Déclaration de Mme Geneviève Darrieussecq, secrétaire d'État auprès de la ministre des armées, sur le Concours National de la Résistance et de la Déportation, à Paris le 22 janvier 2019.

Déclaration de Mme Geneviève Darrieussecq, secrétaire d'État auprès de la ministre des armées, sur le Concours National de la Résistance et de la Déportation, à Paris le 22 janvier 2019. Geneviève Darrieussecq 22/01/2019 Concours CNRD Remise des prix du Concours National de la Résistance et de la Déportation (CNRD) 2017-2018

Monsieur le ministre, cher Gabriel,
Monsieur le Directeur de l'Enseignement Scolaire,
Monsieur l'Inspecteur Général de l'Education Nationale,
Monsieur le Recteur,
Monsieur le Directeur des Patrimoines, de la Mémoire et des Archives,
Mesdames et messieurs les membres du jury du CNRD,
Mesdames et messieurs les représentants des fondations de mémoire et du monde combattant,
Mesdames et messieurs les vétérans de la Résistance et de la déportation,
Mesdames et messieurs les chefs d'établissement et enseignants,
Mesdames et messieurs,
Chers lauréats, chers élèves, c'est à vous que je souhaite m'adresser en premier lieu.


Pour vous remercier de votre participation au Concours National de la Résistance et de la Déportation. C'est un bel engagement, c'est aussi un geste citoyen. Bravo !

Je tiens également à vous féliciter pour votre succès.

Vous recevez aujourd'hui le prix national d'un concours important. D'un concours qui tient particulièrement au ministère des Armées ; par son ancienneté, par son histoire et bien sûr parce qu'il véhicule les valeurs de notre République.

Vous venez des quatre coins de la France. Vous êtes des lycéens de Paris, de Mortagne-au-Perche ou de Douai. Vous êtes des collégiens de Manosque, de Marly-le-Roi ou de Château-Thierry.

Vous avez été distingués par vos académies et par le jury national parmi plus de 47 000 élèves qui ont participé à ce concours en 2017-2018. Je sais que vous êtes une source de fierté pour votre établissement scolaire. C'est l'occasion pour moi de saluer et de remercier vos enseignants, vos encadrants et vos chefs d'établissement. Le résultat que vous avez obtenu est aussi la réussite d'une équipe pédagogique.

Chers lauréats, vous venez de vivre deux jours chargés d'émotion autour d'un riche programme culturel. Vous avez visité quelques lieux des plus symboliques pour notre mémoire combattante. Je pense au Mont Valérien où repose une partie de notre mémoire de la Seconde Guerre mondiale. Je pense au Musée de l'Ordre de la Libération, véritable hommage aux héros de la France Libre et de notre liberté. Hier soir, vous avez eu l'honneur de raviver la flamme du Souvenir sous l'Arc de Triomphe.

Ainsi, vous êtes des héritiers de la mémoire. Désormais, vous devez en être les relais partout sur le territoire national. Chers amis, poursuivez !


C'est la deuxième fois que le lycée Louis le Grand accueille cette cérémonie nationale. Il y a là un véritable sens.

Ici même, entre 1940 et 1944, des jeunes qui avaient vos âges - 16, 17, 18 ans - se sont mobilisés pour résister à l'occupant. Il en est ainsi de Jean-Marie DELABRE. Dès 1940, luttant contre la propagande de l'occupant, il invitait les Français à réagir. Comme nombre de ses camarades, il connut la répression, l'arrestation et la déportation. De retour en France en 1945, il ne cessa jamais le combat de la mémoire. Pour que jamais nous n'oublions ceux qui ont fait le choix de l'engagement et du refus dans l'un des pires moments de notre histoire.


Notre devoir est de poursuivre ce combat. C'est cette œuvre de partage et de transmission que notre pays doit accomplir sans faiblir. Transmettre aux jeunes générations est une priorité de mon action. Monsieur le ministre, c'est là une des missions communes de nos deux ministères.

Pour l'accomplir, nous savons que l'école est un lieu privilégié pour l'apprentissage des valeurs républicaines, l'enseignement de l'histoire et la transmission de la mémoire.

Nous savons aussi, que dans cette mission citoyenne, l'ONAC-VG, les fondations mémorielles et les associations du monde combattant contribuent activement au succès.

C'est tout l'état d'esprit du Concours National de la Résistance et de la Déportation.

Je souhaite, Monsieur le Directeur de l'Enseignement Scolaire, réaffirmer l'attachement du ministère des Armées à ce concours. Le CNRD est attractif, reconnu et fédérateur. Nous l'avons constaté, il y a quelques minutes, il permet la créativité et le travail pluridisciplinaire. Ce concours a bénéficié d'une rénovation qui lui permet une diversification des établissements et une ouverture plus large. Personne ne doit être exclu de la mémoire !

Je remercie vivement vos partenaires. Je tiens à distinguer le travail de la Direction des Patrimoines, de la Mémoire et des Archives qui soutient très activement le CNRD et œuvre à sa valorisation.


« S'engager pour libérer la France », tel était le thème de la session 2017-2018. Il a permis le focus sur la notion d'engagement. C'est une notion qui est chère au Gouvernement.

Ce thème a mis à l'honneur ceux qui ont lutté. Ceux qui ont mis toute leur volonté dans l'accomplissement de leur devoir.  Les femmes et les hommes qui, au risque de leur vie, dans la Résistance intérieure et extérieure, ont forgé la libération de notre territoire. Il a permis de s'intéresser aux formes très variées de l'engagement, d'identifier les points communs et les originalités de ces parcours.

Ce thème fait écho aux priorités commémoratives de cette année. En effet, en 2019, la mémoire de la Seconde Guerre mondiale occupera le premier plan.

La France se souviendra de l'année 1944 et commémorera le 75ème anniversaire de sa Libération. C'est à toute une génération engagée dans ce combat que nous rendrons hommage. Nous nous souviendrons des débarquements en Normandie et en Provence, de la libération de Paris, des maquis, des drames d'Oradour-sur-Glane et de Maillé.

Les commémorations de cet anniversaire ont déjà débuté en Corse, il y a quelques semaines. Puisque c'est dans l'Ile de Beauté qu'a débuté, en octobre 1943, la libération de la France métropolitaine.

En 2020, c'est la terrible année 1940 qui marquera nos mémoires. Celle de la défaite et de l'effondrement de la République, mais également celle du refus fondateur, celle du combat qui se poursuit.

Celle de la naissance d'un optimisme infatigable, dont Raymond AUBRAC disait qu'il était le fondement de la Résistance.

Aujourd'hui, chers lauréats, cet optimisme, en vous voyant, en vous écoutant, je l'ai chevillé au corps.

Cet optimisme auquel je crois, il s'appelle aussi « Europe » et amitié franco-allemande. En ce 22 janvier 2019, 56 ans après la signature du traité de l'Elysée par le président DE GAULLE et le chancelier ADENAUER, le président MACRON et la chancelière MERKEL marquent aujourd'hui une nouvelle étape de nos relations en renforçant ce traité, en consolidant nos liens étroits et en créant la première assemblée parlementaire franco-allemande. 

Ce message de paix est aussi le message du CNRD.


Je vous remercie.


Source https://www.defense.gouv.fr, le 23 janvier 2019 
 

Concours Concours Resistance Deportation Recompense 193000144

Déclaration de M. Edouard Philippe, Premier ministre, sur le soutien financier accordé par l'Etat au Mémorial de la Shoah et la lutte contre le racisme et l'antisémitisme, notamment sur Internet et dans les écoles, Paris le 18 mars 2019.

Déclaration de M. Edouard Philippe, Premier ministre, sur le soutien financier accordé par l'Etat au Mémorial de la Shoah et la lutte contre le racisme et l'antisémitisme, notamment sur Internet et dans les écoles, Paris le 18 mars 2019. Edouard Philippe 18/03/2019 racisme antisémitisme internet école Signature d'une nouvelle convention triennale de partenariat entre l'Etat et le Mémorial de la Shoah, à l'occasion de la Semaine d'éducation et d'actions contre le racisme et l'antisémitisme, à Paris le 18 mars 2019

Monsieur le Président du Mémorial de la Shoah,
Mesdames et messieurs les membres du conseil d'administration et du conseil scientifique,
Mesdames et messieurs les enseignants,
Mesdames et Messieurs,


« Voilà, vous savez tout. Pardon ? […] Vous voulez savoir si c'est une histoire vraie ? […] Bien sûr que non, pas du tout. Il n'y eut pas de trains de marchandises traversant les continents en guerre […]. Ni de camp de regroupement, d'internement, de concentration, ou même d'extermination. Ni de familles dispersées en fumée au terme de leur dernier voyage. Ni de cheveux tondus, récupérés, emballés puis expédiés. Ni le feu, ni la cendre, ni les larmes. Rien, rien de tout cela n'est arrivé, rien de tout cela n'est vrai. »

Vous avez peut-être reconnu l'épilogue du dernier livre de Jean-Claude Grumberg, La plus précieuse des marchandises (« La librairie du XXIe siècle », Seuil, 2019.) Dans toute son oeuvre, Jean-Claude Grumberg, dont le père est mort à Auschwitz, s'attaque à la bêtise antisémite, à toutes les formes de bêtise criminelle, avec les armes que l'humour oppose au désespoir. « Rien de tout cela n'est vrai », ironise-t-il pour lutter contre ceux qui nient ou déforment la réalité. Et il ajoute, à la fin, un « appendice pour amateurs d'histoire vraie » : le 7 décembre 1943, Abraham et Chaïga Wizenfeld ont quitté Drancy avec leurs jumeaux, Jeanine et Fernand. Ils avaient 28 jours. C'était le convoi numéro 64. Aujourd'hui, rendre justice à ces jumeaux, à leurs parents, c'est notre rôle à tous, que l'on soit écrivain, professeur, élu ou simple citoyen. Leur rendre justice, c'est répéter inlassablement que cela a eu lieu, que tout cela est vrai.

Nommer, raconter, montrer, c'est ce que font tous ceux qui refusent de baisser la garde face à l'oubli, au déni et à l'indifférence. C'est ce que font les enseignants, avec beaucoup de talent et parfois de courage, dans leurs salles de classe – et vous êtes nombreux aujourd'hui à connaître cette expérience. Nommer, pour conjurer l'anonymat du matricule. Graver les noms dans un monument de mémoire, comme sur le Mur des Noms et le Mur des Justes ici, au mémorial de la Shoah. Raconter, c'est ce que font Primo Lévi, Robert Antelme, et beaucoup d'autres. Montrer les lieux, archiver les textes et les traces, c'est un devoir collectif qui revient notamment aux historiens et aux services de l'Etat. C'est ce que nous voulons accompagner et amplifier grâce à la semaine d'éducation et d'action contre le racisme et l'antisémitisme. Et c'est la mission remarquablement assumée par le m��morial de la Shoah.

La semaine d'éducation et d'action contre le racisme et l'antisémitisme s'ouvre aujourd'hui. Face à la recrudescence des actes antisémites et haineux, elle a pris une nouvelle dimension en mobilisant très largement les institutions républicaines et leurs partenaires.

La DILCRAH coordonne, avec le Ministère de l'Education Nationale, les centaines d'actions qui sont menées partout en France – ateliers, projections, spectacles vivants ou expositions dans des lieux très variés. Je pense au Grand Festival du Musée national de l'histoire de l'immigration, à l'association Remembeur qui organise un tour de France des écoles et des mairies pour démonter les stéréotypes racistes. L'Université Paris 13 accueille à partir d'aujourd'hui l'exposition « Zoos humains – L'invention du sauvage ». Les zoos humains ont disparu, mais pas les stéréotypes.

Tous ces projets sont animés par une même conscience que les stéréotypes racistes et antisémites restent d'une actualité effrayante. Ils ont évidemment évolué, depuis les zoos humains, depuis l'époque aussi où Anatole Leroy-Beaulieu définissait les trois composantes de l'antisémitisme moderne : l'antijudaïsme traditionnel, qui remonte au Moyen Âge, la judéophobie anticapitaliste, apparue au XIXe siècle, et le racisme pseudo-scientifique qui établit une hiérarchie fantasmatique entre les peuples. C'était en 1891, trois ans avant qu'��clate cette grande crise nationale que fut l'Affaire Dreyfus (dans cinq articles intitulés « Les Juifs et l'antisémitisme » qu'il publiait dans La Revue des deux mondes).

Aujourd'hui, certains de ces stéréotypes ont la vie dure, surtout quand ils s'appuient sur le besoin de trouver des boucs-émissaires à ses frustrations, et d'autres sont apparus, notamment une nouvelle forme d'antisionisme exacerbée par les fanatismes islamistes.

C'est pourquoi j'ai présenté il y a un an, presque jour pour jour, un plan national de lutte contre le racisme et l'antisémitisme. Ces deux phénomènes ne sont pas exactement similaires, comme le suggère Delphine Horvilleur dans ses Réflexions sur la question antisémite : le raciste éprouve en général une haine de l'autre parce qu'il le juge inférieur – comme on le voit dans les zoos humains – alors que l'antisémite éprouve une haine des Juifs pour ce qu'il les imagine posséder à ses dépens – de l'argent, un réseau, une histoire, et même une souffrance que certains arrivent à leur reprocher. Dans le cas du racisme comme de l'antisémitisme, les préjugés et la peur sont toujours le ressort de la haine.

Le plan national de lutte contre le racisme et l'antisémitisme a d'abord pour but de lutter contre la haine qui se déverse sur Internet. Car les propos racistes ou antisémites ne sont pas des opinions. Ce sont des délits. Et un délit, dans un Etat de droit digne de ce nom, ça se constate et ça se punit.

J'avais annoncé que nous engagerions, dès 2019, un chantier législatif pour mieux imposer le retrait des contenus haineux sur Internet. Le Président de la République a lui-même indiqué qu'une proposition de loi serait présentée dès le mois de mai. L'engagement est tenu puisque la députée Laëtitia Avia et le groupe LREM à l'Assemblée nationale viennent de déposer cette proposition de loi. Elle impose notamment aux plateformes numériques une obligation de retrait des contenus manifestement haineux dans un délai de 24h à compter de leur signalement. Une sanction dissuasive sera encourue en cas de manquement, sous la forme d'une amende très lourde. Ce texte améliorera aussi la procédure de blocage judiciaire des sites internet dont le contenu est illicite, avec une procédure rapide pour empêcher la réapparition d'un site bloqué sous un autre nom ou avec un autre hébergeur. Cette proposition de loi sera d'abord soumise à l'avis juridique du Conseil d'Etat, ainsi qu'en a décidé le Président de l'Assemblée nationale, avant d'être examinée par les députés dans les prochaines semaines.

Nous disposons donc d'une marge de manoeuvre juridique et technique pour endiguer la logorrhée digitale. Mais le travail de fond consiste à prévenir la haine par un travail éducatif et mémoriel. Vous êtes les premières vigies de la République. Je mesure les difficultés que vous pouvez rencontrer dans vos salles de cours, quand des élèves mettent en doute, parfois violemment, les repères que vous essayez de transmettre. Je sais que c'est le cas depuis les plus petites classes jusqu'aux amphithéâtres d'université. Et je sais que vous ne vous sentez pas forcément accompagnés, outillés, pour répondre à cette banalisation de la défiance et des contre-vérités.

C'est pourquoi, avec Jean-Michel BLANQUER, nous avons mis en place une équipe nationale de réaction contre le racisme et l'antisémitisme, co-pilotée par le ministère de l'Education nationale et par la DILCRAH. Cette équipe nationale s'appuie sur les équipes académiques « valeurs de la République », pour que vous ne soyez pas livrés à vous-mêmes en cas d'incident. Elle est opérationnelle depuis le début de l'année 2019. Elle a déjà été saisie d'une cinquantaine de cas. Je le dis aux enseignants présents dans cette salle : ces équipes sont à votre écoute, n'hésitez pas à les saisir.

C'est dans un même état d'esprit que j'ai souhaité créer un prix national, le « prix Ilan HALIMI » qui récompense les actions conduites par des collectifs de jeunes pour faire reculer le racisme et l'antisémitisme. Je l'ai remis, le 12 février dernier, à des élèves du collège Clos-de-Pouilly de Dijon, pour leur action baptisée « Comprendre hier pour agir aujourd'hui ». Pendant six mois, quatre classes de troisième de cet établissement ont étudié la Shoah, les génocides arménien et tutsi.

Lutter contre la haine commence donc à l'école. C'est par l'enseignement et la recherche qu'on peut contribuer à influer sur les mentalités. C'est le sens de la plateforme de recherche sur le racisme et l'antisémitisme, portée par l'EPHE et la maison des sciences de l'homme, qui sera inaugurée mercredi.

Ces différentes initiatives interviennent dans un contexte particulièrement sombre, marqué par une augmentation significative des actes antisémites dans notre pays. Je n'oublierai pas le saccage des arbres plantés à la mémoire d'Ilan Halimi, les croix gammées apposées sur le visage de Simone Veil, les profanations de cimetières juifs. En remettant le prix Ilan Halimi, je disais que j'avais la rage au ventre mais que la détermination de ces jeunes renforçait ma volonté d'être inflexible.

Conformément à l'engagement pris par le Président de la République, je suis heureux d'annoncer une augmentation significative du soutien financier que l'Etat accorde au Mémorial de la Shoah. C'est l'un des apports de la convention triennale 2019-2021 que nous allons signer dans quelques instants. Dès cette année, l'Etat augmentera son concours de 50%. Et nous avons décidé de doubler notre participation à partir de l'année prochaine. Chaque année, l'Etat contribuera donc à hauteur de 2 millions d'euros à l'action du Mémorial. Ce doublement de notre contribution permettra au Mémorial d'amplifier encore son action de transmission et d'éducation, notamment en accueillant chaque année 10 000 élèves supplémentaires.

Le Mémorial est un grand lieu de mémoire, de transmission et de réflexion. Il dispose d'archives inestimables pour les chercheurs du monde entier et multiplie les activités pédagogiques à destination des élèves et des enseignants. Je pense notamment aux activités « hors les murs » qui sont proposées aux établissements scolaires de province, aux voyages d'étude à Auschwitz ou aux séminaires de formation qui offrent aux enseignants des outils pour répondre aux théories complotistes et aux fake news. Je pense aussi à la formation de nos policiers, de nos gendarmes, de nos magistrats.

Mesdames et Messieurs, le combat contre le racisme et l'antisémitisme est évidemment l'affaire de tous, et pas seulement des professeurs, du Mémorial ou de l'Etat. Il va nous falloir beaucoup de combativité et d'imagination pour essayer de changer, en profondeur, les mentalités.

On m'a raconté qu'à Dijon, dans le cadre de cette semaine d'éducation et d'action contre le racisme et l'antisémitisme, deux professeurs mènent un projet, avec leurs élèves de 5ème, qui s'intitule « On ne naît pas raciste, on le devient ». C'est tellement juste qu'on pourrait aller encore plus loin, comme Ta-Nehisi Coates, l'auteur d'Une colère noire, qui écrit, dans une préface à L'Origine des autres, de Toni Morrison, que « le racisme précède la race ». Chaque pays a une histoire tristement singulière dans sa fabrication du racisme. Le racisme dans notre pays, qui a connu et qui connaît encore des heures de sinistre mémoire, n'a rien à envier à celui d'autres pays.

Je suis néanmoins convaincu que le pays de Simone Veil et de Léon Blum, de Gaston Monnerville et de Paulette Nardal ne se résignera jamais au racisme et à l'antisémitisme. Il revient à chacun de les combattre, à son niveau. C'est un combat. Un combat que nous ne sommes jamais certains de gagner mais dont nous savons qu'il serait assurément perdu si nous ne le livrions pas. Un combat quotidien, fait de paroles et d'actes, de mémoire et de démonstration. Un combat dont l'intensité avec laquelle nous le menons dit ce que nous sommes : la France, un pays qui ne se résignera jamais.


Je vous remercie.


Source https://www.gouvernement.fr, le 19 mars 2019

Racisme Antisémitisme Racisme Antisemitisme Deportation Camp de concentration Plan gouvernemental Internet Education civique Memorial Convention 193000544

Déclaration de Mme Florence Parly, ministre des armées, en hommage aux victimes de la Rafle du Vél'd'Hiv', à Paris le 21 juillet 2019.

Déclaration de Mme Florence Parly, ministre des armées, en hommage aux victimes de la Rafle du Vél'd'Hiv', à Paris le 21 juillet 2019. Florence Parly 21/07/2019 Antsémitisme déportation Cérémonie de commémoration de la Rafle du Vél' d'Hiv'


« Il est 4 heures du matin. Ils sont venus nous chercher. Je vous dis adieu, je regrette tout le mal que j'aurais pu vous faire et les soucis que je vous ai occasionnés. Sachez que je vous ai aimés par-dessus tout, même si je n'ai pu vous le prouver. »

Ces mots, écrits à la hâte le 16 juillet 1942 sont parmi les derniers qu'Edith Shuhova, 16 ans, adresse à ses camarades de classe. La nuit enveloppe encore Paris lorsqu'Edith, ses parents et ses deux jeunes soeurs sont conduits au Vélodrome d'Hiver. L'antichambre de la mort à ciel ouvert.

Dans l'été brûlant, dans l'été suffoquant, 8 000 personnes dont plus de 4 000 enfants sont entassées ici, à même le sol, sans eau, cinq jours durant. Cinq journées dont chacune, plus qu'une insulte à l'humanité, tentait de l'effacer ; dont chaque heure fut une gifle cinglante à la dignité humaine. Cinq journées coupées du monde, hors du monde, où seules l'incertitude, l'angoisse et la crainte vivent. Tout autre sentiment, toute autre forme d'espoir tente vainement de survivre.

Edith est séparée de sa mère et de ses soeurs le 31 juillet 1942. Elle est déportée avec son père vers le camp d'Auschwitz-Birkenau, où ils sont assassinés à leur arrivée. Aucun membre de sa famille ne reviendra des camps.

L'histoire d'Edith, c'est celle de 13 152 Juifs de France, femmes, hommes, enfants, arrachés à leur quotidien les 16 et 17 juillet 1942. Surpris à l'aube, arrêtés au saut du lit, raflés dans les rues et dans les écoles. Arrêtés par des policiers et des gendarmes français. Des enfants nés en France, envoyés à la mort par des Français. Pour la seule raison qu'ils étaient juifs.

Et la France a détourné les yeux. Elle s'est emmurée dans le silence, drapée de son déshonneur.

Et nous savons aujourd'hui, que se taire est impossible. C'est pour moi un honneur de porter la parole de la République, en cette journée nationale de commémoration.

Je le fais, avec à l'esprit les mots si justes et si forts de Jacques Chirac. Depuis le 16 juillet 1995, depuis ce jour où notre pays a réellement brisé le silence et a eu enfin le courage de porter un regard lucide sur son histoire. Et je pense aussi en cet instant aux mots de Dominique de Villepin, de Nicolas Sarkozy, de François Hollande lors de l'inauguration du mémorial de Drancy, de Manuel Valls, et enfin ceux d'Emmanuel Macron lors des commémorations du 75ème anniversaire de la rafle du Vél' d'Hiv' et d'Edouard Philippe, l'année passée.

Oui, la République l'a reconnu, la conscience nationale le sait et je le redis ici : la Rafle du Vél' d'Hiv' est l'unique oeuvre du gouvernement français, accomplie par des Français.

Elle est devenue le symbole de toutes les autres, l'emblème de toutes les persécutions. 76 000 Juifs de France furent déportés vers l'horreur des camps. Il y eut d'autres déportations, il y eut des tziganes. Ne les oublions pas. N'oublions aucune femme, aucun homme, aucun enfant livré à la plus grande entreprise de destruction humaine, livré aux ennemis de l'humanité. Tant que nous nous souviendrons, tant que nous transmettrons, ils resteront présents. Leurs noms ne doivent jamais sombrer dans l'oubli.

N'oublions jamais que la France a trahi ses propres enfants ; ses enfants aimants, pétris des valeurs qui l'avait fait naître. Comment pourrait-on être chassé d'un pays qui proclame les valeurs de Liberté, égalité, fraternité ? En cette terre des Lumières, tant d'espoirs ont été nourris.

Marceline Loridan-Ivens le raconte dans cette lettre poignante adressée à son père : « Tu avais pris le chemin de l'Amérique, mais tu t'étais arrêté là, en France, peut-être à cause de Zola et son J'accuse, de Balzac que tu avais lu en yiddish, tu t'es sûrement dit qu'ici il ne pouvait rien nous arriver. »

Et la France a trahi. Mais alors que le pays des Lumières sombrait dans les ténèbres subsistait une lueur, celle des Justes. Quiconque sauve une vie, sauve l'humanité toute entière, dit le Talmud. Ces héros anonymes ont mis en péril leur vie pour en sauver d'autres et ont prouvé que les liens de solidarité, de fraternité, d'amour et de vie n'avaient pas disparu. Et c'est une part de l'âme de la France qu'ils sauvèrent en cachant des milliers d'enfants, d'orphelins de la Shoah. J'ai en cet instant, une pensée émue pour Georges Loinger, que j'avais eu le plaisir de rencontrer en 2017 et à qui nous devons le sauvetage de plusieurs centaines d'enfants juifs, cachés en Suisse.

Je souhaite aussi rendre hommage à celui qui a eu le courage de la désobéissance, à celui qui a tenté d'adoucir la cruauté et les souffrances des journées au Vél' d'Hiv' : le capitaine Henri Pierret de la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris. N'écoutant que son humanité, il prit le parti de déroger aux règles imposées par les policiers, enjoignant les pompiers sur place de dérouler les lances à incendie pour distribuer de l'eau. Il envoya ses hommes avertir leurs frères d'armes juifs à temps, permit à quelques lettres de sortir du Vélodrome d'hiver. Et c'est aussi cela, que nous commémorons aujourd'hui.

Ces lueurs d'humanité ont parfois empêché de briser des destins et ont fait vivre l'espoir. Pour d'autres, il n'y en a pas eu.

Des destins arrêtés par l'antisémitisme, il y en avait déjà eu auparavant.

Je pense à Alfred Dreyfus. A cet instant où la République vacilla, les Armées au premier rang ; où la France fut proche du déshonneur.

Je pense au destin fauché d'un brillant officier qui avait choisi de donner sa vie à son pays, qui avait pris la décision de revêtir l'uniforme pour défendre des valeurs dont ses pairs n'ont pas été dignes au moment du jugement. Et même avant, au temps des soupçons.

Mais je veux aussi penser à ceux qui ont alors sauvé l'âme de la France.

Au général Marie-Georges Picquart, premier convaincu de l'innocence du capitaine Dreyfus, qui mit sa carrière en péril pour prouver celle-ci à sa hiérarchie.

Au général Louis André, ministre de la Guerre, qui malgré le verdict de Rennes, a fait taire les anti-dreyfusards dans les rangs des Armées et a oeuvré activement pour la reconnaissance de l'innocence de Dreyfus.

A Emile Zola, pour son brillant et retentissant J'accuse et pour son constant engagement intellectuel contre l'injustice.

A Georges Clemenceau, qui eut le courage de récuser ses positions et qui réclama la révision du procès d'Alfred Dreyfus.

Et bien sûr, à sa famille, au premier chef son épouse Lucie, et son frère Mathieu.

Le capitaine Dreyfus a été réhabilité, les Armées l'ont réintégré, promu au grade de lieutenant-colonel : indispensable mais maigre compensation des quatre années passées au bagne de l'île du Diable et des douze années hors des rangs.

Lorsque je pense à Alfred Dreyfus, lorsque je lis chaque nom inscrit sur le mur du jardin des enfants du Vél d'Hiv', la même question revient sans cesse : que seraient-ils devenus si leur avenir ne leur avait pas été arraché ? Quel destin les attendait ?

Le véritable courage, c'est celui de la vérité. 120 ans après le procès de Rennes, les Armées doivent regarder leur histoire en face. 120 ans plus tard, il est encore temps que les Armées redonnent à Alfred Dreyfus tout l'honneur et toutes les années qu'on lui a ôtés. Et j'y veillerai personnellement.

Il y a les cicatrices que l'on peut apaiser, et il y a celles dont la douleur est irrémédiable.

La Rafle du Vél' d'Hiv' est une blessure à l'âme de la France ; une plaie vive, dont on ne guérit pas et dont il ne faut pas guérir. Car ce trou béant de notre âme nous rappelle que nos valeurs ne sont pas infaillibles. A tout instant, ce que nous tenons pour acquis peut être menacé, bafoué, détruit. Et puisque l'innommable a vu le jour, il nous appartient désormais de ne pas l'occulter, de le raconter, de le nommer.

Car la mémoire se vit au présent.

On lit d'ailleurs dans le Deutéronome les paroles suivantes : « Seulement, prends garde à toi et veille attentivement sur ton âme, tous les jours de ta vie, de peur que tu n'oublies les choses que tes yeux ont vues, et qu'elles ne sortent de ton coeur ; enseigne-les à tes enfants et aux enfants de tes enfants. »

Et c'est cela, avoir le courage de témoigner : veiller sur nos âmes, perpétuer et transmettre nos valeurs, tirer toutes les leçons de l'histoire pour construire l'avenir. Cela n'a rien d'évident, c'est un combat nécessaire, contre le mensonge, contre le négationnisme, contre l'oubli.

Ce combat, il fut inlassablement mené par Simone Veil, à qui je souhaiterais rendre hommage. La libération de la parole, le courage de témoigner, c'est ce qu'elle a insufflé durant de nombreuses années. Lui rendre hommage, c'est aussi penser à tous ceux qu'elle a convaincus de parler. A ceux qui ont accepté de se plonger dans les souvenirs les plus insoutenables, qui ont écrit ce qu'ils ne pouvaient dire, raconté ce qui ne pouvait être tu.

Simone Veil repose désormais au Panthéon, et avec elle, toute la mémoire de la Shoah. « Aux grands hommes et aux grandes femmes la patrie reconnaissante », cette épitaphe s'adresse aussi à tous les témoins de la déportation.

Le combat contre l'oubli est peut-être au Panthéon, mais il ne repose pas en paix. De repos, jamais il ne prendra. Transmettre aux jeunes générations ce que furent les tragédies de notre histoire est une priorité de l'action publique ; lutter contre toutes les formes d'antisémitisme, de racisme et de discriminations est à la source de nos engagements.

Les plaques de commémoration ont fleuri dans Paris, les injonctions telles que « Souviens-toi passant » sont visibles partout en France mais combien de Français ont réalisé le sort qui a été réservé aux Juifs de France ? Combien sont capables de mettre une image sur ce que les enfants de 1942 nommaient Pitchipoï ?

Pitchipoï, le mystérieux nom d'Auschwitz et de Birkenau ne se visite pas. Le froid glaçant et les murs ternes, le silence des chambres à gaz, il ne se voit pas, il ne se ressent pas, il se vit. Il se vit par les paroles des survivants.

Jamais aucun livre, aucun cours, aucun nombre ne pourra porter cette parole avec autant de force qu'un témoignage. Vos témoignages sont un héritage que nous devrons précieusement conserver et transmettre. Votre parole est irremplaçable, nous ferons vivre vos mots.

Et je sais que nous pourrons compter sur le travail de nombreuses fondations et associations : sur l'Union des déportés d'Auschwitz, l'Union française des associations tziganes, les Fils et filles des déportés Juifs de France, la Fondation pour la mémoire de la Shoah, le Comité français pour Yad Vashem, mais pas seulement.

Nous pourrons compter sur tous les survivants qui continuent de témoigner dans les écoles, dans les collèges et les lycées.

Et permettez-moi, d'exprimer ma reconnaissance à Elie Buzyn qui a témoigné devant tant de classes, tant de jeunes et qui s'est encore présenté il y a quelques mois à Saint Cyr, l'Ecole et devant tous les élèves du lycée.

Ce travail de transmission est aujourd'hui d'autant plus important que nous assistons à une recrudescence d'actes inquiétants. Les cimetières sont profanés, les boîtes aux lettres à l'effigie de Simone Veil sont taguées, le négationnisme ressurgit. Nous n'accepterons jamais.

Jamais plus, nous ne détournerons les yeux. Jamais, nous ne baisserons la garde. Avec vous tous, la République mène ce combat et ne l'abandonnera jamais.

Mes derniers mots seront pour les plus jeunes. Pour la jeunesse éclairée qui s'emparera de ce flambeau dans quelques années. Pour vous, qui continuerez de défaire les théories du complot, le négationnisme et l'antisémitisme.

Souvenez-vous toujours de ces mots du Discours à la jeunesse de Jean Jaurès : « Le courage c'est de rechercher la vérité et de la dire, c'est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe et de ne pas faire écho, de notre âme, de notre bouche et de nos mains aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques. »

Nous comptons sur vous. Nous croyons en vous.


Source https://www.defense.gouv.fr, le 24 juillet 2019

Antisémitisme Deportation Antisemitisme Commemoration 193001597

Déclaration de M. Édouard Philippe, Premier ministre, sur la cause de la lutte contre le racisme et l'antisémitisme, à Paris le 12 février 2020.

Déclaration de M. Édouard Philippe, Premier ministre, sur la cause de la lutte contre le racisme et l'antisémitisme, à Paris le 12 février 2020. Édouard Philippe 12022020 Ilan Halimi racisme antisemitisme Remise du prix national Ilan Halimi, à l'hôtel de Matignon le 12 février 2020

Messieurs les ministres, Mesdames et Messieurs, mes chers amis.


L'année dernière, nous étions réunis pour la première fois pour la remise du prix Ilan Halimi. J'en ai un souvenir particulièrement net, parce que c'était une cérémonie à la fois très humaine et en même temps très marquée par l'émotion. Madame Halimi était présente. Il y a l'impact que ce drame a eu sur chacun d'entre nous, le retentissement qu'il a pu avoir et qu'il ne faut pas oublier. Il y a aussi l'espèce de, je ne sais pas s'il faut dire d'hébétement ou de sidération, devant le fait qu'un tel crime, que de tels actes aient pu avoir lieu. J'avais été très impressionné l'année dernière par la qualité du travail, l'engagement, la volonté à la fois de comprendre et en même temps de traiter, d'éclairer, de déjouer les a priori ou les haines naissantes.

C'était vraiment du très beau travail et il y a quelques mois, on m'a posé la question de savoir si j'acceptais que la deuxième remise du prix Ilan Halimi puisse être organisée à Matignon. Et j'ai dit oui pour deux raisons. D'abord pour la cause et ensuite, pour ceux qui la portent. Et vous verrez que les deux, finalement, se conjuguent assez bien. Ceux qui la portent, c'est d'abord une mère. Madame Halimi, qui a vécu le drame qui fait peur à tous ceux qui ont des enfants : la mort d'un fils. Et elle n'a pas simplement vécu la mort d'un fils, elle a vécu la mort d'un fils torturé et tué pour ce qu'il était. Il y a peu de gens ici qui peuvent imaginer ce que cela représente ; plus exactement nous pouvons tous imaginer ce que cela représente mais nous ne pouvons pas en avoir, je le crains, pleinement conscience. Cette femme, Madame Halimi, aurait pu se retirer du monde. Elle aurait pu s'isoler dans une colère, une rancune et un dépit : personne ici ne lui en aurait voulu. Mais ce n'est pas le choix qu'elle a fait. Elle a voulu permettre que ceux qui voulaient se saisir de ce drame pour essayer de lutter contre ceux qui en étaient à l'origine puissent le faire. Elle a voulu perpétuer la mémoire de son fils — non pas simplement pour pouvoir le pleurer, mais pour que même mort et même disparu, sa vie ait un sens. C'est admirable.

Ceux qui portent cette cause, c'est aussi vous ou toi, je devrais dire, chère Emilie et ceux qui l'entourent, qui sont des amis et qui savent que, alors même qu'on pourrait vivre dans le monde merveilleux des idées, des livres pour ce qui est d'Emilie, il y avait quelque chose qu'il fallait défendre et pourquoi il fallait s'engager, se battre et y consacrer du temps, du talent, de l'énergie, de l'influence. Bref, le meilleur de soi-même. Mais cela a une valeur dans un monde où parfois, on s'assure d'abord du confort.

Ceux qui portent la cause, ce sont les professeurs que nous avions rencontrés l'année dernière. Professeurs, professeurs des écoles, professeurs en collège, professeurs en lycée et au-delà des professeurs, tous ceux qui contribuent et qui participent à l'éducation. Ils peuvent être animateurs, encadrants divers : ils ont choisi eux aussi de se battre. C'est à la fois parfaitement cohérent avec le sens de leur engagement professionnel, mais cela va en même temps un peu plus loin : c'est plus de travail, parce que c'est plus d'enthousiasme, parce que c'est plus d'implication et parce que c'est aussi d'une certaine façon, plus d'élévation. Pour tout cela, pour l'amitié que j'ai pour eux, il m'a semblé que c'était bien que l'on puisse organiser cette deuxième cérémonie à Matignon.

Alors, je dirais en un mot très rapide et en forme de clin d'œil que je ne sais pas si on pourra en faire une troisième ou une quatrième ou une cinquième parce que quand on est dans ma situation, on se projette peu. Mais après tout, peut-être ceux qui suivront verront-ils dans ce combat et dans cette cause quelque chose qui justifie qu'ici, là où siège le chef du Gouvernement, là où est piloté l'action gouvernementale, on puisse s'impliquer. J'en viens à la cause. La cause qui est la lutte contre l'antisémitisme, la lutte contre le racisme et peut-être, par extension, la lutte contre les préjugés — lesquels sont malheureusement très vastes et très partagés.

Il y a quelques semaines, j'étais avec deux survivants à Auschwitz pour la cérémonie de commémoration du 75e anniversaire de la libération du camp. Bien sûr, comme tout le monde ici, j'avais lu des livres, j'avais vu des séries ou des films. J'avais entendu des témoignages et ils m'avaient frappé, ils m'avaient marqué, ils m'avaient glacé ; mais je n'étais jamais allé sur place. Je n'avais jamais rencontré physiquement deux personnes qui avaient survécu à cette épreuve. Je ne les avais jamais vus sur place, revivant 75 ans après en un instant tous leurs souvenirs qu'ils tenaient à transmettre à une classe de lycée professionnel du Val-d'Oise qui nous accompagnait. Ils voulaient transmettre, ils voulaient dire alors même que l'angoisse dont ils faisaient état au moment de sortir de ces camps, c'était que personne ne croirait ce qu'ils diraient. Et à un moment, peut-être parce que je suis Premier ministre, on m'a demandé de parler. Je vais vous avouer une chose : c'est bizarre de parler dans ces moments-là. C'est bizarre de parler dans ces lieux-là. On a plutôt envie de choisir le silence et le recueillement, l'humilité et la modestie plutôt que l'expression publique. Et il fallait dire quelque chose. Alors j'ai évoqué la nécessité pour ceux qui étaient venus et avaient vu de dire du mieux qu'ils le pouvaient ce qu'ils avaient vu, d'expliquer ce qu'on leur avait expliqué pour qu'un par un et avec beaucoup, d'espoir, on puisse expliquer ce qui avait été commis.

A l'occasion de ce 75ème anniversaire, un survivant a eu cette phrase magnifique : “Auschwitz n'est pas tombé du ciel.” Cela n'est pas intervenu comme cela, c'est intervenu en Europe alors que le peuple allemand était un des peuples les plus civilisés du monde, avec une culture et une richesse intellectuelle exceptionnelle, une poésie, une philosophie, une musique, une histoire. Et pourtant Auschwitz est arrivé. Il n'est pas tombé du ciel. Il est arrivé après que, petit à petit et assez vite, un discours, des paroles, une idéologie et une haine se furent développés dans un pays qui, pourtant, était un pays incroyablement cultivé et civilisé. De la même façon, la mort d'Ilan Halimi n'est pas tombée du ciel. Elle n'est pas un hasard, elle n'est pas un accident. Elle est l'expression de la mise en œuvre de préjugés qui, petit à petit et parfois très vite, se construisent et se développent. Elle n'est pas tombée du ciel. Et notre tâche et ceux qui portent la cause ont pour objectif de faire en sorte qu'on ne passe pas de ces préjugés et de ces idées —dont certains disent que ce sont des préjugés et des idées — à des actes qui ne tomberaient pas du ciel. Autrement dit, l'objectif de ce prix n'est pas simplement de saluer le remarquable travail fait par des enfants et ceux qui les accompagnent, il est de créer des gens qui luttent contre les choses qui ne tombent pas du ciel. Vous êtes des gens qui luttent contre des choses qui ne tombent pas du ciel mais qui sont bien là. Et ce n'est pas un combat facile. Mais je vais vous dire un quelque chose : si vous ne le livrez pas, on n'est pas sûr de le gagner. C'est comme tous les combats, il faut les livrer en les regardant en face et en se disant que cela ne va pas être facile. Et c'est pour cela que j'ai accepté que le prix de Ilan Halimi soit pour une deuxième fois — et je dis bien une deuxième fois — remis ici à Matignon. Et je voudrais dire mon admiration à ceux qui portent la cause, mon admiration et ma reconnaissance à ceux qui vont la porter et qui la portent déjà, et mon indéfectible attachement à cette cause.


Merci beaucoup.


Source https://www.gouvernement.fr, le 18 février 2020 
 

Racisme Antisemitisme Deportation Liberation Camp de concentration Recompense 203000429

Message de Mme Geneviève Darrieussecq, secrétaire d'Etat auprès de la ministre des armées, à l'occasion de la Journée nationale à la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l'Etat français et d'hommage aux « Justes de France », le 22 ju

Message de Mme Geneviève Darrieussecq, secrétaire d'Etat auprès de la ministre des armées, à l'occasion de la Journée nationale à la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l'Etat français et d'hommage aux « Justes de France », le 22 juillet 2018. Message de Mme Geneviève Darrieussecq, secrétaire d'Etat auprès de la mi Il y a soixante-seize ans, les 16 et 17 juillet 1942, dans Paris et sa banlieue, 13 152 personnes, dont 4 115 enfants, furent arrêtées par des policiers français sur ordre de l'Etat français soumis à l'occupant. Pourchassés pour ce qu'ils étaient par la naissance, ces milliers de Juifs furent transférés vers le camp de Drancy ou enfermés dans le Vélodrome d'Hiver. Dans ce « Vél d'Hiv », les heures d'attente et d'angoisse furent le prélude de leur déportation. Déjà, l'ombre de la Shoah les enveloppait. Le pire était à venir, ce fut Auschwitz-Birkenau.
Ces jours terribles sont une cicatrice profonde dans notre mémoire nationale. Cette rafle reste le symbole de toutes les autres rafles et, à travers elle, c'est aux 76 000 déportés que nous pensons. Seuls 2 500 revinrent des camps.
Les pensées de la Nation vont également aux Tziganes internés et déportés.
En cette journée nationale, nous nous souvenons de l'obscurité de la collaboration et de la lumière des « Justes ». Ainsi, la nation française associe dans un même hommage la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l'Etat français et celle de ses héros souvent anonymes.
Les mots de Simone VEIL, actrice majeure de la reconnaissance des « Justes de France », résument, à eux seuls, tout le sens de cette commémoration annuelle : « Il y a eu la France de Vichy responsable de la déportation de 76 000 juifs, dont 11 000 enfants, mais il y a eu aussi tous les hommes, toutes les femmes, grâce auxquels les trois quarts des juifs de notre pays ont échappé à la traque. »
Même aux heures les plus sombres de la France, lorsque le régime de Vichy bafouait nos idéaux en se rendant complice de la barbarie nazie, lorsque des Français collaboraient avec l'ennemi, des hommes et des femmes incarnaient l'espérance et le respect de la dignité humaine.
Nous rendons hommage aux 4 000 Justes reconnus et à tous ceux qui sont restés anonymes. Au péril de leur vie et de celle de leur famille, ils ont bravé le danger pour sauver d'une mort certaine des milliers d'innocents. Grâce à ces héros, la France peut regarder son histoire en face et sait que les mots d'honneur et d'humanité ont toujours un sens.
Nous devons rester vigilants. Lorsque les paroles et les actes antisémites et racistes ressurgissent, il ne peut y avoir de complaisance. Ainsi, pour nos jeunes générations, l'enseignement et la compréhension de ces événements sont essentiels. Ils sont des leçons pour nos consciences et un appel exigeant à la fraternité.
Nous n'oublions pas les martyrs. Nous n'oublions pas les sauveurs. Nous ne céderons jamais à la haine et à l'intolérance. Tel est le message de tous les citoyens rassemblés aujourd'hui.Source http://www.rhone.gouv.fr, le 31 juillet 2018
Histoire Deuxieme guerre mondiale Histoire Commemoration Juif Resistance Deportation 183001591