Zone euro : la BCE poursuit la hausse des taux d'intérêt

La période des taux d'intérêt très bas est définitivement terminée : lors de sa réunion du 27 octobre, la Banque centrale européenne (BCE) a décidé d'une nouvelle hausse de ses taux directeurs de 75 points de base. Le principal taux de refinancement est désormais à 2%.

Christine Lagarde, président de la BCE, lors d'une conférence de presse le 8 septembre 2022
© Daniel Roland / AFP

Le monde est fermement ancré dans une phase de remontée des taux d'intérêt. La raison principale est la hausse toujours forte de l'inflation. Celle-ci concerne quasiment tous les pays, rares sont ceux qui peuvent encore attester d'un taux d'inflation inférieur à 5%. Dans beaucoup de pays, le taux d'inflation est supérieur à 10%.

L'inflation solidement installée

Le FMI prévoit un pic d'inflation en fin d‘année 2022, mais s'attend à ce qu'elle demeure élevée plus longtemps que prévu. Les principales banques centrales, fidèles à leur mission de préserver la stabilité des prix, essaient de contrer cette tendance en rendant plus cher le coût du crédit.

Malgré deux hausses de taux en juillet et en septembre, l'inflation ne cesse d'augmenter en zone euro. D'après les chiffres révisés d'Eurostat, elle atteint finalement 9,9% en septembre. La France, avec un taux de 6,2% fait figure de meilleure élève, loin devant l'Allemagne avec désormais 10,9% ou des Pays-Bas avec 17,2%.

Le 27 octobre, la Banque centrale européenne (BCE) a alors procédé à une troisième hausse de ses taux en 2022. Après une hausse de 50 points de base en juillet et une hausse de 75 points en septembre, elle décide une nouvelle hausse de 75 points de base. "Dès lors, les taux d'intérêt des opérations principales de refinancement, de la facilité de prêt marginal et de la facilité de dépôt seront relevés à respectivement 2,00%, 2,25% et 1,50% à compter du 2 novembre 2022", note la BCE dans son communiqué de presse.

Quels sont les effets concrets de cette politique monétaire ?

Si la décrue de l'inflation n'est pas encore à l'ordre du jour, les conséquences de cette politique sont bien réelles. D'abord sur le coût de crédit : l'indicateur composite du coût de crédit aux ménages et entreprises non financières dans la zone euro était déjà à 2,26% en août dernier (après 1,32% en août 2021), la tendance reste à la hausse. Une progression similaire s'observe sur les rendements des obligations souveraines, comme en France sur les obligations assimilables du Trésor (OAT).

Ensuite, la BCE est concernée financièrement. Lorsque les taux de dépôt auprès d'elle étaient encore négatifs, les banques commerciales devaient payer la BCE pour qu'elle garde leurs liquidités. Avec des taux devenus positifs, la BCE doit rémunérer ces réserves bancaires (plus précisément les montants qui excèdent les réserves obligatoires) à hauteur de 1,5% à partir de novembre.

La question est : jusqu'où ira la BCE dans cette hausse des taux. Ce niveau est difficile à déterminer, car la BCE doit arbitrer entre deux objectifs : lutter contre la dépréciation monétaire et maîtriser le risque de fragmentation de la zone euro, un risque qui augmente si les rendements des obligations souveraines à l'intérieur de la zone commencent à s'écarter trop.