Science ouverte : faciliter l'accès aux données et le pluralisme scientifique

Un rapport de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) préconise d'encourager la science ouverte. Toutefois, l'amélioration de l'accessibilité aux données scientifiques ne doit pas remettre en cause le pluralisme scientifique et la liberté des producteurs de savoir.

Ingénieurs dans un laboratoire de recherche en robotique.
Le développement de la science ouverte doit être encadré. La gratuité des contenus remet en question le modèle économique de la diffusion des recherches scientifiques, selon les rapporteurs. © Gorodenkoff - stock.adobe.com

Logiciels libres, données ouvertes, accès libres aux ressources éducatives, science citoyenne, production participative, laboratoires ouverts... La science ouverte désigne un mouvement dont le but est de rendre universellement accessibles les résultats de la recherche scientifique (en mathématiques, biologie, sciences physiques, chimie, informatique, sciences humaines, sciences sociales...). Objectifs : faciliter l’accès aux données de la recherche et améliorer l’efficacité de la recherche par un partage des données entre chercheurs.

Remis début mars 2022, le rapport adopté par l’OPESCT formule huit propositions qui complètent la stratégie nationale de l’État relative à la science ouverte.

Forces et faiblesses de la science ouverte

Le développement de la science ouverte est au cœur de la stratégie nationale visant à diffuser largement et gratuitement le plus grand nombre de contenus scientifiques. La France s’est dotée d’un premier plan national de la science ouverte 2018-2021, puis d’un second plan pour la période 2021-2024. Ces plans s’inscrivent dans la continuité de la loi du 7 octobre 2016 pour une République numérique qui impose notamment la diffusion en accès ouvert des articles et ouvrages issus des recherches financées par appel à projets sur fonds publics. Le taux de publications scientifiques françaises en accès ouvert est passé de 41% en 2017 à 56% en 2019.

Toutefois, selon les rapporteurs, le développement de la science ouverte doit être encadré. La gratuité des contenus remet en question le modèle économique de la diffusion des recherches scientifiques. Actuellement, les producteurs de recherches s’acquittent de frais d’abonnement auprès des éditeurs. Or, la diffusion gratuite des recherches pourrait mettre en péril un certain nombre de petits éditeurs et porter ainsi atteinte au pluralisme de l’offre éditoriale. Elle pourrait également soulever des interrogations sur les droits d'auteurs. D’autre part, le développement des financements publics en faveur de la science ouverte doit garantir la liberté et l'indépendance des chercheurs.

Le rapport met l'accent sur la nécessité de préserver la diversité des productions éditoriales (bibliodiversité) et de prévenir une étatisation de l'édition scientifique.

Huit propositions pour encadrer la science ouverte

Afin de concilier l’accessibilité des contenus et la production pluraliste et indépendante des recherches scientifiques, le rapport préconise de :

  • mettre en œuvre une politique équilibrée et concertée de la science ouverte et de l’édition scientifique assurant un soutien aux petits éditeurs ;
  • réformer l’Observatoire de l’édition scientifique en le rapprochant du médiateur du livre et du Comité pour la science ouverte ;
  • respecter la liberté académique, l’indépendance des chercheurs, la liberté de divulgation et le droit d’auteur ;
  • favoriser la voie du pluralisme par la bibliodiversité ;
  • mieux évaluer les effets de la politique de la science ouverte et conditionner toute mesure nouvelle à des études d’impact approfondies ;
  • renforcer le rôle du Parlement en matière de science ouverte ;
  • réviser les modalités d’évaluation des chercheurs, au profit de critères plus qualitatifs afin de réduire la pression à la publication ;
  • prévoir des formations aux enjeux de la science ouverte dans tous les milieux de la recherche.