Politiques climatiques et changements de modes de vie : quelle acceptabilité pour les Français ?

Les mesures prises dans le cadre de la transition écologique peuvent conduire à changer profondément les modes de vie. Une étude du Conseil d’analyse économique (CAE) montre que les Français sont prêts à soutenir des mesures si elles sont efficaces pour l’environnement et socialement équitables.

Périphérique parisien.
Parmi les mesures visant à réduire la pollution, certaines suscitent des avis contrastés comme, par exemple, l'interdiction des voitures thermiques. © Urbanhearts - stock.adobe.com

80% des Français interrogés sont préoccupés par le changement climatique. Conscients de ses effets potentiellement désastreux, ils estiment qu’il faut lutter contre le réchauffement climatique.

Le 12 juillet 2022, le Conseil d'analyse économique (CAE) a publié une note qui présente les principaux enseignements pour la France d’une enquête internationale sur les attitudes concernant le changement climatique et les politiques en faveur du climat.

Des politiques climatiques diversement accueillies

La majorité des Français perçoivent souvent les politiques climatiques comme "régressives", c’est-à-dire affectant particulièrement les ménages les moins aisés. Le soutien des citoyens à une mesure climatique est lié à leur perception de :

  • son efficacité environnementale ;
  • ses effets redistributifs ;
  • son impact financier sur leur propre ménage.

Le soutien à une mesure dépend aussi :

  • de l’information diffusée : informer sur les effets des politiques climatiques accroît le soutien à celles-ci ;
  • des modalités du dispositif : ainsi, la tarification carbone est majoritairement acceptée quand ses recettes servent à financer des investissements verts ou des compensations financières destinés aux ménages vulnérables.

Parmi les mesures visant à réduire la pollution :

  • certaines sont très populaires : les subventions à l’adoption et au déploiement de technologies bas carbone, les investissements publics dans des infrastructures décarbonées, l’obligation de rénovation thermique des bâtiments associée à des subventions, l’interdiction des véhicules polluants en centre-ville ;
  • d’autres suscitent des avis contrastés : la taxe carbone, l’interdiction des voitures thermiques, une taxe sur la viande de bœuf.

En complément des mesures nationales, 85% des Français interrogés sont favorables à un accord climatique mondial, assorti d’une répartition équitable des efforts.

Élaborer des politiques climatiques efficaces et bien acceptées

Les mesures écologiques sont d’autant plus efficaces et mieux reçues par les citoyens qu’elles répondent à leurs attentes et à leurs préoccupations. Le CAE recommande donc :

  • de mener régulièrement des enquêtes sur les contraintes pesant sur les ménages, sur la compréhension et l’acceptation des mesures climatiques ;
  • de confier à un organisme indépendant, le Haut Conseil pour le climat, la mission d’informer la population sur le fonctionnement et les effets des politiques climatiques ;
  • de séquencer la mise en place des mesures (favoriser d’abord la diffusion d’alternatives bas carbone pour protéger les ménages des hausses des prix, avant des augmentations éventuelles du prix du carbone) ;
  • de renforcer les dispositifs d’aide à l’achat d’équipements à faibles émissions ;
  • de prioriser les investissements publics dans les infrastructures de mobilité verte (transports en commun, pistes cyclables…) ;
  • de redistribuer tout ou partie des recettes provenant de la tarification carbone et des taxes sur les énergies fossiles pour compenser les ménages les plus modestes via des transferts forfaitaires ;
  • d’affecter les recettes de toute nouvelle taxe environnementale ou les hausses de recettes des taxes existantes au financement d’une transition énergétique juste.