Qu’est-ce que la volatilité électorale ?

Les analyses de sociologie électorale démontraient après guerre que les électeurs étaient au final assez peu influencés par les médias, y compris – à partir des années 1950 et 1960 – par la télévision. L’appartenance à un groupe social, classe sociale et profession, ou encore l’inscription dans un système idéologique particulier (par ex. : catholicisme, mouvements laïcs) semblaient alors forger des ancrages beaucoup plus déterminants. Les échanges avec leurs proches immédiats (famille, collègues, voisins…) pesaient plus sur les choix des individus que les discours médiatiques. Il en résultait une relative stabilité des enracinements politiques et des comportements électoraux (par ex. : famille communiste, famille gaulliste, France catholique conservatrice, milieux laïcs socialistes…).

Cohérence du vote d’une élection à l’autre, cohérence au sein de la famille (couple, parents/enfants), ce modèle de l’électeur dit "déterminé" s’est fragilisé à mesure que les alternances se sont multipliées à partir de 1981. Une même personne passe volontiers de droite à gauche, se risque au vote frontiste… Toutes les trajectoires s’observent désormais. Il serait certes absurde de diagnostiquer une volatilité généralisée. Beaucoup restent fidèles à une famille politique. Mais beaucoup aussi changent de positionnement, votent par intermittence, se décident au dernier moment.

Le phénomène n’est pas nouveau en soi, mais il a longtemps caractérisé les groupes les moins intéressés par la politique et les moins "compétents" en ce domaine. La volatilité d'aujourd'hui concerne également une partie de l’électorat diplômé, politisé, cultivé. Ceux qui affirment s’être finalement décidés "dans l’isoloir" désarçonnent d’autant plus les observateurs qu’ils peuvent, par leur poids, déterminer l’issue de l’élection.