Les haltes soins addictions : Un dispositif expérimenté depuis 2016 pour réduire les risques et nuisances associés à la consommation de stupéfiants dans l'espace public

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L'Inspection générale des affaires sociales (Igas) et l'Inspection générale de l'administration (IGA) ont évalué les haltes soins addictions (HSA), un dispositif expérimenté depuis 2016 pour réduire les nuisances liées à la consommation de stupéfiants dans l'espace public. Cette évaluation avait pour objectif d'éclairer le Gouvernement sur l'opportunité de maintenir, d'adapter ou arrêter des HSA en évaluant leur pertinence et leur place dans l'éventail des outils de réduction des risques et des dommages, leur impact sur la tranquillité et l'ordre publics, ainsi que leurs modalités de création et la pertinence de leurs lieux d'implantation.

À quoi correspondent les HSA ?

Les Haltes soins addictions (HSA) sont des espaces de consommation supervisée de drogues qui visent à réduire les risques sanitaires et les nuisances liés à la consommation de drogues dans l'espace public, notamment injectées. Il en existe 150 dans le monde.

En France, les "salles de consommation à moindre risque" (SCMR) ont été autorisées par expérimentation législative en 2016, prolongée en 2022 jusqu'à fin 2025 en "haltes soins addictions" (HSA).

Depuis 2016, seules deux HSA ont été ouvertes, à Paris et à Strasbourg ; elles accueillaient 1 600 personnes, soit moins de 1 % des 342 000 usagers problématiques de drogues estimés en France en 2023. Les HSA accompagnent un public en forte désaffiliation sociale, majoritairement sans domicile fixe ; ainsi à Paris, 79 % des usagers de la HSA n'ont pas d'hébergement stable et plus de la moitié vivent dans la rue ou en squat.

Quels sont les constats établis par le rapport ?

Conformément aux attentes du législateur, les HSA réduisent les risques et dommages sanitaires pour les consommateurs de drogues injectables (la consommation supervisée, en limitant les pratiques d'injection dangereuses et le partage de matériel, réduit les risques infectieux, les surdoses et les affections somatiques) ; elles contribuent à améliorer la santé publique (10 fois moins de seringues abandonnées dans l'espace public) et assurent le rôle de vigies des habitudes et nouvelles tendances de consommation de drogues (comme la montée en puissance du fentanyl observée grâce à la HSA de Strasbourg).

Les HSA contribuent à améliorer la tranquillité publique dans les lieux de consommation dans l'espace public, en diminuant les consommations de rue ; l'aide sanitaire qu'elles proposent est complémentaire aux mesures de lutte contre la consommation et les trafics de drogues. Les services de sécurité publique ne relèvent pas de hausse de la délinquance à proximité de ces salles, voire sont susceptibles de faire baisser le nombre de délits commis par leurs usagers.

L'exception (immunité pénale) faite à l'interdiction d'usage des drogues (loi de 1970) se justifie par le profil particulièrement désaffilié et les vulnérabilités multiples des usagers des HSA ; elle est strictement encadrée et son application ne pose pas de difficulté – la cession de stupéfiants reste évidemment interdite dans et aux abords des salles.

Que recommande le rapport ?

La mission recommande de pérenniser les HSA en les inscrivant dans le droit commun à l'issue de la période d'expérimentation (31/12/2025), afin de prévoir, en droit, la possibilité d'ouvrir de nouveaux espaces de consommation supervisée, dont l'opportunité devra être appréciée, au cas par cas, sur la base des plusieurs conditions de réussite identifiées par la mission, tenant à la fois à la qualité du diagnostic préalable et aux modalités du projet.

La mission estime que toutes les villes n'ont pas vocation à avoir une HSA et qu'une HSA doit être une réponse locale à un besoin local. Plusieurs conditions doivent être réunies pour que la HSA soit justifiée, efficace et acceptable par l'ensemble des parties prenantes : capacité d'accueil adaptée, implantation au plus près des lieux de consommation dans l'espace public, proximité avec un hôpital, insertion dans un chaînage médico-social et un continuum allant de la prévention aux soins, information des riverains, et portage assumé et univoque de la politique de réductions des soins.

SYNTHÈSE
RECOMMANDATIONS DE LA MISSION
INTRODUCTION

1 DEPUIS 2016, LA FRANCE EXPERIMENTE DEUX SALLES DE CONSOMMATION SUPERVISEE A PARIS ET STRASBOURG DANS LE CADRE DE SA POLITIQUE DE REDUCTION DES RISQUES ET DES DOMMAGES 

1.1 LA FRANCE A ETE LE 10E PAYS AU MONDE A AJOUTER LA CONSOMMATION SUPERVISEE A SES OUTILS DE REDUCTION DES RISQUES ET DES DOMMAGES
1.2 LES HSA DE PARIS ET STRASBOURG VOIENT AUGMENTER LEUR FILE ACTIVE, SANS QUE D'AUTRES PROJETS AIENT PERMIS UN MEILLEUR MAILLAGE DU  TERRITOIRE

2 LA CONSOMMATION SUPERVISEE EST BENEFIQUE SUR LE PLAN SANITAIRE, MAIS NE SAURAIT REPONDRE A TOUS LES MAUX D'UN PUBLIC TRES DESAFFILIE ET EXPOSE A UNE DISPONIBILITE ACCRUE DES STUPEFIANTS

2.1 LES EVALUATIONS SCIENTIFIQUES ONT DEMONTRE QUE LA CONSOMMATION SUPERVISEE DIMINUE LES RISQUES DE TRANSMISSION INFECTIEUSE, DE SURDOSES ET D'AFFECTIONS SOMATIQUES CHEZ LES INJECTEURS
2.2 LES HALTES SOINS ADDICTIONS NE SAURAIENT REPONDRE SEULES AUX DIFFICULTES SANITAIRES ET SOCIALES D'UN PUBLIC EN GRANDE DESAFFILIATION
2.3 DANS UN CONTEXTE DE DISPONIBILITE CROISSANTE DES STUPEFIANTS, LES ENJEUX SPECIFIQUES DU CRACK NECESSITENT PRIORITAIREMENT UNE MISE A L'ABRI DES CONSOMMATEURS

3 LES ESPACES DE CONSOMMATION SUPERVISEE CONTRIBUENT A AMELIORER LA TRANQUILLITE PUBLIQUE ET NE GENERENT PAS DE DELINQUANCE SPECIFIQUE

3.1 LA CONSOMMATION SUPERVISEE PERMET D'AMELIORER LA PHYSIONOMIE DE QUARTIERS TOUCHES PAR LA CONSOMMATION DE DROGUE DANS L'ESPACE PUBLIC
3.2 TOUTES LES NUISANCES LIEES A LA DROGUE NE DISPARAISSENT PAS POUR AUTANT
3.3 CES DISPOSITIFS NE FONT PAS AUGMENTER LA DELINQUANCE 

4 LA MISSION RECOMMANDE LA POURSUITE DE L'EXPERIMENTATION EN COURS, ET POUR L'AVENIR, D'INSCRIRE DANS LE DROIT COMMUN LA POSSIBILITE D'OUVRIR DES HSA

4.1 POUR L'EXISTANT, LA MISSION RECOMMANDE DE MENER A SON TERME L'EXPERIMENTATION, CONSIDERANT QUE LES DEUX HSA REPONDENT AUX OBJECTIFS FIXES PAR LE LEGISLATEUR ET QUE LEUR FERMETURE DEGRADERAIT LA SITUATION DES USAGERS ET LA TRANQUILLITE PUBLIQUE
4.2 POUR L'AVENIR, LA MISSION RECOMMANDE D'INSCRIRE LES HSA DANS LE DROIT COMMUN A L'ISSUE DE LA PERIODE D'EXPERIMENTATION, SANS PREJUDICE DES CONCLUSIONS DE L'EVALUATION SCIENTIFIQUE ATTENDUE POUR LE 1ER SEMESTRE 2025 

5 L'OUVERTURE DE NOUVEAUX ESPACES DE CONSOMMATION SUPERVISEE DOIT REPONDRE A CERTAINES CONDITIONS TENANT A LA FOIS AUX MODALITES DU PROJET ET A LA QUALITE DU DIAGNOSTIC PREALABLE

5.1 LE LEGISLATEUR A D'ORES ET DEJA PREVU LA POSSIBILITE D'UNE CONSOMMATION SUPERVISEE DANS D'AUTRES TYPES DE LIEUX QUE LES HSA AUTONOMES 
5.2 A PARIS, EN COMPLEMENT DU PLAN CRACK, PLUSIEURS ACTEURS ONT ATTIRE L'ATTENTION DE LA MISSION SUR L'OPPORTUNITE D'UNE CONSOMMATION SUPERVISEE DE CRACK INHALE DANS LES ESPACES DE REPOS
5.3 L'OUVERTURE DE NOUVEAUX ESPACES DE CONSOMMATION SUPERVISEE DOIT PROCEDER D'UN DIAGNOSTIC OBJECTIF ET PARTAGE AU NIVEAU LOCAL, PILOTE PAR L'ARS, AVEC LE CONCOURS DE LA MILDECA
5.4 REPONSE LOCALE A UN BESOIN LOCAL, LE PROJET DOIT REUNIR PLUSIEURS CONDITIONS DE REUSSITE A L'ISSUE DU DIAGNOSTIC

ANNEXE 1 : LA POLITIQUE DE REDUCTION DES RISQUES ET DES DOMMAGES POUR LES USAGERS DE DROGUES
ANNEXE 2 : STUPEFIANTS : ETAT DE LA DISPONIBILITE DES PRODUITS ET DE LEUR CONSOMMATION 
ANNEXE 3 : EFFICACITE DES SALLES DE CONSOMMATION SUPERVISEE : ECLAIRAGES SCIENTIFIQUES ET INTERNATIONAUX
ANNEXE 4 : PROFILS DES CONSOMMATEURS DE DROGUES FREQUENTANT LES DISPOSITIFS D'ACCUEIL, NOTAMMENT CAARUD ET HSA
ANNEXE 5 : LES HSA EXPERIMENTATRICES DE PARIS ET STRASBOURG
ANNEXE 6 : PRESENTATION SYNTHETIQUE DES ACTIVITES DES CAARUD RENCONTRES ET FOCUS SUR LE CAARUD AURORE 93 D'AULNAY-SOUS-BOIS 
ANNEXE 7 : CAHIER DES CHARGES NATIONAL RELATIF A L'EXPERIMENTATION DES "ALTES SOINS ADDICTIONS" 
ANNEXE 8 : NOTE D'ANALYSE DE LA DIRECTION DES AFFAIRES JURIDIQUE DES MINISTERES SOCIAUX SUR LES SUITES A DONNER A L'EXPERIMENTATION 
LISTE DES PERSONNES RENCONTRÉES
LISTE DES SIGLES
LETTRE DE MISSION 

  • Type de document : Rapport d'inspection
  • Pagination : 236 pages
  • Édité par : Inspection générale des affaires sociales : Inspection générale de l'administration