Image principale 1
Image principale 1
© Florence Piot - stock.adobe.com

Réarmement de l'Europe : que préconise le Conseil d'analyse économique ?

Temps de lecture  4 minutes

Par : La Rédaction

Depuis le début de la guerre en Ukraine en 2022, l'Europe accélère son réarmement et augmente ses budgets militaires avec pour objectif de les porter à 3,5% du PIB en 2035. Mais le continent reste freiné par sa dépendance aux importations d'armes, son retard technologique face aux États-Unis et par la fragmentation du marché européen de la défense.

Dans une note publiée le 4 mars 2026, le Conseil d’analyse économique (CAE) analyse les principaux obstacles à la défense européenne.

Des budgets militaires en hausse mais une dépendance persistante aux États-Unis

L’organisation de la défense des pays européens est intégrée au système de l’Organisation du traité de l'Atlantique nord (OTAN). Elle dépend fortement des capacités américaines en matière de commandement, de renseignement, de logistique et de dissuasion nucléaire. 

Après la fin de la Guerre froide, les États européens ont sous-investi dans leur défense, et notamment dans la recherche et développement (R&D). Ils accusent un retard capacitaire et technologique face aux États-Unis et à la Chine dans des domaines clés tels que l’intelligence artificielle, les semi-conducteurs, les technologies quantiques, l’espace et la guerre électronique. Toutefois, les pays européens ont maintenu une part d’investissement proche des 20%, la norme minimale de l’OTAN. La France, elle, est restée au-dessus de ce seuil, ce qui lui a permis d’éviter l’accumulation d’une "dette grise" d’équipement, c’est-à-dire un retard d’investissement qui se traduirait par un déficit progressif de matériels militaires par rapport aux standards de l’OTAN. 

Depuis l'attaque russe contre l'Ukraine en 2022, les États européens ont réinvesti massivement dans leur outil de défense. Après avoir atteint un point bas à environ 1,3% du PIB en 2015, leurs dépenses militaires approchent aujourd’hui du seuil de 2% du PIB fixé par l’OTAN. Cet objectif a été rehaussé à 3,5% à l’horizon 2035

Ce réarmement rapide de l’Europe passe surtout par l'achat d’équipements. Or, le tiers des équipements militaires achetés par les pays européens est importé, principalement des États-Unis. La part américaine dans les importations européennes est passée de 41% entre 2015 et 2019 à près de 53% entre 2020 et 2024. L’industrie de défense européenne demeure également dépendante à 97% d’approvisionnements extérieurs pour certains matériaux critiques. Les échanges d’armement entre pays européens restent limités. Bien que la France soit le deuxième exportateur mondial d’armement (9,4% du marché mondial), elle profite peu de cette hausse des dépenses militaires en Europe. Son industrie de défense est avant tout structurée pour répondre aux besoins des armées françaises.

Une fragmentation du marché européen

Depuis la création de l’Union européenne (UE), le secteur de l’armement bénéficie d’un régime dérogatoire au marché unique (article 346 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne), ce qui permet aux États de soustraire leurs industries de défense aux règles de concurrence et de marchés publics. 

Ainsi, chaque pays suit sa propre trajectoire industrielle. Le marché européen des équipements militaires est très fragmenté avec plusieurs modèles de chars, avions ou véhicules de combat d’infanterie. Les États membres de l’UE utilisent 98 types de systèmes d’armement majeurs, contre seulement 18 pour les États-Unis. Cette diversité alourdit les coûts de production et limite la capacité à mutualiser les achats, la maintenance ou la logistique. 

Pour y remédier, le Conseil d’analyse économique propose plusieurs leviers : 

  • inciter aux achats communs : des instruments d’incitations financières comme l’EDIRPA (European Defence Industry Reinforcement through Common Procurement Act) doivent être amplifiés pour atteindre 40% d’achats communs d’ici 2030 et instaurer une préférence européenne ; 
     
  • investir davantage dans la R&D (recherche et développement), en doublant le budget du Fonds européen de défense (FED) pour le porter à 3 milliards d’euros par an. Une agence européenne de la défense, inspirée de la DARPA américaine (Defense Advanced Research Projects Agency) pourrait être créée pour coordonner les projets de recherche ; 
     
  • développer des programmes d’armements communs pour permettre aux États européens de rattraper leur retard capacitaire, notamment des systèmes d’armes de défense sol-air. Ces programmes pourraient être portés par une coalition de volontaires réunissant des pays souhaitant avancer ensemble sur certains projets.