Familles d'immigrés : un niveau d'éducation en progrès mais des inégalités persistantes

Le niveau d'éducation progresse d'une génération à l'autre. Progresse-t-il autant dans les familles issues de l'immigration que dans les autres ? Premiers éléments de réponses avec les résultats d'une enquête menée conjointement par l'Institut national d'études démographiques et l'Institut national de la statistique et des études économiques.

Une maman aidant son enfant à faire ses devoirs.
Après 30 ans, au-delà de la fin des études, une progression notable du niveau de diplôme est observée entre les parents immigrés et leurs enfants nés en France. © Mediteraneo - stock.adobe.com

Les enfants réussissent-ils mieux que leurs parents ? Cette question classique des études de mobilité sociale se pose aussi pour les familles d'immigrés, dont le projet migratoire vise souvent à améliorer leur condition.

L'enquête "Trajectoires et origines 2" (TeO2), coproduite par l'Institut national d'études démographiques (INED) et l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), montre une forte progression du niveau d'éducation entre les enfants et les parents dans les familles immigrées. Cependant, comme le souligne l'étude de l'INED sur les familles immigrées, des inégalités sociales perdurent toujours.

Des filles plus diplômées que les garçons et leurs parents

Après 30 ans, au-delà de la fin des études, une progression notable du niveau de diplôme est observée entre les parents immigrés et leurs enfants nés en France. Lorsqu'on compare le diplôme le plus élevé d'un des deux parents à celui des enfants, on constate que la population de diplômés du supérieur passe :

  • de 5% pour les parents ;
  • à 33% pour les enfants.

Cette proportion est de 43% pour les descendants de natifs (sans ascendants immigrés avant la quatrième génération). Si un des parents est né en France, le niveau de diplôme rattrape celui du reste de la population.

L'étude détermine aussi différents profils de familles :

  • originaires du Maghreb et d'Europe du Sud : moins de 3% des parents ont un diplôme du supérieur, pour plus du tiers des enfants ce qui peut s'expliquer en partie par la forte mobilisation des parents pour la réussite scolaire des enfants ;
  • originaires d'Afrique subsaharienne et d'Asie : les parents sont plus souvent diplômés (respectivement un tiers et un quart) que les parents natifs (un cinquième), ce qui témoigne d'une évolution des profils des immigrés. C'est également le cas des enfants, plus souvent diplômés du supérieur que les descendants de natifs : 50% pour les enfants d'immigrés d'Afrique et 54% pour les enfants d'immigrés d'Asie, contre 43% pour les natifs ;
  • originaires de Turquie et du Moyen-Orient : près de 5% des parents sont diplômés contre 18% des enfants, ce qui souligne un désavantage scolaire persistant.

Par ailleurs, les filles d'immigrés dépassent plus souvent que les garçons le niveau de diplôme de leurs parents :

  • 76% des filles dans les familles de Turquie et du Moyen-Orient (contre 55% des garçons) ;
  • 73% des filles dans les familles du Maghreb (contre 66% des garçons) ;
  • 57% des filles dans les familles d'Afrique subsaharienne (contre 43% des garçons).

Mais des discriminations à l'embauche

Si les descendants d'immigrés tendent à se rapprocher des niveaux de diplôme des descendants de natifs, la part des diplômés du supérieur accédant aux professions intermédiaires ou supérieures n'est pas la même selon les origines (couples parentaux immigrés ou mixtes). Pour les natifs, ce chiffre monte à 77% alors qu'il n'est que de 63% pour les personnes du Maghreb. L'étude explique ces différences selon l'origine par les discriminations à l'embauche régulièrement mesurées.

Dans tous les groupes, le rendement professionnel d'un diplôme du supérieur est également  moindre pour les femmes, du fait de leur retrait plus fréquent du marché du travail.