Conférence de presse de Mme Maud Bregeon, ministre déléguée, porte-parole du Gouvernement, et M. David Amiel, ministre de l'action et des comptes publics, sur la situation internationale et ses conséquences économiques, Paris le 1er avril 2026.

Prononcé le 1er avril 2026

Intervenant(s) : 
  • Maud Bregeon - Ministre déléguée, porte-parole du Gouvernement ;
  • David Amiel - Ministre de l'action et des comptes publics

Circonstance : Réunion de l'ensemble du Gouvernement par le Premier ministre pour faire un point sur la situation internationale et ses conséquences économiques

Texte intégral

Maud BREGEON, 
[Voici un compte rendu], en lieu et place du compte rendu du Conseil des ministres du mercredi, pour faire un point suite à la réunion que nous avons tenue tous les ministres du Gouvernement autour du premier ministre Sébastien LECORNU. Un moment de partage et d'échange sur les grands enjeux de l'actualité. Le budget d'abord et l'ensemble des enjeux budgétaires, financiers. Mon collègue ministre des Comptes publics, David AMIEL, y reviendra juste après moi. Un point évidemment sur ce qui se passe à l'international, au Moyen-Orient, où Alice RUFO [ministre déléguée auprès de la ministre des Armées et des Anciens combattants] a pu revenir longuement suite à son déplacement au Liban. Et évidemment un point sur les impacts pour nos concitoyens, pour les secteurs économiques, des impacts énergétiques et de l'évolution des prix du carburant. J'y reviendrai évidemment après. Ce que je vous propose, c'est de prendre les sujets dans l'ordre, de commencer en laissant la parole à David AMIEL pour qu'il fasse un point sur les enjeux budgétaires, tant sur l'exercice en cours que l'exercice à venir, sur, là encore, les impacts de ce que l'on vit sur la situation internationale, sur le budget de notre pays, et puis je ferai ensuite un point dans la droite ligne sur les enjeux énergétiques.

David AMIEL
Bonjour à tous. Effectivement, la réunion qui a eu lieu autour du Premier ministre a permis de faire un point d'étape sur les travaux budgétaires. D'abord, évidemment, de revenir sur ce qui a permis l'an dernier, en 2025, non seulement de tenir l'objectif qui avait été prévu par la loi de finances initiale, c'est-à-dire un passage de 5,8 % du PIB de déficit à 5,4 %, mais de faire mieux que ce qui avait été prévu avec un déficit qui a finalement été établi par l'INSEE la semaine dernière à 5,1 %. Alors évidemment, 5,1 % de déficit, c'est encore beaucoup trop élevé. Et le Premier ministre avait eu l'occasion d'ailleurs de le rappeler dès vendredi dernier.

Mais ça nous montre une chose : ça montre qu'une méthode rigoureuse de suivi tout au long de l'année permet de tenir la dépense publique, y compris quand il y a des crises, puisqu'il y en avait eu aussi l'année dernière. On se rappelle d'ailleurs qu'il y a un an, jour pour jour, une guerre commerciale était déclenchée par les États-Unis. On se rappelle aussi de toutes les difficultés agricoles de la Nouvelle-Calédonie l'année dernière, et pour autant, par des mesures de serrage budgétaire qui avait eu lieu tout au long de l'année avec près de 10 milliards d'euros, c'est finalement un objectif qui a été tenu.

Et cette méthode, cette méthode sérieuse, cette méthode rigoureuse et cette méthode transparente, c'est ce dont nous avons besoin en 2026. Parce que, là aussi, le défi des finances publiques reste évidemment devant nous. Et dans un moment où nous devons lutter contre toutes nos dépendances, dépendance en matière géopolitique, et c'est évidemment l'enjeu de l'actualisation de la loi de programmation militaire qui sera proposée au Parlement. Dépendance énergétique, et on mesure à quel point elle est indispensable, et c'est l'enjeu à la fois de ce qui a été proposé avec la programmation pluriannuelle de l'énergie du côté de la production et aussi des mesures, et Maud BREGEON aura l'occasion d'y revenir, d'électrification qui sont devant nous, et évidemment dépendance financière.

C'est la raison aussi, et le Premier ministre l'a également rappelé, pour laquelle 2026 ne sera pas 2022. Et face à cette crise, nous devons avoir des mesures ciblées vers ceux qui en ont le plus besoin et non pas des mesures générales. Et nous devons avoir des investissements dans le long terme pour protéger les Français contre les chocs géopolitiques qui, on le voit depuis plusieurs années, ne cessent de se multiplier et nous ne pouvons pas verser une pluie de milliards d'euros chaque année dont nous n'avons pas le début d'un centime. Et quand on voit des oppositions qui, il y a quelques semaines, s'opposaient à l'électrification et donc à l'investissement dans le long terme et réclament maintenant des dépenses de milliards et de milliards d'euros sans qu'ils nous disent comment ils comptent les financer, ce n'est pas l'attitude que souhaite avoir le Gouvernement qui est effectivement de pouvoir retenir un langage de vérité aussi dans cette période-là.

Les aides qui ont été annoncées à ce stade, évidemment, de la crise sont donc ciblées par les secteurs qui en ont le plus besoin. Évidemment, nous restons très attentifs à l'évolution de la situation. Il y a beaucoup d'incertitudes, d'incertitudes géopolitiques, d'incertitudes militaires concernant la situation dans le détroit d'Ormuz et nous adaptons les dispositifs au plus juste. Nous avons également un principe clair, c'est que 1 euro dépensé pour soutenir les secteurs… Les Français qui en ont besoin face à la crise voudra dire 1 euro d'économiser ailleurs.

Nous sommes dans une période où les taux d'intérêt ont également augmenté en France mais aussi dans l'ensemble des économies développées. C'est le cas également aux États-Unis, en Allemagne depuis le début de la crise. Et donc s'endetter, ce qui était déjà inacceptable il y a quelques semaines, le serait encore plus aujourd'hui avec un coût de la dette qui est encore plus élevé. Alors évidemment, ce serait la facilité, nous sommes à un an d'une élection présidentielle, d'élections législatives, que de dire que tout cela serait au fond l'affaire de nos successeurs et qu'il leur reviendrait ensuite de présenter la facture aux Français. Ce n'est pas l'état d'esprit du Gouvernement. L'état d'esprit du Gouvernement est de tenir les objectifs de déficit parce que derrière, c'est aussi l'argent des Français que l'on protège.

Nous avons ensuite pu aborder également avec le Premier ministre la préparation du budget de 2027 avec deux principes. Le premier, c'est celui de la transparence. Nous sommes dans une période, je le disais, avec beaucoup d'inconnus. Beaucoup d'inconnus géopolitiques et donc beaucoup d'inconnus économiques. Nous réunirons le 21 avril 2026 l'ensemble des forces politiques représentées au Parlement, les partenaires sociaux, les représentants des organisations professionnelles, les représentants d'élus locaux, pour faire un bilan exhaustif des premières remontées. Ce que nous savons et ce que nous ne savons pas. Les différents scénarios et leurs impacts sur la situation économique et sur la situation des finances publiques. Et puis nous aurons l'occasion tout au long de l'année et jusqu'à la présentation des textes financiers pour 2027, de faire ainsi des points réguliers à cœur ouvert pour pouvoir nous adapter aussi en permanence et partager avec tous ceux qui évidemment ont à cœur de travailler aux intérêts du pays, de bénéficier des mêmes informations que celles dont nous disposons.

Puis, la deuxième priorité, c'est la sortie de nos dépendances. Je l'évoquais en matière financière, c'est le cas en matière militaire, c'est le cas en matière énergétique, c'est évidemment aussi le soutien qui doit rester au cœur de notre politique à notre économie parce que si nous avons tenu aussi un objectif de 5,1 % de déficit l'an dernier, c'est parce que la croissance française a résisté. Elle a résisté parce que nous sommes restés un pays propice à l'investissement, à l'emploi, à l'innovation. Et ce cœur-là de la machine économique, c'est aussi ce qui permet de tenir les déficits publics et donc là aussi de protéger l'argent des Français.

Donc : transparence, indépendance, voilà aussi les maîtres mots qui doivent nous guider dans la préparation des textes pour 2027.

Maud BREGEON
Merci Monsieur le Ministre.

En résumé sur la situation internationale et pour faire la transition sur le plan énergétique sans mauvais jeu de mots, peut-être commencer par dire qu'on est dans une grande incertitude, dans une grande volatilité des prix et nous admettons sans difficulté ne pas tout contrôler. En revanche, notre responsabilité, notre devoir, c'est de se préparer à tout. Et c'est vraiment le message qu'a passé le Premier ministre durant cette réunion à l'ensemble des membres du gouvernement : se préparer à tous les scénarios, des scénarios où le conflit dure, des scénarios où la crise énergétique s'intensifie, et mieux vaut donc être préparé, quand bien même on aspire évidemment tous à ce que cela n'arrive pas, mais notre responsabilité c'est de nous y préparer. Les réponses, elles tiennent, je dirais, en trois axes.

D'abord, il y a les réponses d'urgence, et les réponses d'urgence qu'on a commencé à déployer, je vais y revenir. Les réponses d'urgence, il y a deuxièmement l'électrification avec la présentation du plan d'électrification qui sera mise en avant la semaine prochaine. Et troisièmement, il y a une réflexion autour de la sobriété avec l'État en première ligne qui doit donner l'exemple. Les réponses, si je reprends, les réponses d'urgence. Vous les connaissez, on les a déclinées secteur par secteur.

Pourquoi est-ce qu'on a commencé par pêcheurs, agriculteurs, transporteurs ? Parce que c'étaient les secteurs pour qui le coût du gasoil était devenu trop important pour que le modèle économique soit encore soutenable. Et c'est pour ça qu'on a fait le choix, dans un premier temps, d'avancer dans ce sens-là. Ça n'épuise pas le sujet des professions et des Français qui travaillent en roulant beaucoup. On entend les difficultés que peuvent avoir les métiers du soin. Je pense aux infirmières, je pense aux aides à domicile. On ne s'interdit pas et on ne ferme pas la porte à d'éventuels soutiens dans les jours à venir. Ça, c'est la première chose.

Ensuite, on adaptera les dispositifs, tant en termes de durée qu'en termes d'ampleur, en fonction cela va de soi, de l'évolution de la situation et de l'évolution des prix de l'énergie et évidemment, précisément, majoritairement, du carburant. Mais on pourra y revenir si vous voulez dans vos questions. L'électrification ensuite, parce que certes, il y a des réponses d'urgence, des réponses de court terme, mais on serait coupable de ne pas préparer les réponses de long terme. Puisque, comme personne n'a de boule de cristal, on peut dire à mon avis sans se tromper qu'on vivra d'autres crises de ce type-là. Quand on est dépendant à 60 % de l'énergie fossile importée, on paie le coût de nos dépendances. On le voit aujourd'hui avec ce qui se passe au Moyen-Orient, mais on l'a vu avec la guerre d'invasion russe en Ukraine en 2022-2023. Il y aura malheureusement d'autres moments de ce type-là.

Et donc on doit déployer, continuer à déployer des politiques publiques. C'est ce qu'a fait le Premier ministre quand il a annoncé la troisième programmation pluriannuelle de l'énergie. C'est ce que nous allons faire avec ce plan d'électrification qui n'avait pas été prévu hier. Il a été annoncé il y a plusieurs semaines déjà. Il y a des groupes de travail qui sont en train de cheminer et nous présenterons les résultats la semaine prochaine pour permettre à la France, petit à petit, de sortir de cette dépendance. Et au fond, quand on parle de transition énergétique, quand on parle de décarbonation, ce n'est pas des concepts abstraits. Quand on est pieds et poings liés à des puissances étrangères qui nous fournissent l'énergie que l'on consomme et qui, de facto, en fixent le prix, nous rendant complètement dépendants des choix qu'elles font. Et ça vaut pour le Moyen-Orient, ça valait évidemment hier pour le gaz russe, ça vaut pour le GNL américain, ça vaut pour le gaz algérien, on est dans une situation d'immense vulnérabilité. Et ça prendra du temps, parce que ça prend du temps de sortir de cette dépendance-là. Et c'est en même temps impérativement nécessaire.

Je me permets, je le rappelais à mes collègues tout à l'heure, je me permets de rappeler qu'il y a un mois et demi, lorsque le Premier ministre a eu le courage d'annoncer cette troisième programmation pluriannuelle de l'énergie, deux motions de censure ont été déposées au Parlement par le Rassemblement national d'une part et par la France insoumise d'autre part. Ceux qui aujourd'hui nous demandent de subventionner massivement et dans des proportions complètement irresponsables les énergies fossiles importées à grand coût de baisse de taxes sont ceux qui ont tenté de faire chuter le Gouvernement il y a 10 semaines de ça, alors même qu'on voulait avancer sur la décarbonation, sur les énergies renouvelables, sur le nucléaire, sur tout ce qui permet de maîtriser les factures d'électricité et de gaz défoncées.

Je me permets parce que je crois qu'il faut avoir un petit peu de mémoire. Et, pardon, je termine.

Le troisième levier, la troisième direction, c'est la sobriété. La sobriété pourquoi ? Parce que là encore, on ne sait pas de quoi sera fait ce conflit dans une semaine, dans un mois, dans deux mois. Nous n'avons pas à l'heure où l'on se parle le problème d'approvisionnement. J'ai eu l'occasion de le redire chez certains de vos confrères ce matin. Pour autant, si ces problématiques d'approvisionnement, même minimes, venaient à se présenter devant nous, alors nous devons être prêts à avoir réfléchi à un certain nombre de mesures qui permettent d'économiser l'énergie consommée et spécifiquement le carburant.

Je n'ai pas d'annonce à vous faire. Ce que je peux vous dire, c'est que le Premier ministre, là encore, a été très clair : l'État doit être en première ligne, l'État doit donner l'exemple et c'est donc à chaque ministre, évidemment en lien avec ses administrations, de réfléchir à des mesures sectorielles qui seraient pertinentes sans être inutilement contraignantes.

Et avant de passer à la partie question-réponse, peut-être terminer en disant que Sébastien LECORNU a insisté sur le fait que c'était au fond une question qui dépassait très largement les domaines uniques, si je puis dire, du ministre de l'Action et des Comptes Publics et du mien, ministre de l'Énergie, mais qui était vraiment entièrement transverse, qui concernait l'ensemble des politiques publiques sur lesquelles chacun devait s'investir. Chacun pouvait apporter des réponses et donc il y a vraiment une demande de coordination gouvernementale et d'implication gouvernementale très forte de la part des uns et des autres.

Voilà, je vous propose qu'on passe à une partie de questions-réponses si ça vous va.


Loïc BESSON
Bonjour, Loïc Besson BFMTV. Vous n'avez pas d'annonce à faire, est-ce que ça veut dire donc que le Gouvernement réfléchit encore à des mesures mais à ce stade, à cette heure, n'a décidé de prendre aucune mesure nouvelle face à l'évolution de la crise. Et le Premier ministre a parlé du surplus éventuel des recettes fiscales liées à la hausse du carburant. Pour l'instant, le Gouvernement expliquait qu'il n'y en avait pas parce qu'il y avait une baisse de la consommation. Alors est-ce que le Gouvernement s'est trompé ? Pourquoi ce changement de ligne ? Marine LE PEN crie au mensonge aujourd'hui.

Maud BREGEON
Alors, je vais commencer à répondre. Puis, je laisserai mon collègue compléter. Sur la première question et les éventuelles nouvelles mesures. D'abord rappeler qu'on est mercredi, nous avons annoncé des aides à hauteur de 70 millions pour les secteurs les plus en difficulté vendredi dernier et nous avons été très clairs sur le fait que ce n'était pas pour solde de tout compte et qu'il était bien évidemment encore envisageable d'avancer pour d'autres secteurs concernés. Mais effectivement, je n'ai pas d'annonce aujourd'hui précise à faire. Tout ça prendra peut-être encore quelques jours. Sur notre deuxième point, notre discours n'a pas varié et ne varie pas. Nous avons dit une chose très simple. Nous avons dit – et David AMIEL complétera probablement bien mieux que moi – nous avons dit les recettes, les éventuels suppléments de recettes issus de la TVA sont de toute façon compensés négativement par la baisse de la croissance, par la baisse de la consommation et par l'augmentation des taux. Pour autant, si nous devons, face à cette crise, dépenser de l'argent public, et nous le faisons déjà, je vous renvoie vers les aides qui ont été préalablement annoncées, alors cet argent public ne peut pas uniquement servir à des réponses de court terme, mais doit aussi servir vers des réponses de long terme, parce que c'est ces réponses de long terme qui permettront de nous protéger de la prochaine crise.

David AMIEL
Oui, pour compléter ce qui vient d'être dit par la porte-parole du Gouvernement et la ministre de l'Énergie, quand on regarde le budget de la France, c'est comme quand on regarde chacun d'entre nous notre propre budget. On regarde l'ensemble de ce qui entre et de ce qui sort, l'ensemble des recettes et l'ensemble des dépenses. Et c'est la raison pour laquelle les augmentations très importantes des prix de l'énergie n'ont jamais été une bonne nouvelle pour les finances publiques françaises. Pourquoi ? Parce que la TVA sur les produits pétroliers a effectivement une tendance mécanique à augmenter tout de suite quand le prix augmente, puisqu'elle dépend des prix. Mais ceux qui s'arrêtent là oublient de vous raconter tout le reste. Ils oublient de vous dire d'abord que si les volumes de consommation diminuent, la TVA, elle reculera aussi. Ils oublient de vous dire que dans la fiscalité qui est applicable à l'essence, au diesel, les assises pèsent deux fois plus que la TVA. Or, les assises ne dépendent pas du prix et ont tendance à reculer uniquement quand les volumes de consommation baissent. Et puis surtout, ils oublient de vous parler de l'impact sur les taux d'intérêt. Et ce qu'on voit depuis plusieurs semaines, depuis le déclenchement de la guerre dans le détroit d'Ormuz, c'est une augmentation des taux d'intérêt, je le disais, dans tous les pays développés. Pour la France, les taux d'intérêts ont augmenté depuis la fin du mois de février, ce qui voudrait dire plusieurs milliards d'euros de dépenses supplémentaires dès cette année 2026. Et puis ils oublient également de vous dire l'impact sur l'activité économique. Et d'ailleurs, on le voit bien dans les différentes questions qui reviennent. Beaucoup de secteurs sont inquiets. Beaucoup de secteurs affrontent des difficultés importantes et ce n'est pas pour rien. Et tout ça va se retrouver forcément dans les chiffres de la croissance et donc dans les recettes fiscales, l'impôt sur les sociétés, la TVA sur les autres biens et services, l'impôt sur le revenu. Mais je le disais, notre maître mot, ce sera la transparence. Et donc à partir du moment où les remontées de TVA pour le mois de mars seront consolidées, on aura une vision plus claire aussi de l'évolution macroéconomique, eh bien on mettra ces chiffres, globaux, à disposition évidemment de l'ensemble des partis politiques et on les rendra publics. Tout sera rendu public dès que les premières remontées seront consolidées. C'est le travail qui est en cours par le ministère de l'Économie et des Finances.

Journaliste
Bonjour, Monsieur le ministre. Bonjour, Madame la ministre. Le Premier ministre a évoqué le financement d'une partie, en tout cas du plan d'électrification [ph], grâce au surplus fiscal de la hausse des prix du carburant. Est-ce que donc vous avez, en tout cas en l'état, un chiffrage de ce surplus, puisque vous vous projetez déjà dans un financement de ce plan grâce à ce surplus ? D'autant que certains économistes évoquent une baisse de la consommation. Donc est-ce qu'il y a réellement d'ailleurs un surplus ? Et puis, autre question. Dans la continuité, ce matin, Laurent WAUQUIEZ parlait, lui, d'entre 2 et 3 milliards d'euros. Est-ce que vous pensez que ce chiffrage est réaliste ? Merci.

David AMIEL
Quand on parle de milliards d'euros aujourd'hui, c'est surtout des milliards d'euros en moins pour le budget de l'État. Et j'évoquais à l'instant les plusieurs milliards d'euros que nous coûterons, ne serait-ce que la remontée des taux d'intérêt. Le Premier ministre a été extrêmement clair ce matin, comme il l'a d'ailleurs été depuis le début de la crise. Il n'y a pas de cagnotte. Il n'y a pas de cagnotte quand on a un déficit à 5,1 % du produit intérieur brut. Et il n'y a pas de cagnotte quand on affronte une hausse massive des prix de l'énergie. Néanmoins, et c'est ce qu'a dit Maud BREGEON à l'instant, la dépense publique qui doit être engagée, elle doit nous permettre de protéger les Français contre les futures crises qui, on le sait d'ores et déjà, on ne sait pas encore sous quelle forme, de quelle manière, seront amenées dans les années qui viennent à revenir, parce que nous sommes rentrés dans un monde dangereux, dans un monde chaotique, dans un monde où les conflits se multiplient. C'était en 2022 le cas en Ukraine. C'est désormais le cas dans le golfe Persique. Et si jamais, il y avait effectivement des aléas dans un sens ou dans l'autre dans l'année, il va de soi que cela servirait à renforcer tout ce qui peut aider les Français et tout ce qui peut aider à soutenir nos investissements dans l'avenir. Mais je le redis, tous ces chiffres seront rendus publics. Toutes les remontées que nous sommes en train de consolider, puisque la guerre dans le golfe Persique a été déclenchée il y a de cela un mois, donc les remontées précises, chiffrées, dès qu'elles seront achevées, seront mises à disposition du Parlement.

Journaliste
Et en détail, il n'y a pas de surplus, en fait.

David AMIEL
Je le redis, il n'y a pas de cagnotte pour les finances publiques quand on regarde l'ensemble des impôts et l'ensemble de l'impact sur les dépenses publiques.

Journaliste
Bonjour, Monsieur, dame, Anne RENAUD, de l'AFP. Vous avez parlé d'un surplus donc de recettes fiscales. Pourquoi avez-vous fait le choix de les flécher sur un plan à long terme et non pas sur des aides de court terme alors que les Français s'interrogent pour se déplacer ce week-end de Pâques ?

Maud BREGEON
D'abord, les réponses de court terme, les réponses d'urgence ne s'opposent pas aux réponses de long terme. Et on a précisément décidé de faire les deux. On décide de faire les deux parce qu'il y a des secteurs économiques – et quand je dis des secteurs économiques, pardon, derrière c'est des emplois et c'est les salaires des Français qui sont concernés – qui ont viscéralement besoin d'être accompagnés. Et nous les accompagnons. Et en même temps, désolés du peu, on a besoin de préparer le pays aux crises d'après et de gagner en résilience. On serait coupable de ne pas tirer les conclusions de ce que nous sommes en train de vivre et de ce que nous avons déjà vécu par le passé, quand bien même ça prend du temps. Quant à la question du surplus, et je comprends que les questions reviennent là-dessus, mais là encore je le redis, l'augmentation des recettes issues de la TVA, et donc induite par l'augmentation du prix à la pompe, sont compensées négativement, donc à la baisse, par la baisse de consommation, par la baisse de croissance, et par l'augmentation des taux que détaillait David AMIEL. Et quand bien même il est un peu tôt pour donner des chiffres précis, une chose est sûre, ça ne se compte pas en milliards.

Thomas SOULIÉ
Bonjour, Thomas SOULIÉ pour le Parisien-Aujourd'hui en France. Depuis des mois, voire des années, le Gouvernement, l'exécutif, dit que la politique du chèque, c'est terminé, et vous l'avez dit récemment, le Premier ministre également, et pourtant il y a eu ce chèque-là. Est-ce qu'on assiste, malgré votre volonté et votre promesse, au retour du Quoi qu'il en coûte ?

Maud BREGEON
Le chèque qui va être versé est un chèque qui date de 2015. Le dispositif qui date de 2015, si ma mémoire est bonne, le président de la République, Emmanuel MACRON, n'était pas encore à l'Élysée à ce moment-là, et qui a effectivement été pérennisé par la suite. Je le redis : moyenne de 150 euros pour des Français qui ont un revenu annuel en dessous de 11 000 euros. On parle donc vraiment des Français les plus précaires. Les bénéficiaires, les 700 000 bénéficiaires qui le toucheront également automatiquement, ne sont pas des nouveaux bénéficiaires au sens où ça serait des nouveaux ayants droit. C'est des Français qui en réalité remplissaient déjà l'ensemble des critères, mais ne le touchaient pas de manière automatique pour des raisons informatiques assez basiques de bases de données. Et donc, on met à jour cette base de données, si je la fais simple, et effectivement, on va chercher des nouveaux ayants droits. Mais c'est des Français qui, de toute façon, y avaient déjà droit et auraient dû le toucher automatiquement. Avant cette mise à jour, vous aviez 3,8 millions de Français qui touchaient ce chèque énergie. Et parce qu'on savait que la base n'était pas à jour, un guichet a été ensuite ouvert pendant plusieurs semaines permettant aux Français qui remplissaient les conditions mais ne le touchaient pas d'aller le chercher. Et l'année dernière environ, je crois que c'est un peu plus de 350 000, 370 000 Français sont allés faire cette démarche. Ils sont allés proactivement sur le guichet chercher, demander le versement de ce chèque. Donc ce que je veux dire c'est que ce n'est pas des nouveaux ayants droit. En fait, il n'y a pas un retour à la politique du chèque, il y a simplement un dispositif qui est en place depuis 10 ans et qui continue à être versé.

Audrey TISON
Bonjour Audrey TISON, France Info. Une question peut-être plus pour Monsieur le ministre. Vous évoquiez une réunion le 21 avril, il me semble, avec notamment les oppositions. Est-ce que vous pouvez nous développer un peu la philosophie de tout ça ? Est-ce qu'il s'agit de sensibiliser les oppositions ? De leur dire soyez responsables, ne surfez pas sur la crise ?

David AMIEL
Oui, effectivement, il y aura une réunion qu'on appelle un comité d'alerte autour des finances publiques qui aura lieu le 21 avril où seront conviés l'ensemble des groupes parlementaires, ceux à la fois qui composent la majorité et ceux qui composent l'opposition, les partenaires sociaux, les représentants des organisations professionnelles, les associations d'élus locaux, pour partager l'intégralité des chiffres dont nous disposons et partager également les différents scénarios. Sur le reste de l'année 2026, je crois que c'est un exercice d'hygiène et de transparence démocratique qui est indispensable, particulièrement dans cette période de forte incertitude. Il y a 5 semaines, avant le déclenchement de la guerre dans le Golfe Persique, le Gouvernement disait avoir deux priorités : l'indépendance financière et l'indépendance énergétique. Elles sont plus que jamais d'actualité. L'indépendance financière parce qu'on voit la hausse des taux d'intérêt depuis, l'indépendance énergétique parce qu'on voit, et ça a été rappelé par Maud BREGEON, à quel point coûte à notre pays sa dépendance aux énergies fossiles. Alors effectivement, on voit dans les oppositions la tentation inverse, celle de dire aujourd'hui le contraire de ce qu'ils disaient hier. On a vu les mêmes appeler à la censure du Gouvernement parce qu'il promettait d'électrifier le pays et désormais vouloir subventionner massivement des importations d'énergie fossiles venues hors d'Europe. On a vu les mêmes dire il y a de cela quelques semaines que le Gouvernement n'en faisait pas assez pour réduire le déficit, et qui désormais propose de creuser de manière abyssale ce même déficit en promettant des milliards d'euros, non sinon pas le début d'un centime. C'est une période compliquée, c'est une période difficile, c'est la raison pour laquelle, il faut faire preuve à la fois de beaucoup d'écoutes, beaucoup d'écoutes des difficultés des différents secteurs, et c'était le cas pour les secteurs économiques qui ont été rappelés par Maud BREGEON puisqu'il y a des difficultés des Français les plus précaires, et c'est à eux que le chèque énergie s'adresse, mais aussi beaucoup de transparence et, je crois, de cohérence.

Maud BREGEON
On a une dernière question.

[Discussion hors micro]

Journaliste
[inaudible] pour Politico. Le président américain menace en ce moment de quitter l'OTAN. Il accuse l'Alliance d'être un tigre de papier, que les Européens ne sont pas là pour lui dans ce moment de guerre en Iran. Est-ce que vous en avez discuté pendant votre réunion, notamment avec Alice RUFO, et est-ce que vous vous êtes inquiétée par cette tournure aux États-Unis ?

Maud BREGEON
Nous n'avons pas échangé sur cette déclaration. Moi, ce que je peux vous dire, c'est que la position de la France depuis les premières heures du conflit n'a jamais varié. C'est une guerre que nous n'avons pas choisie. Vous connaissez la position française. C'est une posture qui est uniquement défensive et qui vise à contenir autant que possible ce conflit pour, là encore, autant que faire se peut, éviter l'embrasement. Mais notre position a toujours été, là encore, d'une constance absolue depuis les premières heures du conflit. Et donc, il n'y a pas à s'en étonner, tout du moins.

Journaliste
Moi, j'ai une petite question sur les mesures d'économie d'énergie que vous envisagez en cas de rupture d'approvisionnement. De quel type ? Est-ce que ce serait une réduction de la vitesse des voitures sur les routes, par exemple ?

Maud BREGEON
Bon, il n'y a aucune validation à l'heure où on se parle, là encore, ne connaissant pas et ne pouvant pas malheureusement préserver qu'elle sera l'évolution du conflit dans les semaines à venir, et donc l'évolution tant des volumes que des prix, notre responsabilité, notre travail, c'est de préparer l'ensemble des scénarios, voilà. On prépare les scénarios les plus difficiles, comme des scénarios d'accalmie rapide. Et donc, dans ce contexte-là, on intègre des réflexions qui touchent à cette notion de sobriété qu'on avait déjà mobilisée en 2022-2023 précisément parce qu'on avait des difficultés, pardonnez-moi, d'approvisionnement sur les volumes et pas uniquement les… pardonnez-moi, des difficultés sur les prix. Et donc, c'est normal de mener cette réflexion. Du reste, on sait que beaucoup de Français font déjà très attention et c'est pour ça que, moi, je pense qu'encore une fois, il faut être prudent sur les messages et la tonalité des mots que l'on emploie. Les Français qui ont déjà du mal à boucler les fins de mois et à faire leur plein font en réalité déjà attention aux trajets qu'ils font. Peut-être qu'ils conduisent moins vite parce qu'on consomme moins quand on conduit moins vite. Et donc, il n'y a vraiment aucune volonté, bien au contraire de notre part et de ma part, que d'être dans une posture professorale, si j'ai pu dire. Voilà.


Source https://www.info.gouv.fr, le 2 avril 2026