Pôles : la stratégie polaire de la France jusqu'en 2030

Les deux régions polaires, l'Arctique et l’Antarctique, ne sont plus considérées comme des confins. Situées à près de 20 000 kilomètres l’une de l’autre, elles sont à présent des "avant-postes" de la planète comme le souligne la première stratégie polaire que la France vient d'adopter récemment.

La station historique française Dumont d'Urville, en Antarctique.
Cette stratégie polaire implique notamment de rénover les deux stations du pôle Sud où la France est présente (Dumont-d'Urville et Concordia). © CC-BY-SA

Olivier Poivre d'Arvor, ambassadeur chargé des pôles et des affaires maritimes, a présenté, le 5 avril 2022, la stratégie polaire de la France à horizon 2030.

Cette stratégie s'inscrit dans la coopération avec les États membres de l’Union européenne et "les autres pays qui partagent notre volonté de faire des pôles un espace de concorde et de progrès", avait déjà affirmé le Premier ministre Jean Castex en juin 2021.

Les mondes polaires

Cette stratégie couvre aussi bien l’Arctique que l’Antarctique.

Au pôle Nord, l’Arctique correspond à l’océan glacial arctique.

Au pôle Sud, l’Antarctique est un continent de 14 millions de kilomètres carrés.

La recherche scientifique au cœur de l’engagement de la France

Cette stratégie polaire :

  • plaide en faveur d'un accroissement spécial du budget pour augmenter l'effectif des chercheurs de l'Institut polaire français qui sont affectés sur les pôles en faisant passer les effectifs de 320 à 500, d'ici à 2030.
  • prévoit de "tripler les moyens financiers" accordés par les pouvoirs publics à la recherche et à la logistique en Arctique. 90% des financements français consacrés aux mondes polaires vont, à l'heure actuelle, à l'Antarctique.
  • engage le gouvernement à installer une nouvelle base scientifique au Groenland, à rénover deux stations antarctiques (Dumont-d'Urville, pour environ 60 millions d'euros d'ici à 2030 et Concordia, pour 30 millions d'euros partagés avec l'Italie) et, éventuellement, à construire un nouveau navire océanographique pouvant naviguer dans ces zones froides (pour 35 millions d'euros).

Les enjeux climatiques

L’Antarctique est un "changeur de jeu climatique majeur". Selon le dernier rapport du Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (GIEC), la banquise continuera durablement à fondre, une prévision qui pourrait conduire dans trois siècles à une élévation globale de quatre mètres du niveau de la mer.

Pour sa part, l'océan austral est la principale pompe à chaleur de la planète mais aussi un puits de gaz carbonique, ce qui en fait un élément clé de la lutte contre le changement climatique.

Une stratégie globale

La nouvelle vision polaire de la France comporte une portée internationale. Elle fait notamment suite à la parution, en octobre 2021, de la Stratégie arctique européenne mais aussi à la guerre en Ukraine. En effet, la Russie préside le Conseil de l'Arctique jusqu'en mai 2023. Face à ce contexte de guerre, le forum de coopération internationale a d'ailleurs suspendu "ses travaux jusqu’à nouvel ordre".

Toutefois, la France se propose d'organiser une conférence internationale de haut niveau sur les pôles, au printemps 2023, sur le modèle du One Ocean Summit qui s'était déroulé, en février 2022, à Brest.

Par le biais de cette stratégie, le gouvernement français confirme aussi son soutien à la création ou au renouvellement d'aires marines protégées en Antarctique orientale et en mer de Weddell et à la recommandation de l'Union européenne :

  • de ne plus exploiter les énergies fossiles au pôle Nord ;
  • d'adopter une réglementation plus contraignante envers le tourisme antarctique.