Déclaration de M. Edouard Philippe, Premier ministre, sur l'esprit de résistance des "héros de Bazeilles" et les grandes orientations de la politique de défense depuis 2018, à Fréjus le 31 août 2019.

Déclaration de M. Edouard Philippe, Premier ministre, sur l'esprit de résistance des "héros de Bazeilles" et les grandes orientations de la politique de défense depuis 2018, à Fréjus le 31 août 2019. Edouard Philippe 31/08/2019 Bazeilles politique de défense Fréjus 149ème anniversaire des combats de Bazeilles sur le thème "Honneur aux anciens !", aux arènes de Fréjus (Var) le 31 août 2019

Officiers,
Sous-officiers,
Caporaux-chefs,
Caporaux, marsouins, bigors et sapeurs de marine, dignes héritiers de la Division bleue,


C'était la dernière cartouche. Et, avec elle, le dernier espoir qui partait en fumée. Bazeilles était en flammes, comme un brasier sinistre. Mais cette dernière cartouche allait marquer l'histoire. Car la victoire venait de faire défaut aux héros de Bazeilles. Mais pas l'honneur, ni la bravoure.

La veille, le 31 août 1870, vers cinq heures du matin, l'ébranlement du canon avait fait tressaillir les habitants de ce petit village des Ardennes. Certains étaient partis, à l'approche des combats. D'autres étaient arrivés pour défendre cette frontière, pour défendre leur nation.

Ce n'était pas n'importe quels combattants qui montaient au combat. C'était les troupes de marine qui formaient « la Division bleue », sous le commandement du général de Vassoigne. Certains de ces soldats avaient déjà sillonné les ports métropolitains et les garnisons d'outre-mer, à bord des bateaux de la marine impériale. Aux côtés de ces « lions de la mer », d'autres recrues étaient moins aguerries, mais non moins valeureuses.

Dans La Débâcle, Emile Zola décrit « ces jeunes soldats [qui] arrivaient de Toulon, de Rochefort ou de Brest, à peine instruits, sans avoir jamais fait le coup de feu ; et, depuis le matin, ils se battaient avec une bravoure, une solidité de vétérans ». Ces hommes, jusqu'alors « alourdis d'inaccoutumance, se révélaient comme les mieux disciplinés, les plus fraternellement unis d'un lien de devoir et d'abnégation, devant l'ennemi. »

Ces héros, un à un, donnèrent leur vie pour écrire une page de notre histoire collective. Une page glorieuse et tragique de notre histoire militaire et européenne. Nous la commémorons aujourd'hui avec une très grande solennité et beaucoup d'émotion. Car vous incarnez la continuité des plus hautes valeurs militaires. Et vous défendez la grandeur de la France, non plus contre l'Europe ou seuls en Europe, mais au sein d'une Europe réconciliée.

Ce récit, vous le connaissez par coeur. Il marque un point d'orgue de la guerre franco-prussienne. Depuis le 19 juillet 1870, cette guerre opposait une France, isolée diplomatiquement, à la Confédération de l'Allemagne du Nord, que dirigeait une Prusse redoutable militairement.

A quelques kilomètres de Sedan, Bazeilles résiste. A deux reprises, marsouins et bigors de la « Division bleue » expulsent l'ennemi. Mais le lendemain, le 1er septembre 1870, les Bavarois reviennent en nombre. Pour les soldats français, l'infériorité numérique et matérielle devient écrasante.

Quelques officiers et une trentaine de soldats se retranchent dans une auberge en feu, un peu isolée, la maison Bourgerie. La plupart de ces hommes sont blessés. « Les balles sifflaient comme un vent d'équinoxe », décrit Zola. Ces héros repoussent encore les assaillants pendant quatre heures. Enfin, la dernière cartouche est brûlée.

Cette « dernière cartouche », le peintre Alphonse de Neuville l'a immortalisée comme l'un de nos symboles patriotiques. Le symbole « d'une nation vaincue mais glorieuse ». Le symbole d'une poignée d'hommes qui ont lutté jusqu'aux limites extrêmes du devoir, jusqu'au sacrifice de leur vie. L'ennemi lui-même rendit les honneurs à ceux qui avaient refusé de baisser les armes. A ces soldats de marine qui jetèrent l'ancre à Bazeilles, pour la dernière fois.

Depuis longtemps déjà, les vétérans de Bazeilles ont rejoint les champs d'honneur de notre postérité militaire. Depuis longtemps aussi, le Prussien ou l'Allemand n'est plus « l'ennemi », mais notre allié.
Pour autant, cette histoire de Bazeilles, vous ne la connaissez pas seulement par coeur. Vous la connaissez aussi par le coeur, intimement, par l'expérience de vos engagements dans le Golfe, en ex-Yougoslavie ou au Rwanda, et plus récemment en Afghanistan, au Sahel ou au Levant. Le récit de Bazeilles, c'est toujours le vôtre, malgré la réconciliation européenne. C'est le quotidien de celles et ceux qui se battent en ce moment-même sur tous nos théâtres d'opération. Le quotidien de ces femmes et de ces « homme[s] de fer que rien ne lasse » [hymne des troupes de marine].

Cette ancre d'or que vous arborez sur vos coiffes est la marque d'un style très spécifique, forgé au service des outre-mer et des expéditions lointaines. Elle est la marque d'une grande faculté d'adaptation aux situations les plus insolites, les plus extrêmes, les plus dangereuses. La marque d'une fraternité d'armes indéfectible. La marque d'une ouverture aux autres et au monde.

L'héroïsme de Bazeilles, c'est celui des combattants qui vous ont précédés, notamment les Anciens que vous mettez à l'honneur ce soir. Ce sera celui des soldats que vous accueillez aujourd'hui dans vos rangs, au service de la France, au péril de leur confort, de leur intégrité et peut-être de leur vie.

L'héroïsme de Bazeilles consiste à porter au plus haut niveau des vertus militaires universelles que vous connaissez mieux que quiconque : le courage qui permet aux hommes de se dépasser « dans la bataille et la tempête » ; la volonté de faire face pour ne jamais subir ; la fidélité à la parole donnée, « contre vents et marées » ; l'esprit de sacrifice qui fait de l'infanterie de marine « l'arme de tous les héroïsmes et de toutes les abnégations », selon les mots du maréchal Lyautey. Bazeilles n'est pas seulement un haut fait militaire devenu lieu de mémoire. C'est une manière d'être au monde, jusqu'à l'héroïsme, parfois tragique : c'est l'autre nom de Camerone, de Sidi Brahim, de Monte Cassino, ou de Dien Bien Phu.

Bazeilles, c'est aussi l'esprit de résistance. La résistance de la Nation en armes qui refuse de voir son territoire mutilé. Arrêter, défendre, tenir, contre-attaquer, vous connaissez et vous incarnez la pugnacité qu'il faut mobiliser lorsque ces mots prennent un sens très concret. Celui de la survie, individuelle et collective.

L'esprit de résistance consiste enfin à endiguer les obscurantismes et les fanatismes. A contrer, à éduquer, à réprimer ceux qui nous menacent pour ce que nous sommes, ce en quoi nous croyons. Les héros de Bazeilles défendaient notre frontière territoriale. Actuellement, nous défendons également des frontières moins visibles mais tout aussi vitales pour notre avenir, pour notre intégrité. Vous défendez un monde où la liberté et la raison restent des valeurs cardinales.

C'est précisément pour cela, et parce que nous vivons dans un monde dangereux où nous devons défendre nos intérêts, que la France a décidé, par la voix du Président de la République, avec l'accord du Parlement, de consacrer depuis 2018 des moyens chaque année accrus à nos armées.

C'est pourquoi aussi la ministre des armées et le chef d'état-major de l'armée de Terre accordent une grande attention à nos blessés, à leur famille, et plus généralement à la condition du personnel. J'y suis très attentif car il ne saurait y avoir de combat victorieux à l'avant sans un soutien efficace à l'arrière. Je sais que, sur leur lit d'hôpital, les blessés affrontent un nouveau combat. Ils sont soutenus et soignés par le service de santé des armées, dont l'action est exemplaire, et j'ai une pensée toute particulière pour Marc Laycuras, médecin militaire tombé le 2 avril dernier au Mali, aux côtés de ses frères d'armes du 2ème de Marine.

Ce soir, en commémorant le 149ème anniversaire de Bazeilles, je m'incline avec un immense respect devant vos drapeaux et vos étendards. Ils portent haut les couleurs de la France et les plis de leur soie gardent en mémoire le sacrifice de tant des vôtres.

Ce soir, marsouins, bigors, sapeurs de marine, soyez fiers de ce que vous êtes. Un jour, vous défendrez peut-être, vous aussi, votre maison Bourgerie. Et vous serez peut-être également face à vous-mêmes. Ce jour-là, souvenez-vous de Bazeilles. Souvenez-vous de ce qui nous rend plus grand. Souvenez-vous de la France.


Vive les Troupes de Marine, vive la République, vive la France !


Source https://www.gouvernement.fr, le 11 septembre 2019 
 

Politique de la défense Politique de defense Soldat Histoire Hommage Commemoration 193001735

Déclaration de M. Emmanuel Macron, Président de la République, sur les relations franco-serbes et le Kosovo, à Belgrade le 15 juillet 2019.

Déclaration de M. Emmanuel Macron, Président de la République, sur les relations franco-serbes et le Kosovo, à Belgrade le 15 juillet 2019. Emmanuel Macron 15/07/2019 France-Serbie Kosovo Déplacement en Serbie

(Intervention en serbe).

Oui, chers amis, la France n'oubliera jamais ce sacrifice du peuple serbe et les terribles épreuves endurées. La France sait que le destin de l'Europe s'est écrit sur cette terre, sur le front d'Orient où nous avons combattu ensemble. Elle sait que le peuple serbe est un grand peuple européen avec lequel notre avenir se construira, parce que le tragique de l'histoire nous a à jamais unis. Il nous a unis ce 1er novembre 1918, quand les troupes serbes et françaises, commandées par le général FRANCHET D'ESPEREY et le régent ALEXANDRE entrèrent dans Belgrade pour la libérer, ouvrant la voie à l'armistice du 11 novembre, ici, où les canons de l'apocalypse avaient, 4 ans plus tôt, tiré leur premier coup. Pour les Serbes, c'était la fin des indicibles souffrances qui décimèrent 450 000 soldats et 800 000 civils. Pour les Français, c'était l'aboutissement d'immenses efforts endurés loin de leur pays, où des milliers ne revinrent jamais.

Pour nos deux pays, c'était la consécration d'une fraternité qui défie à jamais l'oubli, parce que face à la mort et au chaos, il y eut ces centaines de milliers de gestes d'héroïsme, d'humanité, de vie : la grandeur du roi Pierre, triste comme un berger, fier comme un voïvode, tel que le décrivait Edmond DE ROSTAND, la solidarité des médecins volontaires français venus en 1915 se battre à vos côtés contre une effroyable épidémie de typhus, le courage des soldats français venus sauver leurs frères d'armes serbes sur le front de Salonique, offrant leur épaule, soignant les blessures, donnant leur pain, la force des milliers d'enfants serbes capables de retrouver le sourire dans les écoles d'une France qui leur avait ouvert les bras. C'est cela, notre passé.

Alors le chemin que nous parcourons ensemble aujourd'hui est celui de la reconnaissance de la France envers la Serbie et de la Serbie envers la France, mais la reconnaissance n'est pas simplement la capacité à voir et savoir notre passé commun. C'est une promesse qui regarde l'avenir, celle de ne jamais oublier l'héroïsme de tous ceux qui, pour notre futur, ont accepté de sacrifier leur présent. Alors oui, le XXème siècle a vu nos deux pays sceller cette amitié indéfectible, il a vu notre continent se jeter, 20 ans plus tard, dans un nouveau suicide collectif, parce que la violence des ressentiments l'avait emporté sur l'esprit de dialogue, parce que l'égoïsme national l'avait emporté sur l'amour de la patrie.

Ce XXème siècle a vu aussi le spectre de la guerre s'abattre à nouveau sur les Balkans dans un passé récent dont je connais et respecte la souffrance et la mémoire encore à vif, et je sais tout ce que ces épreuves ont entraîné de douleur, ont entraîné parfois d'incompréhension entre nous. Et à toutes les victimes innocentes de ces moments tragiques, d'où qu'elles viennent, je dis aujourd'hui ma compassion profonde et le respect de la France. Mais à la Serbie d'aujourd'hui, à sa jeunesse, je veux tendre une main d'ami pour que nous reprenions ensemble le fil de notre destin commun et que nous regardions ensemble notre avenir. C'est ce que nous avons voulu, avec le président VUCIC, pour cette première visite à Belgrade d'un président français depuis 18 ans. C'est ce que nous construisons avec nos entreprises pour le développement du pays, aux côtés des forces vives de la Serbie d'aujourd'hui, avec la communauté française de Serbie, dont je salue la présence ici – vous avez raison, et vive la Serbie – avec les 100 000 Serbes ou Franco-serbes qui vivent en France, avec les artistes de nos deux pays, qui savent si bien mettre en mots, en images, en musique ce qui nous lie profondément, c'est à dire une certaine affinité d'âme venue de si loin.

Alors oui, tous ces mille fils tendus par les amis que nous sommes doivent nous inspirer pour construire ensemble notre avenir, afin que la Serbie et la France renouent une relation à la hauteur de ce que leurs grands peuples ont le droit d'espérer dans une Europe qui a aujourd'hui retrouvé la paix et une Union européenne qui est votre destin.

Rien n'est simple, et rien n'est écrit, mais je sais une chose, c'est que vous toutes et tous, présents ici aujourd'hui, nous, en France, le président et moi-même avons une responsabilité immense, celle de ne pas faire bégayer l'histoire. Ce que je sais, c'est que dans cette région d'Europe, le pire peut encore advenir parce que certains soufflent les braises pour les uns du nationalisme le plus fermé, pour les autres de tous les obscurantismes religieux ou autres. Et ce que je sais, c'est que nous avons un devoir, c'est que nous avons un devoir pour nous-mêmes. Ce devoir, c'est d'aimer l'autre comme nous-mêmes, mais de chercher le bon compromis. C'est d'être fiers de la grande patrie qu'est la Serbie, mais d'être fiers et d'aimer cette patrie comme on aime les grandes nations, en aimant les autres, en sachant bâtir, en construisant l'avenir et en sachant que quand nous nous sommes battus épaule contre épaule, c'était pour l'amour de la liberté et le respect de l'autre.

Et ce combat que nous allons maintenant livrer ensemble, c'est ce combat du compromis pour trouver une solution intelligente entre la Serbie et le Kosovo. C'est un combat difficile, et vous avez un président courageux qui a décidé de le livrer, et vous allez devoir être un peuple courageux, comme devront être courageux les Kosovars, en bâtissant les compromis et en sachant ne pas faire bégayer l'histoire. Il nous faudra, nous tous, être courageux et agir en Européens. Et parce que je crois très profondément que la Serbie est en Europe et que l'Europe ne sera elle-même que quand la Serbie y sera pleinement, nous devons ensemble bâtir cette solution, savoir construire la paix et repousser tous ceux et toutes celles qui veulent la guerre, et vouloir que cette paix soit décidée en Europe par les Européens, pour eux-mêmes, sans influence, sans guerre d'influence, sans obscurantisme, parce que l'Europe est le continent des Lumières, parce que l'Europe aime la liberté, parce qu'en Serbie comme en Kosovo, et comme partout ailleurs dans les Balkans occidentaux on doit aimer la liberté, la raison, la femme et l’homme libres. Ce sont nos valeurs, celles pour lesquelles nous nous sommes battus il y a 100 ans et celles pour lesquelles ensemble nous bâtirons la paix. Alors dans les mois et les années qui viennent il y aura des temps difficiles et des moments de doute. Je ne suis pas naïf et vous non plus mais sachez une chose : je vous dirai toujours la vérité et je ferai toujours tout pour qu’ensemble nous réussissions.

Alors vous l’avez dit il y a un instant Monsieur, vous avez cité un de vos très grands poètes Vladislav PETKOVIC DIS, vous l’avez cité dans une anecdote importante et avec des mots forts sur lesquels je veux ici finir parce que vous aussi parfois dans les mois et les années qui viennent peut-être vous douterez et vous vous demanderez comme cette question qu’on posait au poète (citation en serbe) ? Merci à vous.
 

Serbie France - Serbie Histoire France - Kosovo 197001543

Rapport sur la restitution du patrimoine culturel africain - Vers une nouvelle éthique relationnelle

Rapport sur la restitution du patrimoine culturel africain - Vers une nouvelle éthique relationnelle la restitution du patrimoine culturel africain

Auteur(s) : Felwine Sarr - Bénédicte Savoy

Présidence de la République pdf Gratuit - 37.58 Mo (nouvelle fenêtre) France - Afrique Oeuvre d'art Patrimoine culturel Colonisation Musee du quai Branly Politique culturelle Histoire Art Afrique subsaharienne Lire la lettre de mission (pdf - 2.22 Mo) (nouvelle fenêtre)

En novembre 2017, lors d’un discours prononcé à l’université Ouaga 1, à Ouagadougou, le président de la République déclarait : « Je veux que d’ici cinq ans les conditions soient réunies pour des restitutions temporaires ou définitives du patrimoine africain en Afrique ». C’est dans ce cadre que M. Felwinn Sarr et Mme Bénédicte Savoy ont été chargés par le président de la République de conduire un groupe de travail sur ce sujet. Le présent rapport concerne la seule partie subsaharienne de l’Afrique. Il met en évidence la spécificité du cas africain et propose des solutions adaptées à ce cas précis. Il tient compte de l’histoire et des responsabilités particulières de la France dans cette région du monde. Et il s’appuie sur le constat, souvent formulé par les experts, selon lequel la quasi-totalité du patrimoine matériel des pays d’Afrique situés au sud du Sahara se trouve conservée hors du continent africain.

Introduction : il n’y a plus d’impossible

0. La longue durée des pertes

Les captations patrimoniales : un crime contre les peuples
 Butins de guerre et légalité des prises
 Nés d’une ère de violence
 Affaire de famille
 Prudence politique et inquiétude des musées
 1960, année zéro
 Une si longue attente
 Mission impossible
 Des opinions publiques mobilisées

1. Restituer

Lever les ambiguïtés
 Ce que restituer veut dire
 Translocations, transformations
 Mémoire et amnésie des pertes
 Resocialiser les objets du patrimoine
 De la vie et de l’esprit des objets
 Travailler l’histoire, reconstruire la mémoire
 Circulation des objets et plasticité des catégories
 Une nouvelle éthique relationnelle
 De la compensation et de la réparation
 La question des archives

2. Restitutions et collections

Le temps des retours
 Présence africaine
 Quelle Afrique pour quelles restitutions ?
 Sur quelle histoire veut-on revenir ?
 Les formes historiques des spoliations
 Butins
 Missions d’« exploration » et « raids » scientifiques
 Dons de particuliers
 Après les indépendances
 Critères de restituabilité
 Chronogramme pour un programme de restitutions
 Première étape (novembre 2018-novembre 2019)
 Deuxième étape (printemps 2019-novembre 2022)
 Troisième étape (novembre 2022-…)

3. Accompagner les retours

Aspects juridiques
 Comment sortir de l’impasse actuelle?
 Transactions avec les règles de la domanialité publique
 Résonances avec la démarche de restitution du patrimoine africain
 Le dispositif juridique envisagé
 a. Les éléments de contexte qui ont guidé les choix de la proposition
 b. La procédure de restitution requiert une modification du code du patrimoine
 c. L’accord de coopération
 Le financement des actions de restitution
 À qui rendre ?
 Garantir la pérennité des restitutions et renforcer la lutte contre le trafic illicite
 Appropriation populaire

Conclusion

Annexes
 Méthode
 Consultation générale
 « Critical friends »
 Musées
 Acteurs politiques
 Marché de l’art
 Inventaires
 Ateliers
 L’atelier de Dakar
 L’atelier juridique
 Documents
 Document 1. Lettres de mission
 Document 2. Le dispositif juridique
 Document 3. Programme de l’atelier juridique

Figures

Inventaires du musée du quai Branly-Jacques Chirac

 

Rapport officiel 240 Présidence de la République 194000291

Déclaration de Mme Geneviève Darrieussecq, secrétaire d'Etat auprès de la ministre des armées, sur l'exposition Eisenhower-De Gaulle, à Paris le 11 juin 2019.

Déclaration de Mme Geneviève Darrieussecq, secrétaire d'Etat auprès de la ministre des armées, sur l'exposition Eisenhower-De Gaulle, à Paris le 11 juin 2019. Geneviève Darrieussecq 11/06/2019 exposition Eisenhower De Gaulle Inauguration de l'exposition Eisenhower-De Gaulle, au Musée de l'Armée à Paris le 11 juin 2019

Monsieur le directeur du musée de l'Armée, Mon général,
Monsieur le gouverneur des Invalides, Mon général,
Monsieur le directeur général de l'ordre de la Libération, Mon général,
Monsieur le directeur de l'établissement de communication et de production audiovisuelle de la Défense, Monsieur le contrôleur général, (ECPAD…pas obligé )
Monsieur l'adjoint de la Délégation à l'information et à la communication de la Défense, Amiral, (Adjoint DICOD…pas obligé)
Monsieur le président de la Fondation Charles de Gaulle, monsieur le ministre,
Madame EISENHOWER,
Madame la directrice de la Libraire Eisenhower,
Madame la Présidente de la Fondation The First Alliance, chère Carole BROOKINS,
Madame, monsieur les commissaires de l'exposition,
Mesdames et messieurs,
Chers amis,


Comme toujours le musée de l'Armée porte haut la vocation culturelle de notre ministère et s'inscrit dans l'actualité mémorielle. Je remercie le général d'ANDOQUE DE SERIEGE pour son accueil et pour le travail accompli au service du rayonnement de notre histoire et de notre mémoire.

 Je remercie les commissaires pour cette visite instructive. Je remercie également la fondation De Gaulle, La Librairie Eisenhower, The First alliance Foundation et tous les partenaires pour la réalisation de cette exposition. C'est avec plaisir que nous avons, ensemble, suivi le fil de 80 années de notre histoire contemporaine, du crépuscule du XIXème siècle jusqu'à l'aube des années 1970.

 Il y a quelques jours, les alliés d'hier et d'aujourd'hui, étaient réunis à Portsmouth puis sur les plages du Débarquement. Nous avons commémoré le 75ème anniversaire du D-Day, le début de la bataille de Normandie et le prélude de la Libération de notre territoire.

 Nous avons rendu un hommage appuyé aux sacrifices de milliers de jeunes hommes de toutes les nationalités. Les vétérans présents ont été l'âme du 6 juin 2019.

 Monsieur Jacques LEWIS, vous étiez avec nous car vous êtes de ces héros du Débarquement, de ces combattants de la liberté, de ces Français qui ont dit non et qui ont été l'honneur de notre pays. La Nation vous reconnaît comme un héros, la France vous est reconnaissante. C'est le message que vous a délivré le Président de la République jeudi dernier.

 Le diplôme que vous venez de recevoir est une reconnaissance supplémentaire pour votre action exceptionnelle durant la Seconde Guerre mondiale. Cette reconnaissance est celle de l'armée américaine.

 Car vous êtes, cher monsieur LEWIS, un exemple vivant de l'alliance qui unit les deux rives de l'Atlantique.

 Ce soir, c'est la mémoire de deux de vos chefs que nous saluons.

 Et quels chefs ! Deux généraux, deux présidents, deux géants du XXème siècle.

Dwight EISENHOWER et Charles DE GAULLE occupent une place à la fois immense et singulière dans l'histoire et dans l'imaginaire de leur pays respectif. Ils font partie du patrimoine national, de l'identité française pour l'un, de l'identité américaine pour l'autre.

 Il y a du PLUTARQUE dans cette exposition ! Si l'auteur antique mettait en parallèle les vies de héros grecs et romains, ici le parallèle entre les vies de deux illustres français et américains est remarquable. Il y a en effet dans cette exposition une concordance des vies tout à fait fascinante : des parcours similaires, des valeurs chevillées au corps, des patriotes attachés à la cause nationale, une volonté implacable, la capacité à prendre des risques.

 Les relations liant ces deux hommes sont bâties sur le respect, l'estime, la fidélité et sur une amitié qui n'empêchent ni les divergences ni les débats. En homme d'Etat, chacun a privilégié les intérêts de sa Nation et la position de son pays dans le monde.

 Mesdames et messieurs, je crois que c'est exactement cela l'amitié franco-américaine.  Des liens indéfectibles, des liens ancestraux, des liens qui nous unissent et qui ne sont jamais défaits. Des liens d'amitié qui dépassent les désaccords passagers. C'est le message porté à la fois par le président TRUMP et le président MACRON au cimetière de Colleville.

 Madame BROOKINS, Madame EISENHOWER, c'est la relation amicale de deux figures éminentes illustrant la solidité de notre alliance que vous avez souhaité mettre en valeur. C'est une réussite.

A cet égard, je sais que The First alliance Foundation poursuit un travail remarquable au service de l'alliance stratégique entre la France et les Etats-Unis.

 Il me semble que l'héritage et les enseignements porté par EISENHOWER et par DE GAULLE sont toujours d'actualité. Ils sont toujours des sources d'inspiration.

 Je suis certaine que tous les visiteurs de cette exposition - que ce soit à Paris, en Normandie, à Colombey-les-Deux-Eglises ou à Abilene au Kansas - trouveront plaisir à redécouvrir dans une perspective différente et originale les parcours de ces deux géants.

 Dans une lettre du 4 décembre 1968 adressé à son « son cher président et ami », Charles DE GAULLE écrit au désormais retraité Dwight EISENHOWER : « Parmi les hommes que leur valeur leur caractère et les évènements ont amené à porter longtemps les plus hautes responsabilités possibles, il est en bien peu qui puissent ensuite avoir conscience qu'ils l'ont fait de la manière la plus efficace, la plus noble, la plus désintéressée. Or, c'est par excellence le cas pour le général et le président Eisenhower. »

 Il me semble que par ces mots le général DE GAULLE parle aussi de lui-même. 

 Je vous remercie.


Source https://www.defense.gouv.fr, le 28 juin 2019 
 

Politique de la défense Deuxieme guerre mondiale France - Etats Unis Histoire Exposition 193001386

Déclaration de M. Edouard Philippe, Premier ministre, en hommage aux morts pour la France en Indochine, à Paris le 8 juin 2019.

Déclaration de M. Edouard Philippe, Premier ministre, en hommage aux morts pour la France en Indochine, à Paris le 8 juin 2019. Edouard Philippe 8/06/2019 Guerre d'Indochine Cérémonie nationale d'hommage aux morts pour la France en Indochine, à l'Hôtel national des Invalides le 8 juin 2019

«Le Vietnam que je porte en moi est un pays imaginaire à force de souvenirs vrais. À l'inverse, ces images-là n'ont pas bougé avec le temps. Elles enferment des éclats de vérité qui ne trompent pas». Ces « souvenirs vrais » sont ceux d'Hélie de Saint-Marc qui, comme des milliers d'autres jeunes soldats de sa génération, passe presque sans transition, d'un conflit – la Seconde guerre mondiale- à un autre, la guerre d'Indochine.

Les images qu'il évoque sont celles qu'il a réunies dans un livre qui s'intitule «Indochine, notre guerre orpheline». Des images qui montrent des scènes de combat. Des scènes de la vie quotidienne de soldats en campagne qui malgré la distance, malgré les années, ont quelque chose d'intemporel. Ces photographies montrent aussi des visages. Ceux des combattants du corps expéditionnaire français en extrême orient (CEFEO). Des visages sur lesquels la faim, la fatigue, la peur et une forme de volonté tendue ont chassé la jeunesse. Des visages dont le souvenir s'est gravé de manière indélébile dans la mémoire de leurs camarades, dont certains sont présents parmi nous.

Une peur, une fatigue, des privations qui font partie de « ces éclats de vérité qui ne trompent pas ». Ceux des soldats français qui se sont battus, parce que c'était leur devoir, pour « un bout de France » qui avait nourri l'imaginaire de millions de Français, lecteurs et écoliers, depuis des décennies.

Des soldats qui se sont battus pour leurs frères d'armes, légionnaires, parachutistes, aviateurs, marins, métropolitains, algériens, africains, vietnamiens. Pour l'honneur de leurs régiments dont les couleurs sont d'ailleurs visibles aujourd'hui.

Des soldats qui se sont battus contre un adversaire courageux, résolu ; contre la maladie, les éléments, contre la distance, contre l'indifférence. Contre une forme de gêne aussi, de mauvaise conscience voire d'incompréhension en face d'une guerre d'un autre temps.

Ce temps, c'est celui de la disparition progressive de la présence française en Indochine.

Reflux sanglant qui commence dès 1940 avec l'invasion du Tonkin par les troupes japonaises.

Qui se poursuit lors du coup de force des mêmes troupes impériales au mois de mars 1945.

Nous sommes réunis ici aujourd'hui pour rendre hommage à ces hommes qui ont opposé une résistance aussi héroïque que méconnue à des troupes déterminées, supérieures en nombre et connaissant admirablement le terrain. Des hommes qui sont morts pour la France. Avec leurs camarades. Souvent loin de leur famille. Loin de la métropole. Et parfois, loin de notre souvenir.

Ce qui pour certains s'apparentait à une parenthèse ou à un tragique épilogue de la guerre du Pacifique, s'est révélé être les prémices d'un terrible engrenage. Je ne reviendrai pas sur les étapes du conflit. Sur la bataille de Hanoï, sur la lutte contre la guérilla Vietminh. Sur le désastre de la RC 4 à l'issue duquel, le corps expéditionnaire perd le contrôle du Tonkin. Sauf peut-être pour saluer la mémoire du général de LATTRE DE TASSIGNY qui parvient durant un temps à redresser la situation. Parce que ce grand guerrier, dont le fils Bernard est mort en 1951 à Ninh Binh, «n'aimait pas subir». Je ne reviendrai pas non plus sur les erreurs de jugement, politique et stratégique qui ont jalonné le conflit. Elles ont été nombreuses. Sans doute parce qu'elles étaient les conséquences d'une erreur originelle : celle qui consiste à ne pas voir le monde changer.

Mais les erreurs, les abandons, les aveuglements des uns ne doivent pas occulter le courage, l'abnégation, le sacrifice des autres. Bien au contraire. Et un symbole très fort de ces deux dimensions, est la bataille de Dien Bien Phu. Un site en « forme de casque colonial renversé» pour reprendre une expression de l'époque, où me je me suis rendu avec le colonel ALLAIRE et le caporal-chef SCHILARDI, lors de la visite officielle que j'ai effectuée au Vietnam au mois de novembre dernier.

Tout a été dit et très bien dit sur ces 57 jours d'enfer. Et tout ce que j'ajouterai n'aura pas «cet éclat de vérité» dont parle Hélie de Saint-Marc. Peu de défaites ont à ce point marqué les esprits; et d'une manière aussi différente dans le temps. Il y a d'abord eu le temps de la stupeur. De l'ingratitude et de l'oubli volontaire des contemporains.

Puis, il y a eu le temps, plus long, plus progressif, «à hauteur d'hommes » des témoignages.

Celui des récits. De la littérature et du cinéma. Le temps de la recherche historique qui se poursuit. Le grand public découvre alors qu'à Dien Bien Phu, on se bat parfois en chantant la Marseillaise. Qu'on y combat l'adversaire de jour comme de nuit, la plupart du temps, au corps à corps. Qu'on trouve parmi les blessés des volontaires pour aller se battre.

Le grand public découvre des soldats pour qui un combat désespéré n'est pas une raison suffisante pour déposer les armes. Il découvre le lumineux courage de Geneviève de GALARD dont les soins apaisent les blessures. Celles du corps et de l'esprit. Parce que dans ces situations extrêmes, le courage et le moral s'entretiennent avec autant de soin que les armes.

Dans la boue de Dien Bien Phu, sous le pilonnage de l'artillerie Vietminh, face aux vagues d'assauts incessantes, les Français font preuve d'un professionnalisme, d'un sang-froid et d'un sens du devoir qui forcent le respect. Un sens du devoir que les derniers mots qu'adresse le général de CASTRIES au général COGNY résument à la perfection : «La fin approche – dit-il en cette fin d'après-midi du 7 mai 1954- Nous combattrons jusqu'au bout. Nous détruirons tout le matériel. Au revoir, mon général. Vive la France ! ». Ces mots, c'est l'honneur dans la sobriété.

Mais, en ce soir du 7 mai 1954, l'enfer, pour les milliers de prisonniers encore valides, ne fait que commencer. L'enfer des marches dans la jungle. Celui des moustiques, de la dysenterie.

Celui de la boulette de riz grosse comme le poing, trop petite pour rassasier. L'enfer de la captivité, Puis, celui de la mort brutale ou plus lancinante, qui emporte un à un, les camarades.

L'enfer enfin, parce que c'en est un aussi, de l'indifférence, de la froideur au moment du retour. Je pourrais ajouter ceux du traumatisme et des cauchemars qui souvent ne connaissent pas de fin.

Soixante-cinq ans après, grâce au travail de mémoire, aux associations, grâce au mémorial de Fréjus, grâce aussi à l'inhumation du soldat inconnu d'Indochine à la nécropole nationale de Notre-Dame de Lorette dans le Pas-de-Calais le 8 juin 1980, cette guerre n'est plus orpheline.

Elle a, pour paraphraser une expression célèbre, autant de «pères que les victoires». Et elle s'inscrit dans la tragique lignée des victoires amères et des défaites glorieuses.

Mais surtout, elle nous oblige. Elle nous oblige d'abord à rendre hommage. Comme aujourd'hui, aux morts pour la France en Indochine. À ceux de Lang Son en septembre 1940.

À ceux de Thakhek, de Dong Dang, d'Hanoï et de Hué en mars 1945. Aux 35 000 soldats tués entre 1946 et 1954 alors qu'ils combattaient sous nos couleurs. Comme en novembre dernier, au milieu de la vaste cuvette de Dien Bien Phu, pour le premier hommage rendu sur place par un chef de gouvernement à nos morts, à tous les morts. Entouré du colonel ALLAIRE et du caporal-chef SCHILARDI, du petit-neveu du général de Castries et de deux Saint-cyriens en grand uniforme qui amenaient avec eux la dignité des armes, je me suis recueilli devant un sobre obélisque, blanchi à la chaux, qu'un ancien légionnaire a bâti et entretenu durant sa retraite. Ces soldats ne sont pas morts pour l'impérialisme; ils ne sont pas morts pour une idéologie, ni pour des combinaisons diplomatiques. Ils sont morts pour la France. En ce jour, c'est tout ce qui compte.

Cette guerre nous oblige à poursuivre le travail de mémoire. Parce qu'une grande nation, c'est une nation qui regarde son histoire en face. Sans altération, ni réécriture. Qui sait reconnaître ses erreurs, et ses mérites, en tirer les leçons. Pour savoir. Pour avancer.

Ce conflit nous oblige également à consolider la paix avec l'adversaire d'hier, qui, comme tant d'autres, est le partenaire, l'ami d'aujourd'hui. Parce que cette paix – qui est une véritable «paix des braves» – nos deux pays l'ont payée du prix du sang. Parce que cette paix se développe, s'approfondit. Dans le respect mutuel et dans l'honneur. Une paix qui nous permet aujourd'hui de construire ensemble notre avenir, celui de la francophonie, de nos entreprises, de nos intérêts stratégiques; l'avenir de milliers d'étudiants et de scientifiques qui se forment en France et au Vietnam.

Cette guerre nous oblige enfin à reconnaître la chance unique qu'a la France de pouvoir compter, génération après génération, sur des hommes et des femmes prêts à sacrifier leur vie pour défendre ses valeurs et ses citoyens. Des hommes – comme les premiers maîtres Cédric de PIERREPONT et Alain BERTONCELLO – qui, quelle que soit la situation, y compris la plus périlleuse, n'hésiteront pas à « combattre jusqu'au bout » pour reprendre les mots du général de CASTRIES.

Parce que c'est leur devoir. Parce qu'en faisant comme leurs prédécesseurs, le choix exigeant de défendre leur patrie, ils s'inscrivent dans la plus noble des traditions. Celle de la France combattante et éternelle.


Vive la République. Et vive la France.


Source http://www.presseagence.fr, le 17 juin 2019 
 

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