Image principale 1
Image principale 1
© Ronald Wittek/imageBROKER /Stock-adobe.com

Le loup : que change la révision de son statut d'espèce protégée ?

Temps de lecture  6 minutes

Par : La Rédaction

L'Union européenne a récemment revu le statut du loup qui n'est plus une espèce strictement protégée. En France, le statut du loup ainsi que les règles autorisant les tirs de défense ont changé. Deux arrêtés publiés le 24 février 2026 entrent en vigueur le 1er avril 2026. Quel est le nouveau statut du loup ?

Dans l'Union européenne, le loup est une espèce protégée. Depuis le 7 mars 2025, son niveau de protection a été réduit, passant d'espèce strictement protégée à espèce protégée

L'abaissement du statut de protection a été proposé par l'Union européenne et validé par le comité permanent de la Convention de Berne sur la conservation de la vie sauvage et du milieu naturel de l'Europe.

Le loup reste une espèce protégée par des conventions internationales ratifiées par la France : 

La directive européenne sur la conservation des habitats naturels (1992) a prévu une protection stricte du loup avec des dérogations limitées (tirs territorialisés autorisés en cas de dommages causés aux troupeaux dans des zones considérées comme non protégeables). Elle est modifiée par la directive 2025/1237 du 17 juin 2025 pour tenir compte du nouveau statut de protection du loup dans le cadre de la convention de Berne. Les États membres ont jusqu’au 15 janvier 2027 pour la transposer dans leurs législations nationales.  

L'arrêté du 23 février 2026 définissant le statut de protection du loup et fixant les conditions et limites de sa destruction a transposé la directive européenne en droit français. Le texte interdit la destruction et la mutilation du loup dans le milieu naturel, tout en supprimant l'animal de la liste des espèces mammifères protégées (arrêté de 2007). Il allège également les conditions de tirs de défense et d'élimination.

Deux arrêtés publiés au Journal officiel le 24 février 2026 établissent une nouvelle réglementation. 

L’arrêté du 23 février 2026 définissant le statut de protection du loup qu'il est interdire de détruire, perturber ou capturer sur le territoire national. En vue de prévenir les dommages du loup sur les troupeaux domestiques, l'arrêté autorise les éleveurs à effectuer des tirs de défense des élevages, que le troupeau soit protégé ou non. Une déclaration suffit, la demande d'autorisation préalable à la préfecture n'est plus nécessaire

Par ailleurs, les tirs de prélèvement sont possibles, en cas de dommages exceptionnels, même si le troupeau n'est pas protégé. Toutefois, l'éleveur doit s'engager à protéger le cheptel dans un délai de 12 mois. L'auteur du tir doit informer immédiatement le préfet en cas de destruction ou de blessure d'un loup ou de tir en direction d'un loup.

Le deuxième arrêté du 23 février 2026 augmente le nombre de spécimens pouvant être éliminés chaque année. Il autorise la destruction de 21% des individus, soit 227 loups (contre 192 en 2025). À cela, peut s'ajouter l'élimination de 2% des spécimens, soit 56 loups supplémentaires.

Les tirs à l'encontre des loups sont prévus par différents protocoles d'intervention, selon l'importance du risque de prédation : 

  • tir d'effarouchement (non mortel) pour effrayer le loup à proximité du troupeau et pendant la durée du pâturage ;
  • tir de défense par les éleveurs pour protéger les troupeaux. Ces tirs sont possibles après déclaration préalable et réception d'un récépissé (ou autorisation dans certains cas), y compris en l'absence de mesures de protection ;
  • tir de prélèvement (destruction du loup) : sur autorisation du préfet, en cas de dommages exceptionnels dans les élevages ayant mis en place des tirs de défense, y compris en l'absence de protection du troupeau. En principe, l'élimination du loup est possible à partir du 1er juillet, sauf dérogations autorisant pendant le 1er trimestre en cas de circonstances exceptionnelles.

Les tirs sont interdits dans le cœur des parcs nationaux interdisant la chasse et réserves naturelles de conservation de la faune sauvage.

Le Conseil national de la protection de la nature (CNPN) a publié le 19 novembre 2025 un avis sur le projet d’arrêté portant sur les mesures de protection du loup. Dans cet avis, le Conseil affirme ne pas comprendre l’utilité d’un nouveau statut d’espèce protégée pour le loup conduisant à le sortir de l’arrêté de 2007 relatif à la protection des mammifères. 

Le Conseil rappelle également "son opposition aux tirs de prélèvement, déconnectés des dommages dans le temps et l'espace" Il regrette notamment que les tirs de loups puissent se produire toute l’année dans la limite du plafond du nombre de loups qui peuvent être abattus, sans aucune période d’interruption.

Quant aux associations de défense des animaux et de l’environnement, elles jugent les nouvelles mesures "inacceptables". Pour les ONG, il n’y a ni "déferlement" de loups dans tous les départements, ni "explosion de dommages".  Assouplir les conditions de tirs de loups revient "à renier le travail de tous les éleveurs qui ont fait des efforts d’adaptation" et augmenter le nombre de destructions autorisées "porte atteinte à la conservation de l’espèce".

L'annonce du "plan loup" 2024-2029 avait déjà suscité le mécontentement des défenseurs de l'environnement, qui ont quitté collectivement l'organe consultatif "Groupe national loup" en décembre 2023.

Les autorités justifient la baisse de la protection du loup par sa forte progression en Europe en 10 ans (de 11 193 en 2012 à 20 300 en 2023) et la hausse de dégâts sur les troupeaux (65 500 têtes de bétail tuées chaque année dans l'UE). Il est difficile d'avoir des chiffres précis du nombre de loups étant donné que certains pays comptent les loups en meute et d'autres en individus. 

En France, les ministères de l'agriculture et de la transition écologique a estimé le nombre de loups à 1082. "Le nombre d'attaques de loup a augmenté d'environ 10% en 2025", soit 4 441 attaques, et le nombre d'animaux victimes a progressé de 15% (12 927 bêtes, essentiellement des ovins), selon le ministère.

En 2023, une analyse comparative des politiques publiques du loup dans plusieurs États européens a montré que "le nombre d'animaux tués ou blessés par les loups est plus important en France qu'ailleurs" et que le concept de "troupeau ne pouvant être protégés" est une particularité française. Le rapport préconise notamment de limiter l'expansion de l'espèce et de mettre en place les outils adaptés dont l'efficacité protectrice est prouvée.