Méditerranée : le retour des stratégies de puissance

Conflits anciens et non résolus, espaces maritimes contestés, affirmation de puissances régionales, réarmement généralisé, renforcement de compétiteurs stratégiques mondiaux... La Méditerranée est le théâtre de tensions de plus en plus vives dans un contexte de découverte d'importantes ressources énergétiques.

Navire de guerre en haute mer, vu du ciel.
La Méditerranée est le cadre d'un réarmement naval mondial sans équivalent dans l'histoire récente. © aerial-drone - stock.adobe.com

Entre Europe, Asie et Afrique, la mer Méditerranée relie 22 États qui regroupent 520 millions d'habitants.

Le 17 février 2022, la Commission de la défense nationale et des forces armées a remis à l'Assemblée nationale un rapport sur les enjeux de défense en Méditerranée. Les auteurs font le bilan d'un "espace crisogène" : États de la rive sud en proie à des tensions, territoires disputés, ressources gazières au cœur de différends frontaliers…

Un réarmement généralisé

La Méditerranée est le cadre d'un réarmement naval mondial sans équivalent dans l'histoire récente. Il concerne l'ensemble des puissances de la zone et des bâtiments de surface ou sous-marins. Les drones sont devenus incontournables pour des "puissances intermédiaires".

Ce réarmement est révélateur de tensions :

  • conflit gelé au Sahara occidental (entre Algérie et Maroc) ;
  • livraison d'armes par la Turquie à la Libye malgré l'embargo de l'Organisation des nations unies (ONU) et présence navale permanente au large de Chypre ;
  • renforcement des moyens russes ;
  • émergence d'une présence chinoise économique mais qui menace de se militariser.

L'Algérie procède ainsi à une modernisation massive de son armée depuis 2006. Le Maroc s'est engagé pour sa part dans une course aux armements (budget de défense en augmentation de 29% en 2021).

La Turquie renforce son autonomie stratégique (production d'armement domestique) et ses capacités navales.

La Russie a réinvesti la Méditerranée en créant en 2013 une force opérationnelle : une quinzaine de bâtiments de combat équipés de missiles. Son intervention en Syrie en 2015 lui a permis de disposer de points d'appui, avec le port de Tartous et la base aérienne de Lattaquié.

Une présence occidentale en retrait

Alors que des groupes aéronavals américains étaient encore présents en permanence en Méditerranée il y a quelques années, ils ne sont plus que "de passage", à destination du détroit d'Ormuz. Dès la présidence de Barack Obama, la politique de sécurité américaine s'est réorientée vers l'espace indopacifique. Les États-Unis continuent toutefois d'avoir des intérêts structurels en Méditerranée, avec des unités de la VIe flotte, et des bases en Espagne, en Italie et en Grèce.

L'Organisation du traité de l'Atlantique nord (Otan) est "à la recherche d'une stratégie" en Méditerranée, envers les pays du Sud entre autres. Elle s'appuie sur un réseau d'infrastructures militaires qui lui permet de conserver "une supériorité écrasante en Méditerranée". Toutefois, l'opération Sea Guardian, destinée à renforcer les capacités des alliés, a révélé des tensions (incident de la frégate Courbet entre la France et la Turquie en juin 2020, absence de réaction de l'Otan).

Le rapport souligne que l'Union européenne est un acteur trop peu présent en Méditerranée. L'opération Irini, lancée le 31 mars 2020, constitue à ce jour la seule opération prioritaire, destinée à faire respecter l'embargo de l'ONU sur les armes à destination de la Libye. Cependant, la mission est limitée dans les capacités affectées et son mandat opérationnel (refus systématique de toute inspection par la Turquie).