Outre-mer : un enjeu de la stratégie maritime nationale

La Délégation sénatoriale aux outre-mer consacre une étude approfondie à la stratégie maritime en outre-mer alors que se profile la stratégie maritime nationale 2023-2029. Le rapport revient sur le bilan décevant de la politique pour la mer et le littoral de 2017 et met en avant le potentiel des territoires ultramarins de la France.

Baie du Marin, archipel Crozet.  Il constitue l'un des cinq districts des Terres australes et antarctiques françaises (TAAF).
Le rapport propose notamment de prévoir la livraison d’un patrouilleur supplémentaire pour chacune des forces d'outre-mer et de fournir des drones de surface pour sillonner la zone économique exclusive (ZEE). © Benoît Vallas - CC-BY-SA

La France compte 22 860 km de frontières maritimes avec 30 États, soit plus que tout autre pays dans le monde. Avec près de 11 millions de km², la France dispose du deuxième espace maritime mondial derrière les États-Unis. Les espaces maritimes ultramarins représentent la quasi-totalité de cet espace, soit 97% de l’espace maritime français.

 

Compte tenu des potentialités encore inexploitées des zones maritimes ultramarines, le rapport sur les outre-mer déposé le 24 février 2022 formule 40 recommandations pour : 

  • replacer les outre-mer au cœur de la stratégie maritime nationale ;
  • consolider la souveraineté maritime et crédibiliser les ambitions françaises ;
  • faire de la prochaine stratégie maritime 2023-2029 le moteur de la transition économique en outre-mer.

Au coeur de la stratégie maritime nationale

Les auteurs du rapport préconisent d'organiser au Parlement un grand débat préalable à l’élaboration de la stratégie maritime nationale (2023-2029). Les élus locaux de l’outre-mer pourraient être associés à la construction de cette stratégie.

Les propositions des rapporteurs s’inscrivent aussi dans une volonté de renforcer la sécurité et la surveillance des vastes zones maritimes et sous-marines. Les outre-mer doivent devenir la priorité de l’actualisation de la loi de programmation militaire (LPM) 2019-2025 (livraison de patrouilleurs supplémentaires pour chacune des forces d'outre-mer et mise en service de drones de surface pour sillonner la ZEE, zone économique exclusive).

Le rapport recommande également :

  • de placer les questions maritimes au cœur de la stratégie de l'Union européenne pour les régions ultrapériphériques (RUP) ;
  • de mener une étude GPEC (gestion pour l’emploi et les compétences) par territoire afin de mieux orienter les jeunes vers les métiers de la mer ou de mieux les sensibiliser aux enjeux de l’économie bleue.

Insérer les outre-mer dans l'économie mondiale

Le rapport constate que, dans un contexte international où les échanges maritimes et la maîtrise des mers deviennent un enjeu économique prioritaire, les territoires ultramarins devraient faire l’objet d’une insertion accrue dans l’économie mondiale.

Cela passe par une modernisation des installations portuaires. L’évolution vers le statut de grand port maritime (GPM) a permis de clarifier la gouvernance portuaire à la Réunion, en Guadeloupe, à la Martinique et en Guyane. Mais cette évolution pourrait être approfondie par la création de hubs maritimes régionaux capables d’absorber l'explosion du trafic international de conteneurs, qui devrait tripler d’ici à 2035.

Le développement des secteurs traditionnels de la pêche ne doit pas être mis de côté. En dépit de ressources halieutiques importantes dans les ZEE ultramarines, les productions restent insuffisantes pour répondre à la demande locale. Cela s’explique entre autres par le vieillissement de la profession et par la dégradation des conditions de travail, qui conduisent à une forte perte d'attractivité.

Plus globalement, le rapport envisage d’accroître l’importance des activités maritimes en outre-mer, qui représentent seulement 3,5% du tissu entrepreneurial marchand (8 800 entreprises) et 2,4% de l’emploi marchand (12 500 emplois).