Guerres et conflits insolubles

Syrie, Israël-Palestine, Congo, Kurdistan, Cachemire, Ukraine, Irak, Soudan… certains conflits perdurent depuis des années, voire des décennies. Ils sont qualifiés d’insolubles. Pourtant, l’histoire montre que l’action conjuguée de la politique et du droit peut venir à bout des guerres les plus âpres et les plus longues.

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Lorsqu’on évoque les conflits insolubles (intractable conflicts en anglais), l’exemple le plus frappant, à l’époque contemporaine, est sans doute le conflit israélo-palestinien. Celui-ci a commencé en 1947, au moment où Israël est devenu un État et où la Palestine a cherché à l’être. Depuis, les deux communautés revendiquent un territoire qu’elles estiment être le leur, au regard de critères à la fois politiques et religieux.

Les armes, durant le conflit, se sont tues à plusieurs reprises, notamment à la faveur des accords d’Oslo de 1993, mais l’affrontement n’a jamais cessé. La violence reste en embuscade et les visées territoriales demeure irréductibles des deux côtés, en dépit de quelques concessions.

Cependant, à travers l’histoire, des conflits que l’on jugeait irréductibles ont connu une fin. Ainsi, la guerre de Cent Ans entre Français et Anglais, entrecoupée de trêves plus ou moins longues, a commencé en 1337, sous les règnes de Philippe VI et d’Édouard III, pour s’achever avec le traité de Picquigny signé par Louis XI et Édouard IV en 1475, quelques années après la décisive victoire française lors de la bataille de Castillon.

Il en est de même pour les conflits entre catholiques et protestants, qui ont ensanglanté le XVIe siècle européen et ont été en partie apaisés par l’édit de Nantes de 1598. Henri IV accorda alors aux protestants la liberté de conscience, une liberté de culte relative et l’égalité civile avec les catholiques.

Pour les théoriciens réalistes des relations internationales qui se situent dans le sillage de Nicolas Machiavel (1469-1527), la conflictualité est la basse continue de l’histoire humaine, et la paix durable serait une chimère. Cependant, chaque conflit est un événement spécifique, scandé par un début et une fin, le plus souvent provoquée par une victoire militaire, un accord diplomatique ou encore le renoncement à l’usage de la force – cessez-le-feu précédent une négociation.

Les conflits ne sont donc pas insolubles par nature, ils sont d’abord perçus comme tels par les acteurs et les observateurs à un moment donné de leur déroulement.

À cet égard, nous pouvons identifier deux cas de figure :

  • d’une part, les conflits sans victoire nette – qu’elle soit militaire ou non – de l’une ou l’autre des parties ;
  • d’autre part, les conflits marqués par l’incertitude, dans le contexte actuel de la mondialisation, où plusieurs enjeux et agendas se juxtaposent.

 

Des conflits sans victoire

Selon le sociologue américain Lewis Coser, un conflit est un « affrontement entre acteurs collectifs sur des valeurs, des statuts, des pouvoirs ou sur des ressources rares et dans lequel l’objectif de chaque protagoniste est de neutraliser, d’affaiblir ou d’éliminer ses rivaux ». Cette définition, sociologique, peut s’appliquer aux relations internationales.

L’affrontement combine rationalité instrumentale et passions, facteurs matériels et dimensions émotionnelles.

Les acteurs, étatiques ou non, s’opposent sur le plan militaire, politique, diplomatique, économique. Ils s’affrontent autour d’enjeux matériels (frontière, territoire, acquisitions d’armements, parts de marché, hégémonie culturelle…) et symboliques, qui engagent leur identité et leur « image ». L’affrontement combine ainsi rationalité instrumentale et passions, facteurs matériels et dimensions émotionnelles.

L’affrontement ne débouche pas nécessairement sur la guerre. Dans ce cas, la résolution d’un conflit sera néanmoins plus difficile à envisager. Les conflits internationaux les plus épineux sont ceux qui mobilisent la violence armée et prennent la forme « extrême » de la guerre, a fortiori lorsque l’intégrité de la communauté politique est en jeu.

Faire la guerre, c’est choisir l’arbitrage des armes et se soumettre, en principe, à une logique binaire : victoire ou défaite, ou, pour reprendre la devise des révolutionnaires français, « La liberté ou la mort ».

Néanmoins, les conflits armés ne débouchent pas nécessairement sur une victoire nette de l’un des camps. Dans certains cas, le vainqueur ne peut clairement être désigné, les armes ne parvenant pas à faire la décision.

Dans l’Iliade, Homère relate une confrontation interminable, qui voit s’affronter Achéens et Troyens. Les combats, sanglants, durent une dizaine d’années. Aucune bataille n’étant décisive, chaque camp reste dans l’expectative et ne peut imposer sa domination.

Il faut tout le génie d’Ulysse pour assurer la victoire grecque, à travers la ruse fameuse du cheval de Troie. Si Achille est l’archétype du soldat, reflétant la force comme qualité physique et morale, Ulysse est la figure du stratège doué d’intelligence rusée (mètis). Le mythe homérique met en évidence la supériorité du stratège sur le soldat : le conflit n’est pas résolu par la force intrinsèque du second, mais par le procédé ingénieux imaginé par le premier.

Homère fait d’Ulysse le premier stratège, dont la fonction est de conduire les troupes à la victoire et, ce faisant, de dénouer des situations à première vue inextricables. À l’affrontement sans fin des guerriers vertueux, il oppose la raison stratégique qui englobe la force et l’oriente.

L’enlisement peut aussi être politique avant d’être militaire.

Il reste que, dans l’histoire militaire, l’enlisement des troupes est une donnée récurrente. Il explique que des conflits appelés à se résoudre rapidement ont duré bien au-delà des prévisions. Durant la Première Guerre mondiale, la fin de la guerre de mouvement au profit d’un conflit de positions contribue ainsi à figer la situation des belligérants, à la fois protégés et piégés dans les tranchées.

L’enlisement peut aussi être politique avant d’être militaire, comme on le voit à travers les « conflits gelés » dans l’espace postsoviétique. Au début des années 1990, dans le contexte d’implosion de l’URSS, des conflits sécessionnistes se sont déclarés en Azerbaïdjan, en Géorgie et en Moldavie, devenus États indépendants. Les nouvelles frontières de ces pays ont été contestées par des mouvements séparatistes.

Ces guerres civiles ont fait l’objet de cessez-le-feu, les hostilités ont été interrompues et le processus de paix engagé, mais aucune solution n’a été trouvée. Les négociations sont aujourd’hui dans l’impasse et semblent bloquées pour un temps indéfini. Les États ne veulent pas rogner sur leur territoire tandis que la volonté de la Russie est d’affaiblir ses anciens États satellites afin de maintenir son emprise sur cette zone d’influence.

D’autres formes d’enlisement, enfin, ont été mises en évidence par le cas des conflits asymétriques. Les États-Unis, au Vietnam (1963-1975), plus récemment en Afghanistan (2001-2014) et en Irak (2003-2011), se sont ainsi enfoncés dans un « bourbier », malgré leur supériorité militaire contre un ennemi « insurgé » disposant de peu de moyens.

Le vainqueur n’est pas celui qui gagne les batailles, mais celui qui tient le plus longtemps sur le plan psychologique.

À cet égard, les conflits asymétriques, qui dominent le paysage stratégique depuis 1945, ne répondent pas à la même logique que les guerres interétatiques classiques, marquées par une certaine parité stratégique. Le fort ne parvient pas à s’imposer malgré sa supériorité militaire, tandis que le faible prend l’ascendant sur le plan politique sans pouvoir l’emporter militairement. Outil militaire et finalité politique sont déconnectés, ce qui complique le dénouement du conflit.

Pourtant, la logique clausewitzienne – le politique prime sur le militaire – finit par l’emporter. Le vainqueur n’est pas celui qui gagne les batailles, mais celui qui tient le plus longtemps sur le plan psychologique. La guerre, comme l’indique Clausewitz, est un « duel des volontés » tout autant qu’un affrontement physique et matériel. Par le retrait de leurs troupes au Vietnam, en Afghanistan et en Irak, les États-Unis ont signé symboliquement leur échec, bien que l’ennemi ne l’ait pas l’emporté par les armes.

Plus généralement, les démocraties occidentales ont toujours « perdu » la guerre lorsqu’elles ont avancé une intention plus morale que politique : « exporter » la démocratie, « détruire » le terrorisme, « pacifier » les zones en guerre, autant d’objectifs qui relèvent d’une croisade morale et ne peuvent pas être atteints par les moyens classiques de la guerre.

De ce point de vue, la « guerre au terrorisme » est par définition « sans fin » (Bruno Tertrais) et sans solution, dans la mesure où elle n’identifie clairement pas un ennemi. Elle entend mettre un terme définitif à une menace, le terrorisme, qui est latente et diffuse.

S’il est possible de lutter contre la menace terroriste, de prévenir ses attaques et de réduire ses effets, il n’est guère envisageable de l’annihiler, comme il est peu crédible de vouloir signer une paix avec des mouvements jihadistes qui se caractérisent par la radicalité de leur projet politique et leur volonté de rompre avec la « décadence » occidentale (dans le cas de l’organisation Etat islamique/Daech, l’organisation s’est toutefois attribuée les compétences de l’État et a voulu faire jeu égal avec les pays occidentaux).

Dans la décennie 2000, les conflits récurrents sont quatre fois plus nombreux que les nouveaux.

Les conflits asymétriques ont donc ébranlé le modèle de la bataille, dont Napoléon disait qu’elle est une « action dramatique qui a son commencement, son milieu et sa fin ». Les conflits contemporains n’ont ni véritable commencement – la déclaration de guerre n’est plus usitée –, ni véritable fin – les victoires nettes sont rares et les cessez-le-feu fragiles.

Ainsi, « les lignes entre l’état de paix et l’état de guerre se sont brouillées » (Andrea Hamann), ce qui laisse la place à des discours politiques oscillant entre deux excès :

  • d’une part, le déni, consistant par exemple à parler d’« événements » pour qualifier la guerre d’Algérie ;
  • d’autre part, l’usage emphatique du vocable de « guerre », comme on l’a vu récemment lorsque les États-Unis et la France ont été frappés par des attentats terroristes.

La multiplication de ces situations « ni guerre ni paix » nourrit dans l’espace public le sentiment d’une conflictualité internationale d’autant plus insoluble qu’elle n’est pas précisément déterminée par le politique.

Pourtant, les études statistiques montrent que, depuis la fin de la guerre froide, les conflits armés majeurs (provoquant plus de mille morts) ont été réduits de moitié et qu’ils sont également beaucoup plus courts qu’autrefois.

Dans le même temps, ces études soulignent que les conflits reprennent souvent après une accalmie ou un cessez-le-feu. Dans la décennie 2000, les conflits récurrents sont quatre fois plus nombreux que les nouveaux. Le véritable défi posé par les conflits actuels réside donc dans la solidité et la durabilité de la paix, alors que plusieurs conflits récents (Ukraine, Syrie, Sahel) ont fait resurgir le spectre de la guerre majeure.

 

Des conflits incertains

Les conflits de notre temps ne sont pas en soi insolubles, mais ils apparaissent comme tels, car nous avons du mal à caractériser et à interpréter les intentions qui animent leurs acteurs.

Les difficultés d’interprétation tiennent en partie aux effets contrastés de la mondialisation. Les libéraux ont toujours vu l’interdépendance des acteurs internationaux comme une promesse de paix – par le commerce globalisé. Mais l’interdépendance charrie aussi des violences d’autant plus contagieuses qu’elles ont une portée transnationale et mondiale. Le commerce n’a pas remplacé la guerre, il s’est superposé à elle et, d’une certaine façon, les deux guerres mondiales ont favorisé la globalisation financière et l’organisation d’un système financier mondial.

En Syrie, après plus de huit ans de guerre et plusieurs centaines de milliers de morts, aucune victoire ni solution de paix ne se dessine. Surtout, le conflit a profondément muté.

Il a débuté dans le contexte régional des révolutions arabes, qui a vu les populations civiles se soulever contre des pouvoirs autoritaires (Tunisie, Égypte, Libye, Bahreïn et Yémen). L’opposition au chef de l’État syrien, Bachar al-Assad, s’inscrivait dans cette aspiration à la liberté et au désir de changement politique et social. Dans ce contexte, les forces loyalistes de Bachar al-Assad se sont opposées à l’Armée syrienne libre, qui est elle-même composée de forces assez disparates, plus ou moins pacifistes et plus ou moins liées à des mouvances islamistes.

Le théâtre syrien est devenu le reflet de la recomposition de la scène internationale.

Le conflit s’est ensuite diffusé dans les pays environnants, par le biais des tensions régionales entre l’Iran et l’Arabie saoudite, faisant écho à l’opposition entre chiites et sunnites. Parallèlement, il s’est internationalisé, cristallisant les tensions entre, d’un côté, les États-Unis, soutenus par les Français et les Britanniques, et, de l’autre côté, la Russie, alliée de Bachar al-Assad.

À ces tensions régionales s’est ajouté l’enjeu, à la fois local et global, de la lutte contre le groupe État islamique (Daech), qui a pris de l’importance à mesure que les attentats terroristes se multipliaient dans les démocraties occidentales, que l’armée de Daech gagnait du terrain en Irak et en Syrie et que des alliances se nouaient avec d’autres groupes islamistes radicaux, par exemple Boko Haram au Nigeria.

Le théâtre syrien est donc devenu le reflet de la recomposition de la scène internationale, renfermant plusieurs conflits à la fois spécifiques et imbriqués. Chaque acteur s’efforce de défendre ses intérêts, sa vision du monde et d’imposer son agenda, tout en nouant des alliances qui peuvent s’éroder.

Il met donc en évidence l’incertitude de la situation internationale, la fragilité des cessez-le-feu, mais aussi le caractère mouvant des alliances et le rôle des passions dans le positionnement stratégique des acteurs.

 

Sortir du conflit ?

À mesure qu’il s’installe dans la durée et qu’il structure les identités belligérantes, tout conflit s’apparente une « nouvelle guerre de cent ans » (Élise Féron et Michel Hastings), au sens d’un affrontement qui semble ne jamais devoir connaître de fin ou d’issue. Le conflit israélo-palestinien en est l’exemple le plus emblématique.

Dans ces conflits sans âge, la dimension militaire passe presque au second plan au profit d’un maximalisme politique et moral fabriquant du ressentiment et rendant la paix impossible. Se forge une barrière infranchissable entre « eux » et « nous », fondée sur des ressorts émotionnels et psycho-affectifs.

La résolution du conflit est d’autant moins envisageable qu’elle n’est pas souhaitée par les belligérants.

À cet égard, le conflit n’est plus seulement une source d’incertitude, mais un motif de réassurance pour une communauté à la fois fragilisée et galvanisée par l’affrontement. Entretenir le caractère insoluble du conflit, pour chacun des belligérants, c’est rester fidèle à une communauté qui s’est forgée dans l’épreuve.

À Gaza, toute victime du conflit contre Israël est ainsi honorée lors d’une cérémonie d’enterrement, spectaculaire, qui est un moyen pour la communauté palestinienne de se rassembler. Dans ces moments, tristesse, communion et colère coexistent, renforçant l’identité collective et l’inimitié vis-à-vis d’Israël.

Chercher une solution au conflit apparaît dès lors comme une erreur politique et morale, voire une menace ontologique pour la communauté. Ce n’est plus la guerre qui ébranle la communauté, c’est sa résolution. Dans le conflit israélo-palestinien, chaque partie du territoire est devenue un absolu, la terre est sacrée des deux côtés, ce qui compromet d’emblée la négociation.

Par conséquent, la résolution du conflit est d’autant moins envisageable qu’elle n’est pas souhaitée par les belligérants. Et le conflit est insoluble au sens où il s’est installé dans la conscience historique et collective. Il façonne la vie politique, sociale, économique.

Sortir du conflit suppose de passer de l’humiliation à l’humilité.

En Israël, État qui n’a jamais connu autre chose que la guerre, cette dernière est un élément central de la socialisation, à travers le service militaire de trois ans pour les jeunes hommes et les jeunes femmes, l’économie (via l’industrie militaire) et le système partisan. En sortir serait remettre en cause cet environnement qui s’est développé « grâce » à elle.

Comment dès lors sortir du conflit ? Les spécialistes de la résolution des conflits et des études sur la paix, essentiellement psychologues et sociologues, se sont interrogés sur les conflits insolubles afin d’identifier leurs causes profondes et la manière dont ils peuvent être résolus.

Selon cette approche, le conflit insoluble peut être objectivé selon trois critères : sa durée (au moins une génération), qui correspond à l’accumulation d’une animosité entre les ennemis ; son caractère destructeur et violent ; sa dimension radicale et centrale pour la société concernée.

Pourquoi les accords d’Oslo ont échoué ?

S’appuyant sur trois études de cas (Israël-Palestine, Irlande du Nord, Afrique du Sud), le philosophe et psychologue américain Dean Pruitt a mis en évidence trois motifs expliquant l’échec des accord d’Oslo de 1993 – alors que les négociations en Irlande du Nord et en Afrique du Sud ont réussi.

La première erreur est diplomatique : l’ensemble des acteurs concernés par le conflit n’a pas été intégré dans la négociation. En l’occurrence, les « faucons » (Hamas, Likoud, colons) ont été écartés au profit des « colombes » (partisans de la paix) et des modérés.
À l’inverse, la paix négociée en Irlande du Nord a intégré la majeure partie des acteurs en présence : l’IRA (Armée républicaine irlandaise), le Sinn Féin et les organisations paramilitaires unionistes d’Irlande du Nord. Il en va de même pour l’Afrique du Sud, qui a intégré l’African National Congress et le Parti national africain (qui fut l’expression politique du nationalisme afrikaner).

Deuxièmement, l’échec des accords d’Oslo tient au fait que le texte n’intégrait pas certains enjeux considérables, comme le statut des territoires palestiniens de la bande de Gaza ou de Jérusalem, ce qui a rapidement compromis le cessez-le-feu établi préalablement. À l’inverse, en Irlande et en Afrique du Sud, l’ensemble des problèmes majeurs a fait l’objet d’une discussion.

Troisième déficience, le processus de paix d'Oslo a été négocié dans un temps relativement court – sept mois – alors qu’il a fallu respectivement dix et huit ans pour régler les conflits irlandais (1988-1998) et en Afrique du Sud (1985-1993). Le facteur temporel englobe les deux premiers : l’intégration des acteurs les plus rétifs à la négociation et la prise en compte de l’ensemble des enjeux nécessitaient de se situer dans la longue durée. Dans le cas de l’Irlande du Nord, la phase exploratoire de la négociation a été très longue et elle s’est faite lors de discussions secrètes, dans les coulisses.

La résolution des conflits dépend donc fortement de l’action politique, de l’intelligence stratégique des acteurs et de leur habileté dans la négociation. Les émotions et les passions jouent également un rôle considérable à toutes les étapes du conflit, lors de son commencement, de son déroulement et de sa résolution.

Sortir du conflit suppose de passer de l’humiliation à l’humilité, de quitter la logique de dénégation pour lancer un processus de reconnaissance seul à même de concilier les intérêts. Il ne s’agit plus de considérer l’adversaire comme un autre radical, mais comme un autre soi-même.

Certes, l’inimitié continue d’exister souvent au-delà du conflit, à travers la ségrégation économique, sociale ou raciale, comme on le voit dans l’Afrique du Sud de l’après-apartheid. Cependant, le volontarisme politique joue un rôle essentiel à la fois dans la sortie de guerre et dans la mise en place de « politiques du pardon » et de réconciliation, qui sont vouées à agir au moins aussi longtemps que le conflit auquel elles succèdent.