Selon le rapport annuel du Parquet européen, au 31 décembre 2025, 3 602 enquêtes sont en cours sur des fraudes présumées et autres crimes financiers, pour un préjudice estimé de plus de 67,27 milliards d'euros (Md€).
Une activité croissante du Parquet européen
Le Parquet européen (EPPO : European public prosecutor’s office), actif depuis 2021, est chargé de protéger les intérêts financiers de l’Union européenne (UE). Il mène des enquêtes complexes, souvent transfrontalières, sur une criminalité multiforme, opérant au détriment des finances de l’UE. La liste des infractions réprimées est fournie par la directive (EU) 2017/1371.
Le Parquet enquête sur des actes intentionnels – fraude, corruption, blanchiment et détournement – ayant un impact négatif sur l’argent des contribuables européens.
6 966 infractions ont été signalées au Parquet en 2025 : 4 629 signalements sont le fait de personnes privées et 2 107 des autorités nationales. Seuls 143 émanent d’institutions européennes. 2 030 enquêtes ont été ouvertes, pour un préjudice estimé de 48,7 Md€.
Passées de 13,1 Md€ à 45,01 Md€ de dommages en 2025, les seules fraudes aux recettes (981 enquêtes) représentent deux tiers du préjudice total constaté dans les enquêtes du Parquet européen ; les groupes criminels impliqués dans ce champ – fraude à la TVA et aux douanes – peuvent en retirer un profit très important en prenant des risques relativement limités.
121 enquêtes par exemple sont ouvertes concernant des faits impliquant la France, pour un préjudice estimé à 5,94 Md€ ; 57 d’entre elles revêtent un caractère transnational.
Des enquêtes ciblées sur les organisations criminelles
Le rapport assigne deux objectifs principaux à l'action du Parquet :
- le démantèlement du crime organisé impliqué dans la fraude européenne ;
- le maintien de la confiance du citoyen européen dans le système judiciaire.
Sur l’ensemble des enquêtes menées par l’EPPO, l’incrimination "participation à une organisation criminelle" intervient dans 14,69% des enquêtes, pour des montants équivalant à 22,23% des dommages estimés.
Les activités criminelles classiques, qu’elles soient concentrées sur les biens illégaux (contrefaçon, armes...) ou sur l’exploitation de personnes vulnérables (travail forcé, prostitution…) sont de plus en plus combinées avec, ou même remplacées par des activités liées à l’échange de biens légaux, mais conduites selon des modalités criminelles, donnant lieu à des impacts massifs tant pour l’UE que ses États membres. Ces activités demeurent difficiles à détecter dans une perspective purement nationale.
L’EPPO observe un niveau alarmant de fraude orchestrée par des organisations criminelles à grande échelle, dans le cadre de l’importation et de la vente de biens provenant de l’extérieur de l’UE. "Pour le dire succinctement : la fraude à la TVA et aux douanes, avec son rôle central dans les mécanismes du blanchiment d’argent sale et du fait de l’influence majeure des réseaux criminels chinois, redessine l’écosystème criminel dans l’UE".
En juin 2025, un raid coordonné par l’EPPO à Athènes (Grèce), Madrid (Espagne), Paris et Sofia (Bulgarie) a porté un coup significatif aux réseaux criminels inondant le marché de l’UE de biens frauduleusement importés de Chine, sans passer en douane ni acquitter de TVA. Cette activité criminelle, qui donnait lieu à une importation massive de textiles, chaussures, trottinettes électriques, vélos électriques et autres biens, aurait provoqué un préjudice d’environ 800 millions d’euros (350 millions d'euros de droits de douane et 450 millions d'euros de TVA).
L’enquête, nom de code "Calypso", a été menée dans 14 pays. Depuis le raid de juin 2025, l’EPPO a saisi 2 435 conteneurs de marchandises sur le port du Pirée. Les biens saisis sont évalués à quelque 250 millions d’euros, ce qui représente la plus grosse saisie de conteneurs réalisée à ce jour dans l’UE.
Les réseaux étaient également impliqués dans le blanchiment d’argent sale et le retour des profits réalisés dans leur pays d’origine.