Grandes villes : des disparités de revenus entre quartiers plus marquées

Les inégalités de revenus peuvent être plus ou moins marquées entre les quartiers d’une même ville. Une ségrégation spatiale entre les plus riches et les plus pauvres apparaît quand les personnes ayant des niveaux de revenus proches se concentrent dans les mêmes quartiers. À quoi sont dues ces disparités et comment ont-elles évolué en 15 ans ?

Le Havre, en Seine-Maritime (76), vue du ciel.
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L’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) a publié, le 11 janvier 2023, une étude sur les disparités entre quartiers, mesurées selon le revenu. Cette étude révèle que ces disparités se sont accentuées dans la plupart des grandes villes entre 2004 et 2019. L'Insee analyse ce phénomène.

Des disparités spatiales de revenus en hausse depuis 2004

L’Insee a classé les résidents de 53 villes en cinq groupes de revenus (des 20% les plus modestes aux 20% les plus aisés) puis l'Institut a examiné si les habitants de chaque groupe vivaient dans les mêmes quartiers. L'Insee constate qu’entre 2004 et 2019 la ségrégation spatiale s’accroît dans plus de 30 villes et s’atténue dans 15 autres, dont Cannes, Amiens, Strasbourg, Grenoble, Valenciennes et Marseille.

La part des quartiers :

  • les plus riches augmente de 2,1 points ;
  • les plus pauvres, plus densément peuplés, progresse de 1,2 point ;
  • homogènes, où se trouvent à parts égales tous les groupes de revenus, recule de 2,8 points.

L’ensemble des catégories de revenus résident dans des quartiers de moins en moins mixtes, sauf les 20% les plus modestes. Pour eux, la ségrégation décroît dans davantage de villes qu’elle n’augmente.

En 2019, la répartition des habitants est :

  • plus homogène à Cannes, Nice, Annecy, Grenoble, Bayonne, Lens… ;
  • plus hétérogène à Marseille, Lille, Rouen, Tours, Le Havre, Mulhouse, Angers, Poitiers, Limoges, Nîmes et Avignon ;
  • intermédiaire à Paris, Orléans, Nantes, Rennes et Perpignan notamment, de même que dans les grandes villes de La Réunion et de la Martinique.

Comment expliquer cette situation ?

Les disparités spatiales selon le revenu ne dépendent pas de la taille de la ville ni de sa densité de population. Elles s’expliquent par l’historique du développement urbain de chaque ville et les politiques publiques qui y ont contribué, les spécificités des marchés immobiliers locaux, les dessertes en transports, l’offre scolaire, la localisation des emplois et des équipements, ainsi que les interactions avec les villes environnantes.

En général, dans les villes les moins mixtes :

  • les écarts de revenus entre riches et pauvres sont importants. Ils sont en moyenne 1,3 fois plus forts dans les dix villes les moins homogènes que dans les dix villes les plus homogènes ;
  • les ménages modestes ont des revenus très bas. Les villes où la ségrégation est forte ont une proportion élevée de logements sociaux, habités en majorité par des personnes modestes ;
  • les 20% les plus riches et les 20% les plus pauvres se concentrent dans les mêmes quartiers. Les quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV) regroupent principalement des personnes à faibles revenus, et les quartiers résidentiels aisés les plus hauts revenus. La mixité sociale dans les QPV a reculé de 2004 à 2019 : ces quartiers abritent de plus en plus de catégories modestes et de moins en moins de familles aisées.