Enseigner les mathématiques : comment rendre le métier plus attractif ?

Le niveau des élèves français en mathématiques ne cesse de chuter et le recrutement d’enseignants de cette discipline devient de plus en plus difficile. Un rapport du Sénat juge indispensable de renforcer l’attractivité de la profession d'enseignant.

Élève de dos demandant la parole à son professeur de mathématiques.
Près de six élèves sur dix en CM2 avaient un niveau insuffisant en mathématiques et, par voie de conséquence, un sur quatre était en difficulté dans cette matière en 6e. © erika8213 - stock.adobe.com

Un rapport sur l’attractivité du métier d’enseignant en mathématiques publié en juin 2021 dresse un état des lieux alarmant de l’enseignement de cette matière en France. Le document avance notamment des pistes pour revaloriser le métier d’enseignant.

Une baisse continue du niveau

Les performances des élèves français se dégradent dans toutes les disciplines, particulièrement en mathématiques. En 2019, le rapport relève des données préoccupantes :

  • seuls 46% des élèves en début de CE1 avaient un niveau satisfaisant en résolution de problèmes ;
  • près de six élèves sur dix en CM2 avaient un niveau insuffisant en mathématiques ;
  • un sur quatre était en difficulté dans cette matière en 6e.

Les élèves ont perdu l’équivalent d’une année scolaire en mathématiques entre 1987 et 2017.

Selon l'étude internationale TIMSS, les compétences scientifiques des élèves de CM1 sont bien inférieures à la moyenne de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et à la moyenne européenne. En France, seuls 2% des élèves parviennent au niveau avancé en mathématiques, contre 11% dans l’OCDE et jusqu’à 50% à Singapour, Taïwan et en Corée du Sud.

Un recrutement d’enseignants plus complexe

Le métier d’enseignant est devenu moins attractif, en particulier dans les matières scientifiques. Le taux de couverture (c’est-à-dire le rapport du nombre d’admis au nombre de postes) aux concours de professeurs de mathématiques a avoisiné 100% jusqu’en 2010 puis a chuté jusqu'à :

  • 58,6% au certificat d’aptitude au professorat de l’enseignement du second degré (Capes) externe en 2014 ;
  • 65,1% à l’agrégation externe en 2016.

Depuis, les taux remontent lentement.

Beaucoup de postes restent non pourvus à l’issue des concours, faute de candidats. Sur les 1 165 postes ouverts au Capes externe en 2020, 12% n’ont pas été pourvus. La même année, plus de la moitié des candidats présents à toutes les épreuves du Capes externe ont été admis. Les jurys soulignent le faible niveau des candidats et abaissent parfois le seuil d’admissibilité.

Le nombre insuffisant de candidats s’explique par un déficit d’étudiants en mathématiques. De plus, ils ont un niveau plus bas que ceux qui s’orientent vers les études de santé, les classes préparatoires ou les écoles d’ingénieurs.

L’éducation nationale recourt à des professeurs de mathématiques ayant un statut de  contractuels : leur part a progressé de 2,8% en 2011 à plus de 9% en 2017 et décroît depuis. Mais, ce recrutement ne garantit pas l’homogénéité du niveau des enseignants.

Valoriser le métier

Le rapport préconise ainsi de revaloriser la rémunération des enseignants, surtout en début de carrière. Elle est très inférieure à la moyenne européenne et aux salaires du privé. Les professeurs allemands sont payés deux fois plus en début de carrière et les enseignants espagnols près d’un tiers de plus que les professeurs français ;

D'après le rapport, il s'agit aussi de renforcer la formation initiale des professeurs des écoles et la formation continue des enseignants du second degré. Le plan mathématiques, mis en œuvre de 2019 à 2023 sur la base d’un rapport, vise à transformer les méthodes d’enseignement et à remédier aux carences de la formation continue. La plupart de ses mesures sont des succès. Le déploiement du plan doit s’accompagner des moyens financiers adéquats en mettant fin à la sous-consommation récurrente des crédits dédiés à la formation continue des enseignants.