Covid-19 : un taux de pauvreté 2020 stable selon l'Insee

En 2020, les inégalités de niveau de vie et le taux de pauvreté monétaire seraient restés stables, selon les estimations de l’Insee. Les dispositifs exceptionnels déployés pour lutter contre les effets de la crise sanitaire auraient permis de maintenir le taux de pauvreté en France à 14,6% de la population.

File d'attente de personnes dans une rue à Paris pour une distribution de nourriture.
Selon l'Insee, il est toutefois possible que la crise sanitaire ait eu un effet plus marqué sur les personnes les plus fragiles. © Stéphane de Sakutin/AFP

Comme tous les ans, l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) a publié, le 3 novembre 2021, une estimation avancée du taux de pauvreté et des inégalités de niveau de vie en 2020 en France.

En 2020, année marquée par la crise sanitaire et le recul de l'activité économique, 9,3 millions de personnes seraient en situation de pauvreté monétaire, soit 14,6% de la population. Un chiffre stable par rapport à 2019. Les principaux indicateurs d'inégalités de revenus resteraient également inchangés.

L'Insee publiera ses résultats définitifs courant 2022, sur la base de données fiscales et sociales.

Des mesures exceptionnelles ont atténué l’impact de la crise

Cette stabilité du taux de pauvreté et des inégalités de vie en 2020 s’expliquerait par les mesures exceptionnelles mises en place par le gouvernement. Le dispositif d’activité partielle, qui a concerné au total 8,5 millions de personnes, a permis de limiter les destructions d’emplois et de compenser partiellement ou totalement les pertes de salaire des personnes ayant subi une réduction de leur activité durant la crise du Covid-19.

Toutefois, l’activité partielle a surtout soutenu les employés, les ouvriers et les professions intermédiaires. Les personnes les plus modestes ont moins bénéficié du dispositif car elles occupent souvent des emplois précaires avec de faibles durées d’emploi dans l’année. De même, les aides accordées aux travailleurs indépendants ont permis de couvrir 90% de leurs pertes de revenus d’activité engendrées par la crise sanitaire.

Mais ce sont surtout les aides en direction des ménages modestes qui ont contribué à diminuer les inégalités et la pauvreté monétaire. Au total, 2,2 milliards d'euros ont été versés et 80% de ce montant a été dirigé vers les 30% des personnes les plus pauvres pour un montant annuel moyen de 150 euros par personne.

Sans ces dispositifs exceptionnels, les inégalités et la pauvreté auraient augmenté de 0,6 point entre 2019 et 2020 estime l'Insee.

Un panorama contrasté des inégalités et de la pauvreté

D'après l’Insee, ces indicateurs monétaires ne suffisent cependant pas à rendre compte de toutes les situations de pauvreté en France. En effet, cette étude repose sur les revenus déclarés à l’administration fiscale par les ménages de France métropolitaine. Elle exclut donc les étudiants, les travailleurs non déclarés, les sans-abri, les personnes vivant en communauté (foyers, établissements médicosociaux, résidences universitaires…) ou dans les départements d'outre-mer.

Ainsi, il est possible que la crise sanitaire ait eu un effet plus marqué sur les personnes les plus fragiles, comme le suggère la hausse du volume des denrées alimentaires distribuées par les associations en 2020 et l’augmentation des demandes d’aide spécifique ponctuelle pour les étudiants.

D'ailleurs, selon une étude du Crédoc (Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie) sur la pauvreté et l'exclusion sociale publiée en novembre 2021, le sentiment de pauvreté a progressé en France de 9 points, passant de 8% à 17% entre 2014 et 2018. Et, environ un Français sur dix a le sentiment d’être en situation de pauvreté en 2019.