Image principale 1
Image principale 1
© sarymsakov.com - stock.adobe.com

La liberté de la presse en Europe à un point de bascule ?

Temps de lecture  4 minutes

Par : La Rédaction

D'après les organisations partenaires de la plateforme du Conseil de l'Europe pour renforcer la protection du journalisme et la sécurité des journalistes, la liberté de la presse en Europe serait à un point de bascule. Menaces juridiques, ingérences politiques et concentration des médias fragilisent de plus en plus le travail journalistique.

Dans ce rapport publié le 3 mars 2026, le Conseil de l'Europe appelle à un sursaut afin de mieux protéger les journalistes. En 2025, 344 alertes relatives à des atteintes à la liberté des médias ont été recensées en Europe.

 

Individuel ou orchestré par des États ou des groupes d’intérêt, le harcèlement en ligne des journalistes est devenu courant notamment envers les journalistes femmes. Jusqu'à 87% d'entre elles ont déclaré avoir été victimes de violences en ligne liées à leur activité professionnelle.

Ces attaques, incluant menaces de viol, insultes misogynes, stigmatisation et menaces de mort, peuvent pousser les femmes journalistes à pratiquer l'autocensure, à se replier sur des sujets moins exposés, voire à quitter la profession précise le rapport.

Des médias sous pression

Le rapport souligne que, partout en Europe, les pays ont multiplié les mesures visant à limiter la couverture des manifestations par les journalistes internationaux. Des agressions contre des reporters ont été signalées en Belgique, en Bulgarie, en Croatie, à Chypre, en France, en Grèce et en Roumanie. Mais ces menaces ne s'arrêtent pas aux frontières européennes.
La guerre à Gaza pose un certain nombre de défis à de nombreuses rédactions, accusées de partialité, tandis que les reporters ont été menacés et critiqués dans un contexte de montée de l'antisémite et de l'islamophobe. L'accès des médias internationaux à l'enclave de Gaza reste très limité, et entre le 7 octobre 2023 et la mi-décembre 2025, 289 journalistes y ont été tués, d'après l'Organisation des nations unies (ONU)
Le second mandat de Donald Trump à la présidence des États-Unis a fragilisé certains médias internationaux financés par les États-Unis. Le démantèlement de l'Agence américaine pour les médias mondiaux menace le maintien d'entreprises de presse qui couvraient l'autoritarisme dans certains pays du Conseil de l'Europe, en Russie et en Biélorussie. D'autres décisions prises par le président Donald Trump ont aussi eu un impact sur la liberté des médias indépendants présents dans certains pays d'Europe.

Une situation critique en Ukraine et en Russie

L'attaque de la Russie contre l'Ukraine a marqué un tournant dans les menaces visant les journalistes. Dans les zones occupées par la Russie, les journalistes d'investigation sont régulièrement pris pour cibles. Les frappes russes ont endommagé des infrastructures de télécommunications et des salles de rédaction, compliquant également la couverture indépendante du conflit. Depuis le début de la guerre, 21 professionnels des médias y ont été tués.
Les journalistes ukrainiens eux, sont particulièrement touchés par la suppression par l'administration américaine d’une partie de l'aide internationale aux médias, laissant certains reporters en première ligne sans protections ni assistance d'urgence. Depuis 2022 au moins 26 journalistes ukrainiens seraient toujours détenus en Russie.
La répression contre les médias s'intensifie aussi en Russie, où près de 1 500 journalistes russes issus de près de 70 médias se sont exilés à l'étranger, tandis qu’au moins 327 médias et journalistes ont été qualifiés "d'agents étrangers". 

Une concentration des médias qui s'accentue

Le rapport souligne la problématique de la concentration croissante des médias, qui accroît la vulnérabilité des journalistes. Cette concentration pèse sur l'indépendance de la presse, résultant à la fois de pressions extérieures et de l'influence des propriétaires ou de la hiérarchie. En Hongrie, par exemple, des groupes proches du gouvernement ont racheté les principaux médias avant les élections législatives d'avril 2026, renforçant un paysage médiatique déjà centralisé.

En septembre 2025, le Conseil de l'Europe a  aussi publié des alertes sur les menaces structurelles contre les médias de service public dans six États : Azerbaïdjan, Bosnie-Herzégovine, Géorgie, Hongrie, Slovaquie et Turquie. Des coupes ou gels budgétaires suscitent également des inquiétudes pour les médias de service public en Pologne, en Lituanie et en Suisse.

Le rapport appelle ainsi à la mise en place de mesures nécessaires afin de protéger les médias indépendants et les journalistes face aux pressions et aux attaques dont ils sont victimes.