois plus élevé) et provoquer des symptômes dépressifs (16% dans le cas de conflits portant sur le sens et la qualité du travail et jusqu’à 26% dans le cas de surexpositions aux conflits de valeurs).