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Livreurs des plateformes numériques : un rythme de travail "éprouvant"

Temps de lecture  3 minutes

Par : La Rédaction

Conditions de travail, exposition aux discriminations et aux violences... Selon l'enquête Santé-Course publiée le 31 mars 2026, première étude d'ampleur à documenter la santé et les conditions de travail des livreurs de repas, leur temps de travail moyen s'élève à 63 heures par semaine avec un revenu horaire moyen brut inférieur à 6 euros.

Publiée le 31 mars 2026, cette étude a été menée notamment par l'Institut de recherche pour le développement (IRD) et l'Institut national d'études démographiques (Ined). Réalisée auprès de 1 004 livreurs de janvier à juillet 2025 travaillant à Paris et à Bordeaux, elle met en lumière une réalité largement méconnue. Si leurs services font désormais partie des usages, via des plateformes comme Uber Eats, Deliveroo ou Stuart, leurs conditions de vie, de travail et de santé restent largement peu connues.
 

63 heures de travail par semaine en moyenne

75,9% utilisent un véhicule non motorisé (vélo ou vélo électrique).

Aucun de ces livreurs n’est salarié : 76% sont locataires de compte et versent en moyenne 528 euros par mois à un propriétaire de compte. D'après l'étude, presque la totalité des livreurs sont des hommes immigrés, l'enquête révélant également que 68% d’entre eux ne disposent pas de titre de séjour. Ainsi, 90% des livreurs sans titre de séjour affirment ne pas poursuivre cette activité à temps plein s'ils étaient régularisés.

À ces conditions de travail s’ajoutent des discriminations fréquentes, ainsi que des agressions verbales et physiques de la part de clients, de restaurateurs ou de loueurs de compte. Les livreurs dénoncent aussi des violences économiques et administratives de la part de ces derniers.

Un état de santé préoccupant

Certains livreurs parcourent en moyenne 833 kilomètres par mois. Les livreurs étant poussés à rouler vite pour répondre aux exigences des plateformes, sans toujours disposer d'un équipement adapté, 59% des livreurs ont déjà été victimes d'au moins un accident du travail. Ces accidents sont souvent à l'origine de blessures (78% des cas). D'ailleurs, 97% d'entre eux ne reçoivent aucune indemnisation de la part de la plateforme en cas d'accident du travail, souligne l'étude.

Autre point relevé par le rapport : un état de santé globalement moins bon que la moyenne. D'après l'enquête : 45% des livreurs enquêtés estiment que leur état de santé s'est dégradé depuis le début de leur activité et seulement la moitié déclarent un bon état de santé. Les symptômes clairement identifiés sont souvent des troubles musculo-squelettiques, des troubles psychosomatiques, des troubles génito-urinaires ou encore par exemple des troubles du sommeil. Près d’un tiers des livreurs est aussi  privé de couverture santé et un tiers d'entre eux a renoncé à des soins au cours des douze derniers mois. 

Souvent, les motifs évoqués par les livreurs font écho à des difficultés administratives, notamment liées aux problèmes de papiers, ce qui les conduit fréquemment à renoncer à recourir aux soins. Certains préfèrent attendre que la situation s'améliore d’elle-même, tandis que d’autres sont freinés par des problèmes de langue. Le manque de temps constitue également un obstacle important.

Toutefois, une directive européenne, bientôt transposée en droit français, prévoit notamment de requalifier une partie des livreurs en salariés et devrait faciliter l'accès aux droits, aux soins et à la prévention.