Pollution et précarité sociale : une corrélation sur certains territoires

Au niveau national, les ouvriers et les employés semblent nettement surreprésentés dans les communes les moins polluées. Cependant, d'après une récente étude de France stratégie, certaines zones géographiques, proches de zones industrielles font apparaître une corrélation entre précarité sociale et pollution.

 Vue sur l'est de Paris.
Selon une étude de Santé publique France publiée en 2016, plus de 48 000 décès par an pourraient être attribués aux particules fines, dont plus de la moitié dans les agglomérations de plus de 100 000 habitants. © Jean-Paul Bounine - stock.adobe.com

La note d’analyse publiée le 15 septembre 2022 par France stratégie sur les inégalités environnementales et sociales établit d'abord une cartographie des zones les plus polluées. Puis, elle étudie le lien qui existe entre le niveau de vie et les zones contaminées.

L’un des enjeux de cette étude est de comprendre s’il existe des inégalités environnementales. Au même titre que les inégalités de santé ou d’éducation, les inégalités d’exposition à des facteurs de risques sanitaires d’origine environnementale pourraient avoir des dimensions sociales.

Les grandes villes et les zones industrielles concentrent le plus de zones polluées

Pollution des sols

Les villes les plus peuplées sont plus exposées à la pollution des sols. Alors que 6% seulement des communes métropolitaines présentent des sols non conformes, 88% des villes de plus de 50 000 habitants sont touchées. 46% de la population est ainsi touchée par la pollution des sols alors qu’une majeure partie du pays est moins polluée. Certaines régions sont plus exposées, comme les Hauts-de-France et l’Île-de-France. 

Pollution de l’air 

Selon une étude de Santé publique France publiée le 1er janvier 2016, plus de 48 000 décès par an pourraient être attribués aux particules fines, dont plus de la moitié dans les agglomérations de plus de 100 000 habitants. Les zones agricoles affichent des taux particulièrement élevés de pollution aux particules dégagées par l’ammoniac utilisé dans les engrais.  

Qu’est-ce que l’indice d’exposition multiple (IEM) ?

L’IEM permet d’étudier l’exposition des communes aux pollutions suivantes : dioxyde de souffre, ammoniac, particules en suspension (PM 10), oxyde d’azote, particules fines (PM 2,5), pollution des sols. Il existe sept niveaux d’exposition, de 0 à 6 (6 étant le niveau le plus élevé). 

Pollutions multiples

Certains territoires sont exposés à la pollution des sols et de l'air. En moyenne, les métropoles sont quatre fois plus exposées aux six pollutions répertoriées par l’indice d’exposition multiple (IEM). Mais, parmi les 57 communes qui présentent un niveau d’exposition maximal, il s'agit essentiellement de communes de moins de 5 000 habitants (17 d’entre elles se trouvent dans le département du Nord et 19 en Seine-Maritime).

Corrélation entre précarité sociale et pollution : dans quels territoires ?

France stratégie observe une relation entre sols pollués et communes pauvres : les deux tiers des 10% des communes les plus pauvres sont exposées à la pollution de leurs sols, contre 42% des 10% des communes les plus riches. Dans certains territoires, comme dans les Hauts-de-France, le lien entre exposition multiple et précarité sociale apparaît clairement.

S’agissant de la pollution de l’air, le lien entre précarité et pollution est plus nuancé :

  • les grandes communes sont en moyenne plus exposées aux pollutions multiples que les petites communes. Le lien entre inégalités d’exposition et inégalités sociales dans les grandes villes n’est, toutefois, pas évident. Les cadres y sont en moyenne plus nombreux que sur l’ensemble du territoire, mais sont rarement localisés dans les communes les moins et les plus polluées.

En revanche, les communes dont l’IEM est maximal (niveau 6) comportent en moyenne quatre points de plus de chômeurs dans leur population active que la moyenne nationale.