« Le traitement juridique des outre-mer dans l’histoire coloniale puis contemporaine a façonné les bases d’une « citoyenneté minorée », vecteur d’inégalités dans l’accès à certains droits fondamentaux. Il n’est pas surprenant que, avant 1946, le principe de spécialité juridique qui régissait les colonies françaises, selon lequel les lois adoptées en métropole n’étaient pas appliquées dans les colonies ou seulement à la demande expresse du législateur ou de l’exécutif, ait produit de profondes inégalités à la défaveur des populations dominées, tant en matière commerciale que sur le plan civil (accès à la citoyenneté, droits de propriété, droit du travail, droit d’accès à l’éducation, etc.). En revanche, le statut de citoyen de « seconde zone » réservé aux ultramarins après 1946 est plus difficile à comprendre, surtout pour les territoires (la Guadeloupe, la Guyane, la Martinique, La Réunion, et Mayotte en 2011) qui ont opté pour l’assimilation législative à travers le statut politique de la départementalisation. En effet, même si, en théorie, le droit commun s’y applique parce que ce sont des circonscriptions françaises, les départements et régions d’outre-mer (DROM) ont conservé une particularité juridique qui renvoie à leur passé colonial et qui explique l’éventuelle application d’une législation spécifique, comme le prévoit l’article 73 de la Constitution. » |