Covid-19 : les Français de plus en plus touchés par la solitude

Confinements, couvre-feux, fermeture des lieux publics, distanciation sociale… Les restrictions sanitaires mises en place pour lutter contre la Covid-19 ont aggravé le sentiment de solitude des Français, en particulier des plus jeunes. Selon une étude du Crédoc, un quart de la population serait complètement isolé socialement en janvier 2021.

Personne seule à sa fenêtre.
Alors que l’isolement touchait plutôt les personnes en situation de fragilité, le phénomène concerne désormais aussi les jeunes. En janvier 2021, 21% des 15-30 ans se sont dits en situation d’isolement. © Luis Robayo/AFP

Le baromètre des Solitudes 2021 réalisé pour la Fondation de France par le Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Crédoc) montre que l'épidémie de Covid-19 a eu un fort impact sur la fréquence et la qualité des liens sociaux.

En janvier 2021, 24% de la population âgée de 15 ans et plus est en situation d’isolement relationnel et n'a plus aucun lien avec son entourage ou de très rares échanges. Ce taux a augmenté de 10 points en un an.

Par ailleurs, 30% des personnes interrogées déclarent n’avoir plus qu’un seul réseau de sociabilité (familial, amical, professionnel, associatif ou de voisinage). Les résultats de cette étude ne prennent pas en compte les relations au sein du foyer (entre conjoints, enfants, autres personnes vivant au domicile).

Un fort sentiment de solitude chez les jeunes

En 2020, la majorité de la population (66%) déclare avoir espacé les visites en famille depuis la crise sanitaire et 18% d'entre eux ont constaté que les liens avec leurs proches s'étaient détériorés.

Une faible partie de la population (5%) déclare avoir vu les membres de leur famille plus souvent qu'avant la crise, notamment pour apporter un soutien matériel ou psychologique, et la moitié a constaté une amélioration de la qualité des liens.

Certaines catégories de personnes ont été plus touchées par la dégradation des liens avec leur entourage. C'est le cas notamment des personnes au foyer, des faibles revenus, des non-diplômés, des ouvriers et des foyers monoparentaux.

Alors que l’isolement touchait plutôt les personnes en situation de fragilité, le phénomène concerne désormais aussi les jeunes. En janvier 2021, 21% des 15-30 ans se sont dits en situation d’isolement (+9 points en un an) et seuls 46% d’entre eux ont conservé des contacts réguliers avec leurs proches, leur famille ou leurs amis.

Les jeunes, qui ont d'ordinaire une forte sociabilité, ont été privés de lieux de rencontres avec la fermeture des bars, l'arrêt des concerts ou encore des festivals, ce qui a renforcé chez eux le sentiment de solitude. Ainsi, 33% des 15-30 ans témoignent d'un sentiment de solitude et un jeune sur deux dit se sentir abandonné, exclu ou inutile (54% contre 35% à l’échelle de la population générale).

L’émergence d’une nouvelle forme d’isolement numérique

Les outils numériques ont permis de compenser le manque d'échanges directs. Un tiers des Français ont intensifié leurs échanges vocaux et la même proportion déclarent avoir été plus souvent en contact avec leurs proches par visioconférence qu’avant la crise. Mais pour une nette majorité, les échanges numériques ne sont qu'une solution temporaire et ne valent pas les interactions sociales "de visu".

Selon l'étude du Crédoc, cette transformation des liens sociaux a également engendré une nouvelle forme d'isolement numérique pour les personnes moins attirées par les nouvelles technologies ou peu convaincues de l'intérêt de ce type d'échanges en ligne.