Rapport d'activité 2018 de l'Inspection générale de l'éducation nationale

Rapport d'activité 2018 de l'Inspection générale de l'éducation nationale Rapport d'activité 2018 de l'Inspection de l'éducation nationale Inspection générale de l'Éducation Nationale pdf Gratuit - 2.28 Mo (nouvelle fenêtre) Politique de l'enseignement Enseignement Inspection generale de l'education nationale Rapport d'activite Systeme scolaire Politique de l'enseignement

Le rapport d'activité 2018 présente les missions permanentes de l'Inspection générale de l'éducation nationale (IGEN) et ses activités illustrées par les principaux rapports qui ont marqué l'année. Il décrit son organisation et son fonctionnement.
Il passe en revue ses missions auprès des organismes ou opérateurs nationaux, ses rapports prédisciplinaires concernant les établissements et les personnels.

Édito 

Chiffres clés de l’année 2018 

Les missions permanentes au service du système éducatif 

Les missions auprès des directions d’administration centrale 

Les missions auprès des organismes ou opérateurs nationaux 

Les activités d’expertise liées à l’international 

Les rapports prédisciplinaires concernant les établissements et les personnels 

Les travaux de l’année 2018 

Les rapports liés au programme de travail annuel 

L’organisation de l’IGEN et ses ressources humaines 

La cartographie de l’IGEN 

L’organisation de l’IGEN 

Annexes 
Ressources humaines 
Liste des rapports 2018 
Statut particulier de l’IGEN 
Table des sigles et acronymes

Rapport d'activité Ministère de l'éducation nationale et de la jeunesse 194000823

Interview de M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, à Europe 1 le 28 janvier 2019, sur le conflit social des gilets jaunes et les violences lors des manifestations.

Interview de M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, à Europe 1 le 28 janvier 2019, sur le conflit social des gilets jaunes et les violences lors des manifestations. Jean-Michel Blanquer 28/01/2019 Gilets jaunes violences manifestations

AUDREY CRESPO-MARA
Bonjour Jean-Michel BLANQUER.

JEAN-MICHEL BLANQUER, MINISTRE DE L'EDUCATION NATIONALE ET DE LA JEUNESSE
Bonjour.

AUDREY CRESPO-MARA
Jérôme RODRIGUES, un proche d'Eric DROUET, a été gravement blessé à l'oeil ce week-end. Une enquête est en cours mais depuis le début du mouvement, une centaine de manifestants ont été gravement blessés par des grenades de désencerclement ou par des LBD. N'est-il pas temps de revoir les moyens de maintien de l'ordre ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
D'abord, Christophe CASTANER et Laurent NUNEZ se sont bien exprimés sur ces questions en disant bien que l'objectif, c'est toujours une réaction proportionnée. Je crois que les réactions de la police depuis des semaines où elle est tellement sollicitée, tellement agressée aussi sont la plupart du temps proportionnées.

AUDREY CRESPO-MARA
Mais on compte une centaine de blessés graves quand même. Des mains arrachées, des yeux en moins.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, bien sûr. Mais sur des dizaines de milliers d'actions si vous voulez. Bien sûr, bien sûr. Et c'est très, très regrettable, bien entendu. Je rappelle qu'à chaque fois, il y a une enquête de l'IGPN, ce qui est le cas, là. On est dans une grande démocratie avec des forces de l'ordre républicaines. Mais le mieux, ce serait surtout qu'on arrête de les agresser.

AUDREY CRESPO-MARA
En réaction à la blessure de RODRIGUES, Jean-Luc MELENCHON réclame la démission de Christophe CASTANER. Marine LE PEN l'a demandée avant lui. Craignez-vous un rapprochement entre Marine LE PEN et Jean-Luc MELENCHON ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Je ne le crains pas, je le constate et je pense que c'est grave. Que ça fait maintenant un certain temps qu'on voit une dérive des deux côtés d'ailleurs. Chacun perd ses fondamentaux d'une certaine façon, tout simplement parce qu'ils ont la même idée de la démocratie peut-être et c'est ça qui est grave, parce que ce sont par ailleurs des élus parlementaires. Donc il est temps que chacun reprenne un peu ses esprits et dans une République qui est aussi une démocratie, en appeler à des formes insurrectionnelles, c'est quelque chose de grave. C'est d'ailleurs Jean-Luc MELENCHON qui dérive le plus sur ce point.

AUDREY CRESPO-MARA
Suite à la blessure de RODRIGUES, Eric DROUET appelle les Gilets jaunes à un soulèvement. Il avait déjà lancé un appel à investir l'Elysée, aujourd'hui il appelle à l'insurrection. Peut-on appeler à renverser le Gouvernement par la violence sans tomber sous le coup de la loi ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non. C'est totalement honteux. Ça tombe probablement sous le coup de la loi, ce n'est pas à moi de le dire ce matin, mais ça doit être étudié certainement. Nous sommes dans une République, une démocratie. Chacun doit comprendre qu'être Français aujourd'hui, au XXIème siècle, avec tous les droits que l'on a mais aussi les devoirs, c'est une chance formidable, une chance exceptionnelle, et que les gens comme lui qui en appellent à l'insurrection sont de dangereux personnages. Il faut évidemment condamner cela, ce que je fais maintenant, mais il faut aussi regarder la dimension juridique de ce problème.

AUDREY CRESPO-MARA
Jean-Michel BLANQUER, comme beaucoup de ministres vous vous frottez au Grand débat national. Emmanuel MACRON affirme qu'il tirera des conséquences profondes du débat. Que faut-il entendre par « profondes » ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Il a dit quelque chose justement de très profond et de très vrai, de philosophique qu'en réalité. Il a dit quelque chose d'hégélien en Egypte, parce qu'il a dit quelque chose qui est très vrai. C'est-à-dire que nous sommes dans un mouvement historique, nous sommes dans une étape de l'histoire extrêmement profonde, qui se voit dans d'autres pays. La France est touchée comme tous les pays et c'est précisément pour ces raisons qu'il a été élu Président de la République. Il est tout à fait normal qu'à l'occasion de la crise que nous venons de traverser, nous cherchions à sortir de cette crise profonde en faisant de la France justement le pays qui sait inventer le modèle économique et social du futur. Donc c'est quelque chose de très…

AUDREY CRESPO-MARA
Mais « tirer les conséquences profondes d'un débat », ça signifie quoi concrètement ? Ça signifie par exemple revenir sur les 80 kilomètres/heure ? Concrètement ? Parce qu'HEGEL est loin.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ecoutez, ce sujet-là est important, ce sujet est important mais là on vient de parler de…

AUDREY CRESPO-MARA
Si vous pouviez être un peu plus concret.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Je ne suis pas sûr que ce soient les 80 kilomètres/heure qui soient le principal sujet. Lorsque par exemple il déclare il y a deux semaines - c'est passé un peu inaperçu - que l'économie du futur doit reposer fortement sur les piliers que sont l'éducation et la santé, en ayant donc une vision économique et sociale de ce sujet, voilà typiquement quelque chose qui relève de nouveaux modes de fonctionnement de notre société. Lorsqu'on réfléchit à la façon dont on va avoir une justice territoriale dans le futur, avec peut-être la recherche de modalités du lien social, de vie associative, d'organisation différente du temps, voilà des évolutions profondes de la société qui nous permettraient de profiter plus de notre pays tel qu'il est avec ses atouts incroyables.

AUDREY CRESPO-MARA
Ça reste encore flou.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Des évolutions profondes, c'est soit on égrène des mesures, soit on réfléchit profondément à ce qu'est un pays au XXIème siècle, donc c'est ce que je vous dis. Maintenant on peut regarder ce que ça veut dire concrètement. Par exemple en tant que ministre de la Vie Associative que je suis aussi, j'ai des idées de budget participatif à l'échelle départementale pour avoir plus de moyens pour des actions d'intérêt général auxquelles les citoyens participent.

AUDREY CRESPO-MARA
Jean-Michel BLANQUER, alors que tout le week-end les réseaux sociaux se sont déchaînés contre Bilal HASSANI qui va représenter la France à l'Eurovision, vous lancez ce matin une grande campagne contre l'homophobie et la transphobie à l'école. Alors à l'école, des petits garçons comme celui que nous allons entendre, sont insultés, harcelés. Extrait d'un témoignage recueilli par Virginie SALMEN. 

UN ELEVE
Ils me disaient « sale pédé » et tout. Ils me disaient « tu aimes les hommes » et tout. Et moi quand ils me disent ça, j'ai envie de les frapper. J'ai presqu'envie de les tuer.

AUDREY CRESPO-MARA
Bouleversant évidemment. Il existe des chiffres qui témoignent d'une recrudescence de ce type de comportement à l'école ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui. Malheureusement depuis le mois de septembre d'ailleurs, on a observé une certaine recrudescence de ces actions. Moi je pense à ce petit garçon et à des milliers d'élèves, garçons ou filles, qui peuvent vivre cela et c'est pour ça qu'on fait cette campagne.

AUDREY CRESPO-MARA
SOS Homophobie parle d'une hausse de 38 % des signalements en 2017. Vous confirmez ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, oui. C'est effectivement des chiffres que nous partageons avec les associations. Ça dit quelque chose de la violence de notre société. Les sujets ne sont pas déconnectés entre eux. Vous savez, quand on a du mal à se parler, quand on ne respecte pas autrui, ceci évidemment transfuge sur les enfants. Or lutter contre l'homophobie ou la transphobie, c'est évidemment lutter pour les valeurs de la République, lutter pour le droit à la différence, le fait qu'on doit accepter chacun comme il est et permettre à chacun son épanouissement. C'est une sorte d'évidence et c'est l'école qui est le premier lieu, avec la famille, où on doit dire ces évidences. Donc nous les disons et nous les disons avec une grande force.

AUDREY CRESPO-MARA
Pourquoi avoir choisi un lycée professionnel du 19ème arrondissement de Paris pour présenter cette campagne ? L'homophobie est-elle plus présente dans les lycées techniques des quartiers populaires ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Je ne dirais pas ça, non. Elle est d'autant plus que notre action vaut aussi pour les âges qui précèdent. Il se trouve que je vais souvent en lycée professionnel en ce moment et j'y accorde une grande importance. Donc c'est le seul message de ce point de vue-là mais il n'y pas de problèmes spécifiques au lycée professionnel pour l'homophobie.

AUDREY CRESPO-MARA
Lutte contre l'homophobie et la transphobie, est-ce que le sujet sera abordé auprès des plus petits dans les écoles primaires ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui. Chaque âge doit avoir des messages spécifiques si vous voulez. Il ne s'agit pas de se tromper de message selon les âges. A l'école primaire, c'est surtout le respect d'autrui sur lequel on doit insister. Vous savez, je dis toujours : lire, écrire, compter et respecter autrui. Respecter autrui, c'est quelque chose qui s'apprend dès la maternelle par des choses assez simples, l'esprit d'équipe en particulier, l'acceptation de l'autre dans toutes ses différences. C'est ces choses-là que l'on comprend quand on est petit en fait. C'est très important de le faire passer. Et puis progressivement, c'est des messages de plus en plus nets qui doivent arriver, notamment à l'âge du collège parce que c'est à ce moment-là que l'on voit effectivement ce type de discrimination apparaître : l'humour stupide, les choses qui font mal et cætera.

AUDREY CRESPO-MARA
Il y a ce qu'on entend à la maison aussi qui joue un rôle fondamental.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Il y a ce qu'on entend à la maison bien sûr. Nous avons évidemment au collège le reflet de choses qui se disent à la maison. Donc quand vous avez des obscurantismes qui progressent, quand vous avez des pensées anti-lumières, antiprogrès dans la société, ça se reflète à l'école et l'école doit évidemment être en première ligne pour lutter contre ça et renverser la logique. Moi mon but, c'est que, si vous voulez, dans une cour de récréation on n'ait pas le jeune isolé qui se fait harceler par tous les autres, mais que ce soit celui qui a une pensée et un discours homophobe stupide qui se sente, lui, honteux. Et c'est ce qu'on va arriver à faire parce qu'on va s'en donner les moyens.

AUDREY CRESPO-MARA
Quand vous parlez de pensées obscurantistes, vous pensez à quoi précisément ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bien entendu, on peut penser au fondamentalisme religieux. On peut penser aussi plus généralement au fait que progresse dans notre société le complotisme, encore une fois des pensées obscurantistes, c'est-à-dire des pensées opposées à la pensée des Lumières, qui estiment que la raison du plus fort est la meilleure par exemple, alors que nous nous défendons l'idée qu'on doit défendre chacun.

AUDREY CRESPO-MARA
Et quand les réseaux sociaux se déchaînent tout le week-end contre Bilal HASSANI, je le disais, qui va représenter la France à l'Eurovision, pas moins de mille cinq cents insultes homophobes, que pouvez-vous faire ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
D'abord rester très serein par rapport à tout cela. Vous savez, on peut lister toutes les bêtises qui sont sur les réseaux sociaux, ça n'est pas le reflet de ce qu'est réellement la société. Nous vivons maintenant avec des prismes cognitifs, c'est-à-dire que nous subissons des pluies d'information par les chaînes d'information, par les réseaux sociaux et ça finit par nous donner une perception du monde nerveuse. Moi j'essaye de lutter contre cette nervosité tout en disant les choses. Il faut dire les choses, être très clair et très calme et donc c'est l'attitude que l'on doit avoir. Donc c'est vraiment très malheureux de voir ce que vous venez de dire, évidemment je le condamne. Mais en même temps, je veux dire que l'immense majorité des gens ne sont pas comme ça.

AUDREY CRESPO-MARA
Merci Jean-Michel BLANQUER.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 5 février 2019 
 

Situation sociale Enseignement Situation sociale Conflit social Manifestation 193000198

Déclaration de M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, sur le projet de "l'école de la confiance", notamment la maîtrise des savoirs fondamentaux par les élèves et l'attractivité de la voie professionnelle, Paris le

Déclaration de M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, sur le projet de "l'école de la confiance", notamment la maîtrise des savoirs fondamentaux par les élèves et l'attractivité de la voie professionnelle, Paris le 26 mars 2019. Jean-Michel Blanquer 26/03/2019 enseignement primaire Intervention du ministre lors du dîner de la Revue des Deux Mondes à Paris le 26 mars 2019


Je suis très heureux et un peu ému d'intervenir devant la Revue des Deux Mondes, car il y a dans cette revue quelque chose de mythique. Ce moment est un moment de partage et d'échanges – échanges qui par définition nourrissent, nous régénèrent en permanence. La matière dont je vais vous parler est, en effet, une matière vivante : l'Ecole. Ma ligne directrice, c'est l'Ecole de la confiance. « Confiance » est pour moi un mot-clef, parce que je considère que la France n'est pas assez une société de confiance. La crise que nous venons de vivre est un signal parmi d'autres de cette défiance.

L'École de la confiance est la matrice de la société de la confiance. Pour retrouver une société de confiance, nous devons créer dès l'école cette dimension. L'Éducation nationale, maison dont je suis très fier, n'est pas encore suffisamment une maison où l'on se fait confiance. C'est pourquoi, dès mon arrivée, j'ai dit à l'ensemble des cadres : « Je vous fais confiance. Ce que je vous demande, c'est de faire confiance à ceux qui travaillent avec vous. Faites confiance aux chefs d'établissements, demandez-leur de faire confiance aux professeurs. Dites-leur de faire confiance aux parents d'élèves, que les parents d'élèves fassent confiance aux professeurs, que les professeurs fassent confiance aux élèves, que les élèves fassent confiance aux professeurs, pour qu'à la fin les élèves aient confiance en eux-mêmes. »

Cette logique paraît simple, mais elle est fondamentale. Elle commence dès l'école maternelle. Elle commence quand on comprend qu'il y a matière à faire confiance en ce que nous dit le maître ou la maîtresse. Cette logique de confiance débouche sur deux objectifs essentiels, qui sont à la base de nos politiques publiques. Il s'agit de l'élévation du niveau général et de la justice sociale, car nous devons remédier à des inégalités encore trop importantes. Bien sûr, en faisant l'un on fait l'autre, puisque quand on remédie aux inégalités sociales on hausse le niveau, et quand on hausse le niveau, on tire l'ensemble vers le haut.


* Maîtrise des fondamentaux par tous les élèves

L'école primaire est la première de toutes les batailles. Parce qu'énormément se joue durant ces années. L'école primaire est par conséquent la priorité. Mais la France est dans une situation absurde, puisque nous consacrons 15% de moins que la moyenne des pays de l'OCDE à notre école primaire, alors que nous consacrons 30 % de plus au secondaire. C'est totalement contre-productif, car il est démontré que l'argent investi à l'école primaire est autant en moins à investir ensuite dans les politiques sociales.

Que ce soit d'un point de vue social, économique ou politique, il est rationnel de privilégier l'école primaire pour lutter à la racine contre les inégalités. C'est ce que nous faisons. La mesure la plus emblématique est la division par deux des classes de CP et CE1 en éducation prioritaire. C'est une mesure avant-gardiste, une mesure locomotive. A la rentrée prochaine, elle arrivera à maturité et concernera chaque année 300 000 élèves : 20% d'une génération.

En juin 2017, on disait que le Président ne pourrait pas tenir sa promesse de dédoubler les classes. Deux mois plus tard, 60 000 élèves étaient concernés par la mesure. J'ai dit, en septembre, aux cadres : « vous êtes la seule maison au monde capable de le faire ». Et c'est vrai. Cette maison, dont on se plaît à penser qu'elle est immobile, est capable de faire des choses qu'on ne ferait pas ailleurs, quand on donne un sens, une direction et un moteur.

Cette mesure a été fondamentale parce qu'elle a emporté une série d'enjeux qualitatifs. Les dédoublements ne sont rien s'ils ne viennent pas avec des évolutions pédagogiques. Cette mesure a accompagné nombre d'évolutions indispensables, pour remettre les savoirs fondamentaux au centre du primaire : lire, écrire, compter et respecter autrui. C'est ce qui a permis de faire des recommandations pédagogiques qui valent notamment pour les élèves des classes dédoublées, mais aussi pour l'ensemble de l'école primaire.

En lecture, le débat public s'est souvent structuré entre ceux qui disent qu'il faut décoder – la méthode syllabique – et ceux qui disent qu'il faut comprendre – la méthode globale. Quand vous êtes les tenants de la première approche, on vous reproche votre vision mécanique. Inversement, si vous êtes tenants de la deuxième école, on vous dit que la méthode globale a été une catastrophe pédagogique. Je suis pour la coexistence de ces deux approches. Le « en même temps » ne veut pas dire que les deux ont raison. Il est totalement démontré que si vous améliorez la fluidité de lecture d'un enfant, ipso facto, vous améliorez sa compréhension. Il y a donc une fausse opposition que je m'emploie à dépasser.

Nous avons indiqué une direction, nous commençons à en voir les bourgeons. Nous avons mis en place un système d'évaluations rigoureuses pour les CP et CE1 en particulier, qui permet de voir la progression des acquis des élèves et qui permet aux professeurs de mieux personnaliser leur pédagogie. Nous devons nous demander : « est-ce que les apprentissages ont bien été acquis ? ». C'est une fausse bienveillance de retarder certaines acquisitions ; cela a conduit à ce que certains élèves de 3ème ne soient pas de véritables lecteurs, ce qui est dramatique pour la vie entière.

L'école primaire a été depuis 2 ans une priorité budgétaire, politique, et pédagogique. Bien qu'il demeure beaucoup à faire, des réformes ont été réalisées avec la loi Pour l'Ecole de la confiance, qui a abaissé l'âge d'instruction obligatoire à 3 ans, et qui a donc mis l'accent sur la maternelle. Notre pays a inventé l'école maternelle en 1848, et aujourd'hui nous devons montrer le chemin de la petite enfance réussie, ce qui passe par les crèches, la politique familiale, la maternelle.

A la fin du quinquennat, notre objectif est de consacrer à l'école primaire des moyens comparables aux pays de l'OCDE, et de rebondir dans les classements internationaux. La France peut à avoir davantage encore un rôle international en matière d'éducation. C'est l'ambition dont on parle souvent avec le Président : nous pouvons faire de la France la pointe avancée du progrès éducatif.

Le Président a déjà commencé à le faire. Dans un discours à Dakar, il a engagé le dialogue avec le Président sénégalais, sur le développement de l'éducation dans le monde. Il a indiqué trois directions claires : l'égalité filles/garçons pour l'accès à l'école, enjeu fondamental ; la formation des professeurs ; la formation professionnelle.

Nous avons multiplié par dix notre contribution au Fonds mondial pour l'éducation. Cette mobilisation mondiale pour l'éducation peut résoudre un certain nombre de problèmes de notre époque : la bombe démographique, le fondamentalisme, les différentes dérives que l'on connaît. Cette vision s'accompagne aussi du rôle de rayonnement de la France. Nous sommes à Paris, la ville qui accueille l'OCDE et l'UNESCO. Faisons en sorte que le débat sur l'éducation à l'échelle mondiale se passe ici, avec une crédibilité retrouvée, par nos meilleurs résultats.


* Mieux préparer l'orientation des élèves

Parler d'une priorité à l'école primaire ne signifie pas que le second degré ne compte pas. Il y a eu récemment une réforme du collège, donc nous avons besoin de plus d'apaisement que de transformation.

Nos premières mesures ont été de rétablir les sections européennes, les classes bilangues et les classes de latin/grec. Mais la mesure phare est « Devoirs faits ». Elle contribue aussi à l'élévation générale du niveau et à la justice sociale, puisqu'il s'agit de faire en sorte que les élèves, quels que soient leurs milieux sociaux, bénéficient gratuitement d'un appui scolaire, et que cet appui scolaire leur permette d'avoir de meilleurs résultats. Cette mesure profite aujourd'hui à des dizaines de milliers d'élèves. Elle métamorphose les relations élèves/professeurs, parents/professeurs, et élèves/parents.

L'interdiction du téléphone portable au collège a beaucoup fait parler, et en effet n'est pas sans importance. Le portable pose des problèmes de concentration. Et les collèges qui l'interdisent déjà s'en portent mieux. Ce sont en réalité des mesures assez concrètes qui, aujourd'hui, donnent satisfaction sur le terrain car elles ont apporté la sérénité indispensable aux apprentissages. Mais les plus grandes réformes sont intervenues dans le domaine du lycée. Je voudrais en dire deux mots, parce que les objectifs de transformations sont considérables.


* Rendre plus attractive la voie professionnelle

La réforme par laquelle j'aimerais commencer est celle de la voie professionnelle. Je la considère comme la réforme la plus importante avec celle de l'école primaire, quand bien même celle du baccalauréat général attire le plus l'attention. L'année dernière, j'ai dit à tous les principaux : « vous ne serez plus évalués sur le pourcentage d'élèves qui vont en voie générale, en voie technologique, en voie professionnelle ou en apprentissage ». Nous étions en contradiction en disant d'un côté : « vive la voie professionnelle » et de l'autre, « si vous envoyez beaucoup d'élèves en voie professionnelle, vous avez mal fait votre travail ».

Cette politique a fait qu'en septembre 2018, nous avons eu +40,5 % de premiers voeux d'élèves de 3ème pour l'apprentissage et 5% de plus dans l'enseignement professionnel. Sans ces contraintes officieuses, nous avons libéré les énergies.

En ce moment, nous travaillons à l'implantation de Campus dans toute la France pour rendre la voie professionnelle plus attractive. J'ai parlé de « Harvard du pro ». Cela signifie que nous voulons des campus qui font envie, avec des espaces verts, des équipements sportifs, des laboratoires, des incubateurs. Nous travaillons avec les régions, pour structurer le territoire avec ces campus, mais aussi pour que ces campus incarnent les grands métiers du futur, notamment dans le domaine de la révolution numérique et de la transition écologique.

Ensuite, il y a la réforme du lycée général et technologique, qui a commencé par la réforme du baccalauréat. Sa philosophie se résume en une phrase : comment, en préparant nos élèves au bac, mieux les préparer à l'après-bac ?

Nous sortons de la dimension un peu artificielle du baccalauréat, qui a perdu de son sens au cours des derniers temps, pour en faire un vecteur de préparation à ce qui, ensuite, est très nécessaire dans la vie. L'exemple typique est la création d'une épreuve orale solennelle qui envoie un message au système : « c'est important de bien s'exprimer, d'argumenter, d'écouter les autres, de ne pas avoir peur de s'exprimer, et d'avoir un point de vue ». Ce message, dans un domaine qui n'est pas un point fort français jusqu'à présent, est un élément de transformation.

Il y a bien d'autres éléments comme la suppression des séries S, ES et L. Le système pour les remplacer est un système créateur de liberté, de responsabilité, et, ce faisant, un système créateur d'égalité. Un élève de seconde a désormais, en moyenne, dix fois plus de choix qu'un élève de l'année précédente. C'est pourquoi les lycéens adhèrent à cette réforme, parce qu'ils ont conscience de la liberté nouvelle qui leur est proposée. Cette très grande liberté pose bien sûr des questions. Où il y a des libertés, il y a parfois angoisse. Nous permettons aux élèves de se poser les bonnes questions et de faire des choix correspondant à leurs goûts.

Je dis aux élèves de seconde : « prenez les trois spécialités qui vous font envie ». Je rencontre des élèves de seconde qui me disent des choses qu'aucun élève des années antérieures ne m'aurait dit, par exemple : « j'ai regardé les programmes de l'année prochaine, ça, ça me plaît, ça non. » Cette réforme conduit à se poser de bonnes questions à temps, et c'est un point très important.

Ainsi la réforme du lycée général conduit à une transformation très profonde, complémentaire de la réforme menée par Frédérique Vidal avec Parcoursup. Ce système fait évoluer le continuum entre le lycée et la licence, pour une meilleure orientation de nos élèves et une meilleure réussite.

Je terminerais en insistant sur deux éléments de la loi Pour l'École de la confiance, deux vecteurs d'évolution du système. Ces vecteurs sont identifiés dans les études internationales comme des éléments majeurs de réussite.

En premier lieu, la formation des professeurs. Nous la transformons pour garantir davantage la qualité homogène des formations. C'est ce qu'on va appeler les INSPE, les Instituts nationaux du professorat et de l'éducation. Il y a de plus en plus de personnes qui, à 40 ans, décident de devenir professeurs. Nous allons développer une gestion des ressources humaines de proximité pour qu'il n'y ait plus de gestion robotisée de l'Éducation nationale, mais vraiment une vision des ressources humaines.

La relation parents/école est le deuxième facteur majeur. Un certain nombre de mesures feront en sorte que les parents réinvestissent l'école et que le dialogue parents/professeurs soit réussi.

Au travers de cela, nous avons des illustrations de l'Ecole de la confiance. Il y a des mots-clefs pour l'illustrer : la fierté, le droit à l'erreur, la possibilité de se projeter dans le futur avec optimisme. Je suis également ministre de la Jeunesse, avec Gabriel Attal qui m'épaule sur les enjeux d'engagement et de jeunesse. Nous allons créer un Service National Universel pour tous les jeunes de 16 ans. C'est bien entendu pour créer cette logique positive d'engagement vers le futur.

Parce que le premier de nos devoirs est de dresser des perspectives positives pour la jeunesse, de dire aux jeunes qu'il y a des possibilités, des opportunités, et que ce sont eux qui vont construire cet avenir meilleur.


Source https://www.revuedesdeuxmondes.fr, le 25 juin 2019 
 

Enseignement public Enseignement Ecole Reforme 193001334

Vœux de Mme Frédérique Vidal, ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation, à la communauté de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation, sur la politique de la recherche, Paris le 22 janvier 2019.

Vœux de Mme Frédérique Vidal, ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation, à la communauté de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation, sur la politique de la recherche, Paris le 22 janvier 2019. Frédérique Vidal 22/01/2019 enseignement recherche innovation
  • Frédérique Vidal - Ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation
Déplacement au Muséum national d'histoire naturelle, à Paris le 22 janvier 2019

Je suis très heureuse d'être avec vous aujourd'hui : au-delà des voeux qu'elle invite à former, cette cérémonie est un temps de rassemblement, qui permet à notre communauté de mesurer combien, dans sa diversité-même, elle est profondément liée par la passion de connaître et de faire connaître.

Nous réunir au Muséum national d'Histoire naturelle fait donc particulièrement sens, et je tiens à remercier chaleureusement Bruno David et son équipe de nous accueillir dans ce lieu exceptionnel. Qu'elle suive la voie de la zoologie, de la microbiologie, de la paléontologie, de l'anthropologie ou de la botanique, la grande enquête de l'Histoire naturelle livre toujours cette même conclusion : le foisonnement de la vie, son génie créatif, sa capacité d'adaptation et de résilience, sont le produit de la diversité de ses acteurs et de leur interdépendance.

Parler de solidarité, d'échanges, de fécondité de la différence, ce n'est pas anodin au moment où notre pays traverse un moment de crise, où les incertitudes et les doutes accumulés pendant des années par une partie de nos concitoyens se traduisent en mal-être, en incompréhension, en désespoir et peuvent conduire à la colère, quand ce n'est pas à des violences qui ne sont jamais excusables. Comme l'a dit le Président de la République, ce moment d'extrême tension peut être aussi une chance. A condition que nous sachions en faire un moment tout à la fois de débat et de vérité.

Car à l'issue de ce nécessaire moment de débat national, nous devons pouvoir nous retrouver : autour des valeurs qui nous unissent, bien sûr, mais également par la confiance partagée dans les faits. Cet équilibre entre ouverture au débat et attention à la vérité, il est depuis toujours placé au coeur de la vie académique. C'est pourquoi nos universités peuvent et doivent tenir toute leur place dans le grand débat qui s'ouvre.

Je ne prétends pas faire de la science un remède miracle, ni un absolu, encore moins un dogme, ou une religion qu'il s'agirait de prêcher auprès du plus grand nombre. Les questions brûlantes, impatientes, qui traversent notre société nous obligent à l'humilité et au pragmatisme. Mais pas au renoncement, bien au contraire. La connaissance est en effet la clef de toute transformation, présente et future, individuelle ou collective.

A l'échelle individuelle, nous partageons tous, je le sais, la conviction profonde que l'accès au savoir, à la formation, est la clef de toute émancipation. Et à l'échelle collective, ce sont les progrès de la science qui nous ont permis, tout au long des décennies passées, de relever les immenses défis collectifs qui s'offraient à nous.

Se souvenir de cela, c'est savoir que nous sommes capables, aujourd'hui encore, de surmonter les difficultés, à la condition de les regarder en face, avec lucidité, et de faire le pari de la raison, de la science et de la connaissance pour nous permettre de franchir l'obstacle.

Et disons-le clairement : faire ce pari, c'est défendre un vrai projet de société, un projet dont la communauté de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation est le garant. Et pour nous tous, c'est, je le sais, un motif tout à la fois de fierté et d'engagement quotidien.

D'engagement au service de l'enseignement supérieur, tout d'abord. Car la clef d'un monde où rien n'est écrit à l'avance, où chacun peut aller au bout de ses projets et de ses possibilités, c'est l'éducation, c'est la formation.

Elargir le champ des possibles, accompagner chacun – et notamment ceux pour lesquelles les poursuites d'études sont les moins aisées ou moins naturelles, c'est tout le sens de la réforme de l'accès à l'enseignement supérieur que nous avons conduite ensemble.

Du moment charnière qui marque le passage du secondaire au supérieur, qui relevait trop souvent encore du saut dans l'inconnu, nous avons fait un parcours d'orientation progressif avec ses étapes, ses repères, ses outils et son accompagnement. S'il s'est structuré autour de la plateforme Parcoursup, ce sont bien l'engagement des professeurs du secondaire aux côtés des élèves, le travail pédagogique effectué par les enseignants-chercheurs pour expliciter les attendus des formations, les solutions cousues main proposées par les CAES, la souplesse de nos équipes administratives et de nos équipes pédagogiques et d'orientation qui ont fait toute la différence. Elles ont permis de rendre l'entrée dans l'enseignement supérieur plus humaine et plus juste.

Je mesure l'énergie qu'il vous a fallu déployer pour mener à bien ce chantier, mais vos efforts ont porté leurs fruits. A la rentrée, vous avez été nombreux à me le dire, l'atmosphère était différente dans les amphithéâtres et les salles de T.D.. Et un peu partout, les étudiants qui ont bénéficié des "Oui si" nous disent désormais, après un premier semestre de cours, qu'il s'agit d'un vrai plus et d'une vraie chance.

Bien sûr, nous pouvons faire mieux encore et nous allons faire mieux, car tout n'est pas achevé en l'espace de 18 mois. Comme vous, je prends connaissance, avec beaucoup d'attention, des différentes contributions à la réflexion que livrent les experts et les instances indépendantes – CNIL, comité éthique et scientifique de Parcoursup, mission du sénateur Laurent Lafon ou hier encore, Défenseur des droits. Tous ne sont pas d'accord sur tout, bien sûr, il y a des divergences et c'est normal.

Dans cette attention de tous les instants, je vois le signe d'une volonté collective d'améliorer encore les choses et d'aller jusqu'au bout du projet d'émancipation par l'accès aux études supérieures. C'est aussi le signe d'une confiance retrouvée dans la procédure d'accès: avec Parcoursup, nous savons que nous disposons d'un outil qui nous donne une prise sur les choses, d'un outil lisible et transparent, dont nous pouvons discuter et débattre et que nous avons tenu à évaluer pour mieux le faire évoluer.

Parcoursup, c'est la fin du fatalisme face aux inégalités d'accès à l'enseignement supérieur. C'est le moyen très concret de répondre à l'exigence de démocratisation. C'est un projet exigeant, un projet mobilisateur. Il y a nécessairement des étapes sur un tel chemin, mais une chose est certaine : nous avons fait un grand pas cette année et en 2019, au-delà des évolutions du calendrier et de la plateforme, sur lesquelles je ne reviendrai pas ce soir, nous poursuivrons cette marche résolue vers la démocratisation.

La première année de Parcoursup a permis de démultiplier les propositions faites aux candidats et d'élargir ainsi le champ des possibles. Cette année, nous devons aider à sauter le pas à tous ceux qui hésitent, qui s'interrogent, qui pensent que telle ou telle formation, dans telle ou telle académie, n'est pas faite pour eux.

Parcoursup, vous le savez, est un outil puissant de lutte contre l'autocensure – celle qui fait que l'on plaçait, en des temps désormais révolus, la filière dont on rêvait en voeu 3, 4 ou 5, se privant ainsi de fait, dans l'immense majorité des cas, de la possibilité de l'obtenir.

Et c'est dans cet esprit qu'en 2019, j'ai tenu, dans le prolongement des travaux du sénateur Lafon et du comité éthique et scientifique, à faire tomber la barrière du périphérique et à affirmer l'égale vocation des futurs franciliens à poursuivre leurs études partout en Ile-de-France, s'ils le souhaitent.

Elargir le champ des possibles, c'est aussi rétablir l'égalité partout où elle doit l'être. Je pense notamment aux boursiers : avec Parcoursup, nous nous sommes donné les moyens de leur garantir un accès à l'ensemble des formations, y compris les plus sélectives. Cela se lit déjà dans les chiffres et en 2019, nous irons plus loin encore, pour répondre très concrètement à l'exigence de démocratisation. Dans les semaines qui viennent, avec les présidents d'université et les chefs d'établissement, comme avec les recteurs, nous allons travailler pour nous fixer collectivement un haut niveau d'exigence et déterminer les taux minimaux d'accès des boursiers aux différentes formations.

Je veux également, vous le savez, que nous continuions à avancer ensemble afin de rendre possible la mobilité. Et la rendre possible, c'est bien sûr lever les obstacles matériels qui l'empêchent et c'est tout le sens du fonds pour la mobilité qui sera mis en place cette année. Mais c'est aussi permettre aux jeunes qui ne veulent pas quitter leur foyer et leur territoire d'accéder à l'enseignement supérieur.

Et nous le savons, la fracture territoriale traverse aussi l'enseignement supérieur, avec des jeunes et des familles qui ont le sentiment d'être assignés à résidence parce qu'ils habitent à 2 heures de route de l'université la plus proche. Ces jeunes, il faut que la République soit capable d'aller les chercher, car c'est dans cet effort que se jouent la cohésion de notre société et la force de notre modèle démocratique. Cela suppose d'inventer des modèles innovants, pour que l'université soit présente partout sur notre territoire, en tirant pleinement parti des technologies numériques. J'aurai l'occasion d'y revenir avec vous dans les semaines qui viennent.

Mais au-delà des modalités d'accès à l'enseignement supérieur, l'enjeu est bien d'accompagner chaque étudiant vers la réussite. Nous le savons, la massification ne s'est pas traduite par une démocratisation effective, du fait notamment de notre difficulté à personnaliser les cursus. Là aussi, avec la nouvelle Licence que nous avons construite ensemble en 2018, un mouvement s'est enclenché : les initiatives qui avaient vu le jour un peu partout sont désormais pleinement soutenues et reconnues.

Je veux ce soir saluer devant vous la détermination, l'engagement et l'inventivité des enseignants-chercheurs et des équipes pédagogiques qui ont fait de la réussite en Licence leur grande cause – et qui le font avec succès. Les NCU, pour ne citer qu'eux, sont là pour en témoigner.

Cette réflexion pédagogique, nous devons l'avoir pour l'ensemble des cursus et elle est au coeur du travail que nous avons engagé, avec Agnès Buzyn, autour des formations en santé. Là aussi, les lignes bougent, car chacun voyait bien que le modèle qui avait cours jusqu'alors ne répondait plus pleinement aux attentes et aux besoins des étudiants et des professionnels de santé. Je veux saluer ce soir la mobilisation de l'ensemble des acteurs qui portent et accompagnent les transformations que le Président de la République a appelé de ces voeux : là aussi, dans les prochains jours et dans les prochaines semaines, nous aurons l'occasion d'y revenir ensemble de manière très concrète.

J'évoquais à l'instant les besoins et les aspirations des étudiants. Chacun le sait, ils évoluent et sont désormais pluriels, ce qui nous invite à toujours faire preuve davantage de souplesse, d'ouverture, de créativité. La jeunesse de notre pays est, je crois, profondément animée par l'envie de faire, d'imprimer sa marque sur le monde, d'agir là, tout de suite, maintenant.

Sachons entendre ce désir, sachons l'accompagner, sous toutes ses formes ! Cela implique de pouvoir proposer aux uns des cursus plus courts, aux autres davantage d'éléments de professionnalisation au sein des formations, et à tous, une plus grande ouverture sur l'entrepreneuriat. C'est un sujet dont j'aurai l'occasion de vous reparler dans les semaines qui viennent. 

Ouvrir très largement l'enseignement supérieur et emmener tous nos étudiants vers l'excellence et la réussite, c'est aussi poursuivre le travail permanent au service de l'amélioration des conditions matérielles d'études. 2018 a été marqué par une baisse historique du coût de la rentrée. En 2019, nous devrons accélérer encore le pas et tirer tout le parti du nouvel élan donné par la CVEC à notre politique de vie étudiante. Je souhaite que nous puissions donner une priorité forte aux actions en faveur de la santé des étudiants en cette première année de mise en oeuvre de la CVEC.

J'évoquais il y a un instant l'envie exprimée par notre jeunesse de tenir toute sa part dans les transformations du monde et d'apporter sa marque aux choses. Et je veux le souligner : ce sont des aspirations auxquelles répondent les carrières dans l'enseignement supérieur, la recherche et de l'innovation – et notamment les carrières scientifiques.

Les révolutions les plus profondes que nous ayons connues, c'est dans les laboratoires qu'elles sont nées. Il faut le dire et le redire face à tous ceux qui s'interrogent sur le rôle et la place de la recherche.

C'est la recherche qui permet à notre projet de société de rester mobile, de ne pas se tétaniser devant les défis de notre temps, qu'ils soient environnementaux, sociétaux, technologiques, médicaux, de ne pas se couler aveuglément dans des modèles dessinés par d'autres ; c'est la recherche qui nous permet de choisir parmi des possibles qu'elle n'aura cesser d'ouvrir et de creuser, les voies qui correspondent le mieux à nos valeurs. C'est la recherche qui nous permet de ne jamais subir, mais d'être dans l'action.

De rester libre, de nos engagements, de nos modes de vie, de nos priorités, de nos pensées.

Ce rôle déterminant, elle ne peut le jouer qu'à trois conditions.

La première de ces conditions, c'est de disposer des moyens nécessaires. Ils ne font pas tout, mais ils sont indispensables. Au cours des dernières années, ils n'ont pas toujours été à la hauteur, je le sais. Nous nous sommes efforcés, depuis 18 mois, de redresser la barre : ce mouvement est enclenché, mais il devra nécessairement être poursuivi. Je le sais et je le dis.

Nous avons le privilège d'avoir une recherche d'excellence – une excellence qui est largement reconnue à l'échelle internationale et qui est confirmée tant par le rayonnement des institutions que par celui des figures le plus visibles. Je pense cette année au Prix Nobel Gérard Mourou ou à l'astronaute Thomas Pesquet et ce soir, je suis très heureuse de vous annoncer que le directeur général de l'ESA a proposé à Thomas Pesquet de retourner très bientôt dans l'espace, pour un vol dont la date devrait bientôt être fixée avec nos partenaires internationaux.

Mais, aussi ancienne que soit la tradition d'excellence scientifique de notre pays, elle n'est jamais acquise. Pour rester au meilleur niveau, la France doit pouvoir s'appuyer sur une agence nationale de financement qui ait les moyens de susciter et d'accompagner les projets les plus prometteurs et les plus audacieux, et c'est la raison pour laquelle nous avons engagé et nous poursuivrons la remise à niveau des crédits de l'Agence nationale de la recherche.

J'ai eu l'occasion de dire à de multiples reprises et je le répète devant vous ce soir : nous avons besoin tout à la fois de financer au bon niveau les laboratoires et de donner toute sa place à la recherche sur projet. Nous avons besoin de l'une et de l'autre, comme nous avons besoin d'une recherche fondamentale forte, poussée par la seule soif de la connaissance, tout en soutenant et en développant une recherche plus finalisée pour répondre aux grands défis qui s'offrent à nous. 

Entre les deux, nous n'avons pas à choisir et nous ne devons pas choisir. Nous avons à la fois besoin de connaître pour relever aujourd'hui des défis d'ores et déjà identifiés et connaître pour répondre demain à des questions qu'on ne se pose pas encore.

C'est cet équilibre que je n'ai eu de cesse de consolider, en 2019, comme en 2018, en finançant mieux les infrastructures de recherche et les laboratoires, tout en suscitant des programmes spécifiques dans des domaines en mutation rapide et profonde, coordonnés par nos organismes, comme nous l'avons déjà fait avec l'intelligence artificielle et l'antibiorésistance, comme nous sommes en train de le faire avec un programme prioritaire de recherche dédié aux alternatives aux phytosanitaires.

C'est pourquoi, dans ce domaine comme dans beaucoup d'autres, le moment est venu de tourner la page des oppositions, qui ont si longtemps stérilisé les discussions. Je pense à l'opposition entre financement récurrent et financement sur projet, bien sûr. Je pense également à la tension presque immémoriale entre organismes de recherche et universités ou grandes écoles.

Nous avons la chance d'avoir de grands organismes de recherche, reconnus à l'échelle internationale, comme nous avons la chance de pouvoir compter sur des universités qui revendiquent toute leur place dans la construction des stratégies de recherche. C'est une excellente chose et nous n'avons pas à choisir entre les uns et les autres, comme s'il fallait nécessairement prendre un parti

Avoir des champions nationaux, qui pèsent dans la compétition internationale, c'est un atout majeur. Nous devons en tirer le plein parti et c'est pourquoi, en lien étroit avec Guillaume Boudy, que je salue, j'ai tenu à redonner aux organismes leur pleine place au travers des programmes prioritaires de recherche.

Et dans le même temps, nous avons affirmé notre volonté d'accompagner le mouvement d'émergence d'universités fortes à l'échelle de chaque site et de leur reconnaître toute leur place dans le nouveau paysage de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation.

Avec l'ordonnance parue à la fin de l'année dernière, nous avons fait le choix de permettre à chacun d'exprimer pleinement sa signature, d'affirmer sa stratégie et son identité. Parmi les universités expérimentales qui verront le jour, certaines investiront particulièrement leur place d'universités de recherche. C'est une excellente nouvelle.

D'autres affirmeront des priorités différentes ou formuleront leur stratégie d'une autre manière. Cette diversité est indispensable et là aussi, nous n'avons pas à choisir – et je le dis très clairement, le rôle du ministère n'est pas de jouer l'arbitre des élégances, de favoriser tel modèle aux dépens de tel autre.

Ma responsabilité n'est pas de faire leur stratégie à la place des établissements. Elle est de m'assurer que cette stratégie est clairement formulée, qu'elle rassemble autour d'elles les forces et les acteurs et qu'elle prend en compte les priorités formulées par l'Etat, dans le respect de l'autonomie de chacun.

C'est tout le sens du dialogue stratégique de gestion qui a été expérimenté cette année : sans anticiper sur le nécessaire bilan que nous allons réaliser ensemble, je crois savoir qu'il a permis de construire l'espace de dialogue nécessaire entre l'Etat et les établissements. C'est une excellente nouvelle et je tiens à remercier Brigitte Plateau et Bernard Larrouturou de leur engagement dans la conduite de ce chantier, ainsi bien sûr que tous les présidents d'université et directeurs d'établissement qui, avec leurs équipes, se sont engagés dans ce chantier.

Je referme là cette trop longue parenthèse, pour revenir à la recherche et à la deuxième condition de son développement : l'ouverture à l'Europe et l'ouverture au monde.

Notre histoire et notre destin sont européens. Et c'est bien plus qu'une simple formule : la confiance dans la science et dans les scientifiques est inscrite dans les gènes du projet européen. En ces temps d'incertitude, nous mesurons combien, à l'échelle internationale, la confiance dans la science est une valeur essentielle et un bien précieux, que nous devons préserver et renforcer encore.

Cela passe par un choix clair : celui de forger nos connaissance et de former notre jeunesse en les inscrivant d'emblée dans un espace européen. C'est tout le sens du projet d'universités européennes que le Président de la République a appelé de ses voeux et je me réjouis que la Commission ait décidé de soutenir non plus 6 mais 12 projets pilotes, ce qui donne encore plus d'opportunités aux établissements français, qui ont candidaté avec beaucoup de répondant.

C'est également au sein de l'espace européen de la recherche que mûrissent des réponses aux aspirations des citoyens européens, en matière de climat, de sécurité, d'alimentation, de santé. Le programme cadre de recherche et d'innovation représente une vraie chance de les en convaincre. Ne la laissons pas passer. Et pour cela, bien sûr, il faut que nous nous impliquions davantage dans les programmes européens : là aussi, nous devons être au rendez-vous et cela passera par la mise en place de dispositifs d'accompagnement et par de vraies incitations à aller à l'Europe. C'est tout le sens de la mobilisation de l'Institut universitaire de France que j'ai appelée de mes voeux en lien étroit avec son nouvel administrateur.

Au-delà, c'est l'ouverture au monde que nous devons cultiver. L'enseignement supérieur, la recherche et l'innovation ne se conçoivent que dans l'ouverture : l'ouverture à la société, bien sûr, mais aussi aux étudiants et aux chercheurs venus du monde entier. Cette ouverture fait partie des valeurs essentielles du monde académique et par conviction comme par tempérament, j'y suis profondément attachée, tout comme vous tous, je le sais.

Au moment même où un certain nombre de grandes nations de science affrontent la tentation du repli ou du renfermement, la France, avec ses partenaires européens, doit faire vivre ces valeurs. Mais pour produire tous ses effets, cette ouverture de principe doit trouver sa traduction concrète dans une véritable culture de l'accueil.

Depuis des années, cet accueil se nourrit largement d'initiatives et de bonnes volontés individuelles, qui, jusqu'il y a peu encore, ne bénéficiaient pas toujours du soutien organisé des institutions, qui ne disposaient pas des moyens nécessaires.

Tout l'objet de la stratégie "Bienvenue en France" annoncée par le Premier ministre, c'est de nous permettre d'aller plus loin, en accueillant plus et mieux. Accueillir plus, c'est porter à 500 000 le nombre d'étudiants internationaux accueillis chaque année d'ici 2027.

Et accueillir mieux, c'est apporter des réponses concrètes à toutes les difficultés que rencontrent ces étudiants lorsqu'ils arrivent en France : je pense aux difficultés administratives, bien sûr, et elles sont nombreuses, notamment en matière de visa et de titre de séjour, mais également à l'isolement auxquels ils sont souvent confrontés – un isolement qui ne dure généralement pas, mais qui est accentué par les difficultés d'accès au logement ou à un compte en banque et qui est bien souvent renforcé par la barrière linguistique.

C'est tout cela que nous devons changer – et nous devons le faire savoir aux étudiants qui, partout dans le monde, hésitent désormais le plus souvent entre plusieurs universités situées dans plusieurs pays au moment de faire leur choix de mobilité. C'est pourquoi, dès la semaine prochaine, Campus France va lancer la première campagne de labellisation « Bienvenue en France », qui rendra visible notre engagement collectif dans l'amélioration des conditions d'accueil. Les grandes écoles et les universités sont nombreuses – plus de 180 au dernier décompte - à avoir manifesté leur intérêt pour ce label : c'est une excellence nouvelle.

Dès cette année, l'Etat a dégagé 10 millions d'euros pour soutenir les établissements engagés dans cette démarche ainsi que les actions concrètes qu'ils engagent pour améliorer les conditions d'accueil. Ce fonds d'amorçage sera mis en place dès la fin du mois de février, sur la base des conclusions de la concertation qui a été lancée au début du mois.

Certains d'entre vous ont souhaité que dans le cadre de la concertation, tous les sujets liés à la mise en oeuvre de la stratégie "Bienvenue en France" puissent être abordés : cela va de soi et je souhaite qu'elle soit la plus large possible, dans ses thématiques comme dans ses acteurs. Elle doit permettre à chacun de s'exprimer, de partager des positions de principe, souvent très fortes, mais aussi de proposer des solutions concrètes pour améliorer les conditions d'accueil.

Car une fois encore, cette amélioration des conditions d'accueil est une nécessité absolue si nous voulons rester une grande nation de la mobilité étudiante. Face à une concurrence croissante, nous avons des atouts évidents. Nous avons aussi des faiblesses. Il faut être conscient des uns comme des autres.

Les atouts, nous les connaissons : c'est notre culture, c'est notre patrimoine, c'est la qualité de notre offre de formation et de notre recherche. Mais nos faiblesses, elles aussi, sont visibles : trop souvent, nous accueillons mal les étudiants internationaux. Et c'est à cela que nous devons remédier.

Pour cela, il faut des moyens  et c'est pourquoi le Gouvernement a fait le choix de mettre en place un système redistributif. Cela suscite, je le sais, des interrogations, de l'émotion, parfois de l'opposition. J'entends ces réactions. Ce que je veux rappeler, néanmoins, c'est que la mise en place de ces frais différenciés s'accompagne, comme partout dans le monde, d'une politique volontariste de bourses et d'exonérations.

Cette politique a trois volets : un volet national, piloté par le Ministère de l'Europe et des affaires étrangères, via les bourses et exonérations du Gouvernement ; un volet bilatéral, avec toutes les mobilités organisées par convention entre établissements d'enseignement supérieur français et étranger, qui, je vous le rappelle, donneront lieu à exonération sans aucun plafond et cela représente d'ores et déjà plus de 12 000 étudiants chaque année ; enfin, un volet de politique d'établissement, puisque chaque école et université pourra définir une stratégie d'attractivité et d'exonération qui lui est propre dans le respect du plafond réglementaire.

Si l'on additionne ces 3 volets, le plan du Gouvernement prévoit d'ores et déjà que 25 % des étudiants internationaux concernés pourront bénéficier d'une exonération – et cela sans compter les exonérations transitoires qui garantiront aux étudiants internationaux déjà présents que rien ne change pour eux.

Je l'ai dit à plusieurs reprises : peut-être faut-il aller plus loin et je suis prête à y travailler avec vous. Une chose est certaine : ces bourses et exonérations, nous pourrons les mobiliser largement pour préserver et renforcer les partenariats et les relations privilégiées que les universités et écoles françaises ont noués, depuis longtemps déjà, avec la jeunesse de certaines nations, en Afrique notamment.

La France y est profondément attachée et le Président de la République a eu l'occasion de le souligner à des multiples reprises.

Mon objectif, une fois encore, c'est d'accroître la mobilité étudiante. C'est de conforter les relations existantes tout en vous permettant de nouer de nouveaux partenariats et d'aller convaincre de nouveaux étudiants de choisir la France – y compris dans des pays non francophones où c'est un choix moins évident.

Ce que chacun voit bien, également, c'est que la mise en place de ce système redistributif est sans doute la seule voie qui puisse nous permettre de garantir aux établissements qu'ils disposeront des moyens nécessaires pour améliorer les conditions d'accueil de tous les étudiants internationaux.

Et les nombreuses universités qui, tout au long des années passées, ont mis en place des masters spéciaux à destination de certains étudiants internationaux, n'ont pas fait un choix différent, à un détail près : l'amélioration des conditions d'accueil pour une partie du public accueilli seulement.

Je crois pour ma part que nous devons aller plus loin, pour que tous les étudiants internationaux puissent bénéficier de conditions d'accueil dignes de ce nom, tout en veillant à démultiplier les bourses.

Cela suppose, bien entendu, que les moyens dégagés aillent aux universités et aux grandes écoles, avec une seule vocation : financer l'amélioration de la qualité d'accueil et non pas compenser je ne sais quel désengagement. Il ne peut y avoir aucune ambiguïté sur ce sujet : je le dis très clairement devant vous ce soir et je m'y engage.

J'en viens maintenant à la troisième condition du plein rayonnement de notre science et des institutions qui les font vivre : aller plus loin encore dans l'ouverture sur la société.

La communauté française de l'E.S.R.I. est fille de Diderot et d'Alembert. Faire circuler le savoir est chez elle une seconde nature et c'est la raison pour laquelle, avec Alain Beretz, puis avec Bernard Larrouturou, nous avons tenu à faire de l'émergence de la science ouverte une priorité.

Elle répond à la nécessité d'éclairer les consciences et les débats publics, qui ont besoin de s'appuyer sur une solide culture scientifique, technique et industrielle pour comprendre les mutations contemporaines, et, plus profondément encore, sur la démarche scientifique, sur l'esprit critique, sur la raison, pour développer un langage commun, pour faire la part entre l'opinion et la connaissance, pour, tout simplement, se comprendre. L'enjeu de la C.S.T.I. est de taille : nous aider à faire des choix lucides et partagés.
Mais la démocratie éclairée n'est pas la seule à ressortir dynamisée par une approche ouverte de la science. L'innovation a aussi beaucoup à y gagner.

L'innovation tient autant à un état d'esprit qu'au contexte dans lequel il s'épanouit, et comme vous le savez, nous avons déjà fait beaucoup pour transformer l'un et l'autre. Associer l'innovation à l'enseignement supérieur et à la recherche dans un même ministère était en soi un geste fort. Au-delà du symbole, il fallait passer aux actes et c'est ce que nous avons fait tout au long des mois qui viennent de s'écouler.

Je pense à la loi PACTE, cette formidable boîte à outils qui va simplifier les échanges entre ces deux univers hier encore parallèles. Je pense au Conseil de l'Innovation, qui nous a permis de définir des priorités communes et de lancer les premiers grands défis autour de l'I.A. et du stockage de l'énergie.

La recherche publique a d'immenses forces à faire valoir sur le terrain de l'innovation. Plus que jamais, je souhaite que nos organismes et nos universités l'investissent, en s'appuyant sur l'expertise des structures spécialisées – Instituts Carnot, I.R.T., SATT – qui sont à leur service et qui doivent permettre de construire une relation enfin facilitée au monde économique.

Cela veut dire relever le défi de la simplification ou, plutôt, de la simplicité. La valorisation exige des compétences fortes, elle doit mobiliser des professionnels, mais la première marque de la compétence, c'est d'amener jusqu'au bout les projets, c'est de faire aboutir les négociations, c'est de parvenir à un transfert effectif et à des partenariats renforcés.

En matière de valorisation plus encore qu'ailleurs, nous avons une obligation de résultat. Nous devons être rapides, nous devons être efficaces et nous devons travailler ensemble. Notre responsabilité, c'est de gérer notre propre complexité et non de la partager largement avec nos partenaires industriels, qui peinent à saisir notre langage et nos références.

Beaucoup a déjà été fait au cours des dernières années, grâce au PIA, bien sûr, mais aussi grâce à la mobilisation des organismes et des universités qui font de la valorisation depuis bien longtemps, sans avoir toujours osé le dire tout haut.

Le moment est venu de changer d'échelle, en matière de création de start-up issues des laboratoires comme de recherche partenariale. Nous devons nous donner des objectifs ambitieux et les suivre : je souhaite que d'ici la fin du premier trimestre, nous puissions construire une feuille de route très claire dans ce domaine et engager sa mise en oeuvre immédiate. Et je souhaite que cette feuille de route donne toute sa place à la mise en oeuvre d'engagements concrets en matière de lisibilité des conditions de partenariat et de délais de contractualisation.

Ce rapprochement entre la recherche et le monde économique, nous devons l'encourager à tous les niveaux : des comités stratégiques de filières du Conseil national de l'industrie, qui accueilleront bientôt systématiquement un représentant de la recherche publique, aux campus d'innovation qui doivent poursuivre leur ouverture sur le monde socio-économique.

Vous l'aurez compris, de l'entreprenariat étudiant à la recherche partenariale en passant par l'accompagnement des start-up, l'innovation sera une priorité-clef en 2019.

Voilà, Mesdames et Messieurs, chers collègues, ce que je tenais à vous dire en ce début d'année. Et puisque nous sommes ici au coeur du jardin des plantes, dont la grande galerie fait partie intégrante, je terminerai avec cette phrase d'Asturias : "la terre se nourrit d'empreintes. Le ciel se nourrit d'ailes".

Je crois que le rôle de notre communauté, c'est bien de se tenir ainsi, entre ciel et terre, entre les envolées de la connaissance et ses retombées sociétales, entre les nécessités de la science et les attentes de nos concitoyens.

Ce n'est certes pas une position facile, ce n'est pas toujours une position confortable, mais elle fait aussi la grandeur de la mission qui est la nôtre.

Alors merci à tous de l'incarner à votre manière, dans toutes la diversité de vos missions, de vos ambitions, de vos personnalités.


Je vous souhaite à tous et à toutes une très belle année 2019.


source http://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr, le 24 janvier 2019 
 

Enseignement supérieur Enseignement superieur Recherche universitaire Universite Politique de l'enseignement Enseignement 193000164

Déclaration de M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, sur le projet de loi pour une "école de la confiance", Paris le 14 mai 2019.

Déclaration de M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, sur le projet de loi pour une "école de la confiance", Paris le 14 mai 2019. Jean-Michel Blanquer 14/05/2019 école de la confiance Discussion en procédure accélérée du projet de loi sur "l'école de la confiance" au Sénat le 14 mai 2019

M. le président. L'ordre du jour appelle la discussion du projet de loi, adopté par l'Assemblée nationale après engagement de la procédure accélérée, pour une école de la confiance (projet n° 323, texte de la commission n° 474, rapport n° 473).

Dans la discussion générale, la parole est à M. le ministre.

M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse. Monsieur le président, madame la présidente de la commission de la culture, de l'éducation et de la communication, monsieur le rapporteur, mesdames, messieurs les sénateurs, je m'associe à l'hommage qui vient d'être rendu à deux héros de la Nation. J'ai suggéré que des écoles, collèges et lycées puissent porter leurs noms ; nous en faisons la proposition aux collectivités territoriales, comme nous l'avons fait pour le lieutenant-colonel Beltrame, car il est très important que soit donné à nos élèves et à notre pays l'exemple de ces hommes, qui incarnent au mieux la défense des valeurs de la République.

Je suis heureux de présenter aujourd'hui le projet de loi pour une école de la confiance à l'examen de la Haute Assemblée.

Depuis un certain nombre d'années, notre école souffre de la difficulté à réduire les inégalités sociales, à permettre à tous les élèves de maîtriser les savoirs fondamentaux – lire, écrire, compter, respecter autrui – et, au-delà, à s'insérer dans la vie professionnelle. Deux chiffres, que nous ne devons jamais oublier dans nos débats, s'imposent à nous : plus de 20 % des élèves ne maîtrisent pas les savoirs fondamentaux à la fin de l'école primaire et près de 23 % de nos jeunes sont aujourd'hui au chômage. Aux deux extrémités de notre système se pose évidemment une grande interrogation sur les causes et les raisons de ces phénomènes.

Bien entendu, nous avons l'impérieuse nécessité d'apporter des réponses concrètes et efficaces. Nous devons combattre collectivement les chiffres que je viens de citer, car s'y cachent derrière des réalités sociales, que nous devons changer avec une constance d'airain.

Au-delà de leur froideur, ces chiffres témoignent de la frustration, du doute sur l'avenir et, tout simplement, du sentiment de relégation qui peut être éprouvé par certains de nos compatriotes. C'est pourquoi ma priorité absolue et constante est, depuis deux ans, l'école primaire. En effet, l'école primaire est la clé de l'amélioration collective de notre système scolaire et, donc, de notre Nation. Elle joue, dans l'histoire de notre République, un rôle tout particulier, un rôle emblématique : c'est par elle que tout commence pour la vie d'un enfant comme pour la République.

C'est par une politique d'élévation résolue du niveau, de justice sociale et d'équité territoriale que nous pouvons hisser l'école française parmi les meilleurs systèmes au monde, ce qu'elle a su être. Nous ferons ainsi de la France, selon les voeux mêmes du Président de la République, des voeux qu'il a réitérés, une grande puissance éducative, car nous devons aussi raisonner à l'échelle mondiale.

Le projet de loi qui vous est présenté ne prétend pas résoudre tous les problèmes – je l'ai d'ailleurs indiqué dès l'origine –, mais il approfondit le sillon que nous avons tracé depuis deux ans.

D'abord, la politique de l'école primaire a abouti à diviser par deux les classes de CP et de CE1 dans les territoires les plus défavorisés, permettant ainsi, au moment où je vous parle, à 190 000 élèves de bénéficier de conditions particulières pour démarrer leur vie d'élève. Cette mesure, qui commence à faire ses preuves, concernera 300 000 élèves à la rentrée prochaine. Elle va évidemment de pair avec une politique pédagogique renouvelée, au travers de recommandations pédagogiques qui s'inspirent non seulement des travaux scientifiques portant sur les meilleures pratiques en matière d'acquisition des savoirs fondamentaux et de l'expérience, mais également des évaluations des classes de CP et de CE1 notamment, qui nous permettent de bien mesurer les progrès individuels et collectifs de nos élèves.

Il convient donc d'engager un investissement massif dans l'école primaire. Ce sera d'ailleurs encore le cas lors de la rentrée de 2019, avec la création de 2 300 postes, et ce dans un contexte de baisse démographique. Cette mesure doit nous permettre non seulement de mener cette politique dans les territoires classés REP et REP+, mais également de consolider l'école rurale, une consolidation que le Président de la République a confirmée au cours de sa récente allocution. Il s'agit donc aujourd'hui d'une mobilisation à la fois pédagogique et budgétaire au service de l'école primaire.

Le projet de loi dont nous nous apprêtons à débattre s'inscrit donc pleinement dans la priorité éducative rappelée et approfondie par le Président de la République au cours de sa conférence de presse du 25 avril dernier au cours de laquelle il a annoncé, outre les éléments que je viens d'indiquer, la fin des fermetures d'écoles primaires sans l'accord du maire, le dédoublement des grandes sections de maternelle classées en zone d'éducation prioritaire et la limitation à 24 élèves par classe en grande section, en CP et en CE1 partout en France.

Le projet de loi pour une école de la confiance s'inscrit dans une politique générale qui fait de l'éducation le coeur du projet de société que nous avons pour l'élévation du niveau général de notre peuple, mais aussi pour la justice sociale.

Tant de choses ont été dites à propos de ce projet de loi… Aussi, j'espère vivement que les débats au sein de la Haute Assemblée permettront de rectifier certaines erreurs, certains mensonges même. Je suis d'ailleurs frappé de constater que ces erreurs et mensonges n'existaient pas lorsque le texte a été examiné par la chambre basse. Ce n'est que dans l'intervalle entre l'examen du texte par l'Assemblée nationale et le Sénat que ceux-ci ont prospéré. (Exclamations sur les travées du groupe communiste républicain citoyen et écologiste.)

Je veux voir dans la démocratie parlementaire la vertu de pouvoir discuter, sur des bases réelles, le contenu d'une loi. C'est ce que l'on attend de la démocratie représentative, et c'est, me semble-t-il, ce que nous avons à démontrer. Nous pouvons avoir des points de vue différents sur chacun des articles, mais nous ne saurions décrire l'article autrement qu'il n'est.

L'article 1er de ce projet de loi ne vise en aucun cas à museler les professeurs, comme je l'ai entendu. Il rappelle tout simplement à tous ceux qui ont décidé d'être fonctionnaires les droits et les devoirs afférents, qui ont été définis par des lois précédentes. Il rappelle surtout un principe essentiel sur lequel on ne peut transiger, à savoir le respect de la communauté éducative par les familles.

Autrement dit, non seulement cet article ne crée pas de contrainte nouvelle pour les professeurs, mais il est, au contraire, le fondement juridique d'un respect accru pour cette fonction par le reste de la société. Dans ces conditions, il est étonnant qu'il ait été présenté comme le contraire de ce qu'il est.

Pour prendre un autre exemple, l'article 2 ter du projet de loi ne consiste certainement pas à supprimer la visite médicale à 6 ans ; c'est même tout l'inverse. En cohérence avec l'abaissement de l'âge de l'instruction obligatoire, il avance l'âge de la première visite médicale à 3 ans, offrant ainsi à tous les élèves un parcours de santé entre 0 et 6 ans.

Cet article, comme bien d'autres, fait de ce texte une loi profondément sociale. D'ailleurs, si je ne devais insister que sur un point, ce serait celui-là. Cette loi, qui est une loi pour l'éducation, est d'abord et avant tout une loi profondément sociale. Non seulement elle vise les élèves les plus défavorisés, mais elle crée également les conditions d'une véritable ascension sociale par l'éducation ; j'en donnerai une nouvelle illustration avec l'article 14.

Là encore, avec cet article, il n'a jamais été question d'imaginer que des étudiants, au début de leur parcours, remplacent des professeurs, comme je l'ai souvent lu et entendu ces dernières semaines ; c'est même tout l'inverse. Il s'agit de renouer avec une tradition qui a bien réussi à notre école républicaine.

Pendant de nombreuses décennies, nous avons cherché à encourager et susciter les vocations enseignantes afin que les professeurs soient issus de toutes les classes sociales. Le dispositif de préprofessionnalisation, jadis appelé IPES, est une mesure profondément sociale, qui permettra à des jeunes de vivre leur passion de transmettre.

Ainsi, dès la rentrée prochaine, des étudiants en deuxième année de licence recevront 700 euros par mois, en plus de leur bourse, pour faire de l'aide aux devoirs, pour seconder les professeurs, et certainement pas pour les remplacer. Il s'agit donc, je le répète, d'une mesure profondément sociale, de nature aussi à attirer vers l'éducation nationale plus de vocations, notamment dans les disciplines où nous en avons le plus besoin. Pourquoi ne pouvons-nous pas obtenir l'union de toutes les femmes et de tous les hommes de progrès sur un tel sujet ? Pourquoi entendons-nous des propos faux en la matière, alors que nous renouons avec ce qui fait normalement consensus autour de l'école de la République ?

M. Pierre Laurent. On ne sait pas lire ! On n'est pas allé à l'école !

M. Jean-Michel Blanquer, ministre. Il est donc souhaitable que nos débats rétablissent des vérités simples sur ces articles.

Je veux vous le dire très solennellement, lorsque l'on contribue à colporter de fausses interprétations des articles, non seulement on ne concourt pas à corriger quelque chose qui, justement, n'est pas à corriger puisque cela ne correspond pas à la réalité, mais, en plus, on participe à cette désespérance qui, elle-même, va à l'encontre du progrès social. (Applaudissements sur des travées du groupe La République En Marche. – Exclamations sur les travées du groupe communiste républicain citoyen et écologiste.)

Mme Éliane Assassi. Ça va être notre faute !

M. Jean-Michel Blanquer, ministre. Les commentaires des commentaires n'ont toutefois pas réussi à obscurcir la visée fondamentale de ce texte.

Il faut maintenant identifier les leviers essentiels susceptibles d'améliorer notre politique éducative et les actionner afin d'atteindre la seule chose qui compte : le progrès effectif de tous les élèves.

Le premier des leviers est l'école primaire, tout particulièrement l'école maternelle. C'est là qu'il est possible d'attaquer les inégalités à la racine. Là aussi, j'ai entendu dire que le Gouvernement voulait supprimer les écoles maternelles.

Mme Éliane Assassi. On n'a jamais dit ça !

M. Jean-Michel Blanquer, ministre. Certains me diront peut-être que je me trompe, prétendant que le texte n'a jamais indiqué que l'on supprimerait les écoles maternelles.

Mme Éliane Assassi. Nous non plus nous ne voulons pas les supprimer !

Mme Céline Brulin. On a déjà suffisamment de choses à dire sans en rajouter !

M. Jean-Michel Blanquer, ministre. C'est à ce niveau qu'il est possible d'attaquer les inégalités à la racine.

En fonction de son milieu social et culturel, un jeune enfant peut accumuler des retards linguistiques considérables. C'est pourquoi il importe tellement de faire de l'école maternelle une véritable école en abaissant l'obligation d'instruction à 3 ans.

Sachez, mesdames, messieurs les sénateurs, que c'est une grande fierté pour moi d'appartenir à un gouvernement à qui le Président de la République a demandé de s'inscrire dans la lignée des grandes lois républicaines sur l'obligation scolaire. Incontestablement, il s'agit aussi évidemment pour cette raison d'une loi sociale.

Depuis la fin du XIXe siècle, l'âge de la scolarité obligatoire n'a jamais été avancé, l'école maternelle n'ayant pas toujours été perçue comme une véritable école. Parfois, elle n'était pas fréquentée de façon régulière ou elle l'était sans assiduité. Le travail admirable des professeurs et des Atsem montre tout le contraire : l'école maternelle est un moment essentiel dans le parcours de l'élève.

Aujourd'hui, les travaux issus de la recherche soulignent que les années passées à l'école maternelle sont décisives pour la maîtrise future des savoirs fondamentaux. Cette loi vise donc à renforcer l'école maternelle, à la reconnaître et à lui donner les moyens d'être le fer de lance de l'élévation du niveau général et de la justice sociale.

L'apprentissage du vocabulaire, l'émergence progressive d'une conscience grammaticale par la lecture de livres, l'éveil de la sensibilité par les arts, le développement psychomoteur et affectif, la socialisation par le respect des règles et le jeu, le souci du travail bien fait sont des fondations indispensables pour susciter le plaisir d'aller à l'école, cette école de la confiance, une école du bonheur – j'ose ce mot –, que nous pouvons souhaiter pour tous nos enfants.

Aux deux extrémités de notre système, l'obligation d'instruction abaissée à 3 ans et la formation obligatoire de 16 à 18 ans sont les acquis fondamentaux de ce projet de loi.

La formation obligatoire de 16 à 18 ans a été peu commentée ces dernières semaines. Or elle a aussi une dimension sociale essentielle dans cette loi.

M. Pierre Ouzoulias. C'est notre programme !

M. Jean-Michel Blanquer, ministre. Nous aurons ainsi les bases juridiques essentielles pour permettre à tous les élèves de s'émanciper et de construire un projet professionnel afin que ces derniers aient une place dans la société.

Je me réjouis en effet que certaines de ces dispositions aient pu figurer dans les programmes de telle ou telle formation politique…

M. Pierre Ouzoulias. Vous voyez ! Vous le dites !

M. Jean-Michel Blanquer, ministre. … dans cette assemblée. Nous devrions donc obtenir approbation auprès des membres siégeant sur ces travées.

Beaucoup ont souhaité l'instruction de 3 à 18 ans. Aujourd'hui, cela devient une réalité, et, grâce à vos suffrages, cela peut devenir une réalité juridique.

La formation des professeurs est l'autre levier essentiel de progrès pour le système éducatif. Quelle est la situation actuelle ?

Telle Espé réserve, par exemple, deux à trois heures pour l'apprentissage de la pédagogie des savoirs fondamentaux, alors que telle autre y consacrera des dizaines d'heures. Cette hétérogénéité dans la formation n'est plus possible si l'on souhaite vraiment que tous les élèves maîtrisent les savoirs fondamentaux. Le principe d'égalité doit trouver à s'appliquer pleinement en matière de formation des professeurs. C'est pourquoi la création des Inspé est si importante.

Le changement du nom indique quelque chose d'important : le « i » pour institut signifie que nous voulons fonder tout cela sur une culture professionnelle ; le « n » comme national veut dire que nous voulons un cadre commun de référence et le « s » comme supérieur que nous confirmons évidemment la proximité avec le monde de la recherche.

Le travail accompli chaque jour par nos professeurs doit être soutenu ; nous devons leur permettre d'être plus encore des acteurs au travers d'un droit élargi à l'expérimentation. Ce droit est la marque de confiance dans les femmes et les hommes qui travaillent au plus près des réalités et de la diversité des territoires. Libérer, protéger, unir : ces mots forment la clé de voûte de ce texte.

Il n'existe pas d'expérimentation sans évaluation digne de ce nom. Ce projet de loi permet les expérimentations et les évaluations.

Nous allons approfondir la culture de l'expérimentation grâce à cette loi. Nous pourrons ainsi davantage positionner notre système éducatif comme un système pionnier, un système du XXIe siècle, tout en nous donnant les moyens de procéder à une véritable évaluation. La création du conseil d'évaluation de l'école nous permettra d'avoir une vision nationale complète de nos écoles, de nos collèges et de nos lycées. Nous le savons, les systèmes scolaires qui se portent aujourd'hui le mieux dans le monde sont ceux qui ont fait de l'évaluation de ce type des leviers de progrès, en s'appuyant notamment sur l'auto-évaluation, qui est une façon de responsabiliser l'ensemble des acteurs sur leur capacité à faire progresser les élèves.

En définitive, si l'école française est si consubstantielle à la République, c'est qu'elle fut, qu'elle demeure et qu'elle demeurera son visage, le visage du progrès et celui de l'avenir. Aujourd'hui, les horizons de notre école s'étendent au monde, et chacun sent bien la nécessité pour nos élèves de maîtriser parfaitement le français ainsi que des langues étrangères afin tout simplement que ceux-ci soient de leur temps et de leur espace. Aussi, nous devons développer les échanges en Europe et dans le monde. Il y va du rayonnement de la France, de sa place dans le concert des nations, de sa capacité à attirer les meilleurs talents.

Actuellement, l'enseignement international est souvent réservé aux familles favorisées, celles qui peuvent scolariser leurs enfants dans des écoles privées parfois coûteuses. En soumettant à votre vote la création d'établissements publics locaux d'enseignement international, je vous propose de conférer au service public d'éducation une plus forte dimension internationale afin que les élèves venus de tous les milieux et de tous les horizons puissent bénéficier de cette dynamique et s'ouvrent encore davantage sur l'Europe et le monde.

Cette mesure sera complémentaire à celle du renouveau de la politique des langues que nous allons engager. Elle sera aussi complémentaire aux politiques qui seront menées à l'avenir, je l'espère, à l'échelle européenne, notamment avec la multiplication des échanges Erasmus pour nos élèves des lycées professionnels, par exemple, ou nos futurs professeurs. En effet, nous voulons que ces derniers aient dans les futurs Inspé une expérience dans le reste du monde.

Ainsi, par ce projet de loi, l'école de la République reste fidèle à sa mission : donner à chacun de ses enfants le meilleur et ce qu'il y a de plus actuel, et j'y serai évidemment personnellement très attentif.

L'école de la République, c'est la maison commune de toute la jeunesse de France. À ce titre, elle doit apporter à tous ses enfants, où qu'ils se trouvent sur le territoire, la même chance de réussir et la même envie de saisir cette chance. C'est pourquoi il revient à l'État d'assurer la protection de tous ses enfants. Si la liberté d'instruction est un droit fondamental, nous devons avoir un contrôle particulièrement vigilant sur la qualité des enseignements qu'ils reçoivent. Nous savons tous que tel n'est pas le cas partout. Ce projet de loi permet donc de renforcer cette garantie.

Le texte que nous examinons est résolument un texte de confiance dans les territoires ; je le dis devant cette chambre qui a particulièrement vocation à défendre ses territoires dans la capacité à innover, à expérimenter et, comme je l'ai dit, à s'organiser selon les contraintes de chacun d'entre eux, tout en respectant le cadre national.

Ainsi, sur la base du volontariat, et avec le consentement de la communauté éducative ainsi que des élus, nous ne devons écarter aucune organisation susceptible d'aider les territoires à offrir un service d'éducation de qualité. Il revient à l'État de garantir l'équité entre les territoires, en donnant plus à ceux qui en ont besoin et en disposant d'organisations appropriées au plus près des réalités. C'est ce que nous faisons pour l'éducation prioritaire et l'école rurale, et c'est ce que nous devons faire pour les territoires ultramarins. À cet égard, dans le cadre de ce projet de loi, je vous propose de créer un rectorat de plein exercice à Mayotte, qui a tant besoin du soutien de la communauté nationale, une mesure qui se traduit aussi par des moyens budgétaires supplémentaires pour accompagner cette évolution.

Cette politique d'équité s'adresse particulièrement aux élèves les plus fragiles, notamment les élèves en situation de handicap. Je tiens à finir mon discours par ce point, afin de marquer qu'il s'agit, à mes yeux, d'un sujet essentiel.

Beaucoup a été fait depuis le début des années 2000, avec de premières politiques importantes en la matière. Toutefois, le défi à relever est immense. Il nous faut changer le regard sur la différence et réussir la transformation de nos organisations.

Notre ambition est claire : faire en sorte que tous les enfants dont le handicap est diagnostiqué soient pris en charge le plus rapidement possible. Pour ce faire, le levier qui vous est proposé au travers de ce projet de loi est inédit : il s'agit de faire émerger un grand service public de l'école inclusive avec 80 000 personnels mieux formés, mieux reconnus, mieux intégrés à l'équipe éducative, répartis sur tout le territoire en pôles, et qui, en toutes circonstances, sur le temps scolaire et périscolaire, accompagneront les enfants en situation de handicap.

Nous voulons que, dès la rentrée prochaine, cette amélioration soit visible pour les élèves et leurs familles, ainsi que pour les personnels accompagnants. Ainsi, nous voulons que l'on procède au recrutement avant la rentrée, que le rendez-vous entre les parents, les professeurs et les personnels accompagnants soit fixé avant la rentrée, que la formation de ces accompagnants ait lieu avant la rentrée, que l'organisation des établissements soit de nature à assurer un accompagnement au plus près des besoins des élèves. Nous voulons avoir une approche qualitative complémentaire de l'approche quantitative, pour que les accompagnants se sentent membres à part entière de la communauté éducative. Telle est la consigne qui a d'ores et déjà été donnée aux rectorats, de telle sorte que ces derniers s'organisent à cet effet.

Cette mesure concerne non seulement les éléments de recrutement que je viens d'énoncer, mais aussi les éléments de formation et de gestion des ressources humaines, en vue d'apporter à ces dernières de la considération et de leur offrir des contrats plus longs, des contrats de trois ans, renouvelables une fois, pouvant déboucher sur des CDI. Ce sont des progrès inédits, qui ne sauraient être sous-estimés. Là aussi, ils sont vecteurs d'espérance, une espérance que nous avons à communiquer aux élèves et à leurs familles. Il nous faut donc dire la vérité sur ce texte. Travestir la réalité contribuerait tout simplement à ne pas donner un socle à cette espérance dont nous avons besoin et dont nous nous donnons maintenant les moyens.

Mesdames, messieurs les sénateurs, ce projet de loi porte une ambition : permettre à l'école de demeurer l'institution par laquelle tout est possible. Cela a été dit à plusieurs reprises par le Président de la République, le Premier ministre et moi-même. Nous pouvons considérer l'école comme le premier des outils dont nous disposons pour la justice sociale. Pour ce faire, il est nécessaire de repenser le lien de l'école avec les familles, en accueillant mieux les enfants en situation de handicap et en posant comme fondement de cette relation l'esprit de confiance.

Cette école de la confiance que nous appelons de nos voeux est non pas un mot, mais une aspiration sociale profonde conduisant à plus de liberté, plus d'unité et aussi plus de protection. Nous évoluons beaucoup trop dans une société de défiance ; tel est le diagnostic que nous pouvons faire sur notre pays. Or ce diagnostic date non pas d'hier, mais de plusieurs années, voire de plusieurs décennies. Il n'a pas toujours caractérisé la société française.

Aujourd'hui, nous avons la chance d'avoir de nouveaux leviers pour créer un cercle vertueux de la confiance. À cet effet, une loi ou un décret ne suffit pas. Il nous faut enclencher le cercle vertueux de la confiance en établissant des bases exactes, en nous fondant sur des textes, que nous interprétons de manière honnête, de bonne foi et dans un esprit de progrès et de discussion…

M. Rachid Temal. Ah !

M. Pierre Ouzoulias. Avec un budget !

M. Jean-Michel Blanquer, ministre. … et en tenant compte des amendements – c'est ce que j'ai fait à l'Assemblée nationale et c'est ce que je ferai au Sénat.

M. Rachid Temal. Nous sommes sauvés !

M. Jean-Michel Blanquer, ministre. C'est pourquoi se trouve au coeur de ce projet de loi une philosophie de la confiance, qui converge avec une philosophie de la démocratie parlementaire. Nous proposons non seulement aux acteurs sociaux, mais également aux représentants de la Nation des outils leur permettant de s'adapter aux réalités de notre société et de nos territoires. Il s'agit non pas d'imposer, mais de proposer et de faire confiance. Aussi, sur plusieurs volets, notamment pour ce qui concerne les modes d'organisation, ce projet de loi prévoit des outils au lieu d'imposer des mesures.

Une haute idée de la justice sociale, qui doit être effective dès les premiers jours de la vie jusqu'à la majorité, est l'épicentre de ce projet de loi. L'abaissement de l'instruction obligatoire et l'obligation de formation de 16 à 18 ans sont des acquis fondamentaux, et ce ne sont pas les seuls de ce texte.

Notre démarche consiste à placer au centre de l'école les professeurs, sans lesquels rien n'est possible. Mieux les aider pour entrer dans le métier, leur offrir une formation de qualité, faire respecter leur autorité, tel est mon devoir et tel est mon objectif avec ce projet de loi.

Mesdames, messieurs les sénateurs, je suis fier de vous présenter un texte de nature à permettre à la France de porter une politique éducative ambitieuse. Par ce projet, nous souhaitons donner à nos enfants des racines et des ailes (Exclamations amusées sur les travées du groupe communiste républicain citoyen et écologiste.),…

M. Roger Karoutchi. Oh là là !

M. Jean-Michel Blanquer, ministre. … la fierté d'être des citoyens de France, la fierté d'être eux-mêmes. Nous pourrons croire en notre destin si nous préparons nos enfants sur la seule base qui vaille, celle de la liberté, de l'égalité et de la fraternité. (Applaudissements sur les travées du groupe La République En Marche, ainsi que sur des travées du groupe Les Indépendants – République et Territoires et du groupe Union Centriste.)

(…)

M. le président. La parole est à M. le ministre.

M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse. Monsieur le président, mesdames, messieurs les sénateurs, je ne vais évidemment pas répondre à chacun des points évoqués par chacun d'entre vous – ce serait trop long, et j'aurais peur de vous lasser. Je voudrais néanmoins revenir sur ce qui a été exprimé au travers des différentes interventions.

La première question que je souhaite éclaircir est celle de l'intention qui motive la présentation de ce projet de loi. Il me paraît particulièrement important, en effet – plusieurs d'entre vous l'ont dit –, que nous puissions discuter de bonne foi de ce que contient réellement ce texte. Si, au point où nous en sommes de la discussion, je n'avais qu'une seule idée à formuler, je dirais que nous n'avons strictement aucune intention cachée. Je tiens énormément à le dire : l'intention de ce projet de loi est parfaitement claire ; elle est affichée.

Nous vivons – c'est incontestable – dans une société de la défiance et du soupçon ; à ce titre, chacun doit faire son introspection pour savoir s'il contribue à la logique de la confiance ou à celle du soupçon.

J'ai fait il y a un an quelque chose de relativement rare pour un ministre de l'éducation en exercice : j'ai écrit un livre sur ce que nous avions commencé à faire et sur ce que nous nous apprêtions à faire. J'avais d'ailleurs écrit, dans ce livre que chacun peut lire, que le temps de la loi viendrait au moment voulu. J'ai donc expliqué par écrit le pourquoi et le comment des différentes mesures que nous sommes en train de prendre.

Mesdames, messieurs les sénateurs, quel que soit le groupe politique auquel vous appartenez, je vous prie de croire – c'est la seule requête que je vous soumettrai – que les intentions qui sont derrière ce projet de loi sont tout simplement les intentions affichées. Autrement dit, il n'y a aucune autre intention que celle qui est affichée.

Vous avez le droit d'être contre ces intentions ; mais si vous ne voulez pas contribuer à alimenter cette société du soupçon dans laquelle nous vivons, alors n'allez pas chercher je ne sais quelle intention cachée. Il y a quelque chose d'absurde à vous voir critiquer, en brandissant une intention soi-disant dissimulée, certaines mesures que vous avez vous-mêmes préconisées, à gauche comme à droite.

Je pourrais prendre bien des exemples. L'instruction obligatoire à 3 ans est un vieux projet, souvent venu des travées de la gauche. Certains d'entre vous l'ont saluée, tout en éprouvant immédiatement le besoin de préciser que le projet proposé n'est pas celui que vous auriez, vous, mis en oeuvre. Je ne saurais dire à quoi eût bien pu ressembler votre instruction obligatoire à 3 ans pour être si belle, quand la nôtre est si laide ! Je ne vois pas de différence entre l'intention qui était la vôtre et celle que nous sommes en train, pour notre part, de mettre en oeuvre.

Très souvent, en vous écoutant – pardonnez-moi de vous le dire –, l'adage selon lequel la critique est aisée, mais l'art est difficile me venait à l'esprit. Il y a bien des choses, en effet, que vous avez préconisées et que nous sommes en train d'accomplir.

Ce constat vaut aussi pour les travées de droite – le sénateur Grosperrin a eu l'honnêteté d'évoquer les travaux réalisés sur l'école du socle.

Le sénateur Ouzoulias a fait référence au plan Langevin-Wallon, dont les concepteurs appelaient de leurs voeux une « école fondamentale », c'est-à-dire une vision englobant l'école et le collège, leur volonté étant de tracer un continuum pour tous les enfants de France. Il y a là – vous avez eu l'honnêteté de le rappeler, monsieur le sénateur – l'une des sources d'inspiration de ce projet de loi.

Aujourd'hui, certains éprouvent le besoin de caricaturer ce texte, faisant comme si ses objectifs étaient éloignés de ceux que vous-mêmes, dans le passé, avez poursuivis, sans que les gouvernements que vous souteniez aient pu les atteindre – telle est la vérité ! Nous sommes, nous, en train d'ouvrir quelques portes, qui n'ont pas été ouvertes par les gouvernements précédents. C'est peut-être cela, d'ailleurs, qui motive certaines critiques – j'y vois l'intention cachée, pour le coup, de certaines interventions.

Je voudrais donc vous demander, à l'aube des différents débats que nous allons avoir, non pas que nous soyons d'accord sur tout, évidemment – ce ne serait ni possible, ni même souhaitable –, mais de ne pas chercher derrière le texte des intentions qui n'y sont pas.

Pourquoi, par exemple, Jean-Pierre Chevènement aurait-il salué plusieurs des mesures que j'ai prises depuis mon entrée en fonction si mon intention était de créer cette école ultralibérale dont vous me prêtez le dessein ? Pourquoi des défenseurs habituels de l'enseignement des savoirs fondamentaux à l'école, par exemple venus de l'Académie française, soutiendraient-ils la politique que nous menons en la matière, et pourquoi voudrais-je, moi, autre chose que ce que souhaitent ces différentes personnalités ?

Je le répète, on a le droit de ne pas être d'accord avec ce que nous faisons. Mais si nous ne voulons pas contribuer à cette société du soupçon que, par ailleurs, nous déplorons tous chaque fois que nous la constatons, nous ne devons pas faire semblant de lire des intentions cachées là où il n'y en a pas.

Mes intentions sont parfaitement claires ; elles sont affichées dans l'exposé des motifs et transparentes dans les politiques menées jusqu'à présent. Elles peuvent être contestées – je n'en dénie le droit à personne. Mais il me paraît vain de disserter sur un projet qui n'est pas celui que nous présentons ; ce sont de telles interventions qui nourrissent la défiance.

Quant à la confiance, plusieurs d'entre vous ont dit qu'elle ne se décrétait pas, mais qu'elle se créait. Je suis complètement d'accord avec ces propos – j'ai bien conscience qu'un intitulé de projet de loi ne suffira pas à créer une société ou une école de la confiance, et qu'il s'agit d'un enjeu collectif. Mais j'essaie d'y apporter ma pierre ; et nous verrons bien si ce cercle vertueux sera effectivement enclenché.

Toutefois, là encore, j'invite à l'introspection : les sociétés qui vont bien, dans le monde d'aujourd'hui, sont celles qui ont confiance en leur école et qui n'ont pas plaqué sur elle le clivage gauche-droite.

Certains déclarent solennellement que ma conception de l'école n'est pas la leur. Je veux bien l'entendre : des divergences peuvent exister entre nous ; mais je ne suis pas certain qu'elles soient si profondes. Nous avons beaucoup à gagner à nous rapprocher les uns des autres, pour construire une école qui corresponde à tous les citoyens, sans discrimination et – je le répète – sans clivage gauche-droite plaqué sur ces enjeux.

Vouloir que l'école maternelle crée les conditions de l'égalité entre tous les enfants, ce n'est ni de gauche ni de droite.

M. Michel Savin. Non, c'est « en marche » ! (Sourires.)

M. Jean-Michel Blanquer, ministre. Vouloir que l'école soit inclusive et accueille tous les élèves handicapés, ce n'est ni de gauche ni de droite. Vouloir organiser l'école avec une certaine souplesse, pour tenir compte des différences entre les territoires, ce n'est ni de gauche ni de droite. Vouloir une école permettant de traiter les enjeux non seulement d'instruction, mais aussi d'éducation, en collaboration avec les parents d'élèves, ce n'est ni de gauche ni de droite.

Tous ces enjeux – la liste que je viens de donner n'est pas exhaustive – figurent dans ce projet de loi.

J'ai parlé de l'intention qui préside à la présentation de ce texte ; je voudrais conclure en précisant quelle est sa nature. Je ne discuterai pas de savoir s'il s'agit d'une petite ou d'une grande loi ; je vous ai dit qu'il ne s'agissait pas de refonder l'ensemble du système scolaire. Je pense d'ailleurs que l'absence d'une telle prétention pourrait être le gage de la qualité de ce texte.

Puisqu'il a été fait référence à Jules Ferry, faisons un peu d'histoire. Si une grande loi se mesure au nombre d'insultes et de critiques que l'on recueille en la présentant, alors Jules Ferry a fait une très grande loi : lorsqu'il a rendu obligatoire l'instruction à partir de 6 ans, il n'a pas recueilli, lui non plus, l'assentiment général sur les différentes travées des deux chambres – il suffit pour s'en convaincre de lire le compte rendu des débats de cette époque.

M. David Assouline. Aucun rapport !

M. Jean-Michel Blanquer, ministre. À l'époque, fort heureusement, une très grande proportion d'enfants, en France, était déjà scolarisée, grâce au travail de Guizot ou de Duruy.

Jules Ferry, lui, a fait quelque chose d'absolument indispensable, qui a été fondateur pour la République : rendre cette scolarisation obligatoire pour tous. La conséquence n'a pas seulement été d'amener à l'école les enfants qui n'y allaient pas ; elle a été de donner un socle, un cadre juridique, mais aussi psychologique, à ce qui devait être l'école de la République.

Telle est évidemment notre intention au travers de l'instruction obligatoire à 3 ans : la valorisation de l'école maternelle. Il n'y va pas seulement des 25 000 enfants qui ne vont pas à l'école et qui iront désormais.

Je précise, d'ailleurs, que ces enfants ne vivent pas tous en Guyane et à Mayotte : j'ai en tête cet enfant d'une partie rurale profonde de l'Orne dont on me parlait lors de l'un de mes déplacements et qui, arrivant en CP à 6 ans, avait un vocabulaire extrêmement faible. C'est ce type de cas, aussi, que nous allons résoudre ; chaque enfant compte, évidemment – et quelques milliers ne sont absolument pas quantité négligeable.

Ce faisant, donc, nous n'allons pas seulement amener ces enfants à l'école ; nous construisons un cadre pour l'école maternelle. Ce dernier a déjà des conséquences juridiques concrètes – je pense à la visite médicale à 3 ans pour tous, qu'il n'a pas été possible, jusqu'à présent, de mettre en oeuvre, précisément parce que l'école n'était pas obligatoire.

Il faut donc avoir en vue les conséquences de ce que nous faisons, qui toutes sont la déclinaison de deux objectifs – telle est notre intention en présentant cette loi ; il n'y en a pas d'autre. On peut bien discuter des chemins que nous empruntons pour réaliser cette intention, mais pas de l'intention elle-même, qui est claire et manifeste.

Cette intention se traduit, comme je le disais, en deux objectifs : l'élévation du niveau général et la justice sociale. (Applaudissements sur les travées du groupe La République En Marche, ainsi que sur des travées du groupe Union Centriste.)

M. le président. La discussion générale est close.


Source http://www.senat.fr, le 20 mai 2019 
 

Enseignement primaire Enseignement Enseignement primaire 193001046