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La France et l'OTAN
Numéro 33 - Vendredi 6 mars 2026

La France fait partie des pays fondateurs de l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (OTAN) et a joué un rôle central dans la création de l’Alliance atlantique en 1949. Elle n’a jamais remis en cause son engagement, mais a parfois contesté le fonctionnement de l’organisation, jugé trop centré sur les États-Unis. Quelles sont les relations aujourd'hui entre la France et l’OTAN ?

Pourquoi on en parle ? 

Il y a 60 ans, le 7 mars 1966, le président de la République Charles de Gaulle informait le président des États-Unis, Lyndon B. Johnson, de sa décision de retirer la France du commandement intégré de l’Organisation du traité de l'Atlantique nord (OTAN). Il demandait, en conséquence, le retrait des forces armées états-uniennes et canadiennes installées sur le territoire français.

La naissance d'une alliance 

Le 4 avril 1949, dix pays européens (Belgique, Danemark, France, Islande, Italie, Luxembourg, Norvège, Pays-Bas, Portugal, Royaume-Uni) et deux pays d’Amérique du Nord (États-Unis et Canada) signent le Traité de Washington qui donne naissance à l'Alliance atlantique. Par ce traité, communément appelé Traité de l’Atlantique Nord, les États s’engagent à préserver la paix et la sécurité. Ils se fixent l’objectif d’assurer leur défense collective (article 5), notamment face à l'Union soviétique. Ils répondent à deux impératifs : 

  • politiques, à travers la promotion des valeurs démocratiques, la coopération entre les États membres sur les questions de défense et de sécurité ;
  • militaires, avec la conduite d’opérations de défense en l’absence d’une solution diplomatique. 

L'Organisation du traité de l'Atlantique nord (OTAN) est la structure chargée de réaliser les objectifs de l'Alliance atlantique. La France est donc l’un des pays fondateurs de l’Organisation.

La France considère que les changements accomplis ou en voie de l’être, depuis 1949, en Europe, en Asie et ailleurs, ainsi que l’évolution de sa propre situation et de ses propres forces, ne justifient plus, pour ce qui la concerne, les dispositions d’ordre militaire prises après la conclusion de l’alliance soit en commun sous la forme de conventions multilatérales, soit par accords particuliers entre le gouvernement français et le gouvernement américain. C’est pourquoi la France se propose de recouvrer sur son territoire l’entier exercice de sa souveraineté, actuellement entamé par la présence permanente d’éléments militaires alliés ou par l’utilisation habituelle qui est faite de son ciel, de cesser sa participation aux commandements « intégrés » et de ne plus mettre de forces à la disposition de l’OTAN. 

Lettre du 7 mars 1966 de Charles de Gaulle au président américain Lyndon Johnson annonçant le retrait de la France du commandement intégré de l’OTAN.

Pourquoi la France a quitté le commandement intégré de l'OTAN en 1966 ?

À son retour au pouvoir, Charles de Gaulle conteste la prédominance des États-Unis dans le commandement de l’OTAN mais n’obtient pas une réorganisation de l’Alliance. En parallèle, la France affirme sa souveraineté stratégique : elle procède à son premier essai de bombe nucléaire en 1960 et possède des armes nucléaires opérationnelles dès 1964. En 1966, la France décide de se retirer du commandement militaire intégré de l’Alliance pour reprendre la main sur sa politique de défense. Cette décision ne remet nullement en cause l’engagement français à prendre part à la défense collective de l’Alliance.


Combien de pays compte l’OTAN ? 

Depuis 1949, le nombre de pays membres de l'Alliance est passé de 12 à 32, en dix vagues d'élargissement. 23 pays sont membres de l'Union européenne et 7 autres sont situés en Europe. Hormis les deux pays d'Amérique du Nord (États-Unis et le Canada) qui sont membres fondateurs, seuls les pays européens peuvent intégrer l'OTAN. L'article 10 du Traité de l’Atlantique Nord stipule que l’adhésion à l’Alliance est ouverte à « tout autre État européen susceptible de favoriser le développement des principes du présent Traité et de contribuer à la sécurité de la région de l’Atlantique Nord ». Le dernier pays à avoir intégré l’OTAN est la Suède, en 2024. Trois pays européens non membres de l'UE sont candidats pour adhérer à l'OTAN : la Bosnie-Herzégovine, la Géorgie et l’Ukraine.

Les 32 pays membres de l'OTAN
Quelles sont les relations France-OTAN après 1966 ? 

La conséquence la plus visible de la sortie de la France du commandement intégré est le départ, le 1er avril 1967, des 26 000 soldats nord-américains présents sur son sol. Plusieurs accords sont signés pour définir le cadre des relations France-OTAN : 

  • l’accord Ailleret-Lemnitzer en 1967 : la France n’intervient avec l’OTAN que sur ordre de son gouvernement sur un territoire limité et ses forces armées sont placées sous commandement national ; 
  • l’accord Valentin-Ferber en 1974 étend les possibilités d’engagement des forces françaises. 

En 1983, la France accueille à Paris le Conseil atlantique. Le président François Mitterrand, dans son discours devant le Bundestag du 20 janvier 1983, soutient le déploiement, par l’OTAN, des armes nucléaires Pershing II en Allemagne (« le pacifisme est à l’Ouest, les euromissiles sont à l’Est », discours du 12 octobre 1983). En 1991, la France contribue à la rédaction du nouveau concept stratégique (ouverture aux pays de l’Est), elle intervient en Bosnie dans une opération de l’OTAN.

Quand la France a-t-elle réintégré l’OTAN ? 

La réintégration dans le commandement intégré de l’OTAN se fait en deux temps. La décision d’un retour partiel de la présence française dans les structures militaires de l’OTAN est actée en 1995. Les ministres de la défense participent aux réunions ministérielles de l’OTAN, les chefs d’État-major français prennent part aux réunions avec leurs homologues des pays Alliés, et le représentant militaire français auprès de l’OTAN siège au Comité militaire. La décision française de pleine participation à l’OTAN en 2008 poursuit deux objectifs : d’une part, accroître la présence de la France dans l’Alliance et d’autre part de faciliter la relance de l’Europe de la défense, en levant toute ambiguïté sur une éventuelle concurrence entre les deux organisations. La France réintègre les structures militaires de l’OTAN lors du Sommet de Strasbourg-Kehl en avril 2009.

À quelles opérations la France a-t-elle participé au sein de l'OTAN ? 

Malgré son retrait, la France a participé à plusieurs opérations militaires menées par l’OTAN depuis les années 1990 :

  • Bosnie-Herzégovine (1992‑1995) : opérations de maintien de la paix et missions aériennes dans le cadre de la Force de protection (IFOR/SFOR) ;
  • Kosovo (1999-2014) : campagne aérienne contre la Yougoslavie pour mettre fin aux violences contre les Kosovars. La France participe au maintien de l'ordre et de la paix au sein de la KFOR (Opération Trident) ;
  • Afghanistan (2001‑2014) : la France a contribué à la Force internationale d’assistance et de sécurité (ISAF) après les attentats du 11 septembre 2001 ; 
  •  Libye (2011) : la France a participé à la protection des civils contre le régime de Kadhafi (Opération Unified Protector) ; 
  • Estonie et Roumanie (2022-aujourd'hui) : depuis le début de l’attaque de l’Ukraine par la Russie, près de 2 000 militaires français sont mobilisés pour renforcer la posture dissuasive et défensive de l'OTAN sur le flanc oriental de l'Europe.
LES MOTS DANS L'ACTU
Europe de la défense

Il s’agit des capacités des États membres de l’Union européenne à décider et agir dans le domaine de la défense (article 42 du Traité sur l’UE). La France plaide pour un renforcement de l’Europe de la défense : l’Europe doit pouvoir se défendre par elle-même, sans dépendre de l’OTAN et du soutien des États-Unis. Pour que cette ambition devienne crédible et durable, il est nécessaire de développer une culture stratégique commune entre Européens.

Pilier européen de l’OTAN

Cela désigne l’ensemble des capacités et des approches communes (ou définies conjointement) qui permettent aux pays européens membres de l’OTAN de remplir leurs obligations en tant qu’alliés et, en même temps, d’agir conjointement par eux-mêmes pour leur défense (Revue nationale stratégique 2025).

Comment fonctionne l’OTAN aujourd’hui ? 

Son siège est à Bruxelles et chaque pays y possède une délégation permanente dirigée par un ambassadeur. L’organe décisionnel est le Conseil de l’Atlantique Nord. Il fixe les orientations politiques de l’Alliance, assure la direction politique des opérations, adopte les budgets de l’OTAN et prend l’ensemble des décisions nécessaires au bon fonctionnement de l’Alliance. Il est présidé par le secrétaire général. Chaque État membre dispose d'un représentant au sein du Conseil de l’Atlantique Nord. Toutes les décisions de l'OTAN sont prises par consensus.

Comment l’organisation est-elle financée ? 

L’OTAN tire son financement des contributions directes et des contributions indirectes de ses pays membres :

  • les contributions directes sont destinées à alimenter les budgets et programmes financés en commun. Elles se sont élevées à 4,6 milliards d’euros en 2025. Chacun contribue au budget de l'OTAN selon une clé de répartition qui est fondée sur leur revenu national brut. Il y a trois grands budgets financés en commun : le budget civil (fonctionnement du siège de l'Organisation), le budget militaire (structure de commandement de l'OTAN) et le programme d'investissement au service de la sécurité (infrastructures et capacités militaires) ; 
  • les contributions indirectes correspondent aux dépenses de défense des États pour mettre des forces à disposition de l’Alliance. L’OTAN ne disposant pas d’armée propre, ce sont les pays membres qui fournissent, sur une base volontaire, troupes, équipements et soutien logistique, selon leurs moyens. Sous la pression du président américain Donald Trump, qui dénonçait l’effort insuffisant de certains Européens, et face aux tensions géopolitiques, les Alliés ont décidé, au sommet de La Haye en juin 2025, de porter leurs dépenses de défense à 5% de leur PIB d’ici 2035, contre 2% actuellement. Seule l'Islande n'est pas concernée par cet objectif car elle n'a pas de forces armées. 
Quelle est la participation financière de la France ? 

En 2025, la France est le 4e contributeur aux budgets militaire et civil de l’OTAN, avec une quote-part de 10,19%, derrière les États-Unis et l’Allemagne (15,88% chacun) et le Royaume-Uni (10,96%). Selon un récent rapport parlementaire, la contribution totale du ministère des Armées s’élève à 338,9 millions d’euros en 2025 et devrait atteindre 415,5 millions en 2026, soit une hausse de 22,6%. Cette augmentation reflète les engagements pris par la France lors du sommet de l’OTAN à La Haye en 2025. Cette somme sera répartie entre le programme d’investissement de l’OTAN (226,9 M€) et le budget militaire (188,6 M€). La France respecte également les directives de l’OTAN en matière de dépenses de défense. Dans une note du 19 mai 2025, le Haut-commissaire à la stratégie et au plan souligne que le contexte géopolitique actuel devrait mener la France à se doter d'objectifs de dépenses militaires globales équivalents à 3,5% de son PIB, voire à 5%. Un projet d'actualisation de la loi de programmation militaire (LPM) 2024-2030 sera débattu prochainement au Parlement.

1 588
milliards de dollars
LE CHIFFRE CLÉ

C’est le montant total dépensé par les 32 pays membres de l'OTAN pour leur défense en 2025, selon les estimations de l'Organisation. À eux seuls, les États-Unis, pilier militaire et financier de l’Alliance, ont consacré près de 980 milliards de dollars pour leur défense, ce qui représente 62% des dépenses totales des pays de l'OTAN. L’Allemagne arrive en deuxième position avec 98 milliards de dollars, devant le Royaume-Uni (91 milliards) et la France (67 milliards). Rapporté en part du PIB, c'est la Pologne qui consacre la plus grosse part de son budget à la défense au sein de l'Alliance (4,48%), devant les États-Unis (3,22%).

Les dépenses de défense des pays de l'OTAN en 2025 (en % du PIB)
Source : OTAN (2025)
L’OTAN : socle de la sécurité européenne 

Dans le contexte actuel de la guerre en Ukraine, l’OTAN joue un rôle stratégique de défense pour l’Union européenne. Le soutien des États-Unis et la cohésion de l’organisation sont des gages de sécurité pour l’Europe. Mais la réélection de Donald Trump à la présidence américaine soulève des questions sur l’avenir de l'OTAN et la solidité du lien transatlantique. Le président américain a évoqué un possible désengagement des États-Unis vis-à-vis de l'Alliance et remis en cause l’article 5 sur la défense mutuelle, ce qui pourrait laisser les pays européens seuls face à une attaque russe. La Revue nationale stratégique 2025 souligne que « l’hypothèse d’un retrait significatif de capacités américaines du continent européen ne peut plus être écartée » et appelle les alliés européens à développer des capacités crédibles, dans le cadre d’« une feuille de route européenne ambitieuse, pour garantir la résilience de l’Alliance ». En février 2026, les États-Unis ont transféré certaines fonctions de commandement des forces interarmées de l’OTAN à leurs alliés européens. Washington conserve, toutefois, le commandement des forces maritimes (Marcom) et le commandement suprême des forces alliées en Europe (Saceur), gardant ainsi la main sur la direction stratégique de l'Alliance.

Le parapluie nucléaire français 

Bien que la France et la Royaume-Uni soient toutes deux des puissances nucléaires, le parapluie nucléaire américain reste le garant de la sécurité européenne. Dans le cadre de la dissuasion nucléaire de l’OTAN, plusieurs États européens hébergent sur leur territoire des armes atomiques états-uniennes (partage nucléaire) : l'Italie, les Pays-Bas, l'Allemagne, la Belgique, la Turquie. Les pays participant à cette politique sont tenus de prendre des décisions communes en la matière et d’entretenir conjointement le matériel nécessaire à l'emploi de cette force de frappe. En février 2025, Emmanuel Macron a ouvert le débat sur un possible partage de la dissuasion nucléaire française à ses alliés européens. Dans un discours prononcé le 2 mars 2026, le chef de l’Etat a annoncé vouloir mettre en place une « dissuasion avancée » avec l'Allemagne, l'Angleterre, la Pologne, les Pays-Bas, la Belgique, la Grèce, la Suède et le Danemark. Ces pays pourront participer aux exercices de dissuasion et accueillir certaines forces stratégiques françaises. La France conservera son entière souveraineté en matière de nucléaire : « Il n'y aura aucun partage de la décision ultime, ni de sa planification, ni de sa mise en œuvre. En vertu de notre Constitution, elle appartient au seul président de la République. » Cet effort interviendra en plus de la mission nucléaire de l’OTAN.

L'extrait de la Doc'

L’Europe ne peut plus naviguer à vue entre ses projets d’autonomie et la protection américaine, changeant d’orientation à chaque rebondissement de l’actualité. La France a souvent pratiqué elle-même ce « cabotage stratégique » : elle a voulu relancer l’Union de l’Europe occidentale (UEO) sous François Mitterrand lorsque l’OTAN se faisait trop exigeante ; Jacques Chirac a tenté de revenir dans le commandement intégré de l’OTAN en 1996 avant de remettre en selle l’Europe de la défense à Saint-Malo en 1998, à la suite du refus américain des propositions françaises ; Nicolas Sarkozy a opéré en 2009 le retour otanien esquissé par Jacques Chirac treize ans plus tôt, avant de revenir du côté européen avec les accords franco-britanniques de Lancaster House en 2010… Dépendante des États-Unis pour sa sécurité, mais capable de leur apporter une analyse plus sociologique et plus fine de l’international qui leur a souvent fait défaut, l’Europe peut se revaloriser aux yeux d’une Amérique qui n’a plus les moyens de rester seule face aux nouveaux défis. À condition toutefois d’assumer un véritable rôle stratégique, ce qui, pour beaucoup d’États membres de l’Union européenne, demande encore un long effort.

 

Auteur : Frédéric Charillon

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