Quelle est la signification de l'abstention ?

Citoyenneté

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L’essentiel

  • L'abstention consiste, pour une personne inscrite sur les listes électorales, à ne pas se rendre aux urnes lors d'une élection.
  • Ce comportement progresse en continu depuis les années 1980.
  • Cette évolution, aux multiples facteurs, varie selon le type de scrutin mais aussi selon des facteurs d'ordre sociologique.
  • Elle met en cause la légitimité des élus et témoigne d'un écart croissant entre les citoyens et leurs dirigeants politiques. 

En détail

L'abstention est un comportement qui consiste à ne pas se rendre aux urnes lors d'une élection, tout en étant inscrit sur les listes électorales. 

L'abstention n'a pas d'effet direct sur le calcul des suffrages exprimés mais le taux d'abstention est toujours indiqué dans les résultats électoraux. La participation, ou non, au suffrage est un indicateur de l'implication des citoyens dans la vie publique. 

Vote blanc, vote nul et abstention : quelles différences ? 

Comme l'abstention, le vote nul (bulletin déchiré, annoté...) et le vote blanc (enveloppe vide ou contenant un bulletin vierge) peuvent véhiculer un message politique : expression d'un mécontentement, indifférence à l'élection...

L'abstention ponctuelle peut être justifiée par des raisons personnelles : indifférence à l'élection, refus de départager les candidats, incapacité à se reconnaître dans les candidatures proposées, ou encore préoccupations personnelles qui éloignent des enjeux du scrutin. 

Elle peut également être conjoncturelle, c'est-à-dire favorisée par un contexte particulier. Par exemple, les élections municipales de 2020, en pleine pandémie de Covid-19, ont enregistré un taux d'abstention de plus de 60% au second tour. De nombreux électeurs ont préféré ne pas se rendre aux urnes par peur d'être contaminés. 

Vote systématique, vote intermittent et abstention systématique

Le vote systématique désigne le fait de voter la même année à tous les tours des élections nationales, et l'abstention systématique de ne voter à aucun de ces tours. On parle de vote "intermittent" lorsque l'électeur vote à certaines élections (souvent les plus mobilisatrices, comme la présidentielle) mais pas à d'autres, considérées plus secondaires, ou à un seul tour lorsqu'il y en a plusieurs.

Selon une étude de l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), le vote intermittent dépasse le vote systématique depuis 2017. Par ailleurs, de plus en plus d'électeurs ne votent à aucun des tours des élections nationales : en 2022, l'abstention systématique concernait 16% des électeurs (contre 12% en 2002 et 9% en 2007). 

Le niveau de l'abstention est variable selon le type de scrutin

Aux élections municipales, l'abstention reste relativement contenue, en raison de l'importance que les citoyens accordent à la politique locale et à leur maire. À l'exception des élections de 2020, marquées par la crise du Covid-19, le taux d'abstention aux élections municipales se maintient à 30% depuis les années 1990. 

Aux élections législatives, l'abstention a atteint des taux records ces dernières années. Aux seconds tours de 2017 et 2022, l'abstention s'est élevée à plus de 50%, soit 30 points de plus que dans les années 1970. Lors des élections législatives de 2024, organisées à la suite de la dissolution de l'Assemblée nationale, le taux d'abstention était de 33,37% au second tour, en nette baisse par rapport aux précédentes législatives. Ce regain de participation peut être expliqué par une forte mobilisation liée au contexte exceptionnel de la dissolution, décidée dans la foulée des élections européennes. 

D'autres types de scrutins présentent des taux d'abstention traditionnellement élevés. L'abstention aux élections européennes s'élève en moyenne à 50% de l'électorat français depuis les années 1980. Lors des dernières élections européennes de 2024, la participation a légèrement augmenté (51,49%), en hausse de 1,37 point par rapport au scrutin de 2019.

L'élection présidentielle échappe à la désaffection. L'abstention y reste importante (de l'ordre de 20% en moyenne), mais elle est nettement inférieure aux autres scrutins. Cependant, le phénomène de volatilité électorale explique l'augmentation de l'abstention entre le 1er et le 2ème tour. Les électeurs, insatisfaits des résultats du 1er tour, peuvent choisir de s'abstenir au second. Ainsi, le taux d'abstention atteint 28,01 % lors du second tour de la présidentielle de 2022, frôlant des niveaux records.

L'évolution de l'abstention et son ancrage en France ont donné lieu à de nombreuses enquêtes et études sur les raisons structurelles de ce phénomène. 

Outre les crises économique, sanitaire, sécuritaire ou climatique, qui ont renforcé le décalage entre le temps de la démocratie représentative et les attentes de la société, l'abstention peut être interprétée comme le signe d'un éloignement entre les citoyens et la classe politique. L'abstention peut être motivée par l'absence de visibilité sur les enjeux de l'élection. L'affaiblissement des partis traditionnels et l'émergence de mouvements visant à bousculer les anciens clivages contribuent à l'éparpillement de l'offre politique. La multiplication des sources d'information, la place grandissante des réseaux sociaux et l'autonomisation des luttes politiques favorisent la fragmentation de l'électorat.

L'abstention peut aussi être une manière d'exprimer son mécontentement, voire un certain fatalisme, vis-à-vis du système politique. D'autres modalités d'expression politique sont privilégiées par certains : organisation de mouvements (Gilets Jaunes), manifestations, signature de pétitions... 

L'abstention est aussi étudiée selon des critères sociologiques. Lorsque la participation électorale baisse, elle baisse davantage au sein des groupes déjà situés en marge du vote, en particulier les classes populaires. On observe aussi des écarts selon le niveau de diplôme des électeurs. En 2022, hors étudiants, 29% des inscrits sans diplôme ont voté à tous les tours de la présidentielle et des législatives, contre 44% des diplômés de l'enseignement supérieur (source : étude de 2022 l'Insee).

Le taux d'abstention diffère aussi selon les générations. À l'élection présidentielle de 2022, la tranche la plus abstentionniste était celle des plus jeunes (les 18-29 ans), hommes comme femmes (Source : Le vote et l'abstention des jeunes au prisme de leurs valeurs et de leur situation sociale, Institut national de la jeunesse et de l'éducation populaire - INJEP). Les écarts de participation selon l'âge se creusent de plus en plus. Seuls 28% des jeunes de moins 30 ans ont voté au second tour des législatives en 2022, contre 59% des 65 ans ou plus, soit 31 points d’écart, contre 25 points d'écart en 2002 (source : étude de 2022 l'Insee). 

En vidéo

  • Quelles sont les principales raisons de l’abstention ?

    Alors la France a basculé dans une démobilisation électorale assez importante à partir de la fin des années 1980.

    On a vu une élection comme l'élection législative, qui est l'élection reine, qui est celle de la mise en place du suffrage universel, et pour lesquelles on a des comparaisons dans un temps long.

    On a vu l'abstention commencé d'augmenter à cette élection, qui a longtemps été autour de 20 % d'abstention, et puis qui atteint presque 40 % au tournant des années 2000, et vous voyez en 2017 au deuxième tour des législatives, on a une abstention de 57 %.

    Donc ça vous donne une idée de l'ampleur de l'abstention.

    Après, tout au long de ces années-là, l'abstention a augmenté de façon différenciée en fonction des scrutins.

    Elle a atteint presque tous les scrutins intermédiaires entre deux présidentielles, y compris les élections municipales qui, pourtant, résistent davantage.

    Mais les élections européennes sont des élections qui enregistrent désormais régulièrement un taux d'abstention élevé, et les élections régionales, départementales, bien entendu.

    Seule la présidentielle, en réalité, échappe à l'abstention massive, même si elle n'échappe pas, elle-même, à une hausse de l'abstention, mais qui est beaucoup plus mesurée.

    On est pour une présidentielle depuis quelques années, autour de 25 % d'abstention.

    En 2002, on s'est approché des 30 %, mais c'était un phénomène exceptionnel.

    Et la participation la plus importante a été enregistrée en 2007.

    Mais depuis 2007, la participation à la présidentielle baisse un petit peu également.

    Les facteurs de l'abstention sont multiples.

    C'est la raison pour laquelle, voilà, c'est difficile d'expliquer l'abstention.

    Il y a des déterminants sociaux qui sont très forts de la participation électorale, qui sont anciens et qui continuent de peser encore aujourd'hui.

    Des déterminants socio-démographiques au premier rang desquels figure l'âge.

    On a toujours moins voté à 25 ans qu'à 45 ans.

    Tout simplement parce que la participation électorale, ça prolonge d'autres formes d'intégration sociale et que le fait d'avoir un travail stable, une famille, et bien ça favorise le fait d'aller porter un bulletin dans l'urne.

    Et puis, il y a un autre facteur qui s'est greffé à celui de l'âge, c'est celui de la génération.

    Qui explique que les jeunes d'aujourd'hui aient tendance à rester loin des urnes quand ils ne comprennent pas vraiment l'enjeu d'un scrutin, ou quand ils ne sont pas d'accord avec l'offre des candidats.

    Ils ne culpabilisent plus de s'abstenir, alors que les personnes des générations plus anciennes continuent de voter, ou peuvent aller régulièrement voter, tout en n'étant pas plus confiants en la politique.

    Ensuite, il y a évidemment les facteurs sociaux.

    Le rapport au vote, comme le rapport à la politique de façon générale, il est en partie lié au niveau de diplôme.

    Et donc, plus on est diplômé, plus on a de chances de faire entendre sa voix dans les urnes et autrement d'ailleurs.

    Et de la même façon, plus on a un patrimoine important, plus on est sécurisé financièrement et économiquement, plus on a de chances de participer.

    Et puis, il y a évidemment des facteurs politiques.

    Qu'est-ce qui fait se déplacer vers les urnes ?

    C'est le fait d'avoir l'impression que sa voix va avoir un effet, qu'elle va contribuer à faire élire un candidat porteur d'un projet de société qui va amener des changements ou qui va maintenir une société qui convient.

    Mais c'est le facteur politique qui donne un sens au déplacement vers les urnes.

    Alors évidemment, quand les citoyens ne croient plus que le vote change la vie.

    Quand les citoyens sont défiants à l'égard des élus, et bien ces facteurs-là ne sont évidemment pas favorables à la participation électorale.

    Et puis, il y a enfin des facteurs procéduraux.

    Qui ne font pas évidemment à eux seuls le niveau de participation électorale, mais qui peuvent le changer et qui peuvent faire perdre ou gagner quelques points.

    Le fait qu'en France, on dispose d'une procédure d'inscription électorale volontaire qui oblige après que les jeunes aient bénéficié d'une inscription automatique une fois, l'année de leurs 18 ans, qui oblige les gens, après chaque déménagement, à se réinscrire là où ils déménagent, et bien conduit à laisser à l'écart des urnes une partie importante de la population.

  • Le profil des abstentionnistes a-t-il évolué dans le temps ?

    Alors, dire que l'abstention a des facteurs structurels, et qu'il y a des déterminants sociaux de la participation électorale, c'est aussi dire qu'il y a une certaine stabilité dans le profil des abstentionnistes.

    À cette réserve près, cependant, et qui explique l'augmentation notable de l'abstention dans les milieux populaires aujourd'hui.

    À cette réserve près, que pendant longtemps, en France, les quartiers populaires et les lieux du travail ouvriers notamment, ont bénéficié d'un encadrement par des syndicats, par les partis politiques, par le milieu associatif, articulé aux milieux politiques locaux.

    Un encadrement qui favorisait la participation le jour du vote parce qu'il était articulé à des formes de sociabilité quotidienne des milieux populaires.

    Aujourd'hui, la faible syndicalisation et la déstructuration des partis politiques a eu pour effet de priver, finalement, les milieux populaires de ces formes d'encadrement qui compensaient l'absence de diplômes et l'absence d'intérêt pour la politique, voilà, liée à des facteurs très sociaux.

    Donc ça, ça a eu un effet sur l'évolution du profil des abstentionnistes.

    Et puis, il y a une catégorie d'abstentionnistes qui a toujours existé, et qui, peut-être, depuis quelques années, est en train de croître, qui est celle des abstentionnistes politisés, qui connaissent les enjeux des élections et qui décident de ne plus y aller, pour manifester une sorte de défiance à l'égard du système démocratique.

  • Quelles solutions mettre en œuvre pour lutter contre l’abstention ?

    Alors, bien évidemment, dire que l'abstention s'explique par de multiples facteurs, c'est dire qu'il n'y a pas un moyen, et un seul, qui résoudra le problème de l'abstention.

    Tous les leviers peuvent être activés, mais certains plus ou moins facilement et selon un calendrier plus ou moins rapide.

    Bien évidemment, parmi les facteurs structurels, les facteurs politiques structurels.

    Comment redonner confiance en la politique ?

    Ça dépend évidemment des candidats.

    Ça dépend des partis politiques.

    Ça dépend des élus et de la manière dont ils font la politique.

    Bien sûr que, si les citoyens avaient l'impression que voter produit des effets concrets, qu'ils pouvaient mesurer l'effet de leur déplacement, alors on n'aurait aucun mal à faire revenir les électeurs vers les urnes.

    Mais ça, j'ai envie de dire, la balle est dans le camp des professionnels de la politique et des candidats, pour essayer de redonner du sens au vote.

    Il y a évidemment des leviers sur lesquels on peut agir facilement.

    Je pense à l'école, par exemple.

    L'école ne répond pas suffisamment aujourd'hui à cette attente de compréhension des jeunes.

    C'est assez paradoxal parce qu'on est un des pays dans lequel l'éducation morale et civique occupe le plus de place en termes d'heures réservées dans les programmes.

    Et puis, il y a évidemment, des facteurs et des leviers pour la participation qui sont liés aux procédures électorales et qui, là, sont très faciles à mettre en œuvre.

    Il est bien évident que toutes les formes de vote qui permettront le vote à distance, peuvent avoir un effet facilitateur.

    Évidemment, aucune mesure technique ne permettra à ceux qui doutent, ou à ceux qui n'y croient plus, de retourner vers les urnes avec le sentiment qu'il va se passer quelque chose, bien sûr.

    Mais ça peut, en facilitant la participation, lever certains obstacles au vote, bien évidemment.

Podcast

Le vote au prisme du genre : femmes et hommes votent-ils différemment ? (2/3)

17 mars 2025   - Temps de lecture  12 min

Patrice : Bonjour à toutes et à tous,

Bonjour « Léa »

Léa : Bonjour « Patrice » 

Patrice : Depuis que les femmes françaises ont le droit d’aller aux urnes, leur manière de voter a évolué, aussi bien en matière d’abstention que dans le choix des candidats. 

À l’occasion du 80e anniversaire du premier vote des femmes, au printemps 1945, voici une 
nouvelle série de « L’Actualité de la vie publique » consacrée à la participation des femmes à la vie politique.

Au sommaire de ce deuxième épisode : 

« Le vote au prisme du genre : femmes et hommes votent-ils différemment ?»

Patrice : Nous avons vu, Léa, lors de l’épisode précédent que les femmes ont voté pour la première fois en 1945. Comment le comportement électoral des femmes a-t-il évolué depuis les premières élections auxquelles elles ont participé ?  Y a-t-il des différences entre le vote des femmes et celui des hommes ? 

Léa : Aujourd’hui, Patrice, on peut dire que les femmes votent comme les hommes. Sauf dans quelques cas particuliers que nous allons aborder dans cet épisode, le genre en lui-même n’a plus réellement d’influence sur le comportement électoral. Pourtant, au moment de l’obtention du droit de vote par les femmes, celles-ci ne votent pas comme les hommes. Elles se déplacent moins aux urnes, et pour celles qui votent, leur choix se porte davantage vers des partis conservateurs. Leur vote majoritairement conservateur peut être expliqué par le fait que les femmes étaient à cette époque toujours dépendantes de leurs époux, sur plusieurs plans – notamment 
économiquement. Par ailleurs, la religion jouait un rôle important dans l’orientation de leur vote. Rappelons que l’argument principal des Républicains laïcs qui s’opposaient au suffrage féminin était la crainte de l’influence de l’Église sur le vote des femmes.

Puis, au cours de la deuxième moitié du vingtième siècle, les femmes deviennent progressivement indépendantes. Elles travaillent davantage et ont un niveau de diplôme de plus en plus élevé. Cette autonomie acquise par les femmes, ajoutée à une prise de conscience des inégalités qu’elles subissent, les amènent à voter davantage pour des partis progressistes. Dans les années 1960, elles votent globalement autant que les hommes, et le choix des candidats qu’elles élisent diffère de moins en moins de celui de leurs homologues masculins. Les élections législatives de 1986 sont les premières élections auxquelles les femmes votent autant à gauche que les hommes. 

Patrice : Au-delà de l’accès au marché du travail et d’une plus grande indépendance économique, le vote des femmes est-il influencé par d’autres enjeux politiques ? 

Léa : Tout à fait Patrice, le vote des femmes ne saurait être expliqué uniquement par leur statut économique. Elles peuvent être attirées par les discours de certains partis et candidats, 
généralement situés à gauche de l’échiquier politique, qui défendent des politiques publiques qui les concernent directement comme l’accès à l’IVG ou les programmes en faveur de l’égalité femmes-hommes. Le poids de ces projets politiques s’observe surtout chez les jeunes générations. Lors des élections présidentielles de 2022, les femmes de 25 à 34 ans ont davantage voté que les jeunes hommes du même âge pour le candidat de La France Insoumise, dont le programme 
abordait la question de la condition féminine et de l’égalité hommes-femmes. Néanmoins, ce constat est à nuancer, puisque de plus en plus de jeunes femmes votent pour des partis d’extrême-droite, qui n’abordent pas ou peu ces questions. Les électeurs comme les électrices du Rassemblement national indiquent voter pour ce parti pour d’autres mesures proposées, 
notamment en matière migratoire. Et même au-delà du vote pour des partis d’extrême-droite, les femmes ne sont pas toutes autant sensibles aux enjeux féministes, et de nombreuses électrices citent d’autres sujets de préoccupation qui orientent prioritairement leur vote, comme l’économie, la santé ou encore l’éducation.

Patrice : Et est-ce que les femmes participent-elles autant à la vie politique que les hommes ? 

Léa : Alors malgré une nette progression de l’engagement politique des femmes depuis 
l’obtention du droit de vote, un écart persiste par rapport au niveau d’engagement des hommes. Ceux-ci participent davantage à des campagnes politiques, s’engagent plus souvent dans un parti politique, etc.… L’une des explications à cet écart est que les femmes sont en moyenne toujours plus impliquées dans la sphère familiale et domestique que les hommes, ce qui réduit le temps qu’elles pourraient consacrer à des activités politiques exigeant de la disponibilité et des 
ressources. L’impression d’être insuffisamment compétentes ou légitimes peut également décourager certaines femmes. En revanche, elles s’impliquent dans d’autres modes d’action politique, tels que la signature de pétitions ou la participation à des manifestations, et ce davantage que les hommes. 

Patrice : Et pour revenir à la participation politique via le vote : est-ce que le taux d’abstention varie selon le genre ? 

Léa : Alors plus exactement, le taux d’abstention selon le genre varie en fonction du type 
d’élection.  On remarque que le vote des femmes est « intermittent ». Les femmes participent 
davantage que les hommes aux élections mobilisatrices, à savoir notamment les élections 
présidentielles et législatives, qui sont très couvertes médiatiquement. En revanche, elles se 
déplacent moins aux urnes pour les élections considérées plus secondaires. Ainsi, au premier tour des dernières élections régionales et départementales, en 2021, le taux d’abstention des femmes était estimé à plus de 70 % par les instituts de sondage, contre seulement 59 à 65 % chez les hommes. 

Patrice : l’âge des votantes, Léa, a-t-il également un impact sur l’abstention ?

Léa : Tout à fait Patrice, l’âge est un facteur important à prendre en considération. Aujourd’hui 
encore, les femmes nées avant l’acquisition du droit de vote se déplacent moins aux urnes que les hommes de la même génération. Mais l’abstention augmente également chez les plus jeunes, hommes comme femmes. À la dernière élection présidentielle, en 2022, la tranche la plus 
abstentionniste était celle des plus jeunes (les 18-29 ans), hommes comme femmes. En revanche, l’abstention systématique – c’est-à-dire aux deux tours - était plus marquée chez les jeunes hommes (27 %) que chez les jeunes femmes (20 %). 

Patrice : Alors on voit bien comment le genre et la génération peuvent avoir un impact dans la manière de voter - ou de s’abstenir - ; mais existe-t-il d’autres facteurs socioculturels qui influencent le vote, au sein-même du groupe des femmes ?  

Léa : Effectivement Patrice, d’autres facteurs sont à prendre en compte pour expliquer le vote des femmes. On l’a vu, la présence sur le marché du travail a une influence dans le vote. La classe sociale et le niveau de diplôme sont également des éléments à prendre en considération. En France, les femmes avec un niveau de diplôme plus faible votent aujourd’hui davantage pour le Rassemblement national. Pour prendre l’exemple d’un autre pays : aux États-Unis, le niveau de 
diplôme a également une forte influence, notamment au sein du groupe des femmes blanches. À l’élection présidentielle, depuis 2004 (année de réélection de Georges W. Bush), les femmes blanches peu diplômées votent en majorité pour le candidat républicain – y compris pour Donald Trump. Au contraire, les femmes blanches très diplômées optent pour le candidat démocrate, aux côtés des femmes appartenant à un groupe ethnique minoritaire (notamment les femmes 
afro-américaines, latinas et asiatiques). En France, il n’est en revanche pas possible de déterminer l’influence de l’appartenance à un groupe ethnique minoritaire, les statistiques ethniques étant 
interdites.

Patrice : Concernant justement les partis pour lesquels votent les femmes qui se déplacent aux urnes, qu’est-ce que le phénomène du Gender gap ? 

Léa : Le concept de Voting gender gap a été développé aux États-Unis par la National Organisation of Women (l’Organisation nationale des femmes). Il s’inspire du concept initial de Gender pay gap, qui désigne l’écart de salaires entres les femmes et les hommes. Le Voting gender gap désigne les différences de vote entre les partis de droite et ceux de gauche selon que l’on est un homme ou une femme. Ce terme a été particulièrement employé lors de l’élection présidentielle américaine de 1980, lors desquelles on a constaté que les femmes avaient davantage voté pour le candidat démocrate, Jimmy Carter, que pour le républicain, Ronald Reagan. Depuis cette élection, le Gender gap est un invariant aux États-Unis, avec un écart de vote de 4 à 12 points de pourcentage entre les femmes et les hommes.

Patrice : Le système électoral français est-il comparable aux États-Unis en matière de Gender gap ?

Léa : Alors la situation en France n’est pas vraiment comparable à celle des États-Unis. Le système électoral états-unien est différent du système français. De structure binaire - avec deux partis seulement qui remportent alternativement les élections - le système américain favorise la 
polarisation, et donc un éparpillement moindre des voix. C’est pourquoi un Gender gap apparaît plus facilement aux États-Unis qu’en France, où le multipartisme caractérise les élections – du moins le premier tour. 

Patrice : On entend aussi parler, Léa, d’un Radical Right Gender Gap, de quoi s’agit-il ?

Léa : Alors sur la base du principe du Gender gap, le concept de Radical Right Gender gap a été théorisé par la chercheuse Terri Givens. Il décrit un principe selon lequel les femmes soutiendraient moins les partis d’extrême droite que les hommes. 

Patrice : de telles différences dans le vote pour les partis d’extrême-droite sont-elles 
observées au sein de l’Union européenne, et plus particulièrement en France ?

Alors oui au sein des pays de l’Union européenne, un Radical Right Gender gap apparaît quasiment systématiquement, bien qu’il existe des nuances entre les pays et selon le type d’élections. Mais la France fait figure d’exception : on n’y observe plus d’écart en fonction du genre dans le vote pour les candidats du Rassemblement national – anciennement Front national -, et ce depuis l’élection présidentielle de 2012. Le Rassemblement national est ainsi parvenu depuis cette date à conquérir une partie de l’électorat féminin, puisque le scrutin présidentiel de 2022 a été le 
troisième consécutif à ne pas révéler de différences entre les femmes et les hommes dans le vote pour ce parti. 

Patrice: Pour revenir à la question de l’âge qui, nous l’avons vu, a un impact dans le vote, une 
polarisation croissante est de plus en plus observée entre les jeunes femmes et les jeunes hommes. Pour quelles raisons ? 

Léa : Effectivement Patrice, les jeunes se distinguent des autres générations à ce sujet aussi. Davantage que leurs aînés, ils votent soit pour un parti de gauche radicale, soit pour un parti d’extrême-droite. L’enquête European Social Survey révèle qu’en moyenne, les jeunes femmes 
européennes se disent plus à gauche que leurs homologues masculins. En France, on observe 
aussi une tendance générale des jeunes femmes à voter pour des partis progressistes. Néanmoins si l’on s’intéresse uniquement aux jeunes électeurs du Rassemblement national, on remarque que les jeunes femmes y sont plus nombreuses que les jeunes hommes. À l’élection présidentielle de 2022, plus d’un tiers des femmes âgées de 18 à 24 ans ont voté pour la candidate de ce parti au premier tour, contre un quart des hommes. De 1988 à 2017, le vote pour le Front – puis le Rassemblement – National a quadruplé chez les jeunes femmes. Alors plusieurs caractéristiques sont observées chez les jeunes électrices de ce parti à la popularité croissante : une situation 
professionnelle instable, une forte exposition au chômage ou encore des manques de perspectives éducatives.

Patrice : et à l’inverse, le genre du candidat ou de la candidate influe-t-il sur le vote ?

Léa : Non Patrice, on ne peut pas affirmer que les électeurs et électrices vont voter différemment selon que le candidat est un homme ou une femme. Comme nous l’avons vu, c’est avant tout en fonction de leurs préoccupations que les électeurs votent. Une exception est néanmoins apparue lors de l’élection présidentielle de 2022, concernant le vote pour le candidat du parti Reconquête !. Les femmes ont beaucoup moins voté pour lui que les hommes, faisant ressurgir un Radical Right Gender gap. Mais cet écart semble davantage lié aux positions de ce candidat qu’à son genre.

Patrice : Alors nous avons beaucoup discuté de l’évolution du comportement électoral des femmes. Mais le Gender gap est-il seulement dû à l’évolution des pratiques des femmes ? 

Léa : Et non Patrice, les différences de vote dépendent aussi – voire surtout – du comportement des hommes. Chez les jeunes hommes, notamment, on observe un conservatisme social de plus en plus fort. L’exemple du vote pour le candidat de Reconquête ! est assez illustratif de l’influence que peut avoir le genre masculin de l’électeur dans ses opinions politiques. Les discours du 
candidat sur des concepts tels que la « masculinité » ou la famille traditionnelle ont attiré certains 
électeurs, là où ils ont plutôt fait figure de repoussoir chez les femmes. Ainsi, les hommes peuvent orienter leur vote, de la même manière que les femmes, en fonction d’éléments liés à leur position sociétale. 

Patrice : Donc Léa malgré quelques exceptions, on peut conclure en définitive que le genre, à lui seul, n’a plus d’influence sur le vote en France. 

C’est la fin de cet épisode ! Merci beaucoup « Léa ». 

Dans le troisième et dernier épisode, nous nous intéresserons à la place des femmes au sein des institutions politiques : sont-elles aussi présentes que les hommes aux instances de pouvoir ? 

Vous pouvez réécouter gratuitement les deux premiers épisodes de cette série sur vos plateformes préférées et notre chaîne YouTube. N’hésitez pas à vous y abonner !

Et pour en savoir plus, rendez-vous sur notre site internet Vie-publique.fr et nos réseaux sociaux.

On se retrouve très bientôt ! Au revoir « Léa », au revoir à toutes et à tous !

Léa : Au revoir !

 

 

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Quiz : Citoyenneté et vie démocratique

QUIZ

Quiz : Citoyenneté et vie démocratique Étape 1 sur 10

Score : 0

Quand devient-on citoyen ?

Bonne réponse

On devient citoyen à 18 ans en atteignant l’âge de la majorité politique.

Mauvaise réponse

On devient citoyen à 18 ans en atteignant l’âge de la majorité politique.

Quiz : Citoyenneté et vie démocratique Étape 2 sur 10

Score : 0

Tous les Français sont-ils citoyens ?

Bonne réponse

Sont citoyens français les personnes ayant la nationalité française et jouissant de leurs droits civils et politiques (le droit de vote par exemple). Cela exclut de la citoyenneté les mineurs, certains majeurs sous tutelle et les personnes déchues de ces droits par les tribunaux.

Mauvaise réponse

Sont citoyens français les personnes ayant la nationalité française et jouissant de leurs droits civils et politiques (le droit de vote par exemple). Cela exclut de la citoyenneté les mineurs, certains majeurs sous tutelle et les personnes déchues de ces droits par les tribunaux.

Quiz : Citoyenneté et vie démocratique Étape 3 sur 10

Score : 0

En quelle année les femmes ont-elles obtenu le droit de vote en France ?

Bonne réponse

L’ordonnance du 21 avril 1944 donne aux femmes de plus de 21 ans le droit de vote et rend ainsi le droit de suffrage réellement universel. Les femmes votent pour la première fois aux élections municipales d’avril-mai 1945.

Mauvaise réponse

L’ordonnance du 21 avril 1944 donne aux femmes de plus de 21 ans le droit de vote et rend ainsi le droit de suffrage réellement universel. Les femmes votent pour la première fois aux élections municipales d’avril-mai 1945.

Quiz : Citoyenneté et vie démocratique Étape 4 sur 10

Score : 0

Peut-on être privé de son droit de vote ?

Bonne réponse

Un citoyen peut, dans certaines circonstances, se voir privé de son droit de vote et de son droit d’éligibilité. Certaines infractions pénales, en raison de leur gravité, sont sanctionnées par la privation de ces droits essentiels liés à la citoyenneté. Les droits de vote et d’éligibilité sont également retirés à certains incapables majeurs.

Mauvaise réponse

Un citoyen peut, dans certaines circonstances, se voir privé de son droit de vote et de son droit d’éligibilité. Certaines infractions pénales, en raison de leur gravité, sont sanctionnées par la privation de ces droits essentiels liés à la citoyenneté. Les droits de vote et d’éligibilité sont également retirés à certains incapables majeurs.

Quiz : Citoyenneté et vie démocratique Étape 5 sur 10

Score : 0

Les détenus conservent-ils leur droit de vote ?

Bonne réponse

L’incarcération entraîne la suppression de la plupart des droits accordés aux citoyens mais quelques droits sont maintenus, tel que le droit de vote. Pour se voir retirer le droit de vote, les détenus doivent avoir été condamnés à une peine complémentaire interdisant l’exercice de tout ou partie de leurs droits civiques.

Mauvaise réponse

L’incarcération entraîne la suppression de la plupart des droits accordés aux citoyens mais quelques droits sont maintenus, tel que le droit de vote. Pour se voir retirer le droit de vote, les détenus doivent avoir été condamnés à une peine complémentaire interdisant l’exercice de tout ou partie de leurs droits civiques.

Quiz : Citoyenneté et vie démocratique Étape 6 sur 10

Score : 0

En quelle année la citoyenneté européenne a-t-elle été créée ?

Bonne réponse

La citoyenneté européenne a été introduite par le Traité de Maastricht signé en 1992 et entré en vigueur en 1993.

Mauvaise réponse

La citoyenneté européenne a été introduite par le Traité de Maastricht signé en 1992 et entré en vigueur en 1993.

Quiz : Citoyenneté et vie démocratique Étape 7 sur 10

Score : 0

Qui peut obtenir la citoyenneté européenne ?

Bonne réponse

Toute personne ayant la nationalité d’un État membre de l'Union européenne possède automatiquement la citoyenneté européenne.

Mauvaise réponse

Toute personne ayant la nationalité d’un État membre de l'Union européenne possède automatiquement la citoyenneté européenne.

Quiz : Citoyenneté et vie démocratique Étape 8 sur 10

Score : 0

À quelles élections les citoyens européens résidant en France peuvent-ils participer ?

Bonne réponse

Les citoyens de l'Union européenne qui résident en France peuvent participer aux élections municipales et aux élections européennes dans les mêmes conditions que les électeurs français. Pour exercer ce droit de vote, ils doivent être inscrits sur les listes électorales et remplir les conditions d'âge et de capacité juridique.

Mauvaise réponse

Les citoyens de l'Union européenne qui résident en France peuvent participer aux élections municipales et aux élections européennes dans les mêmes conditions que les électeurs français. Pour exercer ce droit de vote, ils doivent être inscrits sur les listes électorales et remplir les conditions d'âge et de capacité juridique.

Quiz : Citoyenneté et vie démocratique Étape 9 sur 10

Score : 0

Les manifestations doivent-elles être autorisées préalablement ?

Bonne réponse

Non, mais les manifestations sont réglementées, de façon à prévenir les troubles de l’ordre public. Depuis le décret-loi du 23 octobre 1935, il existe une obligation de déclaration préalable : trois organisateurs de la manifestation doivent, au minimum trois jours avant l’événement, déposer une déclaration à la mairie ou à la préfecture indiquant leurs nom et domicile, le jour, l’heure et l’itinéraire de la manifestation.

Mauvaise réponse

Non, mais les manifestations sont réglementées, de façon à prévenir les troubles de l’ordre public. Depuis le décret-loi du 23 octobre 1935, il existe une obligation de déclaration préalable : trois organisateurs de la manifestation doivent, au minimum trois jours avant l’événement, déposer une déclaration à la mairie ou à la préfecture indiquant leurs nom et domicile, le jour, l’heure et l’itinéraire de la manifestation.

Quiz : Citoyenneté et vie démocratique Étape 10 sur 10

Score : 0

Les militaires ont-ils le droit de faire grève ?

Bonne réponse

Les militaires, comme certaines catégories de personnels (policiers, CRS, magistrats…) n'ont pas le droit de faire grève.

Mauvaise réponse

Les militaires, comme certaines catégories de personnels (policiers, CRS, magistrats…) n'ont pas le droit de faire grève.

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