La biodiversité sous pression

La situation des écosystèmes terrestres, aquatiques et marins français demeure préoccupante. Les populations d’insectes et d’oiseaux chutent. La biodiversité est confrontée à de nombreuses pressions : artificialisation des sols, fragmentation des milieux naturels, changement climatique, pollutions chimique et lumineuse, etc.

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La biodiversité désigne la variété de l’ensemble du monde vivant organisée selon trois niveaux (diversité des gènes, des espèces et des écosystèmes), ainsi que les interactions au sein de ces trois niveaux et entre ces niveaux. La France héberge 10% des espèces connues et, chaque jour, de nouvelles espèces sont découvertes. Ses nombreuses espèces endémiques, qui ne vivent nulle part ailleurs sur la planète, lui confèrent également une forte responsabilité. La France figure parmi les dix pays hébergeant le plus grand nombre d’espèces menacées au niveau mondial, du fait des pressions exercées par les activités humaines et de ses territoires ultramarins répartis sur l’ensemble du globe.

Quel est l'état de la biodiversité en France ?

La France métropolitaine se situe au carrefour de quatre régions biogéographiques terrestres (alpine, atlantique, continentale, méditerranéenne) et de deux régions marines (atlantique, méditerranéenne), position qui explique la riche diversité des habitats naturels et des espèces qu’elle abrite. L’amélioration continue de la qualité des données collectées et de leur partage contribue à une meilleure connaissance de l’état des écosystèmes en France. Toutefois, des lacunes demeurent à la fois sur certaines zones géographiques et groupes taxonomiques qui manquent de prospection sur le terrain.

Des habitats globalement en mauvais état de conservation

La directive européenne Habitats-Faune-Flore prévoit que les États membres évaluent tous les six ans l’état de conservation des habitats naturels d’intérêt communautaire présents sur leur territoire. La France abrite 132 de ces habitats (sur 231 dans l’Union européenne) qui font l’objet d’évaluations régulières, et ce, par région biogéographique, soit un total de 299 évaluations.

Sur la période 2013-2018, 20% sont dans un état de conservation jugé "favorable". Les habitats de la région alpine se trouvent globalement dans un meilleur état (38 % dans un état favorable), alors que ceux de la région atlantique (terrestre) sont les moins bien conservés (11% dans un état favorable). Les milieux ouverts herbacés naturels et semi-naturels (prairies de fauche, pâturages, etc.) figurent parmi les habitats les plus menacés avec 56% d’entre eux dans un mauvais état de conservation. Les dunes, les tourbières et autres milieux humides ou aquatiques, ainsi que les habitats côtiers, subissent également de multiples pressions : moins de 10 % d’entre eux sont dans un état de conservation favorable.

La France possède une diversité d’habitats, en particulier les récifs coralliens présents dans les trois océans de la planète (Atlantique, Pacifique et Indien). Lorsqu’ils sont en bonne santé, les coraux garantissent aux communautés de nombreux services écosystémiques (protection du littoral, tourisme et loisirs marins, approvisionnement en nourriture, assainissement des eaux, etc.) et contribuent au développement local. Le dernier état des lieux disponible, réalisé en 2017, montre que le recouvrement en corail vivant a diminué dans 29% des stations suivies dans les outre-mer français. Des phénomènes naturels (cyclones, étoiles de mer mangeuses de coraux, etc.) mais également les activités humaines (tourisme de masse, pollution, surpêche, etc.) et le changement climatique (augmentation de la température de l’eau, acidification des océans) menacent aujourd'hui les récifs coralliens.

Des situations contrastées chez les espèces

La liste rouge nationale de l’UICN et du MNHN évalue le risque de disparition des espèces, par groupe taxonomique, à l’échelle du territoire français. À ce jour, 10 055 espèces ont fait l’objet d’une telle évaluation, soit moins de 6 % des espèces connues en France. 18% des espèces évaluées sont éteintes ou menacées en France au 1er février 2019. Le risque de disparition des espèces est nettement plus élevé dans les outre-mer insulaires (39%) qu’en métropole (12%).

Entre 1989 et 2017, les populations d’oiseaux dits « généralistes » (peuplant une grande variété d’habitats) sont en augmentation (+19%). À l’inverse, le nombre d’oiseaux communs dits « spécialistes » (inféodés à un habitat particulier : agricole, forestier, bâti) a diminué de 22% en métropole. Ce phénomène s’explique par la dégradation ou la perte des habitats et par l’effondrement des populations d’insectes. Ces tendances conduisent à une homogénéisation des communautés d’oiseaux et à un appauvrissement des espèces qui font prendre conscience de la nécessité d’agir sur tous les milieux.

Les grands prédateurs terrestres (Loup, Lynx et Ours), autrefois largement présents en métropole, aujourd’hui menacés, participent à l’équilibre des écosystèmes en régulant notamment les effectifs des grands herbivores. Ils fournissent un autre exemple de situation contrastée. En 2017, 5,5% du territoire métropolitain est concerné par leur présence régulière. Les foyers principaux sont les régions Provence – Alpes–Côte d’Azur, Auvergne – Rhône-Alpes et Bourgogne – Franche-Comté. Si globalement, l’évolution est positive (cette part était de 3,6 % en 2007), la dynamique diffère selon les espèces. La présence du Loup connait la plus forte progression à l’échelle du territoire. Le Lynx progresse également à l’échelle nationale, mais essentiellement dans le Jura alors qu’il tend à régresser dans les Vosges. L’emprise spatiale de l’Ours, quant à elle, reste faible et quasi stable, cantonnée à deux noyaux pyrénéens encore fragiles.

Quelles principales menaces pèsent sur la biodiversité ?

De multiples pressions d’origine anthropique fragilisent l’état de la biodiversité en France, parmi lesquelles l’artificialisation du territoire, la fragmentation des milieux naturels, l’intensification des pratiques agricoles, la prolifération d’espèces exotiques envahissantes, la pollution lumineuse, le changement climatique.

Près de 65 800 ha artificialisés chaque année en métropole entre 2006 et 2015

L’artificialisation, qui correspond à la transformation d’un sol à caractère naturel, agricole ou forestier par des actions d’aménagement, a un impact significatif sur la faune et la flore. Elle exerce une pression majeure sur la biodiversité du fait de la destruction des milieux naturels et par conséquence des espèces qui y vivent. L’Île-de-France, la Bretagne, la Normandie ou encore les Hauts-de-France comptent parmi les régions les plus fortement touchées avec une dynamique d’artificialisation élevée. Avec un rythme de +1,4 % en moyenne par an, l’artificialisation a crû trois fois plus rapidement que la population.

De même, en outre-mer, plus de 300 ha en moyenne dans l’ensemble des départements ont été artificialisés chaque année entre 2000 et 2012, affectant fortement les forêts, lieux de vie de nombreuses espèces (780 ha de feuillus en moins sur toute la période).

Des milieux naturels et des cours d’eau fragmentés

Conséquence de l’urbanisation et de l’extension des infrastructures routières et ferroviaires, la fragmentation se manifeste lorsqu’un écosystème de large étendue est divisé en de nombreux fragments de taille réduite. Ce morcellement du territoire constitue une menace pour la biodiversité (isolement génétique des populations, etc.).

La fragmentation des cours d’eau est, quant à elle, provoquée par la construction, notamment, de barrages, de seuils, d’écluses, constituant autant d’obstacles à l’écoulement des cours d’eau. Sur une estimation de 120 000 obstacles majeurs, plus de 97 200 ont été recensés en 2018, soit une densité de 16 obstacles pour 100 km de cours d’eau. En modifiant leurs caractéristiques hydrologiques, physico-chimiques et morphologiques, ces ouvrages entravent le bon fonctionnement des écosystèmes aquatiques et freinent la mobilité des espèces migratrices telles que le saumon et l’anguille.

Des pratiques agricoles intensives qui affectent les écosystèmes

L’agriculture intensive, caractérisée notamment par l’utilisation d’intrants (engrais chimiques, produits phytosanitaires) et par un assolement d'espèces cultivées faiblement diversifié, fragilise la biodiversité.

Sur la période 2014-2016, l’indicateur de référence pour le suivi des ventes de produits phytosanitaires, le Nodu, a augmenté de 12% en usage agricole par rapport à la période de référence 2009-2011, entraînant une pression accrue sur l’environnement. La simplification des paysages et la diminution continue des surfaces de prairies sont deux autres facteurs expliquant la perte de biodiversité en milieu agricole. Plus particulièrement, les grands espaces toujours en herbe, riches en biodiversité (prairies, milieux herbacés ouverts, etc.) ont diminué de 7,9% en métropole entre 2000 et 2010 avec une perte de 622 000 ha, soit l’équivalent de la surface du département de l’Hérault.

Les espèces exotiques envahissantes, l’une des principales causes de l’érosion de la biodiversité mondiale selon l’UICN

Les espèces exotiques envahissantes, introduites par l’Homme, de façon volontaire ou accidentelle, sur un territoire, constituent une menace pour les écosystèmes et peuvent avoir des répercussions considérables sur la santé et l’économie. Elles exercent une pression sur les espèces locales (compétition, prédation, transmission de maladie, etc.). Parmi les plus emblématiques, figurent le Ragondin, la Grenouille Taureau, également le Frelon asiatique, ou encore les Jussies. En France métropolitaine, sur un panel de 84 espèces, en moyenne six nouvelles espèces exotiques envahissantes s’installent dans chaque département tous les dix ans depuis 1979. L’enjeu est particulièrement fort dans les îles d’outre-mer où vivent de nombreuses espèces endémiques.

La pollution lumineuse, source de perturbations pour les écosystèmes et les espèces nocturnes

La pollution lumineuse, qui se caractérise par un excès d’éclairage artificiel la nuit, a de nombreux impacts sur la biodiversité. Elle perturbe le déplacement des espèces nocturnes (oiseaux migrateurs, chauves-souris, papillons, tortues marines venant d’éclore, etc.), affecte leur activité alimentaire, influe sur leur période d’activité et de maturité reproductrice. Les études scientifiques en cours ne permettent pas encore de fournir des résultats consolidés au niveau national.

Le changement climatique, une menace pour la biodiversité

Le dernier rapport du GIEC (2018) fait apparaître le changement climatique comme le troisième facteur affectant la biodiversité avec un impact depuis le niveau des écosystèmes jusqu’à celui de la diversité génétique. Ce rapport souligne que de nombreux habitats naturels sont menacés par les effets du réchauffement climatique.

En effet, le changement climatique modifie l’aire de répartition des espèces (une augmentation de 1°C correspond en France à un décalage des zones climatiques d’environ 200 km vers le Nord). Ces modifications entraînent un déplacement des espèces vers les pôles ou vers des altitudes plus élevées, avec une vitesse de déplacement modulée par les capacités de migration propres à chaque espèce et des interactions avec les activités humaines. Ainsi certaines espèces très mobiles pourront se déplacer rapidement si des corridors écologiques sont maintenus, tandis que d’autres (peuplements arborés) seront plus lentes à suivre leur niche écologique.

La migration des espèces vers le Nord et les régions de plus haute altitude modifiera les peuplements et de nouvelles relations s’établiront, en particulier des relations de compétition entre des espèces généralistes qui auront migré et des espèces spécialistes de certains milieux. Parmi eux, figurent les milieux montagnards, qui, en France métropolitaine, concentrent de nombreux écosystèmes diversifiés. Ainsi, la fonte des glaciers, qui altère le régime d’écoulement des cours d’eau, peut engendrer de profonds changements sur les écosystèmes et mettre en péril les espèces spécifiques de ces habitats. L’évolution des glaciers métropolitains illustre ce phénomène. Un suivi de cinq glaciers alpins et pyrénéen a montré une régression de 18,8 m d’eau entre 2001 et 2013. Pour les espèces à faible capacité de dispersion, les risques d’extinction seront accrus.

Le changement climatique modifie également la physiologie des espèces. Les calendriers biologiques pourront évoluer avec des conséquences complexes sur les écosystèmes car des désynchronisations entre espèces interdépendantes pourront avoir lieu.
 

Quelles mesures sont mises en oeuvre pour protéger la biodiversité ?

La France s’est engagée à porter à 30% la part des aires marines et terrestres protégées d’ici 2022, l’objectif antérieur étant de protéger 20% des sites marins à l’horizon 2020 (au 1er janvier 2018, ce dernier objectif était dépassé, puisque 22,3% de son espace maritime était classé en aires marines protégées).

Le déploiement d’un réseau d’aires protégées par voie contractuelle ou réglementaire, impliquant les décideurs et la société civile, est une des actions clés de préservation des milieux naturels et des espèces face aux enjeux d’érosion de la biodiversité.

À l’échelle européenne, le réseau Natura 2000 constitue le plus vaste réseau de protection de la biodiversité au monde. Il est composé de sites naturels (Zone de Protection Spéciale et Zone Spéciale de Conservation), terrestres ou marins, dont l’objectif est le maintien des habitats et des espèces d’intérêt communautaire tout en permettant la pérennisation des activités humaines existantes sur ces espaces. 1 773 sites Natura 2000 sont dénombrés en décembre 2017, dont la partie terrestre couvre près de 13% du territoire métropolitain.

La stratégie de création des aires protégées (2009) vise à placer au minimum 2% du territoire terrestre métropolitain sous protection forte d’ici l’horizon 2019. Les espaces concernés par ce niveau de protection élevé (cœur de parc national, réserve naturelle, réserve biologique, arrêté de protection de biotope et de géotope) font l’objet de mesures de protection réglementaires dont le but principal est la préservation des espaces naturels remarquables. Au printemps 2019, 1,38 % du territoire était sous protection forte. La moitié Est du territoire métropolitain est davantage concernée par ce type de protection. Les régions Provence – Alpes – Côte d’Azur ou Auvergne – Rhône-Alpes sont celles qui abritent le plus d’aires protégées fortes (respectivement 6,64 % et 2,96 %) alors que les régions Centre – Val de Loire et Hauts-de-France accusent la plus faible part (respectivement 0,15% et 0,19%).

Parmi les autres actions en faveur de la biodiversité, les schémas de cohérence territoriale (SCOT) dits « Grenelle » ont été progressivement mis en œuvre afin d’inclure les enjeux biodiversité dans les grandes orientations d’aménagement sur un territoire. Au 1er janvier 2018, 24 % de la superficie française était couverte par un SCOT Grenelle pour une superficie totale de 153 650 km² alors qu’elle n’était que de 7 % cinq ans plus tôt.

Par ailleurs, le plan biodiversité (2018) s’inscrit dans le cadre de la loi pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages (2016). Il vise en particulier à réduire à zéro la perte nette de biodiversité, mais également à accélérer la mise en œuvre de la stratégie nationale pour la biodiversité 2011-2020. La lutte pour la préservation et la restauration de la biodiversité dans sa globalité constitue un des axes majeurs.

En 2009, un Observatoire de la biodiversité agricole a été créé afin d'impliquer les agriculteurs dans la connaissance et le suivi de la biodiversité et de ses bénéfices. L'objectif est de les aider à conduire une réflexion sur le lien entre leurs pratiques agricoles et la biodiversité. En effet, de nouvelles pratiques agriculturales, promues grâce à la recherche, la formation, les soutiens technique et financier, visent à préserver la biodiversité (plan agro-écologique de 2014). La réduction des produits phytopharmaceutiques et des fertilisants, la limitation du travail du sol ou l’entretien et la mise en place de prairies permanentes, de haies ou de bosquets, sont autant d'actions permettant de limiter les effets négatifs sur la faune et la flore.

Dans le cadre de la loi LABBÉ (2014), de nombreux usages de produits phytopharmaceutiques relatifs à l’entretien des espaces verts, les voiries, les promenades et les forêts, ouverts ou accessibles au public, sont interdits à l’ensemble des services publics depuis le 1er janvier 2017. Pour les particuliers, cette interdiction est effective depuis le 1er janvier 2019. Tous les produits phytopharmaceutiques sont concernés, hormis les produits de biocontrôle, les produits d’agriculture biologique et les produits qualifiés à « faibles risques ». Ainsi, l’indice Nodu a diminué de 11% en usage non agricole (jardins, espaces verts, infrastructures) sur la période 2014-2016.

Enfin, la gestion des espaces et des espèces, les actions de réduction des pressions et la connaissance constituent les trois grandes composantes de la dépense nationale en faveur de la protection de la biodiversité et des paysages. 2 milliards d’euros ont été consacrés à la préservation de la biodiversité et des paysages en 2016, alors qu’elle n’était que de 1,2 milliard d’euros en 2000, soit une augmentation de 67%.