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Vie publique
L'essentiel de Vie publique
La politique du handicap
Numéro 14 - Vendredi 18 avril 2025

La loi du 11 février 2005 a constitué une avancée majeure dans la reconnaissance des droits des personnes en situation de handicap. Elle visait à favoriser l'inclusion des personnes handicapées dans la société en leur donnant accès à l'éducation, à l'emploi et à un cadre de vie adapté à tous les types de handicap. Qu'en est-il vingt ans après la promulgation de cette loi ?

Pourquoi on en parle ? 

Le 12e Comité interministériel du handicap s'est réuni le 6 mars 2025. Le gouvernement a annoncé vouloir renforcer les mesures concernant l'accessibilité des personnes handicapées, avec notamment la mise en place de sanctions contre les établissements recevant du public (ERP) qui n'auraient pas entamé de démarches d'accessibilité, comme le prévoit la loi handicap de 2005. Parmi les autres mesures prévues : la prise en charge intégrale des fauteuils roulants dès décembre 2025, la mise en accessibilité de toutes les gares prioritaires d'ici 2027 ou encore le déploiement de 500 pôles d'appui à la scolarité (PAS) pour améliorer l'accueil des élèves en situation de handicap à la rentrée 2025.

18,2
millions
LE CHIFFRE CLÉ

C'est le nombre de personnes de cinq ans et plus qui présentent un handicap en France, selon la Drees. Ce chiffre peut varier de 5,7 millions à 18,2 millions de personnes, selon les critères retenus (limitations fonctionnelles, restrictions d'activité...). Près de 28% des Français vivant à domicile déclarent avoir au moins une limitation fonctionnelle sévère (vue, audition, mobilité, mémoire, etc.) et 10% rapportent des restrictions importantes dans leurs activités quotidiennes (se coucher et se lever, s'habiller, faire ses courses, manger et boire...).

Loi de 1975 : de l'exclusion à l'intégration 

Les premières lois relatives aux personnes handicapées remontent au lendemain de la Première Guerre mondiale, avec des mesures pour réinsérer les mutilés de guerre et la création d'emplois réservés. Mais c'est la loi du 30 juin 1975 qui marque le début d'une politique du handicap en France. La loi reconnaît des droits fondamentaux aux personnes handicapées pour mettre fin à leur exclusion. Leur intégration dans la société devient une « obligation nationale ». Ce texte a introduit plusieurs mesures clés :

  • une garantie de ressources, avec la création de l'allocation adulte handicapé (AAH) pour les adultes et de l'allocation d'éducation spéciale (AES) pour les parents d'enfants handicapés (désormais appelée allocation d'éducation de l'enfant handicapé - AEEH) ;
  • la mise en place de commissions départementales, chargées de reconnaître le handicap et d'attribuer les prestations (CDES et COTOREP). Ces deux commissions ont fusionné en 2006 pour devenir la Commission départementale des droits et de l'autonomie des personnes handicapées (CDAPH).
Loi de 2005 : de l'intégration à l'inclusion 

Trente ans après la loi fondatrice de 1975, la loi du 11 février 2005 est venue réformer en profondeur les politiques publiques pour garantir l'égalité des droits des personnes handicapées et favoriser leur inclusion dans la société : obligation d'accessibilité des transports et des établissements recevant du public (ERP), création d'un droit à compensation du handicap, droit à la scolarisation en milieu ordinaire et sanctions dissuasives en cas de non-respect de l'obligation d'emploi de travailleurs handicapés dans les entreprises... La loi crée la prestation de compensation du handicap (PCH), pour couvrir les frais liés à la perte d'autonomie. Elle instaure également un « guichet unique », les maisons départementales pour les personnes handicapées (MDPH), chargé d'évaluer les besoins de la personne handicapée et d'assurer son insertion scolaire ou professionnelle.

Constitue un handicap, au sens de la présente loi, toute limitation d'activité ou restriction de participation à la vie en société subie dans son environnement par une personne en raison d'une altération substantielle, durable ou définitive d'une ou plusieurs fonctions physiques, sensorielles, mentales, cognitives ou psychiques, d'un polyhandicap ou d'un trouble de santé invalidant. 

Art. L. 114 du code de l'action sociale et des familles 

 

La personne handicapée a droit à la compensation des conséquences de son handicap quels que soient l'origine et la nature de sa déficience, son âge ou son mode de vie. 

Art. L. 114-1-1 du code de l'action sociale et des familles

Une définition du handicap dans la loi

C'est la loi du 11 février 2005 qui a introduit, pour la première fois, une définition du handicap dans le code de l'action sociale et des familles. Cette définition légale était nécessaire, car c'est à partir d'elle que sont ouverts les droits spécifiques aux personnes handicapées. La loi pose également le principe du « droit à compensation » pour permettre à chaque personne de faire face aux conséquences de son handicap dans la vie quotidienne. Cette compensation peut prendre plusieurs formes (aides financières, hébergement, logement adapté, aide à la communication...).


Les grandes lois sur le handicap en France
Convention internationale pour les droits des personnes handicapées

Dès les années 1970, l'Organisation des Nations Unies (ONU) se saisit de la question du handicap et publie deux déclarations : l'une en 1971 sur les droits des personnes déficientes mentales, et l'autre, en 1975 sur les droits des personnes handicapées. Cela a abouti en 2006 à l'adoption de la Convention relative aux droits des personnes handicapées (CIDPH), ratifiée par la France en 2010. C'est la première convention internationale qui protège les droits des personnes handicapées. Elle remet en cause l'approche médicale du handicap fondée sur les incapacités de l'individu. Selon la Convention, le handicap résulte de l'interaction entre les caractéristiques de l'individu et son environnement, créant des obstacles à l'accès et à l'exercice de ses droits.

D'après un rapport de 2020 du Défenseur des droits, la définition française du handicap retenue dans la loi de 2005 n'est pas conforme à la Convention, car « elle n'identifie pas l'environnement comme un facteur causal sur lequel il convient d'agir (...) pour prévenir ou remédier aux situations de handicap ».

L'accessibilité, un défi permanent 

La loi handicap de 2005 impose une accessibilité pour les personnes handicapées dans tous les domaines de la vie quotidienne : logements, transports, espace public, moyens de communications en ligne, services publics... Vingt ans après la loi, les objectifs sont loin d'être atteints, selon le Défenseur des droits. La loi prévoyait que tous les établissements recevant du public (ERP) soient accessibles d'ici 2015. Face à l'impossibilité d'atteindre cet objectif, le gouvernement avait instauré les Agendas d'accessibilité programmée (Ad'AP) pour faciliter la mise aux normes des ERP en leur accordant un délai supplémentaire de 3 à 9 ans. En 2024, le dispositif a pris fin et seulement 50% des ERP sont accessibles. Côté logement, la loi de 2005 imposait que toutes les constructions neuves soient accessibles aux personnes handicapées. En 2018, la loi Elan a réduit cet objectif à 20%. Dans une décision rendue publique en avril 2023, le Comité européen des droits sociaux du Conseil de l'Europe considère que cette situation constitue une violation de la Charte sociale européenne en matière de droits des personnes handicapées.

LES MOTS DANS L'ACTU
Accessibilité

Conception de produits, d'équipements, de programmes et de services nécessaires à toute personne en incapacité permanente ou temporaire pour se déplacer et accéder librement et en sécurité à son logement, ainsi qu'à tous les lieux publics et activités. Par exemple, l'accessibilité numérique représente la possibilité, pour une personne aveugle de remplir sa déclaration d'impôt en ligne de manière autonome.

Inclusion

L'inclusion vise à lever les obstacles pour permettre l'accès des personnes handicapées aux structures ordinaires (éducation, emploi, services sociaux, loisirs...). Elle suppose une adaptation de la société pour qu'elle soit accessible à tous, sans distinction. À l'inverse, l'intégration repose sur l'idée que c'est à la personne handicapée de s'adapter à la société par l'intermédiaire de structures spécialisées.

Inclusion scolaire 

Depuis la loi de 2005, les effectifs d'élèves en situation de handicap en milieu scolaire ordinaire ont triplé, passant de 155 361 élèves à la rentrée 2006 à 490 000 à la rentrée 2024. Cependant, le parcours des élèves et de leurs familles reste complexe, d'après un rapport sur l'inclusion scolaire de la Cour des comptes de 2024. Manque de formation des enseignants et des AESH (accompagnants d'élèves en situation de handicap), matériel pédagogique inadapté, insuffisance des travaux pour rendre les écoles accessibles, classes surchargées... Les conditions ne sont pas toujours réunies pour permettre une scolarité véritablement inclusive. En 2023, 15% des saisines du Défenseur des droits relatives aux droits de l'enfant concernaient le handicap, la très grande majorité étant liées à la scolarité des enfants.

L'emploi des personnes handicapées, une obligation légale 

Les entreprises ont l'obligation d'employer des personnes handicapées (OETH). Depuis la loi du 10 juillet 1987, les entreprises de 20 salariés ou plus doivent compter au moins 6% de travailleurs handicapés dans leurs effectifs. Celles qui ne respectent pas ce quota doivent verser une contribution financière à l'Agefiph (secteur privé) ou au FIPHFP (secteur public). Ces fonds permettent de financer des aides à l'insertion professionnelle des personnes handicapées : formations, primes à l'embauche, aménagement des postes ou accessibilité des locaux... La Dares dénombre 674 400 travailleurs handicapés en 2023. Le taux d'emploi direct s'établit à 3,6% des effectifs, en-dessous du seuil légal de 6%. Les personnes reconnues handicapées sont près de deux fois moins souvent en emploi que l'ensemble de la population et deux fois plus exposées au chômage lorsqu'elles sont actives. Selon un rapport du Sénat, les inégalités d'accès à la formation professionnelle entraînent un niveau de qualification plus faible chez les travailleurs handicapés et constituent l'un des freins majeurs à leur emploi.

Répartition des entreprises selon leur taux d'atteinte directe de l'obligation d'emploi des travailleurs handicapés
Source : Dares, 2023
Droits en attente 

Les Maisons départementales des personnes handicapées (MDPH) s'occupent de 6,3 millions d'usagers avec 14 millions de droits ouverts en 2023 (chiffres CNSA) : reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé, droit à un accompagnant d'élève en situation de handicap, allocation pour adulte handicapé, cartes de priorité ou d'invalidité... Depuis leur création, les MDPH connaissent une hausse continue de leur activité. Si ce guichet unique a permis d'améliorer l'accès aux droits des personnes handicapées depuis 2005, le système montre ses limites. Dans deux tiers des départements, les délais de traitement des demandes dépassent les quatre mois réglementaires, avec des disparités importantes d'un département à l'autre, selon un rapport de l'IGAS. Pour la Prestation de compensation du handicap (PCH), les délais vont au-delà de six mois dans 40% des MDPH.

Une barrière d'âge à 60 ans 

La Prestation de compensation du handicap (PCH) est l'une des réponses au droit à compensation reconnu par la loi handicap de 2005. Attribuée sans conditions de ressources, cette aide financière permet de couvrir des besoins variés : aide humaine, aide matérielle ou encore aide animalière. En 2023, on dénombre 350 811 bénéficiaires de la PCH, dont 32 975 enfants. Des réformes successives ont assoupli les critères d'éligibilité et les besoins couverts par la PCH, facilitant ainsi l'accès à la compensation pour un plus grand nombre de personnes. En 2021, une nouvelle « PCH parentalité » a été créée pour soutenir les parents handicapés dans leurs tâches quotidiennes. Toutefois, la suppression des barrières d'âge, prévue par loi de 2005, n'a pas été réalisée. Ainsi, les personnes dont le handicap se déclare après 60 ans ne sont pas éligibles à la PCH, mais bénéficient de l'allocation personnalisée d'autonomie (APA), qui ne couvre que partiellement les charges liées à la perte d'autonomie. Une loi du 17 février 2025 a créé une procédure dérogatoire pour les personnes atteintes de maladies évolutives graves (comme la maladie de Charcot) afin qu'elles puissent bénéficier de la PCH plus rapidement et après 60 ans.

L'extrait de la Doc'
Les politiques publiques du handicap

L'approche institutionnelle du handicap aborde celui-ci sous l'angle des mécanismes de protection et de compensation. Une telle approche ne peut parvenir à prendre en compte l'individualité de la personne. (...) Les personnes handicapées sont des sujets de droit, et pas uniquement de soins, qui ont des capacités et des interactions avec leurs concitoyens. Ce changement de paradigme devrait permettre de ne plus considérer les personnes en situation de handicap comme des destinataires passifs mais comme des citoyens actifs et impliqués à leur propre niveau. Une évolution juridique ne peut suffire à combattre les stéréotypes et les préjugés si elle ne s'accompagne pas d'une refonte de la structure sousjacente institutionnelle dont les composantes perpétuent une vision dépassée du handicap.

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