À hauteur de victimes - Rapport du groupe de travail pour renforcer l'action judiciaire face aux violences sexuelles et prévenir la victimisation secondaire

Remis le :

Auteur(s) : Charlotte Beluet

Auteur(s) moral(aux) : Ministère de la justice

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En 2023, 325 000 personnes ont déclaré avoir subi des violences sexuelles physiques et plus d'un million du harcèlement sexuel. Ces chiffres sont en hausse par rapport à 2022. Pourtant, seules 6 % des victimes de viol déposent plainte, et 2 % lorsqu’il s'agit de harcèlement sexuel.

Sur le terrain judiciaire, en 2024, 43 035 personnes ont été mises en cause pour des faits de viol, agression ou harcèlement sexuel ; près de 60 % des affaires ont été classées sans suite pour "infractions insuffisamment caractérisées" et plus de 64 % tous motifs confondus. Les délais entre l'enregistrement d'une affaire par le parquet et la première décision au fond s'élèvent à 55 mois pour les viols, 22 mois pour les agressions sexuelles, sans compter le temps d'enquête préalable à cet enregistrement, ni celui jusqu'au prononcé définitif d’une décision.

À ces chiffres s’ajoutent ceux des outrages sexistes et sexuels, des atteintes à la vie privée, de la pédopornographie ou encore du proxénétisme.

Le rapport du groupe de travail formule des propositions pour renforcer l'action judiciaire face aux violences sexuelles et prévenir la victimisation secondaire. La victimisation secondaire désigne la situation dans laquelle les victimes d'infractions pénales subissent une première blessure par le crime et une seconde par les acteurs du système de justice pénale.

Les axes de propositions sont les suivants : 

  • Former et soutenir les professionnels,
  • Mettre en place une organisation judiciaire plus claire,
  • Construire un parcours "victime" cohérent,
  • Renforcer la direction d'enquête,
  • Garantir l'effectivité des examens médico-légaux et expertises,
  • Renforcer les décisions d'orientation du Parquet,
  • Renforcer les mesures et sanctions prononçables ainsi que l'indeminsation des victimes.

I. L'ampleur du phénomène
II. Replacer les victimes au centre : un changement de paradigme
III. Le continuum de violences : sortir de la vision fragmentée
IV. La mécanique de la victimisation secondaire
V. Une justice à l'écoute : un impératif démocratique

1 – FORMER ET SOUTENIR LES PROFESSIONNELS : UN PREREQUIS STRUCTUREL

Proposition n° 1 – Rendre la formation obligatoire et homogène
Proposition n°2 – Soutenir les professionnels : un impératif institutionnel

2 – UNE ORGANISATION JUDICIAIRE PLUS LISIBLE ET PLUS PROTECTRICE

Proposition n°3 – Étendre les pôles spécialisés VIF aux violences sexuelles et sexistes : une cohérence systémique nécessaire 
Proposition n°4 – Désigner des référents violences sexistes et sexuelles : structurer et clarifier l'action institutionnelle
Proposition n° 5 – Vers un juge d'instruction spécialisé ?

3 – CONSTRUIRE UN "PARCOURS VICTIME" COHERENT DE L'ENQUÊTE A L'EXECUTION DE LA DECISION

3.1- Garantir un accompagnement effectif et continu
3.1.1 – Accompagner dès l'enquête : restaurer sa capacité d'agir
Proposition n° 6 – Clarifier la possibilité d'être assisté d'un avocat dès le dépôt de plainte : sécuriser la parole des victimes majeures
Proposition n° 7 – Garantir l'assistance d'un avocat aux mineurs victimes dès la plainte : créer un cadre de confiance
Proposition n° 8 – Assurer la présence d'un avocat en assistance éducative lorsque le mineur est simultanément victime dans une procédure pénale
Proposition n° 9 – Réformer le rôle des administrateurs ad hoc
Proposition n° 10 – Ouvrir l'aide juridictionnelle dès la plainte pour les victimes de violences sexuelles : lever un frein financier majeur
Proposition n° 11 – Systématiser la saisine des associations d'aide aux victimes : prévenir l'isolement
Proposition n° 12 – Développer les permanences associatives et créer un fond dédié "FIPDVSS"
3.1.2 – L'accompagnement de la victime au cours de l'instruction : 
Proposition n° 13 – Saisir systématiquement le BAV au moment du réquisitoire introductif : assurer la continuité de l'accompagnement
Proposition n° 14 – Structurer le lien Juge d'instruction–BAV et renforcer la visibilité des avocats
3.1.3 – L'accompagnement de la victime au moment du jugement
Proposition n° 15 – Renforcer l'accompagnement de la victime avant et pendant l'audience
Proposition n° 16 – Autoriser tout magistrat du siège à saisir une association d'aide aux victimes : ancrer la culture de l'accompagnement
Proposition n° 17 – Créer un statut intermédiaire pour les victimes prescrites

3.2 – LA PROTECTION DES VICTIMES : ÉRIGER LA SÉCURITÉ EN PRINCIPE
3.2.1 – Assurer une protection continue au cours de la procédure
Proposition n° 18 – Systématiser et actualiser les EVVI approfondies pour toutes les victimes de violences sexuelles
Proposition n° 19 – Faciliter la transmission des EVVI entre magistrats et services intervenant sur une même situation
Proposition n° 20 – Réformer le critère du danger au sein de l'ordonnance de protection
Proposition n° 21 – Étendre l'ordonnance de protection hors du cadre conjugal : créer une ordonnance de restriction et d'éloignement (O.R.E)
Proposition n° 22 – Réaliser systématiquement une EVVI lors du dépôt d'une demande d'ordonnance de protection
Proposition n° 23 – Assurer la traçabilité numérique nationale de l'ordonnance de protection
Proposition n° 24 – Créer une ordonnance "refuge" pour l'enfant
Proposition n° 25 – Étendre les conditions d'attribution du Téléphones grave danger (TGD)
3.2.2 – Garantir la sécurité et la dignité des victimes au sein du palais de justice
Proposition n° 26 – Créer un parcours protégé et spécialisé pour les victimes lors des audiences
Proposition n° 27 – Mieux organiser les audiences pour réduire la charge émotionnelle des victimes
Proposition n° 27.1 – Adapter les créneaux d'audience et réduire le temps d'attente
Proposition n° 27.2 – Développer des audiences de fixation et une "mise en état pénale"
Proposition n° 28 – Renforcer la police de l'audience et adapter les textes pour prévenir la victimisation secondaire

3.3 – INFORMER : RESTAURER LA PLACE DES VICTIMES DANS LE PROCESSUS JUDICIAIRE
3.3.1 – L'information au stade de l'enquête
Proposition n° 29 – Remettre d'initiative à la victime une copie de sa plainte et de son certificat médical (sauf opposition ou risque)
Proposition n° 30 – Renforcer l'information de la victime durant l'enquête
Proposition n° 30.1 – Informer la victime de l'état d'avancement de l'enquête
Proposition n° 30.2 – Aviser la victime de certains actes "clés" de la procédure
Proposition n° 31 – Rendre obligatoire une notification motivée et personnalisée des classements sans suite
3.3.2 - L'information au stade de l'instruction : limiter les périodes de silence procédural
Proposition n° 32 – Informer la victime qu'une audition aura lieu dès que des éléments nouveaux le justifient 
3.3.3 - L'information au moment de l'audience et de l'exécution de la peine 
Proposition n° 33 - Expliquer la relaxe à l'audience
Proposition n° 34 – Mieux informer la victime en cas de sortie du condamné
Proposition n° 34.1 – Information systématique sur la possibilité de présenter des observations (art. 712-16-1 CPP)
Proposition n° 34.2 – Information systématique des décisions de libération (art. 712-16-2 CPP)
Proposition n° 35 – Créer une "notice victime" pour garantir une information post-sentencielle adaptée

3.4 – LES CONDITIONS D'AUDITION : LE COEUR DE LA RENCONTRE ENTRE LA PAROLE ET LA JUSTICE
3.4.1 - L'audition en phase d'enquête et d'instruction
Proposition n° 36 – Créer des “masques plaintes” : trames d'audition dédiées aux violences sexuelles
Proposition n° 37 – Encadrer strictement les questions relatives à la vie intime et écarter celles fondées sur des stéréotypes 
Proposition n° 38 – Généraliser sur tout le territoire le recueil de preuves sans dépôt de plainte 
Proposition n° 39 – Permettre aux victimes majeures d'enregistrer leur audition si elles le souhaitent
Proposition n° 40 – Favoriser l'audition même sans plainte et proposer à la victime, en fin d'audition, de décider si elle souhaite porter plainte
Proposition n° 41 – Proscrire les mains courantes et systématiser la saisine des associations d'aide aux victimes
Proposition n° 42 – Encadrer les confrontations au stade de l'enquête et de l'instruction
Proposition n° 42.1 – Notifier à la victime son droit de refuser la confrontation
Proposition n° 42.2 – Renforcer l'évaluation préalable de la capacité de la victime à subir l'acte
Proposition n° 42.3 – Organiser la confrontation dans des conditions respectueuses des droits
Proposition n° 42.4 – Garantir des conditions de déroulement protectrices
3.4.2 – L'audition au stade du jugement : 
Proposition n° 43 – Proposer la visioconférence aux victimes qui ne peuvent pas comparaitre
Proposition n° 44 – Informer la victime qu'elle n'a pas l'obligation de répondre aux questions

4 – RENFORCER LA DIRECTION D'ENQUETE

Proposition n° 45 – Systématiser l'information immédiate du parquet dès l'ouverture de la procédure
Proposition n° 46 – Améliorer le suivi des procédures par leur enregistrement systématique
Proposition n° 47 - Exclure le contentieux des violences sexuelles du TTR électronique 
Proposition n° 48 – Rendre effective la possibilité, pour les associations d'aide aux victimes, de saisir directement le procureur de la République en cas de carence
Proposition n° 49 – Limiter les transmissions de procédures entre services d'enquête, afin de garantir la continuité, la traçabilité et l'efficacité des investigations 
Proposition n° 50 – Définir un socle minimal d'actes d'enquête en matière de violences sexuelles
Proposition n° 51 – Mieux encadrer les délais : fixer un délai maximal de démarrage effectif des enquêtes préliminaires
Proposition n° 52 – En cas d'infractions sexuelles au travail, favoriser la cosaisine de l'inspection du travail

5 – GARANTIR L'EFFECTIVITE DES EXAMENS MÉDICO-LÉGAUX ET EXPERTISES

Proposition n° 53 – Renforcer massivement la formation des experts et des professionnels réalisant les examens médico-légaux
Proposition n° 54 – Rénover la constitution des listes d'experts et améliorer le signalement des pratiques défaillantes
Proposition n° 55 – Garantir un accès effectif, territorialement équilibré et de qualité aux examens médico-légaux 
Proposition n° 56 – Accompagner systématiquement le mineur victime durant l'examen médico-légal73
Proposition n° 57 – Joindre systématiquement l'audition de la victime et la grille d'évaluation du danger aux réquisitions à expert 
Proposition n° 58 – Engager un chantier justice - médecine légale sur l'ITT pour intégrer pleinement les traumatismes psychologiques
Proposition n° 59 – Assurer la présence systématique du médecin légiste aux assises

6 – RENFORCER LES DÉCISIONS D'ORIENTATION DU PARQUET

Proposition n° 60 – Proscrire les classements sans suite sur compte rendu téléphonique
Proposition n° 61 – Proscrire les codes de classement inadaptés en matière de violences sexuelles
Proposition n° 62 – Interdire la médiation en matière d'infraction sexuelle 
Proposition n° 63 – Harmoniser le champ des alternatives avec celui des compositions pénales et garantir leur cohérence
Proposition n° 64 – Garantir un contenu réel et non symbolique des alternatives
Proposition n° 65 – Renforcer la place de la victime dans les alternatives et les compositions pénales
Proposition n° 66 – Élargir les CRPC en matière délictuelle en renforçant la place des victimes
Proposition n° 67 – Éviter les convocations par OPJ "sèches" et privilégier des modalités garantissant la protection des victimes

7 – RENFORCER LES MESURES ET SANCTIONS PRONONÇABLES AINSI QUE L'INDEMNISATION DES VICTIMES

Proposition n° 68 – Clarifier l'obligation alimentaire en cas d'agressions sexuelles incestueuses
Proposition n° 69 – Permettre au SPIP d'être informé des ordonnances de protection et des éléments nécessaires à la prise en charge de l'auteur
Proposition n° 70 – Améliorer l'indemnisation des victimes
Proposition n° 70.1 – Simplifier et moderniser la CIVI et les procédures mobilisables 
Proposition n° 70.2 – Réviser les barèmes d'évaluation

  • Type de document : Rapport d'étude
  • Pagination : 96 pages
  • Édité par : Ministère de la justice