Avis du Conseil scientifique COVID-19 du 12 mars 2020

Date de remise :

Auteur(s) moral(aux) : Ministère des Solidarités et de la Santé

Pour lire les formats PDF et ePub vous avez besoin d’un lecteur adapté.

Présentation

Le Conseil scientifique s’est réuni le 12 mars 2020 à la demande du président de la République. Il a rédigé son avis après avoir pris en compte les éléments suivants :

  • la crise sanitaire sans précédent en Italie,
  • le doublement tous les 4-5 jours du nombre de cas confirmés en France, rappelant la situation de l’Italie,
  • la saturation des services de réanimation en raison de la durée d’hospitalisation des malades,
  • la déclaration de l’état de pandémie par l’OMS le 11 mars 2020, et la demande aux pays touchés de prendre des mesures fortes en réponse à la crise sanitaire (World Health Organization. WHO Director General Press briefing, 11 March 2020),
  • les résultats des modèles mathématiques.

Ces éléments ont conduit le Conseil scientifique à alerter les pouvoirs publics sur l’aggravation en cours de la situation. D’un point de vue épidémiologique, il a considéré les limites des modèles mathématiques. Sans même se placer dans des scénarios extrêmes des hypothèses intermédiaires font apparaître un écart important entre le nombre de cas sévères nécessitant une réanimation avec les capacités hospitalières françaises, même augmentées par des mesures appropriées. La situation des hôpitaux français dans les zones touchées par l’épidémie et l’exemple de l’Italie ont été considérés comme un début de réalisation des hypothèses épidémiologiques prises en compte. Il est dès lors apparu indispensable au Conseil scientifique de prendre en compte comme objectif collectif principal et immédiat la réduction maximale de l’afflux prévisible de cas graves en réanimation.

Au vu de ces éléments le Conseil scientifique COVID-19 préconise :

  • le renforcement de la prise en charge hospitalière et communautaire : activation du plan blanc, augmentation maximale des capacités de réanimation et distribution maximale et sans délai de matériel de protection approprié aux personnels médical et paramédical hospitalier et non hospitalier, public et privé sur tout le territoire, 
  • des mesures de protection à l’échelle individuelle : renforcement des mesures barrières pour se protéger soi-même et protéger les autres, en s’assurant de la disponibilité des moyens type gels hydro-alcooliques et masques chirurgicaux pour les population, isolement à domicile des personnes symptomatiques et des contacts intradomiciliaires, confinement des personnes de plus de 70 ans, et des personnes médicalement fragiles,
  • des mesures de portée nationale ou régionale : 
    limitation de l’utilisation des transports en commun et des voyages à l’étranger aux voyages essentiels,
    fermeture des crèches, des écoles, des collèges, des lycées et des universités sur tout le territoire . Cette fermeture doit être accompagnée de la mise en place de modes de garde des enfants des personnes dont les activités sont essentielles, en particulier des enfants de personnels soignants,
    poursuite de l’activité des entreprises et administrations, application de plans de continuité des activités (PCA), mise en place du télétravail, étalement des horaires pour éviter une surcharge des transports en commun, 
    réduction des activités sociales et de loisirs non essentiels. (fermetures des gymnases, des activités de groupe, des bars et des restaurants, discothèques, fermetures des centres d’attraction, etc)
    frontières : le conseil scientifique n’identifie pas d’argument scientifique en faveur d’un impact de la fermeture des frontières sur l’évolution de l’épidémie. Dans un contexte d’épidémie généralisée en France, la fermeture des frontières n’aura pas d’impact notable sur les chaînes de transmission, qui sont locales,
    élections. Questionné sur un éventuel report des élections, le conseil scientifique a souligné que cette décision, éminemment politique, ne pouvait lui incomber et a considéré que si les élections se tenaient elles devaient être organisées dans des conditions sanitaires appropriées (notamment respect des distances entre votants, désinfection des surfaces, mise à disposition de gels hydro-alcooliques, étalement des votes sur la journée, absence de meeting post-électoraux, etc. …). Dans ces conditions, il n’identifiait pas d’argument scientifique indiquant que l’exposition des personnes serait plus importante que celle liée aux activités essentielles (faire ses courses). 

Par ailleurs, le conseil scientifique a alerté le gouvernement sur le fait que d’un point de vue de santé publique, il était important pour la crédibilité de l’ensemble des mesures proposées qu’elles apparaissent dénuées de tout calcul politique. L’ensemble de ces avis sont susceptibles d’être adaptés et complétés dans le temps, selon l’évolution de l’épidémie. Les premiers effets des mesures adoptées sur la base de ces avis ne peuvent apparaître qu’après deux à trois semaines.
 

Revenir à la navigation

Fiche technique

Type de document : Avis

Pagination : 8 pages

Poids du fichier numérique : 0.63 Mo

Revenir à la navigation