Hôpital : des conditions de travail de plus en plus difficiles

L’exposition des salariés à diverses contraintes et à des risques psychosociaux s’intensifie à l’hôpital. Elle y reste plus élevée que dans les autres secteurs d’activité. Il s’ensuit une détérioration des conditions de travail qui affecte surtout les agents d’entretien, les aides-soignants, les infirmiers et les sages-femmes.

Personnel soignant assis dans un couloir d'hôpital.
Le personnel hospitalier se plaint de plus en plus de tensions avec l’encadrement (34%) ou les collègues (33%), de conflits de valeur (49%) et surtout des faibles rémunérations (57%). © sudok1 - stock.adobe.com

Une étude publiée par la direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) met en évidence une dégradation des conditions de travail à l’hôpital entre 2003 et 2019, et analyse cette évolution.

Des contraintes de plus en plus lourdes

Le personnel hospitalier est exposé à :

  • des horaires atypiques ;
  • une charge et un rythme de travail intenses. En 2019, 57% des salariés du secteur jugent leur quantité de travail excessive, contre 53% en 2013 et 40% pour l’ensemble des salariés sur la période 2013-2019. Plus de 60% des salariés hospitaliers doivent se dépêcher pour effectuer leur travail (contre environ 45% de l’ensemble des salariés), et 78% sont souvent interrompus pour des tâches non prévues ;
  • des exigences émotionnelles. La plupart des salariés du secteur travaillent au contact de personnes en situation de détresse. 39% disent devoir cacher leurs émotions (contre 32% en 2016), surtout les infirmiers et sages-femmes, les agents d’entretien, les aides-soignants et de plus en plus de médecins. Même en dehors de leur travail, ils sont 46% à y penser, principalement les médecins (74% contre 50% pour leurs homologues hors hôpital), les infirmiers et les sages-femmes ;
  • des contraintes physiques : station debout prolongée, déplacements fréquents à pied, portage d’objets lourds, mouvements douloureux ou fatigants. Elles touchent surtout les aides-soignants, les agents d’entretien et les infirmiers.

Des insatisfactions grandissantes

Certains aspects du travail à l’hôpital sont positifs ou évoluent favorablement :

  • l’autonomie au travail, plus limitée en secteur hospitalier qu’ailleurs, a progressé entre 2016 et 2019 ;
  • 92% des salariés peuvent compter sur l’aide de leurs collègues pour réaliser des tâches délicates (contre 82% de l’ensemble des salariés) et 63% sur l’aide de leur hiérarchie (66% pour tous les salariés) ;
  • la plupart ont le sentiment d’effectuer un travail utile. Seuls 16% ont l’impression inverse (c’était le cas de 13% d’entre eux en 2013 et de 11% en 2016), soit moins que l’ensemble des salariés (31% en 2019).

Mais le personnel se plaint de plus en plus :

  • de tensions avec l’encadrement ou les collègues. En 2019, 34% font état de tensions avec leur hiérarchie (31% en 2016), contre 24% de l’ensemble des salariés (27% en 2013). 33% rapportent des tensions avec leurs collègues (29% en 2016). Les tensions avec les collègues sont plus répandues dans les hôpitaux publics, contrairement aux tensions avec les supérieurs ;
  • de conflits de valeur. En 2019, 49% des salariés du secteur, en particulier des infirmiers et des sages-femmes, déclarent recevoir des injonctions contradictoires (41% pour l’ensemble des salariés). Certains doivent même faire des choses qu’ils désapprouvent ;
  • d’un manque de moyens matériels et humains ;
  • d’une moindre reconnaissance du travail. Le sentiment de reconnaissance recule notamment chez les infirmiers, les sages-femmes et les aides-soignants ;
  • des faibles rémunérations. 57% des salariés du secteur partagent ce sentiment (ils étaient 50% en 2013) contre 36% de l’ensemble des salariés ;
  • de changements d’organisation mal préparés (30% en 2019, 19% pour l’ensemble des salariés), un sentiment plus fréquent dans les établissements publics.

Vu les contraintes et les risques psychosociaux auxquels ils sont exposés, de nombreux salariés hospitaliers doutent de leur capacité à exercer leur métier jusqu’à la fin de leur carrière.