Un premier bilan de l'accès à l'enseignement supérieur dans le cadre de la loi orientation et réussite des étudiants - Communication au comité d’évaluation et de contrôle des politiques publiques de l’Assemblée nationale

Un premier bilan de l'accès à l'enseignement supérieur dans le cadre de la loi orientation et réussite des étudiants - Communication au comité d’évaluation et de contrôle des politiques publiques de l’Assemblée nationale bilan de l'accès à l'enseignement supérieur dans le cadre de la loi ORE Cour des Comptes pdf Gratuit - 6.85 Mo (nouvelle fenêtre) Etudiant Loi Enseignement superieur Orientation scolaire Enseignement supérieur Etudiant

La loi relative à l'orientation et à la réussite des étudiants de 2018 vise à améliorer les trois étapes fondamentales du parcours des jeunes gens se destinant à l'enseignement supérieur : 

  • accompagnement et orientation au lycée,
  • affectation dans une formation,
  • réussite dans les premières années d'études.

Ses deux premières années de mise en oeuvre ont permis de franchir une première marche dans la transformation de l'accès à l'enseignement supérieur. La création de la plateforme Parcoursup en particulier, qui a dû composer avec de nombreux impératifs, s'est faite sans heurts notables, mais sa sécurité et sa pérennité doivent être assurées, et ses données pourraient faire l'objet d'une valorisation à la hauteur des enjeux. De manière générale, la politique d'orientation doit être revalorisée et mieux structurée. L'efficacité et l'équité de l'accès à l'enseignement supérieur nécessitent une transparence accrue. L'amélioration de la réussite étudiante reste conditionnée à une meilleure utilisation des moyens et des dispositifs de remédiation.

La Cour formule 15 recommandations dans cette optique.

PROCÉDURES ET MÉTHODES 
SYNTHÈSE 
RÉCAPITULATIF DES RECOMMANDATIONS 
INTRODUCTION 

CHAPITRE I L’ORIENTATION : DES AMÉLIORATIONS DISPARATES, UNE RÉFORME INACHEVÉE 

I - UNE AMÉLIORATION CENTRÉE SUR L’ANNÉE DE TERMINALE 
A - Un doublement des professeurs principaux en terminale aux effets encore modestes 
B - Une mise en place des semaines de l’orientation très inégale 
C - Une meilleure information disponible sur Parcoursup 
D - La mise en place incertaine d’un créneau consacré à l’orientation 

II - DES DYSFONCTIONNEMENTS PERSISTANTS 
A - Une mission d’orientation insuffisamment valorisée 
B - Des efforts à poursuivre pour atténuer les contraintes pesant sur l’orientation individuelle


CHAPITRE II PARCOURSUP : UNE TRANSITION ASSURÉE, UN SYSTÈME PERFECTIBLE 

I - UNE NOUVELLE MARQUE POUR UN SYSTÈME D’INFORMATION DATÉ 
A - Un outil peu modifié qui a su absorber des flux croissants d’étudiants 
B - Un code source de qualité médiocre associé à des risques élevés 
C - Un système d’information encore fragile 
D - Un outil à inscrire dans une véritable gouvernance d’ensemble 

II - UNE PERFORMANCE GLOBALEMENT SEMBLABLE À CELLE D’APB 
A - Parcoursup, un modèle biface pertinent 
B - Des résultats comparables à ceux du dispositif précédent 

III - UNE TRANSPARENCE ET UNE VALORISATION LIMITÉES 
A - Des progrès modestes dans la transparence du code de Parcoursup 
B - Des données stratégiques sous exploitées 

CHAPITRE III UNE RÉFORME PROFONDE DES CONDITIONS D’ACCÈS À L’ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR 

I - DES COMMISSIONS D’EXAMEN DES VOEUX AU FONCTIONNEMENT ET AUX CRITÈRES DE CLASSEMENT PEU TRANSPARENTS 
A - Des commissions chargées d’appliquer les « attendus » 
B - Des commissions administratives au fonctionnement hétérogène 
C - La question de la publication des « algorithmes locaux » 
D - L’enjeu de l’information du candidat sur ses chances réelles d’accès à la formation de son choix 

II - LES MESURES VISANT À GARANTIR À CHAQUE CANDIDAT L’ÉQUITÉ D’ACCÈS À L’ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR 
A - L’institution de quotas aux effets disparates 
B - Le cas des étudiants non retenus en phase principale de Parcoursup 

CHAPITRE IV L’AMÉLIORATION DES CAPACITÉS D’ACCUEIL ET DE LA RÉUSSITE DES ÉTUDIANTS : UN PREMIER BILAN MITIGÉ 

I - DES MOYENS MAL SUIVIS ET ENGAGEANT LES FINANCES PUBLIQUES À LONG TERME
A - Une attribution de moyens importants 
B - Des recrutements de personnel sans suivi du ministère 
C - Des rémunérations des membres des commissions d’examen des voeux à encadrer 
D - Des effets sur la situation financière des universités
E - Un nouveau dialogue de gestion en cours de construction

II - DES CRÉATIONS DE PLACES DÉCORRÉLÉES DES BESOINS EFFECTIFS 
A - Une méthode de financement de places supplémentaires à repenser 
B - Une doctrine globale de fixation des capacités d’accueil à élaborer 
C - Une gestion des capacités d’accueil qui doit mieux prendre en compte la réussite des bacheliers professionnels et technologiques 

III - DES DISPOSITIFS D’AIDE À LA RÉUSSITE AUX EFFETS ENCORE FAIBLES 
A - Des dispositifs d’aide à la réussite peu déployés et peu suivis 
B - Une amélioration de la réussite pour l’instant difficile à mesurer 

CONCLUSION GÉNÉRALE 
LISTE DES ABRÉVIATIONS 
ANNEXES
 
Annexe n° 1 : échange de courriers entre le Président de l’Assemblée nationale et le Premier président 
Annexe n° 2 : éléments relatifs à l’introduction 
Annexe n° 3 : l’évolution de la politique d’orientation en France 
Annexe n° 4 : sondages d’opinion mis en miroir : analyse croisée des réponses de 3 000 professeurs principaux en terminale et de 3 000 élèves passés par APB et Parcoursup (Source : Cour, en lien avec l’Institut CSA pour les seuls élèves) 
Annexe n° 5 : des réorientations toujours plus nombreuses et onéreuses (Source : Cour) 
Annexe n° 6 : la valorisation des données issues d’APB 2017 à Parcoursup 2019 pour répondre aux enjeux de l’enquête (Source : Cour) 
Annexe n° 7 : l’audit du système d’information (Cour, notamment en lien avec des sociétés spécialisées pour l’audit de l’application Parcoursup) 
Annexe n° 8 : une mesure globale de la qualité de l’accès à l’enseignement supérieur (Cour) 
Annexe n° 9 : le critère du lycée d’origine 
Annexe n° 10 : comparaison des recours contentieux entre Parcoursup et APB 
Annexe n° 11 : analyse de l’outil d’aide à la décision (OAD) du MESRI : chiffres clés et paramétrages (Cour) 
Annexe n° 12 : des quotas aux effets disparates (Cour) 
Annexe n° 13 : la commission d’accès à l’enseignement supérieur (CAAES) 
Annexe n° 14 : tableaux relatifs au chapitre 4 
Annexe n° 15 : un dispositif en tension croissante face à des candidats plus nombreux et une baisse du nombre de places (Cour)
Annexe n° 16 : les moyens « oui si » et la réussite
Annexe n° 17 : comparaisons internationales 

Rapport d'étude 200 Cour des comptes
Date et heure de mise à jour

Déclaration de Mme Frédérique Vidal, ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation, lors de la remise du prix du roman des étudiants France Culture Télérama à Emma Becker pour son ouvrage "La maison", Paris le 12 février 2020.

Déclaration de Mme Frédérique Vidal, ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation, lors de la remise du prix du roman des étudiants France Culture Télérama à Emma Becker pour son ouvrage "La maison", Paris le 12 février 2020. Frédérique Vidal 12/02/2020 roman des étudiants France Culture Télérama
  • Frédérique Vidal - Ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation
Remise de la 7e édition du Prix Le roman des étudiants France Culture-Télérama, le 12 février 2020

Je suis très heureuse d'être avec vous ce soir pour cette nouvelle édition du roman des étudiants. J'ai en effet une affection particulière pour ce prix, parce qu'il est en lui-même une aventure, une histoire d'amour et de rencontre, d'alchimie entre une oeuvre et ses lecteurs, qui en dit aussi long sur la littérature contemporaine que sur la jeunesse d'aujourd'hui. Et ce que trahit votre choix en faveur de La Maison d'Emma Becker, chers jurés étudiants, c'est votre immense exigence et votre immense appétit ; à l'instar de la narratrice, vous êtes allés là où vous avez flairé, non pas l'odeur du soufre ou du sexe, mais celle de l'humanité, livrée dans toute sa complexité, dans toute sa vulnérabilité, dans toutes ses nuances, avec ce tact dont la littérature a le secret.

Car La Maison est d'abord et avant tout une grande oeuvre littéraire. Ceux qui en ont fait un manifeste en faveur de la prostitution, un objet de polémique, sont passés, me semble-t-il, à côté de l'essentiel. Ceux qui, attirés par le parfum de scandale qui l'entoure depuis sa sortie, ont entrouvert ses pages à la recherche de sensationnel et de stupre en ont été pour leurs frais. Ceux qui, en revanche, y cherchaient de la littérature et de la poésie auront été comblés, par sa puissance esthétique, sa capacité à faire son miel des scènes les plus crues, à rendre beau le laid, à saturer le texte d'odeurs, de couleurs, de sensations et d'émotions décrites avec une plume si sensible qu'elle enregistre le moindre frémissement et donne aux mots une densité physique et intellectuelle peu communes.

Si votre roman a quelque chose d'impur, chère Emma Becker, c'est tout au plus dans sa forme : entre journal intime, recueil de nouvelles, enquête littéraire, autofiction, compte rendu d'expérience, La Maison un troublant mélange des genres, qui déborde même les frontières de la littérature puisqu'elle a aussi sa bande son, dont nous allons d'ailleurs avoir un écho ce soir avec les White Stripes ; il y aurait sans doute - mais peut-être les étudiants et leurs enseignants se sont-ils déjà prêtés à l'exercice - une analyse à faire de la playlist, très rock, de La Maison, qui s'interrompt durant les semaines passés au Manège, et qui s'achève sur une version sans paroles de Bold as love de Jimmy Hendrix , faisant du roman tout entier un texte de chanson sur 400 pages, une oeuvre "bold as love", "hardie comme l'amour" : car oui, il en fallait de l'audace pour se prostituer durant deux ans et demi dans une maison close à Berlin ; et oui, il en fallait de l'amour, de l'amour dans tous ses états - passion, bienveillance, empathie, tendresse - pour chercher dans cette expérience, par-delà les clichés, les fantasmes et la réprobation publique, une vérité nue sur l'humain et sur la femme.

Car finalement, c'est bien son mystère qui fait la matière première de votre roman, bien davantage que la prostitution. Loin d'avoir l'assurance d'une apologie, La Maison a la fragilité d'une quête. Vous n'affirmez pas, vous cherchez. Entre immersion et analyse, vous décortiquez vos expériences et les confidences que vous recueillez, dans l'espoir de cerner, comme un laborantin devant son microscope, l'essence du féminin. Je dois dire que la scientifique en moi s'est assez bien retrouvée dans cette volonté farouche de comprendre un phénomène qui nous échappe, dans cette frustration "de n'avancer que d'un demi-centimètre en quelques centaines de pages" et de devoir "se satisfaire de ce demi-centimètre comme d'une découverte majeure" !

C'est cette quête sans relâche du féminin qui vous conduit au bordel. Votre projet, c'est de sortir la prostituée de cette alternative dans laquelle nos représentations l'ont enfermée, entre paria et figure mythique, entre victime et fille perdue, pour lui redonner toute sa réalité, toute son humanité, toute sa dignité. A travers elles, c'est la femme en général que vous voulez délivrer de cette ambivalence où le désir masculin l'a placée, entre "les soupirs de la sainte et les cris de la fée", pour le dire avec les mots de Gérard de Nerval. On peut ne pas adhérer à ce projet, tout comme on peut rejeter le postulat sur lequel il est fondé et qui fait de la prostituée l'archétype de la femme, sous prétexte qu'elle serait réduite à son sexe. On peut être choqué par l'éclairage que vous portez sur la prostitution, parce qu'en révélant la toute-puissance là où nous voyons ordinairement la soumission, la grandeur là où nous voyons la misère, "la noblesse [où nous voyons] l'ordure", le plaisir où nous voyons le dégoût, il prend à revers nos conceptions de l'intégrité de la personne, de l'émancipation des femmes, des rapports entre les sexes.

Ce contre-pied bouscule, dérange, heurte, mais je crois qu'au-delà de ses propriétés esthétiques et littéraires, il est également utile. Parce qu'il relève d'une volonté, salutaire, de penser la complexité, d'aller voir le dessous du dessous des cartes, de mettre à l' épreuve les évidences et de rappeler, au fond, que les choses ne sont jamais aussi simples qu'on l'imagine, qu'il faut savoir les regarder avec d'autres yeux pour en percevoir des facettes insoupçonnées, que nos convictions, notre éthique et nos lois ont peut-être laissé dans l'ombre ; car ces dernières ressortiront toujours grandies d'un face-à-face avec le réel dans toute son étendue.

D'ailleurs, votre roman ne prétend jamais à la vérité absolue ni à la généralisation. Il s'offre sans prosélytisme et sans manières, et de sa collection d'expériences et de portraits ne se dégage aucune certitude, mais bien davantage un miroitement après lequel on court sans jamais réussir à l'attraper, une "ombre claire" qui trahit simultanément tout ce que la condition de prostituée a de profondément humain et d'irrémédiablement inhumain.

Car il ne prétend pas davantage masquer l'autre réalité, celle de la prostitution forcée, celle de l'esclavage moderne, celle de la sauvagerie, de la violence, de la peur et de la honte qu'aucune femme ne devrait avoir à subir et qu'aucun Etat de droit ne devrait pouvoir tolérer sans se renier. Cette réalité, il la laisse même affleurer parfois, tout comme il laisse affleurer la fragilité, la vulnérabilité de votre expérience, qui menace à plusieurs reprises de tourner court, rattrapée par le doute ou l'écoeurement. Car votre ambition n'est pas de livrer une vision univoque de la prostitution, un contre-chant en mode majeur, mais bien au contraire d'en restituer toutes les variations : c'est un roman choral, polyphonique, qui redonne de l'épaisseur à un objet qu'on voudrait réduire à une seule dimension, qu'on voudrait circonscrire tout entier dans un jugement définitif, parce que c'est sans doute plus simple, plus confortable, plus rassurant.

Ce refus de la facilité, cet effort de complexité, c'est une force que la littérature et la recherche ont en commun et qu'il me semble particulièrement essentiel de cultiver aujourd'hui. La tentation d'aller au plus rapide et au plus simple, de se réfugier dans la croyance ou la "bienpensance", ne cesse de gagner du terrain alors même qu'il n'y a pas de réponse plus inadaptée au monde dans lequel on vit. Bien sûr, on peut parfois se sentir dépassé par les défis que l'avenir nous réserve : tirer un fil, que ce soit celui du réchauffement climatique, des migrations, des inégalités, de la santé, c'est invariablement tomber sur un écheveau qu'on peine à démêler. Pourtant, je suis convaincue qu'il ne faut pas chercher à se dérober devant cette complexité, qu'il ne faut pas chercher à la réduire en chaussant les oeillères de la pensée unique, en refusant la contradiction ou en muselant les voix discordantes, comme cela a pu être le cas ces derniers mois lorsque des pressions ont été exercées sur des manifestations culturelles ou scientifiques au sein des universités ; je pense à l'annulation de la première représentation des Suppliantes d'Eschyle à la Sorbonne ou aux perturbations du colloque de l'E.H.E.S.S. sur la nouvelle école polonaise d'histoire de la Shoah.

Je crois que c'est au contraire en cultivant la diversité des points de vue, en exerçant pleinement nos libertés de chercher et de créer sans s'interdire aucun territoire d'expérimentation, en faisant vivre le débat, qu'il soit intérieur ou public, qu'on trouvera les réponses et l'inspiration nécessaires pour faire l'avenir à notre main et nous inventer un destin commun.

C'est pourquoi je n'ai eu de cesse depuis mon arrivée à la tête du M.E.S.R.I. de donner à chaque jeune toutes les clés pour déchiffrer et transformer le monde qui l'entoure. Cette ambition passe par des réformes sociétales profondes, comme la loi de programmation pluriannuelle pour la recherche, que je présenterai au Parlement dans les prochaines semaines afin de remettre la science, en tant que somme de connaissances et en tant que force critique, au coeur de nos décisions, de nos discussions, de nos préoccupations. Mais l'art a également son rôle à jouer dans ce projet de société : parce que comprendre le monde, c'est aussi y être sensible et parce que le changer, c'est d'abord l'imaginer autre. C'est la raison pour laquelle je soutiens toutes les initiatives qui permettent aux étudiants de développer une pratique artistique, d'aller au contact des oeuvres et des artistes et d'affûter leur sensibilité. Dans la droite ligne du souhait du Président de la République, je porte l'ambition de la formation de 100% de notre jeunesse à l'éducation artistique et culturelle, notamment à travers la création d'un Institut National Supérieur de l'EAC, qui accompagnera les enseignants et les artistes dans leur rôle essentiel de passeur.

Le roman des étudiants est porté par cette même volonté de démocratisation culturelle et je voudrais à nouveau remercier France Culture et Télérama d'avoir fait le pari, il y a plusieurs années maintenant, d'ouvrir un prix littéraire aux étudiants, et de faire ainsi dialoguer la littérature en train de se faire et la jeunesse en train de se former. Je crois que chacune des rencontres organisées sur le territoire comptabilise suffisamment de passion dans les débats, de mines réjouies et d'étoiles dans les yeux des étudiants, pour que vous soyez pleinement convaincues, si vous ne l'étiez pas déjà, chère Fabienne Pascaud et Sandrine Treiner, que ce choix était assurément le bon.

D'autant plus que ce prix rencontre un écho grandissant auprès des étudiants et des établissements d'enseignement supérieur qui sont chaque année plus nombreux à participer, entraînant avec eux des enseignants chercheurs, des personnels de bibliothèques, de services culturels et de CROUS qui ne comptent ni leur temps ni leur énergie pour accompagner les jurés dans cette belle aventure. Mais pour que la magie de la rencontre opère il faut être deux, et je crois que l'enthousiasme et la sincérité des étudiants a trouvé une formidable résonance en vous, chère Emma Becker : vous avez fait bien plus que "jouer le jeu", vous vous êtes engagée avec beaucoup de générosité et de franchise dans ces échanges, et je tiens à vous remercier très chaleureusement pour tout ce que vous y avez apporté de profondeur et de sincérité.

Maupassant - un auteur qui vous est cher je crois - disait que "les grands artistes sont ceux qui imposent à l'humanité leur illusion particulière". Je crois que nous vous reconnaissons tous dans ces mots, chère Emma Becker, tant nous avons été séduits par votre Maison et ses prestiges, et touchés par l'humanité et l'authenticité qui s'y logent.


Merci beaucoup à tous.


Source https://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr, le 19 février 2020

Etudiant Etudiant Livre Prix Loi de programme Culture 203000449

Interview de Mme Frédérique Vidal, ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation, à France Info le 22 janvier 2020, sur le salaire des jeunes chercheurs, la précarité chez les étudiants et Parcoursup.

Interview de Mme Frédérique Vidal, ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation, à France Info le 22 janvier 2020, sur le salaire des jeunes chercheurs, la précarité chez les étudiants et Parcoursup. Frédérique Vidal 22/01/2020 jeunes chercheurs précarité étudiants
  • Frédérique Vidal - Ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation

SAMUEL ETIENNE
Effectivement c'est une journée importante pour les lycéens aujourd'hui, pour les élèves de terminale, avec le début de Parcoursup, et justement c'est l'une des actualités qu'on va évoquer ce matin avec notre invitée, je vous le disais, Frédérique VIDAL, bonjour Frédérique VIDAL.

FREDERIQUE VIDAL
Bonjour.

SAMUEL ETIENNE
La ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation. Johanna évoquait à l'instant la défiance encore persistante de certains lycéens vis-à-vis de Parcoursup, je ne sais pas si avez lu le journal Le Parisien, mais en fait ça vient de là, le journal Le Parisien qui évoque un questionnaire en ligne auprès des lycéens, publié en décembre dernier, 12.000 élèves qui notent effectivement sévèrement toujours Parcoursup, qui ne le jugent pas fiable, mystérieux, aléatoire, ce sont les mots qui reviennent.

FREDERIQUE VIDAL
Je crois que c'est normal, l'année où on passe son baccalauréat, où on se prépare à l'entrée dans le supérieur, il y a toujours un petit peu d'anxiété, et c'est pour ça que les équipes sont là, c'est pour ça que nous avons voulu un système qui soit très accompagné humainement, c'est pour ça que les professeurs principaux dans les lycées ont un rôle essentiel, et d'ailleurs accompagnent les élèves, et je tiens une fois de plus à les en remercier.

SAMUEL ETIENNE
Mais Parcoursup, aujourd'hui, ça marche ?

FREDERIQUE VIDAL
Bien sûr, Parcoursup ça fonctionne très très bien, ça fonctionne d'autant mieux, et on en est d'autant plus la preuve que l'an dernier c'est de plus de 100.000 personnes qui ont choisi d'utiliser cette plateforme pour reprendre leurs études, alors que, initialement elle est faite pour les néo-bacheliers et les jeunes en réorientation, et c'est pourquoi cette année nous avons mis un module supplémentaire « ParcourPlus », pour aider…

SAMUEL ETIENNE
Qui est destiné à ce public spécifique.

FREDERIQUE VIDAL
Absolument, ce public spécifique.

SAMUEL ETIENNE
Alors, Parcoursup qui évolue d'ailleurs, avec une offre enrichie, qui propose désormais l'ensemble des formations reconnues par l'Etat, c'est ça ?

FREDERIQUE VIDAL
Absolument, c'était l'objectif et c'était ce que les parlementaires avaient souhaité inscrire dans la loi, et c'est aujourd'hui le cas.

SAMUEL ETIENNE
On avait parlé ensemble la dernière fois qu'on avait échangé d'ailleurs à la suite de la réforme des études de médecine, les études de santé sont proposées, c'est la première fois, sous une nouvelle forme, soit le parcours spécifique « accès santé », on va dire classique, soit la licence avec une option « accès santé » pour ouvrir ces études de médecine à d'autres profils, c'est l'ambition ?

FREDERIQUE VIDAL
Absolument, c'est l'ambition, puisqu'en fait l'idée c'est d'avoir une diversité de profils de jeunes qui accèdent aux études en santé, donc des licences qui ont des majeures qui sont dans des disciplines différentes…

SAMUEL ETIENNE
Ça peut être le droit…

FREDERIQUE VIDAL
Et des mineures santé ; le droit par exemple ; et puis dans le cadre des parcours spécifiques « accès santé », des majeures santé, mais aussi une mineure dans une autre discipline, pour que ceux qui n'intégreront pas les études en santé puissent néanmoins réussir leur année et continuer leurs études. C'est plus de 400 licences « accès santé » qui ont été ouvertes, c'est 16 millions d'euros initialement qui y ont été consacrés, et hier soir j'ai pu annoncer que 9 millions d'euros supplémentaires allaient permettre d'accompagner les jeunes, parce que c'est aujourd'hui plus de 108 sites universitaires qui permettent d'accéder aux études de santé contre à peine plus de 60 l'an dernier.

SAMUEL ETIENNE
Là vous venez d'évoquer vos vœux que vous avez présentés hier soir, avec une annonce importante hier soir lors de ces vœux, une annonce à destination des jeunes chercheurs, ces jeunes chercheurs français qui, on le sait, sont souvent, trop souvent, condamné à aller travailler à l'étranger, estimant qu'en France il n'y a pas de moyens suffisants et que les salaires, aussi, sont insuffisants. Quelle est l'annonce que vous avez faite ?

FREDERIQUE VIDAL
Alors, dans le cadre de la préparation de la loi de programmation pour la recherche il y avait un sujet effectivement qui était prégnant, qui était celui du niveau de recrutement des jeunes chercheurs, c'était entre 1,3 et 1,4 SMIC, et hier soir j'ai annoncé que plus aucun jeune chercheur ne serait payé moins de 2 SMIC à partir de 2021.

SAMUEL ETIENNE
A partir de 2021, mais ça c'est pour répondre au fait que, notamment, partant à l'étranger ils ont des moyens plus importants.

FREDERIQUE VIDAL
Absolument, très souvent à l'issue d'un post-doctorat à l'étranger, lorsque les jeunes prenaient un poste de chercheur ils perdaient de l'argent.

SAMUEL ETIENNE
Je voudrais parler aussi de la précarité étudiante avec vous ce matin puisque, le mois dernier, on en a parlé bien sûr sur France Info, dans tous les médias également, il y a le suicide d'un étudiant de Lyon qui a alerté sur ce phénomène, les syndicats réclament plus de bourses, des montants plus élevés pour ces bourses, davantage de logements aux CROUS aussi, pour répondre à la difficulté des étudiants pour se loger.

FREDERIQUE VIDAL
Oui, c'est vrai, on sait qu'on a un problème de logement, donc c'est pour ça que nous avons prévu de construire 60.000 logements à destination des étudiants, c'est déjà plus de 20.000 qui ont été livrés, évidemment il faut accélérer encore ce processus. Et puis au-delà de ça j'ai pu échanger hier avec les organisations étudiantes, aussi lors de mes vœux, nous avons convenus de continuer à travailler sur cette question de la précarité, sur le Revenu Universel d'Activité, sur la façon dont on peut simplifier les choses, avoir un guichet unique, et puis surtout que les jeunes sachent tout ce à quoi ils ont droit, et c'est pour ça que nous avons mis en place un numéro vert qui leur permet d'être en contact avec une plateforme de renseignements qui leur permet de savoir tout ce à quoi ils ont droit, notamment les aides spécifiques qui, chaque année, ne sont pas consommées.

SAMUEL ETIENNE
Hier soir vous présentiez donc, on en a parlé, vos vœux, c'était au Musée de l'Homme à Paris. Vous avez été accueillie, on a vu les images, par des professeurs, par des étudiants, en colère. Alors, ces derniers jours on a plusieurs ministres, des élus La République en marche, qui ont dû annuler leurs voeux, ça n'a pas été votre cas, craignant des actions d'opposants à la réforme des retraites. On sait que de nouvelles formes d'actions se sont mises en place ces derniers jours contre cette réforme, visant par exemple la CFDT, syndicat réformiste. Quel regard portez-vous, Frédérique VIDAL, sur l'évolution de ce mouvement ?

FREDERIQUE VIDAL
Je pense que ce que l'on voit c'est quelques groupes de personnes qui essayent d'empêcher l'expression publique, et moi je trouve que c'est évidemment très regrettable. Je trouve que c'est très important d'écouter, très important de dialoguer, c'est ce que je fais en permanence, c'est ce que j'ai indiqué d'ailleurs aux gens qui étaient là hier, « on pourra parler quand vous le souhaitez », mais j'ai la chance d'être dans une communauté où globalement c'est plutôt le débat qui prime, et donc les vœux se sont très bien passés.

SAMUEL ETIENNE
Les actions radicales que j'évoquais, par exemple les coupures d'électricité sauvages ?

FREDERIQUE VIDAL
Ça c'est absolument inadmissible. Il faut se rendre compte, quand on coupe l'électricité on a peut-être l'impression qu'on va gêner légèrement les gens et que ça n'a pas d'impact, en réalité il peut se passer des choses très très graves lorsque l'on coupe l'électricité.

SAMUEL ETIENNE
Hier c'est par exemple l'aéroport d'Orly qui a été touché.

FREDERIQUE VIDAL
Absolument, on peut imaginer qu'on ne soit plus en capacité de faire atterrir correctement les avions, imaginer qu'un hôpital se trouve sur la boucle de réseau coupé, ça a été le cas…

SAMUEL ETIENNE
C'est arrivé pour les cliniques dans les semaines passées.

FREDERIQUE VIDAL
Absolument, ça a été le cas, imaginer que les gens se retrouvent bloqués dans des ascenseurs et paniquent, enfin honnêtement ce type d'actions ça n'a jamais juste aucun sens. Nous sommes dans un pays où le dialogue social est important, et je crois que dans dialogue social le mot dialogue est essentiel.

SAMUEL ETIENNE
Une dernière chose avant de nous quitter, ça ne vous concerne pas directement, pas directement votre ministère, mais je suis sûr que vous suivez la polémique sur les premières épreuves du contrôle continu de la réforme du bac pour les élèves de 1ère. Les syndicats et de nombreux enseignants dénoncent l'impréparation de cette réforme.

FREDERIQUE VIDAL
Alors là aussi je crois que, Jean-Michel BLANQUER l'a rappelé, dans l'immense majorité des cas les choses se sont bien passées. Moi je pense toujours, évidemment, aux élèves, et je crois que le baccalauréat c'est quelque chose qui est important, c'est une forme de rite de passage, et ce qui est important lorsqu'on est professeur c'est d'accompagner au mieux les élèves, et parfois c'est vrai qu'on a l'impression d'être soi-même un petit peu impréparé, je crois qu'il faut cacher, en fait, cette angoisse, pour accompagner les jeunes.

SAMUEL ETIENNE
Merci beaucoup Frédérique VIDAL d'avoir été notre invitée ce matin dans la matinale de France Info.

FREDERIQUE VIDAL
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 24 janvier 2020 
 

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Interview de Mme Frédérique Vidal, ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation, à RMC le 10 janvier 2020, sur la précarité des étudiants et la réforme des retraites.

Interview de Mme Frédérique Vidal, ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation, à RMC le 10 janvier 2020, sur la précarité des étudiants et la réforme des retraites. Frédérique Vidal 10/01/2020 précarité des étudiants réforme des retraite
  • Frédérique Vidal - Ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation

JEAN-JACQUES BOURDIN
Frédérique VIDAL, bonjour.

FREDERIQUE VIDAL
Bonjour.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci d'être avec nous. Je vais vous parler un peu de retraite avant et nous allons parler des étudiants ensuite. La retraite, la réforme des retraites, le texte a été envoyé logiquement aux partenaires sociaux hier soir. Il a été envoyé dès samedi. Dans ce texte figure l'âge pivot, le fameux âge pivot. Est-ce que ce texte peut encore être modifié ?

FREDERIQUE VIDAL
Alors c'est tout l'objet des concertations qui vont se dérouler aujourd'hui, qui se font en bilatéral, de manière à ce qu'effectivement le Premier ministre et l'ensemble des ministres concernés puissent avancer avec chaque syndicat sur le contenu de ce texte.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Sur le contenu du texte et avancer sur l'un des points essentiels, l'âge pivot. On est bien d'accord.

FREDERIQUE VIDAL
Avancer sur la question de l'équilibre financier.

JEAN-JACQUES BOURDIN
De l'équilibre financier.

FREDERIQUE VIDAL
Nombreux sont les syndicats qui reconnaissent que c'est effectivement important au regard notamment des avancées qui sont prévues pour nombreux de nos concitoyens que l'on ait cet équilibre.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est peut-être important mais enfin, les syndicats réformistes demandent le retrait de cet âge pivot du texte. Est-ce que le gouvernement peut aller jusque-là ?

FREDERIQUE VIDAL
Alors les syndicats et notamment Laurent BERGER ont proposé qu'il y ait une conférence qui discute du financement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, une conférence parallèle.

FREDERIQUE VIDAL
Et nous avons toujours dit que l'objectif était effectivement de mettre en place un système à l'équilibre et donc s'il y a des propositions qui émanent de cette conférence…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais elles sont faites, ces propositions. La conférence… Donc est-ce que dans le texte du 24 janvier il y aura l'âge pivot ?

FREDERIQUE VIDAL
Il y a l'âge d'équilibre tel qu'il est indiqué actuellement dans le texte. Il n'est pas précisé. Il est précisé que si la conférence propose d'autres solutions, elles seront regardées et s'il n'y a pas d'autres propositions concrètes qui émergent, évidemment ce qui est important c'est que cet équilibre existe.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc l'âge pivot, je dis bien l'âge pivot sera inscrit dans le texte qui sera présenté le 24 janvier.

FREDERIQUE VIDAL
On ne peut pas préjuger de ce qui va se discuter aujourd'hui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
De ce qui va se passer aujourd'hui.

FREDERIQUE VIDAL
Absolument. C'est tout l'objet d'une concertation.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il va y avoir un changement aujourd'hui ? Une évolution forte ?

FREDERIQUE VIDAL
L'objectif de la consultation d'aujourd'hui, c'est de partir du texte tel qu'il a été écrit et puis de regarder comment il peut être modifié. Il ne faut jamais oublier qu'un texte de loi entre le moment où il est présenté au Conseil d'Etat, où il passe en Conseil des ministres et ensuite évidemment à la discussion au Parlement, il évolue fortement. Donc il peut toujours évoluer.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc aujourd'hui, si j'ai bien compris, il peut évoluer avant le 24.

FREDERIQUE VIDAL
Absolument.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et on peut attendre peut-être, je ne sais pas, du nouveau. Nous verrons bien, Frédérique VIDAL. Je voudrais que, tiens !, un mot encore sur ce qui se passe dans les facs, dans certaines universités avec des partiels qui ne peuvent pas se tenir, avec des universités bloquées. Il y en a peu. Combien ?

FREDERIQUE VIDAL
Oh, il y en a extrêmement peu et ce sont des blocages qui, en fait, ne durent pas extrêmement longtemps. C'est quelques étudiants qui empêchent les autres de passer leurs examens. On a eu des amphis d'examens qui ont été envahis, notamment à Rennes, et le président a évidemment condamné cela. On ne doit pas en aucun cas empêcher des étudiants de passer leurs examens. Les présidents d'université trouvent des solutions de remplacement, ont déplacé des examens. La difficulté c'est, notamment en Ile-de-France, de pouvoir se rendre sur les lieux d'examen donc tout ceci est travaillé au plus près.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, bien sûr.

FREDERIQUE VIDAL
Mais dans certains endroits, un petit nombre d'étudiants, une fois de plus, c'est quelques dizaines à chaque fois, décide de perturber.

JEAN-JACQUES BOURDIN
S'il y a blocage, il y aura intervention des forces de l'ordre si les présidents d'université le demandent.

FREDERIQUE VIDAL
Absolument. Toujours à la demande des présidents d'université et pour faire respecter l'ordre public.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Frédérique VIDAL, nous parlons de la précarité des étudiants dans deux minutes. (…)
- Frédérique VIDAL est donc ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation, notre invitée ce matin. Frédérique VIDAL, parlons dont des difficultés rencontrées par de nombreux étudiants. Je regardais ce chiffre qui date, c'est une enquête de l'INSEE qui a été publiée en décembre 2018. 21 % des élèves et étudiants se trouvent sous le seuil de pauvreté contre 12,8 % de l'ensemble de la population. Il y a beaucoup d'étudiants effectivement qui n'arrivent pas à se loger. Les parents ne peuvent pas les aider plus que ce qu'ils font donc il faut trouver des solutions. Certains même renoncent à un cursus supérieur parce qu'ils n'ont pas les moyens de vivre leur vie étudiante. Vous les aidez à travers ce numéro d'urgence, je le rappelle : 0806 000 278, c'est le prix d'un appel local. J'appelle, que vais-je trouver au bout du fil ?

FREDERIQUE VIDAL
Alors d'abord, c'est un des outils que nous mettons en place.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, c'est un des outils.

FREDERIQUE VIDAL
Ça n'est pas le seul, loin de là. Au bout du fil, vous allez trouver quelqu'un qui va discuter avec vous de votre situation et vous dire quelles sont les mesures, les solutions, qui il faut contacter.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Parce qu'il y a des solutions qui sont aujourd'hui ? Je suis étudiant précaire, j'appelle et on va me trouver une solution ?

FREDERIQUE VIDAL
Absolument. Dans les aides, ce qu'on appelle les aides aux étudiants, il y a évidemment la partie qui est bourse sur critères sociaux, qui sont des dossiers qui se construisent et qui sont dépendants des revenus des parents ou des étudiants lorsqu'ils ont un foyer fiscal. Et puis il y a chaque année aux alentours de 70 millions d'euros qui sont dédiés aux étudiants en situation d'urgence, qu'ils soient boursiers ou qu'ils ne le soient pas. Un étudiant qui se trouve confronté à une situation difficile, qui se trouve en rupture par exemple avec ses parents alors que jusque-là il était aidé par ses parents, toute situation de détresse, et ces aides ne sont pas consommées. Année après année, à chaque fin d'année il reste environ 15 millions d'euros sur ces 70 millions d'euros.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il reste un reliquat.

FREDERIQUE VIDAL
Et donc le rôle de ce numéro, c'est orienter les étudiants vers les bonnes personnes et leur faire savoir qu'il existe des aides qui leur sont réservées.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il y a des aides d'urgence qui sont des aides ponctuelles, personnalisées, qui peuvent être allouées sans pour autant être boursier.

FREDERIQUE VIDAL
Absolument.

JEAN-JACQUES BOURDIN
On est bien d'accord. Il y a quoi encore ? Il y a, je ne sais pas moi, les étudiants revendiquent une augmentation de 20 % des bourses étudiantes. Ça, il n'y aura pas d'augmentation des bourses.

FREDERIQUE VIDAL
Il y a eu une augmentation des bourses cette année de 46 millions d'euros. Evidemment nous essaierons toujours de faire en sorte que ces bourses augmentent mais la réalité, c'est que la façon dont les critères ont été construits il y a maintenant un certain nombre d'années ne correspond plus non plus à la réalité. C'est pour ça qu'on travaille…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais les résidences universitaires, pas assez de logements en résidence universitaire.

FREDERIQUE VIDAL
Alors c'est le Plan 60 000. Après le Plan 40 000, nous avons sur ce quinquennat 60 000 logements universitaires en prévision en termes de construction. Bien sûr qu'il manque que des logements universitaires, bien sûr que les étudiants se concentrent de plus en plus dans les métropoles, mais c'est aussi pour ça que nous avons ouvert des campus qu'on appelle Campus connectés qui sont délocalisées, qu'on peut trouver maintenant dans les villes moyennes. Une quinzaine qui ont été ouverts à titre expérimental, une centaine qui sont programmés. Il faut qu'on amène les formations aux étudiants, qu'on aide les étudiants à se déplacer vers les formations. Les solutions sont multiples parce que le problème est un problème complexe.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. Le gouvernement travaille à inclure les jeunes dans le futur revenu universel d'activité, on est bien d'accord.

FREDERIQUE VIDAL
Absolument. Nous travaillons à cela avec Gabriel ATTAL, avec l'ensemble des associations et justement ça peut nous permettre de revoir aussi les critères.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et puis autre chose, là on sort de l'urgence du quotidien pour parler de l'urgence climatique qui est aussi une urgence du quotidien. Je crois que le climatologue Jean JOUZEL va présider un groupe de travail pour réfléchir à comment intégrer l'urgence climatique au cursus universitaire.

FREDERIQUE VIDAL
Absolument.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire ?

FREDERIQUE VIDAL
C'est une demande très, très forte des étudiants, des associations étudiantes qui sont préoccupées par l'urgence climatique et, au-delà, de beaucoup de jeunes mais pas de tous. Et quand on entend des jeunes qui à près d'un tiers dans un sondage du début de l'année 2019 disent qu'ils doutent du changement climatique, ce n'est pas une opinion. Le changement climatique, c'est un fait. Donc nous travaillons avec ces associations étudiantes, avec les établissements bien sûr, des scientifiques, Jean JOUZEL qui a accepté de présider cela, pour regarder comment est-ce que l'on peut avoir une formation dans tous les cursus, mêmes des cursus qui ne sont pas des cursus scientifiques classiques.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Nous allons Amina qui est à Bois d'Arcy dans les Yvelines. Bonjour Amina.

AMINA, AUDITRICE FRANCILIENNE
Oui, bonjour Jean-Jacques.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Amina, vous avez 22 ans. Vous êtes étudiante. Vous vous apprêtez à passer vos partiels dans une heure. Vous dites : « J'entends qu'il y a peu d'impact, c'est totalement faux. Nos partiels ont été reportés plusieurs fois. »

FREDERIQUE VIDAL
Absolument, oui.

AMINA
Oui, tout à fait. En fait, nous avons donc des majeurs et des mineurs si vous voulez, donc plusieurs épreuves, et il était convenu initialement que nous passions plusieurs mineurs avant Noël et puis ensuite avoir à nouveau quinze jours pour réviser et puis ensuite à nouveau passer nos majeurs. Et en fin de compte, les partiels ont été annulés la veille. Donc on devait passer les premiers examens peut-être le 15, il me semble, et la veille l'administration a décidé d'annuler alors qu'ils étaient complètement au courant de la grève depuis bien longtemps. Ils ont reporté nos partiels à cette semaine et on a eu des étudiants qui se sont plaints au nom des autres étudiants. Donc à nouveau un petit groupe, une petite minorité qui a voulu impacter la majorité, qui a fait un mail à la fac disant qu'ils ne pouvaient pas de se présenter aujourd'hui sur leurs épreuves… Hier, pardon, sur leurs épreuves.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Amina, Amina, on va résumer. Vos partiels ont été reportés plusieurs fois et vous commencez à en avoir ras-le-bol, ce que je comprends fort bien.

AMINA
Exactement. Et ce que je vous disais donc, c'est que l'épreuve qu'on devait passer hier a été annulée encore une fois.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Encore une fois annulée hier. Frédérique VIDAL, ça devient insupportable pour beaucoup d'étudiants.

FREDERIQUE VIDAL
Bien sûr, c'est ce que je disais tout à l'heure. Chaque université réagit en fonction de ce qui se passe dans ses locaux. Mais une fois de plus, lorsqu'on a une minorité qui empêche une majorité d'étudiants d'aller passer leurs examens, je trouve que c'est éminemment condamnable. Et les étudiants qui ont besoin de passer ces examens, qui n'auront peut-être pas les moyens de retarder leurs examens sont fortement pénalisés par une minorité comme le disait cette jeune fille.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci Frédérique VIDAL, merci d'être venue nous voir.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 13 janvier 2020

Etudiant Etudiant Pauvrete Situation sociale Examen Logement Age de la retraite Retraite

Interview de Mme Frédérique Vidal, ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation, à France Inter le 2 janvier 2020, sur le salaire des enseignants-chercheurs et la précarité chez les étudiants.

Interview de Mme Frédérique Vidal, ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation, à France Inter le 2 janvier 2020, sur le salaire des enseignants-chercheurs et la précarité chez les étudiants. Frédérique Vidal 2/01/2020 salaire des enseignants-chercheurs
  • Frédérique Vidal - Ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation

HELENE ROUSSEL
Frédérique VIDAL, bonjour.

FREDERIQUE VIDAL
Bonjour.

HELENE ROUSSEL
Les questions des auditeurs dans une dizaine de minutes. Frédérique VIDAL, 29e jour de grève contre la réforme des retraites, du jamais vu en 33 ans, la réforme qui inquiète profondément les enseignants. Le président, dans ses voeux mardi soir, a confirmé qu'il y aura une revalorisation, une compensation, de combien ?

FREDERIQUE VIDAL
Alors, le président de la République avait indiqué, de façon générale, qu'il y avait une paupérisation du métier d'enseignant, et dès son discours de sortie du Grand débat il avait dit que nous devions travailler à cette revalorisation des salaires des enseignants, c'est Jean-Michel BLANQUER évidemment qui est en charge de ce dossier et qui y travaille avec les représentants des personnels, qui continue à y travailler, il reçoit d'ailleurs à nouveau tout le monde au mois de janvier. L'objectif c'est que nous ayons, dans notre pays, des enseignants qui soient mieux reconnus, sur le plan du salaire, mais aussi, je crois, de façon générale, mieux reconnus pour ce qu'ils nous apportent, c'est-à-dire leur capacité à éduquer nos enfants.

HELENE ROUSSEL
Donc on ne sait pas encore, au niveau du salaire, ni combien, ni pour quand ?

FREDERIQUE VIDAL
Non, les négociations sont en cours, on a un ordre d'idée, il s'agit de plusieurs milliards d'euros, il y a 1 million d'enseignants, un peu plus d'1 million d'enseignants en France, donc voilà, c'est un effort considérable, mais c'est aussi un investissement dans l'avenir, beaucoup plus qu'une contrainte en réalité.

HELENE ROUSSEL
C'est donc une augmentation de salaire, pas de prime dont on parle ?

FREDERIQUE VIDAL
On parle d'une augmentation de la rémunération, la façon dont cette augmentation sera faite, ça je dois dire que c'est encore en discussion.

ALEXANDRA BENSAID
Frédérique VIDAL, les enseignants, et notamment les enseignants du supérieur aussi, sont toujours inquiets, ils se demandent s'il y aura des contreparties à ces compensations.

FREDERIQUE VIDAL
Alors, c'est très différent entre les enseignants et les enseignants chercheurs dans le supérieur. Dans le supérieur nous travaillons, depuis le mois de février, à une loi de programmation de la recherche, qui a trois volets, dont un volet d'attractivité des carrières, de l'ensemble des carrières scientifiques d'ailleurs, pas uniquement celle des enseignants chercheurs et des chercheurs, mais aussi des personnels administratifs, techniques, ingénieurs etc., parce que la recherche c'est aussi un domaine qui prépare l'avenir et donc il faut investir dans ce domaine. Donc, pour ce qui concerne les enseignants chercheurs, les chercheurs, et de façon général tous les personnels de la recherche, nous avons commencé les discussions depuis plusieurs mois maintenant, justement pour savoir comment est-ce que nous pouvons éviter que des jeunes, qui ont des diplômes extrêmement élevés, finalement partent à l'étranger pour faire de la recherche, et comment est-ce que l'on peut les faire revenir, les garder, attirer les meilleurs talents en France.

ALEXANDRA BENSAID
Mais payer mieux cela suppose, donc la question est, payer mieux est-ce que ça suppose des contreparties, plus de temps, plus de temps de travail par exemple ?

FREDERIQUE VIDAL
Alors sur la question des chercheurs et des enseignants chercheurs, une des choses que nous avons constaté ensemble, avec les personnes concernées et avec leurs représentants, c'est qu'ils passent de plus en plus de temps à faire des tâches qui ne relèvent pas directement de leur métier, de plus en plus de tâches administratives, de plus en plus de choses qui ne relèvent pas du tout de leur coeur de métier, et donc l'objectif, dans cette loi de programmation de la recherche, c'est vraiment aussi de simplifier énormément les choses de manière à ce que les chercheurs, les enseignants chercheurs, puissent se consacrer au coeur de leur métier. C'est de cette façon-là que nous travaillons.

HELENE ROUSSEL
Madame la ministre, on reviendra sur cette loi recherche. Certains syndicats, pour rester sur la réforme des retraites, appellent à une reprise des blocages la semaine prochaine, vous savez, en particulier le 9 janvier. Le 9 certains étudiants ont des partiels qui ont déjà été décalés, qu'est-ce que vous conseillez, que doivent faire les universités ?

FREDERIQUE VIDAL
Alors les universités, avec lesquelles évidemment je suis en relation sur ces sujets, s'organisent de façon à ce qu'il y ait le moins d'impact possible sur ces examens, donc il y a quelques universités, plutôt quelques facultés au sein des universités, qui ont décalé les partiels qui devaient avoir lieu en décembre, certains sont passés sur du contrôle continu, puisqu'il y avait déjà plusieurs notes, d'autres ont reprogrammé ces examens. Ce qui est important c'est que ces examens puissent se tenir dans les meilleures conditions pour les jeunes, c'est vrai que c'est très stressant d'avoir un partiel le jour où on sait que ça va être extrêmement compliqué de se déplacer, où il y a beaucoup de manifestations, etc., mais chaque établissement est en train de prendre ses dispositions de façon à ce qu'il y ait le moins d'impact possible sur les étudiants.

ALEXANDRA BENSAID
29e jour de grève en effet, c'est le conflit le plus long à la SNCF depuis 30 ans, Frédérique VIDAL, on a entendu, lors de ses voeux, Emmanuel MACRON qui demande un compromis rapide à Edouard PHILIPPE, mais qui peut douter que tout se décide à l'Elysée en réalité ?

FREDERIQUE VIDAL
Ecoutez, les discussions elles ont lieu à Matignon, elles ont lieu avec le Premier ministre, avec Agnès BUZYN, elles se déroulent essentiellement à Matignon, donc c'est le Premier ministre qui est en charge de ce dossier, avec l'ensemble du gouvernement, nous y travaillons tous, nous recevons tous les syndicats, sectoriels si je puis dire, le Premier ministre voit les organisations nationales, il les revoie le 7…

ALEXANDRA BENSAID
Et le chef de l'Etat ?

FREDERIQUE VIDAL
Le chef de l'Etat a donné, et il l'a rappelé lors de ses voeux, l'objectif de cette réforme, et c'est maintenant au gouvernement et au Premier ministre de trouver la solution pour la mettre en pratique.

HELENE ROUSSEL
Frédérique VIDAL, à propos des étudiants, on en a beaucoup parlé ces derniers mois, 20 % d'entre eux vivent toujours aujourd'hui sous le seuil de pauvreté en France, qu'est-ce qu'on fait en 2020 pour que ça change ?

FREDERIQUE VIDAL
Alors, on a déjà fait beaucoup de choses et on continue à travailler avec les représentants des étudiants. Les chiffres du seuil de pauvreté peuvent être variables et on ne va pas en discuter, selon l'enquête de l'Observatoire de la vie étudiante c'est 5 %, d'autres annoncent 20 %, peu importe, la réalité c'est qu'effectivement…

HELENE ROUSSEL
C'est trop.

FREDERIQUE VIDAL
C'est toujours trop. Donc, nous avons déjà avancé beaucoup avec les organisations, en supprimant les 217 euros annuels de cotisation de Sécurité sociale, nous avons revalorisé les bourses de 46 millions d'euros, nous avons gelé les loyers du CROUS, nous avons fait en sorte qu'il ne puisse pas y avoir de… que la trêve hivernale soit aussi appliquée dans les résidences universitaires, ce qui n'était pas le cas jusqu'à maintenant, et nous continuons à travailler, dans le cadre du revenu universel d'activité, de façon à ce que nous ayons des étudiants qui puissent consacrer la majorité de leur temps à leurs études, c'est le principal.

HELENE ROUSSEL
Le gel des loyers en cité U, pas de baisse donc ?

FREDERIQUE VIDAL
Non, c'est un gel des loyers qui a été mis en place.

ALEXANDRA BENSAID
Il y a eu beaucoup de reportages, Frédérique VIDAL, sur l'état du logement dans les CROUS, est-ce qu'il va y avoir plus d'argent pour des travaux ?

FREDERIQUE VIDAL
Absolument, et donc ça a été programmé dès 2017 en fait, et donc la réhabilitation des logements CROUS, le fait que toutes les cités universitaires soient accessibles aux étudiants handicapés, et qu'il y ait des chambres qui soient accessibles dans toutes les résidences universitaires, pas forcément toutes les chambres, mais en tout cas des chambres accessibles dans toutes les résidences universitaires, tout ça a été budgété, et tout cela est programmé pour la fin de l'année 2021.

HELENE ROUSSEL
175.000 places de CROUS, 1,5 million d'étudiants inscrits, est-ce que le sujet ce n'est pas finalement de bâtir du neuf ?

FREDERIQUE VIDAL
Alors, évidemment la question de bâtir se pose, et d'ailleurs dans le plan logement il y a 60.000 logements qui sont prévus pour justement les étudiants, sur les 80.000 logements au total, il y en a déjà un petit peu plus de 20.000 qui ont été construits, livrés, programmés, il faut qu'on accélère là-dessus. La vraie difficulté, en réalité, ce n'est pas tant les budgets pour les constructions, puisque, comme je vous le disais, ils ont été prévus, que le foncier. Dans les villes universitaires dans lesquelles il y a énormément de pression pour loger les étudiants, on a un vrai problème pour trouver du foncier, et donc ce sont à chaque fois désaccords qui doivent être passés, avec les municipalités, avec les intercommunalités, pour trouver les terrains.

ALEXANDRA BENSAID
Le numéro d'appel d'urgence que vous avez annoncé le 19 novembre pour que les étudiants aient accès plus rapidement à une assistante sociale, c'est fait ?

FREDERIQUE VIDAL
Ce sera fait à partir de la semaine prochaine, dans les tout prochains jours, nous sommes en place, et donc ce numéro va être effectivement actif. Je crois que ce qui est très important c'est de rappeler que nous avons, chaque année, en plus des 2,7 milliards d'euros qui sont consacrés aux bourses sur critères sociaux, c'est 5,7 milliards d'euros en tout, les aides aux étudiants en France, plus spécifiquement 2,5 milliards sur les bourses sur critères sociaux, et nous avons aussi des fonds d'aide qui sont destinés à venir en aide aux étudiants qui ont des problèmes ponctuels, ou des problèmes de plus long terme, mais qui en tout cas n'avaient pas été identifiés au moment de l'attribution des bourses, c'est 68 millions d'euros qui sont consacrés à cela chaque année, et chaque année à la fin de l'année, on constate que environ 15 millions d'euros ne sont pas consommés, et donc l'objectif de ce numéro c'est bien que chaque étudiant puisse savoir à quoi il a droit et où est-ce qu'il doit s'adresser pour avoir ces aides.

ALEXANDRA BENSAID
Ce numéro ce sera lequel et combien de personnes en plateau pour répondre aux appels ?

FREDERIQUE VIDAL
Alors, les choses sont train d'être calées, je n'ai pas encore le numéro, sinon je vous l'aurais donné bien volontiers, mais…

ALEXANDRA BENSAID
Mais il y aura beaucoup de monde pour répondre ?

FREDERIQUE VIDAL
Absolument. L'idée, que les choses soient claires, ce n'est pas que l'on traite les dossiers en ligne, mais c'est que, en ligne, il y ait des gens qui soient capables, en fonction de la situation décrite par l'étudiant, eh bien de les adresser au bon endroit et de leur dire quel type de dossier et à qui ils peuvent s'adresser pour avoir ces aides.

HELENE ROUSSEL
Ce mouvement contre la précarité étudiante, Frédérique VIDAL, a commencé avec ce jeune homme de 22 ans, Anas K, qui s'est immolé par le feu début novembre, c'était devant le CROUS de Lyon, il était dans le coma aux dernières nouvelles, vous en avez plus ?

FREDERIQUE VIDAL
Oui, en fait sa situation est toujours extrêmement compliquée. Ça a suscité évidemment beaucoup d'émotion, j'ai été moi-même extrêmement touchée par ce geste. Je crois que, au-delà de ça, ce qui est important, c'est que nous puissions faire en sorte que, en France, les jeunes puissent étudier s'ils le souhaitent, et ce quels que soient leurs revenus et quel que soit leur contexte social, c'est vraiment un travail de fond, c'est un travail qui est extrêmement difficile. Il y a énormément de guichets, des guichets qui relèvent de l'Etat, des guichets qui relèvent des régions, parfois même des métropoles, et donc c'est pour ça que nous continuons à travailler avec les organisations étudiantes pour trouver des solutions.

ALEXANDRA BENSAID
Tout à l'heure vous avez mentionné le revenu universel d'activité, qui est en effet un dossier sur la table, mais il est prévu pour 2023 ce RUA, est-ce qu'on n'a pas là un gros problème de temps, de durée, avant qu'il existe, qu'il concerne les jeunes de moins de 25 ans, et puis surtout l'incertitude d'une présidentielle ?

FREDERIQUE VIDAL
Alors, en fait il y a plusieurs volets dans le RUA, et il y a notamment un volet, sur lequel nous travaillons avec Gabriel ATTAL, qui est un volet spécifique pour les étudiants, et donc ce que nous faisons, avec les organisations étudiantes, c'est justement essayer de regarder qu'est-ce qui va être le plus efficace, et si ça peut se mettre en place plus rapidement, notamment avec un système de guichet unique, évidemment vers ça que nous irons.

HELENE ROUSSEL
Un problème de temps c'est aussi le cas avec votre loi recherche, Frédérique VIDAL, présentée en février, appliquée seulement 2021, c'est long, c'est un trou d'air entre temps, un risque même de décrochage de la France par rapport à d'autres pays comme l'Allemagne, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, on peut continuer, c'est milieu très compétitif. Qu'est-ce que vous dites aux chercheurs doctorants qui nous écoutent ce matin, qui sont payés parfois à peine plus d'un SMIC et demi ?

FREDERIQUE VIDAL
Alors, effectivement, c'est une loi que le Premier ministre m'a demandé de travailler depuis le mois de février, c'est une loi qui est extrêmement attendue, dans le sens où nous savons, depuis en fait de très nombreuses années, qu'il faut investir dans la recherche, et depuis de très nombreuses années nous voyons que cet investissement ne se produit pas. Depuis 2017, et si on compte le budget 2020 qui a été voté, c'est +1,8 milliard d'euros. Ce n'est pas suffisant, nous devons travailler sur les trois volets, comment est-ce que l'on refinance à bon niveau la recherche, parce que, vous avez raison, il y a un vrai risque de décrochage par rapport à d'autres pays qui investissent énormément, c'est un risque qui commence à se voir parce que nous n'avons pas investi depuis bien trop longtemps, et on commence à voir les effets de ce non-investissement, il faut être capable d'inverser la courbe. C'est pour ça que nous avons travaillé, évidemment, avec trois groupes, qui avaient pour vocation de récupérer l'expression, mais nous avons aussi travaillé beaucoup, beaucoup, avec la base, moi j'ai passé énormément de temps, dans des réunions, dans des assemblées générales, pour écouter les besoins de chacun. Ça peut paraître long, effectivement, mais c'est une loi qui va être extrêmement « transformante » et qui a pour vocation de réinvestir massivement dans la recherche pour préparer, en fait, l'avenir de notre pays, et c'est vraiment ça qui est important.

HELENE ROUSSEL
L'objectif de la loi c'est d'atteindre les 3 % du PIB de la richesse consacrée à la recherche, c'est une promesse, en fait, que la France fait depuis 20 ans, depuis la stratégie de Lisbonne et l'Europe de la connaissance, qu'est-ce qui nous dit que là ça va changer ?

FREDERIQUE VIDAL
Absolument, ça devait même, de mémoire, être atteint en 2010, donc vous voyez, nous en sommes très loin. Ce qui change c'est que, inscrire, dans la loi de programmation, puisque c'est le principe d'une loi de programmation pluriannuelle, le budget qui permet d'atteindre ces 3 %, ça n'avait jamais été fait tout simplement, et c'est ce que nous allons faire.

ALEXANDRA BENSAID
Il y a une tribune du patron du CNRS, Antoine PETIT, qui génère beaucoup de colère, ou en tout cas beaucoup de discussions parmi les chercheurs, il préconise une loi ambitieuse inégalitaire, qu'en pensez-vous ?

FREDERIQUE VIDAL
Alors, Antoine PETIT a fait une deuxième tribune d'ailleurs pour, je pense, préciser sa pensée. Je crois que, ce que nous avons discuté dans les différents groupes de travail, et c'est effectivement essentiel, c'est qu'on parle souvent de la recherche, comme si c'était une façon unique de procéder, or on sait très bien que les besoins des différentes disciplines, au sein de la recherche, sont très différents. On a des disciplines qui sont extrêmement coûteuses, tout le monde le sait, on pense à la physique expérimentale, on pense à la biologie, par exemple, où on a besoin d'investir massivement dans de très gros équipements, et puis on a des disciplines où on a plus besoin de temps, on a besoin de budgets qui sont peut-être parfois plus faibles, mais plus longs dans le temps. Et c'est pour ça, notamment, que dans la façon dont sont distribués les fonds ANR, on voit que certaines disciplines ne s'y retrouvent pas. Donc effectivement, il faut que nous soyons capables de penser la façon de financer toute notre recherche, quelle que soit la discipline, et ça va passer probablement par des outils qui vont être très différents selon les disciplines.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 7 janvier 2020
 

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