Quel est l'impact du système de soins français sur l'état de santé de la population ?

Si l’on examine la performance du système de soins français à l’aune de l’état de santé de la population, on peut dresser un bilan contrasté.

Parmi les points positifs :

  • L’espérance de vie, et notamment celle des femmes, place la France parmi les pays de tête : l’espérance de vie moyenne des Françaises (85,4 ans en 2012 et 2014) est largement supérieure à celle des Européennes (82,8 ans en 2012). Seules les Espagnoles peuvent espérer vivre aussi longtemps. L’espérance de vie des hommes (78,7 en 2012 ; 79,2 ans en 2014) se situe également au-dessus de la moyenne européenne (77,5 ans en 2012).
    Par ailleurs, l’espérance de vie au-delà de 65 ans (23,4 ans pour les femmes en 2012 ; 19,1 ans pour les hommes, contre respectivement 20,9 et 17,7 pour la moyenne des pays de l’OCDE) progresse régulièrement (de 3 ans environ tous les 10 ans).
  • Les bons résultats en matière de traitement des maladies cardiovasculaires. Même si elles demeurent la première cause de décès pour les femmes en France et la deuxième pour les hommes, après les cancers, notre pays affiche le taux de mortalité le plus faible d’Europe pour les deux sexes (en 2009, 158 décès pour 100 000 hommes et 92 pour 100 000 femmes).

Sur ces deux points, l’impact du système de soins est important. En effet, l’accès aux professionnels (médecins généralistes et spécialistes, autres professionnels de santé), aux infrastructures (hôpitaux), aux équipements (IRM, scanners, radiologie, etc.), ainsi qu’aux techniques et aux produits de santé (médicaments) permet de prolonger la durée de vie en bonne santé, mais également avec une affection de longue durée.

Cependant, les résultats du système de santé français sont moins bons concernant les décès prématurés (c’est-à-dire avant 65 ans), soit 20 % de l’ensemble des décès. Ces décès concernent essentiellement les hommes, qui meurent 2,2 fois plus souvent que les femmes avant 65 ans. Ainsi, en 2010, le taux de mortalité prématurée chez les hommes (261 décès pour 100 000 habitants) se situait nettement au-dessus de celui des pays de l’Europe de l’Ouest (215 décès). Seuls le Portugal (268 décès) et la Finlande (273) présentaient des taux supérieurs à la France.

Quatre grands types de causes sont à l’origine de près de 80% de la mortalité avant 65 ans. Il s’agit :

  • des tumeurs (37%) ;
  • des accidents et autres morts violentes (20%) ;
  • des maladies de l’appareil circulatoire (14%) ;
  • des décès directement attribués à une consommation excessive d’alcool : alcoolisme, psychose alcoolique, cirrhose du foie (6%).

Pour l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale), plus de la moitié des décès survenant avant 65 ans sont dus à des causes dont la maîtrise ne nécessite pas nécessairement un accroissement des budgets, des personnels ou des infrastructures du système de soins. Une large part de ces décès pourrait être évitée par :

  • une modification des comportements individuels (par exemple pour les décès ou pathologies liés à la consommation excessive d’alcool et de tabac) ;
  • par une intervention adaptée et plus efficace du système de soins, en recourant notamment à une prévention plus systématique et organisée, mais également en luttant plus efficacement contre les inégalités sociales de santé et les phénomènes de non-recours aux soins.

Système de soins et santé publique : un facteur parmi d'autres 

La question de l’impact des soins sur l’état de santé est importante au regard des sommes qui sont chaque année consacrées en France au système de santé (11,7 % du PIB en 2013). Cependant, la réponse est loin d’être évidente et surtout tranchée. Plusieurs hypothèses sont avancées, parfois contradictoires.

Ainsi, pour certains, le système de soins n’aurait aucun impact. Cette position radicale se fonde sur des études historiques montrant que la forte diminution des décès entre le XVIIIe et le XIXe siècle est intervenue avant l’essor des sciences médicales, par une amélioration des conditions de vie et notamment de la nutrition, de l’accès à l’eau potable ou du développement de l’hygiène publique.

Cependant, cette analyse est moins vraie à partir de la seconde moitié du XXe siècle qui voit l’essor de traitements efficaces, comme les antibiotiques, les statines, les vaccins, etc. Ceux-ci ont un impact considérable et mesurable sur l’état de santé des populations. Ainsi, des pathologies très meurtrières (par exemple la tuberculose) ont pu être éradiquées dans les pays disposant d’un système de soins.

Par ailleurs, les causes de mortalité ont aujourd'hui évolué par rapport au XIXe siècle. Si les maladies infectieuses reculent, on constate qu’elles sont remplacées par des maladies dégénératives ou chroniques, comme le diabète, l’asthme, les maladies cardiovasculaires, pour lesquelles le système de soins et les progrès de la médecine ont permis d’améliorer considérablement l’espérance de vie et le confort de vie des personnes qui en sont atteintes.

Ainsi, si l’on ne peut affirmer que le système de soins permet à lui seul l’amélioration de l’état de santé de la population, il est un des facteurs importants y contribuant.