Interview de M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, à France Info le 19 février 2020, sur le "séparatisme islamiste" et le déroulement des épreuves du nouveau bac.

Interview de M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, à France Info le 19 février 2020, sur le "séparatisme islamiste" et le déroulement des épreuves du nouveau bac. Jean-Michel Blanquer 19/02/2020 séparatisme islamiste nouveau bac

LORRAIN SENECHAL
Bonjour Jean-Michel BLANQUER.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bonjour.

LORRAIN SENECHAL
Emmanuel MACRON était hier à Mulhouse où il a entamé ce qu'il appelle sa reconquête républicaine. Tout part du constat qu'a dressé hier le chef de l'Etat. Ecoutez.

EMMANUEL MACRON, PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE
Dans la République, on ne peut pas accepter qu'on refuse de serrer la main à une femme parce qu'elle est femme. Dans la République, on ne peut pas accepter que quelqu'un refuse d'être soigné ou éduqué par quelqu'un parce que c'est une femme. Dans la République, on ne peut pas accepter la déscolarisation. On ne doit jamais accepter que les lois de la religion puissent être supérieures aux lois de la République. C'est aussi simple que ça.

LORRAIN SENECHAL
C'est une réalité ça, refuser de serrer la main à une femme ? Refuser d'être soigné, éduqué ? Il parle aussi de certificat de virginité pour se marier. Tout ça, c'est une réalité ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, bien entendu. C'est une réalité depuis malheureusement un certain nombre d'années, plus de dix ans, plus de quinze ans même. Mais c'est un phénomène qui s'est accentué et il est normal aujourd'hui d'avoir du travail pour remonter cette pente-là.

LORRAIN SENECHAL
Mais ça concerne qui ? Ça se passe où en France ?

JEAN-JEROME BERTOLUS
Dans combien de quartiers en fait ? Dans combien de quartiers la loi islamique a remplacé la loi républicaine ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est difficile de donner un chiffre exact mais c'est vrai qu'on voit certains quartiers où cela s'est fortement accentué. Il m'arrive d'aller dans certaines villes où ça se voit tout simplement.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Par exemple ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Roubaix par exemple pour ne prendre que cet exemple. Maubeuge pour vous donner un autre exemple, pour citer des endroits où je suis allé récemment. Garges-lès-Gonesse qui est souvent cité. Ce sont des endroits où certains ont en quelque sorte pris le pouvoir dans la rue.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Et ça se voit ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Et ça se voit, il suffit d'y aller, vous savez…

JEAN-JEROME BERTOLUS
Quand on y habite ou quand on y passe.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Quand y va. Il se je trouve que je vais souvent dans ces territoires-là ou dans d'autres où je le vois tout simplement, et les Français le voient.

LORRAIN SENECHAL
Alors ça commence par quoi ? Ça commence par un aspect sécuritaire ? Hier Emmanuel MACRON a surtout mis l'accent sur la religion musulmane, sa structuration en France. Il a expliqué que désormais la France n'accueillerait plus d'imams qui viendraient de l'étranger.

JEAN-MICHEL BLANQUER
D'abord, il doit toujours y avoir une règle du jeu claire. Dire ce que je viens de dire par exemple, dire ce que le président de la République a dit hier pour qu'il n'y ait pas d'ambiguïté sur ce que c'est que la République.

LORRAIN SENECHAL
Ça, c'est pour le constat.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui bien sûr, mais il faut le dire. Parce que très souvent, on se cache derrière son petit doigt sur ces sujets. Non, voilà, la République française est une République. Ça signifie égalité des droits, ça signifie que l'espace public est à tous, ça signifie qu'on n'a pas le droit de faire de la pression sur quelqu'un au nom de la religion etc. Donc c'est des choses très simples qui relèvent du grand bon sens et il est bon tout simplement de l'établir. Et comme ç'a été très bien dit par plusieurs depuis hier, les premiers à le souhaiter ce sont nos concitoyens de confession musulmane, qui sont républicains dans leur immense majorité et qui ont besoin de cette sérénité-là. C'est parce qu'on n'est pas assez parfois précis et clair dans les principes que certains pouvoirs localement réussissent à s'imposer parce qu'ils se mettent dans les interstices du doute.

LORRAIN SENECHAL
Et vous dites qu'il y a une demande de la population musulmane française ? Vous l'avez ressenti ou vous avez directement des interlocuteurs qui vous l'ont dit ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bien sûr. Vous savez, sur les sujets de laïcité, sur les sujets de lutte contre le séparatisme, c'est très souvent avec ?

LORRAIN SENECHAL
Elle ne sent pas pointée du doigt, visée, stigmatisée cette population ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non. Alors évidemment, les plus radicalisés essayent de jouer là-dessus. Ils essayent de dire : « quand vous dites ce que vous dites, vous êtes en train de stigmatiser les musulmans », mais c'est tout le contraire. C'est précisément parce qu'on a la même dignité de tous les citoyens de France que nous disons ce que nous disons. Donc c'est un piège victimaire en quelque sorte et d'ailleurs très pensé de la part de ceux qui le font. Mais bien entendu, nos concitoyens ne doivent pas tomber dans ce piège-là.

JEAN-JEROME BERTOLUS
C'est donc le début, on va dire, d'une séquence de lutte contre le communautarisme, les mesures qui ont été annoncées hier par le chef de l'Etat. Il y aura un déplacement la semaine prochaine. Il entend poursuivre en quelque sorte ce débat après les municipales. Mais vous le reconnaissez, c'est quand même un chemin de crête : des mesures répressives mais également des mesures sociales, plus de services publics dans les quartiers, plus en fait d'accès à la République pour tous les habitants.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, et tout ça va ensemble. En fait le projet républicain, ce n'est pas seulement… Ça ne pourrait pas être simplement un projet défensif, certainement pas, c'est un projet offensif à tous égards y compris sur le plan social évidemment. Donc c'est à la fois les principes de la République donc sur le plan du droit d'une certaine façon, puis aussi c'est des principes de société. C'est-à-dire réaliser davantage l'égalité entre tous, notamment par une ascension sociale réussie sur l'ensemble du territoire.

LORRAIN SENECHAL
Mais vous avez été critiqué pour avoir notamment supprimé les contrats aidés qui ont parfois mis en péril des associations qui faisaient beaucoup de travail dans les quartiers.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors c'est un plus vaste sujet que celui des contrats aidés mais très souvent nous l'avons remplacé par autre chose. Si vous prenez les contrats aidés que nous utilisions dans l'Education nationale, c'étaient des contrats aidés pour l'accompagnement des élèves handicapés. Il y a encore deux ans et demi, vous aviez moins de 80 000 personnes sur ces contrats aidés donc précaires. Aujourd'hui vous en avez davantage, plus de 80 000, et qui sont sur des contrats à durée déterminée. Donc on a fait quelque chose de plus pérenne et aujourd'hui, pour vous parler de cette catégorie-là, c'est des personnes que nous allons amener vers des CDI, que nous allons amener vers de véritables carrières dans l'accompagnement dans le service, donc c'est tout simplement des sorties de la précarité. Vous savez, tout le monde critiquait les contrats aidés avant qu'il y ait eu cette mesure. C'est vrai qu'il y a eu un moment de latence un peu difficile…

LORRAIN SENECHAL
Un peu brutal peut-être. C'est ce qui a été dit en tout cas.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Et peut-être que si c'était à refaire, il aurait fallu le faire peut-être de manière moins forte, moins nette tout de suite. Le fait est qu'aujourd'hui, cela permet d'avoir des bases beaucoup plus saines pour l'action publique.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Alors précisément dans l'enseignement, le chef de l'Etat a indiqué qu'il allait mettre fin ou qu'il a été mis fin effectivement à l'enseignement de langue et de culture d'origine. 80 000 élèves en bénéficient chaque année. Que dès la rentrée 2020, il y aurait un autre système mais est-ce que ce qu'on appelle les ELCO, ce que vous appelez les ELCO, ça n'était pas déjà en quelque sorte un système qui avait été supprimé par Najat VALLAUD BELKACEM qui avait pris soin, en quelque sorte, de réformer ce système ? De permettre qu'il y ait des agréments pour les profs, de permettre un accès au programme ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non. Je sais qu'elle a dit ça mais ça lui arrive de se tromper un peu. Ce qui est exact, c'est que le principe de ce qu'on appelle maintenant l'EILE, oui a été établi sous le gouvernement précédent.

LORRAIN SENECHAL
C'est les enseignements internationaux de langues étrangères.

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est ça : Enseignements Internationaux de Langues Etrangères, c'est-à-dire un système plus contrôlé par la France. Donc oui, le concept…

LORRAIN SENECHAL
C'est-à-dire qu'auparavant, on faisait venir des professeurs de l'étranger qui ne parlaient pas forcément français et donc on n'était pas forcément en mesure de comprendre tout simplement le contenu de leurs cours.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, oui. C'est ça. Alors pour que ce soit clair, depuis plus de quarante ans il y avait ce système appelé ELCO qui a été conçu à une époque où l'immigration avait commencé depuis un certain nombre d'années, où l'idée était que les enfants devaient garder le lien avec le pays d'origine pour notamment y revenir. On n'est plus du tout dans cette logique-là aujourd'hui, on est dans une logique d'intégration. Et puis de toutes les façons, il n'est pas normal d'avoir un système où se sont des Etats étrangers qui ont un contrôle sur un enseignement qui est fait à nos enfants français. Et ce serait un peu bizarre d'assigner les enfants à leurs origines alors même que nous avons un discours républicain consistant à dire : « Nous sommes tous citoyens de France. »

JEAN-JEROME BERTOLUS
Là ça veut dire que c'est l'Education nationale par exemple qui va rémunérer les profs.

LORRAIN SENECHAL
Qui va prendre le relais.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors il va y avoir deux catégories de choses. Vous avez la formule dite EILE où c'est encore dans le cadre d'accords avec les Etats mais avec un contrôle de la France. Donc c'est nous qui allons, nous la France, qui allons agréer les professeurs, qui allons fixer les programmes et qui allons contrôler ce qui se passe, ce qui n'était pas du tout le cas des ELCO. Et donc pour revenir à votre question précédente, ce principe-là, oui, avait été déjà fixé sous le gouvernement précédent, et en réalité d'ailleurs pensé même sous le gouvernement d'avant mais n'avait pas été mis en oeuvre sauf avec le Portugal et en partie avec la Tunisie. Ce que nous sommes en train de faire, c'est de le faire pour de vrai donc ça devient concret. Donc ça signifie que nous allons le faire avec le Maroc, l'Algérie, avec la Turquie.

LORRAIN SENECHAL
Et il y aura aussi des embauches.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Simplement avec la Turquie, comme le président de la République l'a signalé hier, ça se passe de manière plus difficile qu'avec les autres pays.

LORRAIN SENECHAL
Il y aura aussi des embauches de professeurs français pour pallier à la fin de ces ELCO ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors de façon générale, nous avons une politique de langue – ça vaut pour le turc et l'arabe mais ça vaut pour l'ensemble des langues - qui va nous amener d'abord à renforcer l'enseignement des langues de façon générale dans notre système scolaire, et aussi de le renforcer dans le périscolaire, notamment dans ce qu'on appelle le plan mercredi. Avoir donc des enseignants, des assistants de langue étrangère et ça vaudra pour les différentes langues et, bien entendu, c'est un bel objectif que d'avoir un enseignement de grande langue de civilisation que sont l'arabe ou le turc dans un cadre totalement républicain. (…)

LORRAIN SENECHAL
Jean-Michel BLANQUER, ministre de l'Education nationale, invité de Franceinfo ce matin. On parlait des rythmes scolaires. Vous êtes critiqué par certains syndicats, notamment l'UNSA, qui estime que l'organisation est mal faite et que parfois les enfants sont laissés justement au niveau du périscolaire à des organisations qui prônent l'islam politique. Qu'est-ce que vous leur répondez ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Je n'ai pas entendu cette critique de la part de l'UNSA. Ce serait un peu bizarre puisque je ne suis évidemment pour rien dans ce que vous dites-là. En revanche, nous agissons pour que ça change.

LORRAIN SENECHAL
Le périscolaire, disons, c'est votre ministère qui doit l'organiser.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bien sûr, bien entendu, mais il faut voir la situation que j'ai trouvée, la situation que nous sommes en train de créer. Nous avons créé précisément ce plan mercredi dont je parlais tout à l'heure pour qu'il y ait plus d'activités proposées aux enfants dans le cadre périscolaire. Et la situation que j'ai trouvée quand il y avait la semaine de quatre jours et demi finalement imposée à tous, c'était une situation où il y avait une très grande hétérogénéité des activités périscolaires proposées par les communes. Et nous avons voulu aider les communes les plus en difficulté au travers du plan mercredi, qui en réalité ne concerne pas que le mercredi d'ailleurs mais l'ensemble des activités périscolaires, et nous permet de garantir plus de qualité et de donner des moyens aux communes, d'aider les communes financièrement pour qu'elles offrent des activités périscolaires elles-mêmes, dont nous garantissons donc la qualité de façon à ce qu'il ne se passe pas n'importe quoi dans ce cadre-là. On peut faire plus. Vous savez, quand je prends la mesure « devoirs faits au collège », c'est, vous le savez, une mesure d'aide aux devoirs intégrée au collège. C'est évidemment un des effets positifs de cela, c'est que ça évite d'avoir de l'aide aux devoirs fait par des associations qui ne seraient pas souhaitables.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Lorsqu'Emmanuel MACRON pointe comme risque ou comme effet concret de ce séparatisme, c'est le fait que des familles retirent leur enfant du système scolaire, notamment pour des enseignements au sein même de la famille. Est-ce que vous avez un petit peu une évolution en termes de chiffre ? Est-ce qu'effectivement le nombre d'enfants retirés du système scolaire s'accroît ? Et aussi est-ce que le nombre d'écoles musulmanes hors contrat s'accroît ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors il y a eu dans la décennie 2010 effectivement un très fort développement de l'instruction à domicile. Une des raisons pour lesquelles j'ai, dans la loi pour l'école de la confiance, intégré le principe de l'instruction obligatoire à trois ans, c'est pour aller à la racine de ce problème et faire en sorte que tous les enfants de France aillent à l'école maternelle, et qu'ainsi, dès le début de la vie si je puis dire, il puisse y avoir une intégration réussie dans l'école de la République. Ceci n'interdit pas l'instruction à domicile mais fait que nous avons renforcé, de ce fait, le contrôle de l'instruction à domicile. Donc nous nous sommes donné des moyens juridiques supplémentaires pour pouvoir aller dans la famille vérifier ce qui se passe, et notamment s'assurer que l'enfant non seulement est bien traité bien sûr, mais aussi avance sur le plan éducatif.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Comment vous expliquez qu'il y ait de plus en plus d'enfants, encore une fois, qui sont retirés du système scolaire pour un enseignement familial ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Eh bien en faisant ce que je viens de vous dire. C'est-à-dire 1 : vous avez l'instruction obligatoire à trois ans, donc les enfants doivent aller à l'école, et s'ils sont en famille on doit démontrer que l'instruction se passe selon des valeurs…

JEAN-JEROME BERTOLUS
Mais quelle est l'ampleur du phénomène ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors vous avez environ trente mille enfants qui sont dans l'instruction à domicile. Vous en avez plus de la moitié, c'est pour des raisons médicales, ça peut tout à fait s'expliquer. Vous savez le travail avec le CNED. Enfin pour l'immense majorité de ces trente mille enfants, en réalité, il n'y a pas de problème. Mais pour un certain nombre d'entre eux, il s'agit clairement finalement d'une forme de séparatisme, c'est-à-dire sépare l'enfant de l'école.

LORRAIN SENECHAL
Mais combien ? On a une idée ? Quelques centaines ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Sur les trente mille dont je viens de vous parler, je pense qu'on estime que c'est autour de deux ou trois mille qui peuvent poser un problème sous cet angle-là. Et donc nous avons renforcé complètement le contrôle de l'instruction a domicile avec des inspecteurs dédiés à ce sujet, un travail avec les communes et des critères, des systèmes d'évaluation qui nous permettent, si un enfant n'a pas progressé et si il ne grandit pas dans un contexte favorable à l'enfant, eh bien de faire une injonction de scolarisation, c'est-à-dire d'obliger la famille à mettre l'enfant à l'école.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Alors c'est formidable, en France n'importe qui peut ouvrir un établissement scolaire à partir du moment où, je crois, la personne est majeure. Est-ce que…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors c'était vrai avant et on a changé ça. Malheureusement ce que vous dites était vrai et c'était plus facile d'ouvrir une école que d'ouvrir un bar d'une certaine façon. Nous avons changé ça, notamment au travers de la loi dite GATEL, proposée par la sénatrice GATEL et que j'ai totalement soutenue, pour me donner en tant que ministre de l'Education nationale un pouvoir de refus d'ouverture d'une école, ce que j'ai fait lors de la rentrée dernière. Nous sommes désormais en situation beaucoup plus forte pour empêcher des ouvertures et c'est ce que je fais.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Combien d'écoles hors contrat et d'écoles de confession musulmane ont été fermées depuis 2017 ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors vous avez d'abord ce que vous empêchez d'ouvrir et puis ce que vous fermez. Donc j'ai empêché par exemple à la rentrée dernière vingt-sept ouvertures d'écoles sur la base de la loi Gatel que nous avions votée. Donc ça c'est un point très important. Et j'ai fait quatre fermetures l'année dernière et je vais en faire d'autres au cours des prochains temps. Fermer est plus difficile que d'empêcher d'ouvrir parce que…

JEAN-JEROME BERTOLUS
C'est ce que disent les élus locaux, ils s'en plaignent. Ils disent que l'Etat n'est pas à leurs côtés. Le maire de Mulhouse hier a dit qu'il a mis deux ans à fermer une école qui avait connu une dérive salafiste.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui mais ce qu'il dit-là, c'était auparavant. Désormais nous avons des moyens juridiques plus amples, mais c'est vrai que nous sommes dans un Etat de droit et que donc il y a un certain nombre de sujets à respecter. Mais je le dis au maire de Mulhouse comme à tout maire de France : « Nous sommes à vos côtés dans ce genre de démarche. » Donc personne ne peut dire que l'éducation nationale aujourd'hui serait laxiste sur ce sujet. Ça n'est pas vrai. Nous avons pris les mesures de droit nécessaires et nous sommes en action. Vous avez dans chaque rectorat France une équipe Laïcité valeurs de la République qui s'occupe de ces sujets et tout maire peut faire appel à l'inspecteur d'académie et au recteur pour venir en appui pour les démarches nécessaires. Nous travaillons en étroite liaison évidemment avec les préfets pour toutes ces démarches

LORRAIN SENECHAL
Jean-Michel BLANQUER, en ce moment la réforme des retraites est à l'Assemblée avec des débuts un peu houleux pour votre nouveau collègue à la Santé et aux solidarités Olivier VERAN. Pour les enseignants, vous avez assuré, promis maintes fois que leurs salaires seraient revalorisés pour que leur pension ensuite de retraite ne change pas. Vous confirmez qu'une partie des augmentations se fera au mérite ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors il y a beaucoup de choses derrière votre question. D'abord ce que je veux redire très clairement, c'est tout ce que nous faisons a comme objectif fixé et très clair…

LORRAIN SENECHAL
De maintenir les niveaux de pension.

JEAN-MICHEL BLANQUER
De maintenir les niveaux de pension.

LORRAIN SENECHAL
2 600 euros en moyenne.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Exactement. Aujourd'hui c'est 2 600 euros en moyenne, donc c'est ce niveau de pension qui va être garanti aux professeurs. Donc ça, c'est la première bonne nouvelle. La deuxième bonne nouvelle, c'est que pour y arriver, nous faisons quelque chose que de toutes les façons je souhaitais faire et je l'avais annoncé depuis mon arrivée avec tout un travail préparatoire pour cela, et qui est d'améliorer la rémunération des professeurs. Et cette rémunération des professeurs, elle va avoir une part uniforme pour garantir à tous les niveaux de retraite et puis forcément une part de mérite. Ça d'ailleurs existe aujourd'hui un peu, ça peut exister davantage notamment dans notre système de promotion. Vous savez, les professeurs le demandent dans leur majorité. On a des enquêtes qui le prouvent d'ailleurs. C'est-à-dire qu'un professeur a envie d'avoir une carrière ouverte, que des choses qu'il fait…

LORRAIN SENECHAL
Mais ils s'inquiètent qu'on leur demande de travailler plus en contrepartie.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors aujourd'hui, vous pouvez par exemple si vous faites des heures supplémentaires, de fait vous êtes rémunéré davantage. Demain, dans le nouveau système de retraite, ça comptera pour votre retraite puisque par définition, tout compte dans les rémunérations et c'est positif. Ça, c'est une bonne nouvelle. Par ailleurs, que quand on prend des charges supplémentaires on soit plus payé, ça n'a rien de scandaleux. Par exemple vous avez des professeurs qui s'investissent, et je l'encouragerai davantage encore, dans les cours gratuits Par exemple là, on va proposer de manière très volontariste, et ça rentre dans le cadre des mesures sociales dont on pouvait parler tout à l'heure, c'est-à-dire aux élèves de CM2 aux vacances de printemps et à la fin du mois d'août d'avoir une semaine de cours intensifs gratuits pour se mettre à niveau avant d'entrer en 6ème. Ce sont des professeurs qui assurent cela, et évidemment c'est rémunéré et c'est bien normal. (…)

LORRAIN SENECHAL
Jean-Michel BLANQUER, le ministre de l'Education nationale, invité ce matin de Franceinfo. Une question de Jean-Jérôme BERTOLUS.

JEAN-JEROME BERTOLUS
On vient de le dire effectivement, vous évoquez une rémunération au mérite ou une compensation par exemple quand les profs peuvent prendre des formations pendant leurs vacances. Vous le savez, vos déclarations ont provoqué l'ire des syndicats. Est-ce que vous pensez que la prochaine concertation que vous avez la semaine prochaine avec les syndicats va se passer dans un climat électrique ? Vous allez arriver à boucler cette loi avant l'été ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, bien entendu. La loi de programmation, c'est certain, sera au mois de juin. En tout cas, le projet sera prêt au mois de juin. Après, il sera voté au cours des mois suivants et je suis optimiste sur le fait d'avoir quelques syndicats, peut-être pas tous, mais d'accord avec ce que l'on propose puisque ce que l'on propose est inédit. Ça va être une augmentation des rémunérations, un cycle d'augmentations comme il n'y en a pas eu dans le passé.

JEAN-JEROME BERTOLUS
En matière d'équité pour rattraper effectivement ce qu'ils pourraient perdre dans le nouveau système. Vous, vous parlez effectivement d'une augmentation au mérite. Ça change un peu la donne.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ce n'est pas que ça. Vous voyez, je n'ai pas dit ça. Vous voyez comme il y a très facilement des caricatures. Ce sont des sujets assez complexes. Rappelons qu'il s'agit d'augmenter les salaires de salariés d'une structure, l'Education nationale, qui comporte plus d'un million d'employés. Chacun peut comprendre que c'est un peu compliqué, qu'il y a une diversité de situations et que, par ailleurs, c'est important pour les finances publiques. Nous sommes en train de faire une augmentation inédite parce que l'objectif clairement affiché par mes soins, mais aussi par le président de la République et le Premier ministre, c'est que nous soyons au cours de la décennie 2020 un des pays qui paye le mieux ses professeurs, parce que c'est un enjeu fondamental pour la nation. La France de façon générale doit investir dans son éducation. C'est la seule clé pour préparer l'avenir. Et ce travail-là, je le fais très en profondeur puisque je le fais même à une échelle européenne. Je serai demain à Bruxelles, je parle avec mes homologues européens pour qu'on ait une stratégie partagée en Europe pour investir plus dans l'éducation. Ce n'est pas seulement le développement d'Erasmus, qui vient d'ailleurs d'être discuté hier à Bruxelles, mais l'ensemble des stratégies que nous pouvons avoir en Europe pour miser sur l'avenir, miser sur l'éducation. Pour miser sur l'éducation, il faut bien payer les professeurs. Je suis fasciné de voir comment on peut commenter ce que je dis, alors que ce que je dis est ce qu'il y a de plus fort et de plus bienveillant possible pour les professeurs, donc je le dis très clairement et je dis aux professeurs qui m'écoutent : « Faites attention aux discours qui sont tenus sur mes discours. » Ce qui est très important, c'est d'écouter précisément ce que je dis et je dis : « Oui, la société française doit mieux payer ses professeurs. » Et oui ce qui va se passer, si vous me permettez l'expression, ce ne sera pas des clopinettes. Ce sera extrêmement substantiel. Sur une vie, ça va représenter plusieurs dizaines de milliers d'euros pour les personnes concernées. Nous allons rattraper en particulier les débuts de carrière et les milieux de carrière, donc c'est tout sauf faible. Et je sais bien qu'il y a des voix pour essayer de troubler tout ça, pour dire le contraire de ce que je dis, pour essayer de faire croire…

JEAN-JEROME BERTOLUS
Des voies syndicales.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Pas tous les syndicats. Tous les syndicats ne disent pas la même chose sur un tel sujet et il faut bien voir les arrière-plans politiques parfois qu'il y a autour de ça. Regardez à l'Assemblée encore hier comment une députée a essayé de donner des chiffres qu'elle sortait de je ne sais où pour essayer de faire croire que ce serait une toute petite augmentation, alors même que soi-disant elle plaidait pour les professeurs. Mais si elle est pour les professeurs, qu'elle recherche la vérité. Et la vérité, c'est qu'on est en train de programmer une augmentation très substantielle et c'est une bonne nouvelle, non seulement pour les professeurs, mais pour la France. Parce qu'on a besoin de bien payer nos professeurs et d'avoir un système éducatif de meilleure qualité dans les prochaines années grâce à ce travail que nous faisons.

LORRAIN SENECHAL
Jean-Michel BLANQUER, les relations sont compliquées avec les syndicats. Jean-Jérôme BERTOLUS l'évoquait à l'instant.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Pas tous.

LORRAIN SENECHAL
Certains en tout cas sont à bout. La CGT qui annonce ce matin sur Radio Classique qu'elle claque la porte de la conférence de financement des retraites dont les travaux ont seulement commencé hier. C'est quand même bien mal engagé.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Là, vous parlez du sujet plus général des retraites.

LORRAIN SENECHAL
Oui, plus général. Le système des retraites.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Vous parlez de la CGT dont on n'a pas tellement vu le caractère constructif dès le début.

LORRAIN SENECHAL
Vous n'êtes pas surpris.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, ça n'a rien de surprenant. Vous voyez, on ne peut pas généraliser. On ne peut pas dire les syndicats : c'est la CGT. La CGT dès le début, par la voix de Philippe MARTINEZ, a été très radicale, d'une manière d'ailleurs qui n'a pas une grande cohérence ni intellectuelle ni historique, puisqu'en réalité la réforme des retraites qui est proposée aujourd'hui est une réforme extrêmement redistributive. Qui en réalité va encore plus loin que l'esprit de l'après-guerre pour tenir compte des réalités du XXIème siècle et elle va permettre de donner de meilleures retraites à des catégories de populations les plus défavorisées. Donc la CGT est un peu à contre-emploi.

LORRAIN SENECHAL
Est-ce que vous regrettez la confusion du débat y compris à l'Assemblée ? Qui se terminera d'ailleurs peut-être par un vote bloqué ou un 49-3 de la part du gouvernement.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, évidemment la part de confusion qui existe et qui est due à une partie de l'opposition est tout à fait regrettable.

LORRAIN SENECHAL
Le 49-3, il est toujours sur la table ? C'est une possibilité ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors le 49-3 fait toujours partie de la Constitution. Il n'est jamais très souhaitable d'être obligé d'y avoir recours. Mais quand vous avez notamment La France Insoumise qui a comme stratégie de faire une sorte de guérilla parlementaire absurde, qui empêche de parler du fond. Vous savez, quand vous êtes réellement sûr de vos arguments, vous n'avez pas besoin de faire de l'obstruction parlementaire. Moi ce qui me paraît très important en démocratie, et ça touche tous les sujets dont nous parlons, c'est qu'on échange argument contre argument. Qu'on prête la bonne foi à celui avec qui on parle. Qu'on regarde réellement ce que les autres ont dit. Au lieu de cela, on a une extrême gauche, en l'occurrence LFI, qui d'ailleurs joue un peu les idiots utiles de l'extrême droite à force d'être dans cette stratégie, c'est-à-dire brouiller en effet - c'est le mot - brouiller le jeu démocratique par le mensonge et puis par l'obstruction parlementaire.

LORRAIN SENECHAL
Une dernière chose. Les épreuves de contrôle continu du nouveau bac, celui que vous avez mis en place, les fameux E3C, se poursuivent jusqu'à la fin de la semaine prochaine, très perturbées par des étudiants ou des syndicats justement inquiets qui estiment qu'ils ont été impréparés. Est-ce que les perturbations se poursuivent ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non. Alors en ce moment, vous avez les vacances de l'Ile-de-France et du coup, vous vous l'avez noté, il n'y a aucune perturbation.

LORRAIN SENECHAL
Et de l'Occitanie également.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Et de l'Occitanie, tout à fait, donc des académies de Montpellier et de Toulouse. Eh bien vous n'avez aucun trouble actuellement. Ce qui démontre d'ailleurs que dans cette histoire, c'était quelque chose d'assez ciblé géographiquement. J'étais dans l'académie de Lille il y a quelques jours, eh bien à l'ensemble des lycées – il doit y avoir autour de cent quarante lycées - à une exception près je crois, ils l'ont passé tout à fait normalement. Donc sur un million six cent mille copies…

LORRAIN SENECHAL
Les perturbations, elles étaient uniquement en Ile-de-France. C'est ce que vous dites.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non. Enfin elles étaient très concentrées dans certains endroits et notamment en Ile-de-France, attisées très souvent par des groupes politiques. Vous avez par exemple, je vais vous donner quelque chose de très concret, vous avez dans le Val-de-Marne des mairies souvent communistes qui ont l'habitude d'affréter des cars, de financer le fait que des personnes aillent protester, aillent bloquer des établissements. C'est totalement scandaleux. Avec un arrière-plan politique qu'on doit évidemment condamner. Et donc ces personnes-là vont évidemment contre l'intérêt des élèves et partout où il n'y a pas eu ce genre d'action, les élèves ont passé les E3C de manière tout à fait normale, et donc on va les continuer dans la sérénité.

LORRAIN SENECHAL
Ça se passe bien dans toute la France surtout depuis qu'il y a les vacances dans les académies de Paris et d'Occitanie.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors là il va y avoir le retour et nous allons, dans les établissements qui ne l'ont pas fait, pouvoir le faire, je l'espère, dans le calme. J'en appelle vraiment à l'intérêt des élèves : chacun doit respecter l'intérêt des élèves et laisser les élèves composer normalement.

LORRAIN SENECHAL
Merci Jean-Michel BLANQUER, ministre de l'Education nationale, et bonne journée.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 21 février 2020 
 

Lycée Baccalaureat Retraite Islam Reforme Lycee Systeme scolaire Enseignement Article 49 203000465
Date et heure de mise à jour

Interview de M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, à BFMTV le 14 février 2020, sur la revalorisation des salaires des enseignants et la réforme du BAC.

Interview de M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, à BFMTV le 14 février 2020, sur la revalorisation des salaires des enseignants et la réforme du BAC. Jean-Michel Blanquer 14/02/2020 revalorisation salaires enseignant

JEAN-JACQUES BOURDIN
Notre invité, Jean-Michel BLANQUER, ministre de l'Education nationale, bonjour !

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bonjour Jean-Jacques BOURDIN.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci d'être avec nous, Jean-Michel BLANQUER. Nous allons parler du grand oral du bac mais je voudrais commencer quand même avec la réforme des retraites et avec la revalorisation des enseignants parce que je sais que les enseignants sont très attentifs à ce que vous allez dire. Si j'ai bien compris, vous me corrigez si je dis des bêtises, revalorisation de 500 millions d'euros en 2021, c'est cela ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est le chiffre.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Qui s'ajoute à l'augmentation budgétaire naturelle si je puis dire, donc c'est 500 millions qui s'ajoutent à un chiffre de l'ordre de 800 millions à un milliard, autrement dit ça fait une augmentation budgétaire l'année prochaine entre 1,3 milliard et 1,5 milliard injectés dans le pouvoir d'achat des enseignants.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors qui sera augmenté ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est tout l'enjeu du dialogue social que nous avons actuellement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ce qui est certain c'est que les débuts de carrière et les milieux de carrière seront les plus augmentés surtout dans un premier temps parce que tout ça va être ensuite sur plusieurs années mais c'est eux qui substantiellement vont le sentir le plus au début puisque c'est eux qui ont besoin d'être rattrapés, on a besoin…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc début de carrière je vais toucher, je suis professeur des écoles, moi je suis très pragmatique…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, oui, soyez-le !

JEAN-JACQUES BOURDIN
…je suis professeur des écoles, combien vais toucher en plus l'année prochaine ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Cette somme-là…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je commence ma carrière…

JEAN-MICHEL BLANQUER
La réponse à cette question je pourrais la donner de façon, je vais vous donner un ordre d'idée, la réponse à cette question je pourrais la faire de manière beaucoup plus définitive au mois de juin quand sera terminé tout le processus de dialogue social que nous sommes en train d'accomplir. En ce moment nous avons presque tous les jours du dialogue avec les organisations syndicales pour regarder les scénarios, pour partager ensemble la vision qu'il y a derrière cela. Et donc c'est au mois de juin dans une vision complète de l'évolution de notre système que l'on pourra dire ce qu'il en est. Par rapport à des chiffres qu'on a pu parfois entendre qui étaient souvent minimisés par tel ou tel analyste en réalité c'est des sommes qui peuvent facilement aller de l'ordre de plus de 50 euros par mois pour un jeune par exemple en plus du salaire dès la première année ! Donc sur une année ça veut dire quelque chose entre 500 et 1.000 euros de plus qui s'ajouteront ensuite aux années suivantes à d'autres augmentations de même nature, donc sur plusieurs années c'est un rattrapage complet que l'on veut. Ce que l'on souhaite c'est que tout au long de la décennie 2020 on ait un rattrapage de la France en la matière parce que comme je l'ai dit depuis deux ans et demi ce n'est pas normal que les professeurs français ne soient pas bien payés surtout en début et en milieu de carrière et donc nous devons rattraper cela de façon à être à la fin de la décennie 2020 un des pays où les professeurs sont les mieux rémunérés d'Europe.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors j'ai plusieurs questions, est-ce que les enseignants qui ne connaîtront pas le nouveau système à points seront eux aussi augmentés, les plus anciens en quelque sorte ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Là aussi c'est l'objet du dialogue social, forcément moins que les jeunes puisqu'aujourd'hui…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Moins que les jeunes mais ils seront augmentés ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, en tout cas je vise cet objectif et c'est ce dont nous parlons avec les organisations syndicales. Après c'est une question de justice sociale si je puis dire entre l'ensemble des personnes, il faut qu'on ait un système juste, or aujourd'hui en fin de carrière vous êtes plutôt bien payé contrairement à ce qui se passe en début et en milieu de carrière pour un professeur. C'est pour ça d'ailleurs qu'on a aujourd'hui une retraite d'assez bon niveau pour les professeurs, c'est en moyenne 2.600 euros par mois, et c'est pourquoi nous nous sommes engagés à ce que ce niveau de retraite ne baisse pas.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Eh oui !

JEAN-MICHEL BLANQUER
Donc je rappelle qu'en réalité, je sais bien qu'il y a un climat difficile autour de ça parce que certains ont des doutes, du scepticisme et attendent de voir pour croire d'une certaine façon, mais je rappelle que notre objectif c'est, un, pas de baisse des retraites, donc maintien d'un niveau très correct de retraite, c'est le cas aujourd'hui, encore une fois c'est le chiffre que j'indiquais à l'instant.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il n'y aura pas de baisse des retraites, là vous vous engagez…

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est un engagement très fort !

JEAN-JACQUES BOURDIN
…avec le nouveau système.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Absolument, c'est vraiment notre point de repère, la clé de voûte de ce que nous sommes en train de faire c'est de créer un système de rémunération qui permettra de garantir le niveau de retraite des professeurs et des personnels de l'Education nationale, c'est ce que j'ai dit depuis le début et ce que nous sommes en train de faire ! En réalité, si vous prenez chacune de mes déclarations depuis le début nous sommes en train d'accomplir progressivement chaque chose mais nous le faisons dans le cadre du dialogue social pour un système très complexe, c'est un million d'employés, rappelons-le, c'est une des plus grosses structures du monde, et donc pour cela nous devons faire aussi une sorte de modernisation générale de nos ressources humaines.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Autre question, est-ce que le niveau d'augmentation sera le même pour un professeur des écoles, un prof de collège et un prof de lycée ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est toujours le même raisonnement, nous avons des rattrapages plus importants à faire pour certains que pour d'autres. Donc aujourd'hui c'est à l'école primaire que les professeurs sont disons moins bien payés si on les compare à ce qui se passe dans d'autres pays, donc les rattrapages seront plus importants probablement à l'école primaire que dans le secondaire, ça fait partie des choses sur lesquelles nous travaillons, mais il y en aura dans les deux cas.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que des contreparties seront demandées, est-ce que vous allez demander aux enseignants des contreparties à ces augmentations ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Je parle, moi, d'évolution systémique, c'est-à-dire qu'il n'y a pas qu'une seule bonne nouvelle pour les personnels au travers de ce qui va se passer dans les six mois, il y a la question de la rémunération mais il y a la question du bien-être au travail, nous en parlons par exemple pour les directeurs d'école, nous allons en parler au titre de l'éducation prioritaire. Il va y avoir une amélioration de la formation continue, il va y avoir une amélioration de l'égalité homme-femme, bref, c'est toute une série de sujets qui font système. Et dans ce cadre-là nous devons réussir à ce que notre système soit meilleur, non seulement on doit avoir des professeurs qui auront plus de bien-être au travail mais ce faisant des élèves qui réussissent davantage. Un exemple typique c'est comment on améliore le remplacement dans notre système scolaire, comment par le bien-être au travail aussi on réussit à diminuer l'absentéisme, bref, comment on fait un système qui tout simplement est gagnant-gagnant si je puis dire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, oui mais, Jean-Michel BLANQUER, là je vous repose la question, est-ce que des contreparties seront demandées aux enseignants ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
On revisite…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que par exemple on leur demandera de travailler plus, d'accomplir des heures supplémentaires ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ils le font déjà !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui mais je suis d'accord !

JEAN-MICHEL BLANQUER
Aujourd'hui nous avons un système…oui…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le professeur qui ne fera pas plus d'heures supplémentaires sera-t-il augmenté ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Il y a deux dimensions…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je renverse la question !

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, oui, oui, oui, on peut tout à fait le voir comme ça, il y a deux dimensions en réalité, il y a une dimension commune à tous et cette dimension commune à tous va faire qu'il y a une augmentation pour tous puisqu'il faut monter le niveau général des rémunérations. Et puis bien entendu il y a une dimension de mérite, ça existe déjà en partie, on va probablement l'accentuer pour voir comment motiver tout le monde !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il y aura une dimension de mérite au coeur de cette revalorisation des enseignants !

JEAN-MICHEL BLANQUER
Je ne dirai pas au coeur, en plus, c'est-à-dire que vous avez et la dimension commune…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais toujours dans la même enveloppe…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Toujours dans la même enveloppe qui, je rappelle, est sur plusieurs années.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire qu'on va demander aux professeurs de travailler plus pour gagner plus…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non ?!

JEAN-MICHEL BLANQUER
…on va d'abord rendre visible l'invisible.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Franchement non ?! Franchement, Jean-Michel BLANQUER…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Si vous me laissez développer le raisonnement je le ferais bien volontiers.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Allez-y, allez-y, parce que là il y a un doute !

JEAN-MICHEL BLANQUER
D'abord qu'il y ait des éléments non définis c'est le principe même du dialogue social, on s'écoute, on regarde, on fait des propositions. Dans une démocratie sociale apaisée où on arrive à discuter tranquillement de ces sujets on est tout à fait en mesure de dire la nation française va mettre plus d'argent dans son éducation, c'est la cause que je porte, et d'ailleurs tout pays moderne doit faire ça, c'est-à-dire investir plus dans son éducation. Ça signifie notamment une amélioration de la rémunération des professeurs, amélioration de base pour tous, donc ce sera le lot commun. Par-dessus le marché nous devons mettre des éléments de motivation et les professeurs attendent cela, il est normal de vouloir avoir une carrière dynamique, par exemple on va développer les enjeux de deuxième carrière ! Vous avez aussi de plus en plus de personnes qui ayant fait une carrière ailleurs qu'à l'Education nationale deviennent professeurs, ces personnes-là parfois ont des problèmes de rémunération parce qu'ils ont très peu d'ancienneté et parfois ils peuvent aussi prendre des responsabilités dans l'Education nationale. Tout ça c'est des sujets de ressources humaines dynamiques que nous devons voir, donc j'essaye de sortir aussi des débats binaires « est-ce que c'est la même chose pour tous ? Est-ce que c'est travailler plus pour gagner plus ? » En réalité c'est plus compliqué que ça, c'est à la fois mieux que ça, c'est-à-dire c'est comment on motive notre système, comment on donne du dynamisme à notre système, comment en ouvre des horizons à tous les acteurs de l'Education nationale. C'est un jeu gagnant-gagnant parce qu'on va y mettre beaucoup de moyens !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, gagnant-gagnant mais…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Je voudrais le signaler que je joue à l'échelle européenne, j'en parle par exemple avec des homologues d'autres pays parce qu'en réalité c'est une stratégie pour l'Europe aussi d'investir davantage dans son éducation et donc dans la rémunération de ses professeurs.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. Parlons du bac, de ce nouveau bac juin 2021, ça a commencé un peu dans la pagaille, pardonnez-moi d'ailleurs, c'est une réalité, ça a commencé dans la pagaille…

JEAN-MICHEL BLANQUER
La pagaille, là où des gens ont mis la pagaille sinon il n'y a pas eu de pagaille !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, peut-être, mais…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui mais ça fait une grande différence, il y a dans 85 % des établissements personne n'a mis le trouble et donc les choses se sont passées normalement ! Vous avez des gens qui ont dit à l'avance, vous savez ce qui s'est passé, non mais en deux mots quand même.

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'explique, premières épreuves continues en première dans les lycées français, combien de lycées n'ont pas été perturbés ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
85 % des lycées français n'ont pas été perturbés et donc les 15 % restants vous en avez un tiers où on a été obligé de faire des reports de l'examen. Et qu'est-ce qui s'est passé dans ce 5 % qui a monopolisé l'attention médiatique, c'est tout simplement que vous avez eu des activistes, des gens très militants qui ont essayé de troubler les épreuves ! Je condamne fermement ce qu'ils ont fait, ça a été au détriment des élèves concernés, mais vous pourriez avoir des dizaines de milliers de témoignages d'endroits où ça s'est passé normalement et quand tout le monde a travaillé normalement les choses se sont passées comme il le fallait. Ce qui est quand même dérangeant dans notre démocratie c'est que vous avez des gens qui disent « ouh là, là, ça va mal se passer ! » pour des raisons qui ne sont pas très claires d'ailleurs puis une fois que ça se passe ils font tout pour que ça se passe mal, ils disent « ah on vous l'avait bien dit, ça se passe mal ! » C'est en quelque sorte des pompiers pyromanes, d'ailleurs très peu pompiers et très pyromanes, c'est-à-dire qu'ils essayent d'accomplir les prophéties…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je vous sens très remonté…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Parce que ce n'est pas normal !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Très en colère !

JEAN-MICHEL BLANQUER
Contre les adultes qui font ça, oui, on peut dire qu'il y a matière à être en colère.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ou contre les enseignants qui font cela ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Malheureusement, heureusement plutôt ce n'est pas toujours des enseignants, il peut y avoir…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais ça a été aussi des enseignants, ils seront sanctionnés ces enseignants ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Là j'ai deux principes extrêmement clairs, d'une part vous avez les élèves, d'autre part vous avez les adultes. S'agissant des élèves notre bienveillance évidemment est complète, c'est-à-dire notre but est que chaque élève ait une note, c'est bien le moins.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pas un zéro.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Sur 1,7 million de copies attendues on en a déjà plus de 1,5 million et les derniers qui doivent composer tout au long du mois de février vont le faire. On a parlé beaucoup de ces histoires de zéro, ça concerne moins de 200 lycéens sur plus de 500.000 et on va régler ces cas au cas par cas.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Au cas par cas, c'est-à-dire qu'ils n'auront pas automatiquement un zéro.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, ils sont reçus par le proviseur, on leur dit « il ne faut jamais recommencer ça » et si c'est bien compris ils n'auront pas leur zéro.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et pour les enseignants ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Je dirais les adultes parce qu'il y a eu un entremêlement de différents acteurs, le droit, tout le droit, rien que le droit, on n'a pas le droit de faire des choses contraires au droit pénal dans notre pays. Bloquer un établissement c'est illégal, accomplir des violences physiques ou verbales c'est illégal. Il y a par ailleurs des sujets de déontologie dans notre métier, on ne fait pas n'importe quoi quand on est fonctionnaire de la République, donc le droit s'appliquera sans exagération, sans minimisation.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Des enseignants seront sanctionnés ?!

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, bien sûr, il y a des procédures qui ont déjà commencé, bien sûr.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Des enseignants seront sanctionnés…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Tout fonctionnaire qui ne respecte pas les droits et devoirs de son état évidemment doit subir les conséquences.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Nouvelle session en avril, mai, c'est ça ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est une toute petite minorité, je ne veux pas que des gens s'habituent à ce qu'on puisse violer des règles impunément alors même que notre mission à l'Education nationale c'est de montrer l'exemple.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Nouvelle session en avril, mai…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, là, vous le savez, l'ouverture de ces questions est maximale, c'est-à-dire il y a tout ce dialogue social, on a un comité de suivi du baccalauréat avec les organisations syndicales, les organisations représentatives…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, on peut aménager…

JEAN-MICHEL BLANQUER
On peut assouplir, je n'ai jamais dit que tout était parfait, il y a bien évidemment des vertus dans ce contrôle continu notamment de mise au travail des élèves, de travail d'équipe accentué. D'ailleurs tous les endroits où ça s'est bien passé ils font des témoignages très intéressants, il y a aussi beaucoup de gens qui sont fatigués, ils sont fatigués non pas par l'épreuve elle-même mais par ces troubles qui ont été causés autour. Je veux dire de ce point de vue-là toute ma solidarité avec les chefs d'établissement, avec l'ensemble des professeurs qui travaillent bien parce que, vous voyez, on est amené à discuter d'une toute petite minorité qui met le bazar mais l'immense majorité des professeurs la France doit les respecter, dire son admiration, son soutien parce qu'il y en a eu beaucoup aussi qui ont fait leur travail comme il faut avec des innovations extrêmement intéressantes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le contrôle continu entrera pour 30 % dans la note finale du bac…

JEAN-MICHEL BLANQUER
En tout c'est 40 %, vous avez 30 % au titre de ces épreuves-là et 10 %…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et 10 % les bulletins scolaires.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Exactement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
D'ailleurs pourquoi ne pas tenir compte du travail première, terminale en permanence ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est ce qu'on fait pour 10 % de la note.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ou un contrôle permanent, un contrôle continu permanent c'était une solution !

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, il y a des avocats éloquents de ce que vous dites et on peut très bien entendre cette argumentation. Mais justement pendant le dialogue social qui a permis l'élaboration du baccalauréat vous aviez deux thèses, vous aviez la thèse de la simplicité, c'est la thèse que vous venez de défendre, et puis la thèse de l'objectivité, c'est-à-dire tous ceux qui disaient « mais, attention, si c'est que le bulletin ça va être trop différent d'un établissement à l'autre ». Et c'est à ce titre-là qu'avec les partenaires on a conçu ce qu'on appelle aujourd'hui les E3C, c'est-à-dire des épreuves qui sont plus objectivées et qui sont quand même très intéressantes ! Parce que vous avez une banque de sujets, cette banque de sujets on va probablement la rendre de plus en plus publique, tout le monde pourra la regarder, mais c'est des centaines de sujets. Et on me dit parfois « oui mais les sujets circulent sur Internet », je dis « tant mieux puisque grâce à ça les élèves tout simplement se préparent », le but n'est pas de piéger les élèves, c'est tout simplement qu'ils travaillent en continu et qu'ils se préparent. Donc dans le futur vous aurez des sujets qui seront tout à fait disponibles pour tous comme on avait les annales depuis longtemps, les élèves se prépareront, on sera dans quelque chose de beaucoup moins artificiel que ce que l'on a connu dans les décennies précédentes parce que les élèves tout simplement travailleront davantage en continu, c'est le but visé, le but c'est tout simplement l'approfondissement, la hausse du niveau général.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. Et en juin 2021 donc le nouveau bac avec ce grand oral qui va durer 20 minutes, on est bien d'accord.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, tout à fait.

JEAN-JACQUES BOURDIN
20 minutes j'imagine, je suis candidat, j'arrive, j'ai choisi deux spécialités, on est bien d'accord, et j'ai choisi dans mes spécialités deux sujets.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Tirage au sort, non ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, le jury choisit lequel des deux il veut vous passer.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Voilà, je serai devant deux profs, c'est bien ça ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, tout à fait.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça va durer 20 minutes, cinq premières minutes un exposé, je serai là à l'oral, pendant 10 minutes les profs vont me poser des questions et les cinq dernières minutes finalement je vais présenter ma future vie professionnelle, c'est cela ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Comment je vois le futur, ce n'est pas forcément ma vie professionnelle parce qu'à 17 ans ou 18 ans vous ne le savez pas forcément mais en tout cas comment vous voyez au moins l'année d'après puisque quand vous êtes au mois de juin d'une année en général vous avez une idée de ce que vous voulez pour la suite.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Gros coefficient, filière générale, coefficient 10, et filière technologique, coefficient 14.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Exact.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est une manière de préparer les enfants à ce qu'ils feront plus tard, à leur vie professionnelle ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Mais oui, c'est tout à fait ça, c'est un signal qui est envoyé à tout notre système scolaire depuis la petite section de maternelle à la terminale et qui est : parler, c'est important, savoir se tenir …Vous savez ça se passera debout sur les deux jambes avec une capacité à écouter puisque c'est un échange, une capacité à argumenter et on le sait, c'est fondamental dans la vie, dans la vie personnelle comme dans la vie professionnelle. Or, on sait aussi que c'est un point faible en France et puis regardez dans notre vie publique comment on est parfois, on ne s'écoute pas assez, on voit aussi parfois que certains se sentent mal à l'aise pour s'exprimer alors que dans d'autres pays, on réussit ça mieux que nous. Nous, on a d'autres points forts mais ça, ce n'est pas un point fort de la France, en tout cas pas un point fort pour suffisamment de monde aujourd'hui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que ça ne favorise pas les inégalités sociales ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Je pense que c'est le contraire, c'est le moment de compenser une inégalité sociale parce qu'aujourd'hui, si vous regardez notre société justement, le fait de bien s'exprimer ou pas, c'est une inégalité sociale. Ça, c'est un fait d'aujourd'hui. Demain parce que ce sera un point de repère pour toute la société, on aura entraîné de manière naturelle dans le système scolaire tout enfant, quel que soit son milieu social, à vaincre sa timidité, à se sentir à l'aise à l'oral puis ça, ça va développer des tas de choses, comme les pratiques de théâtre, les pratiques sportives.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il va falloir préparer ces élèves à passer ce grand oral.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bien sûr.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que les profs sont formés pour ça ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
De plus … alors que certains oui, par exemple, vous avez beaucoup de professeurs de lettres qui sont aussi professeurs de théâtre, vous avez beaucoup d'initiatives qui sont prises. On vient de créer dans 300 collèges de France une demi-heure d'éloquence qui est déjà un premier succès, une première expérimentation. Donc de plus en plus, on va généraliser ces pratiques et puis la formation continue des professeurs va tenir compte de plus en plus de ces compétences que nous voulons donner d'abord aux professeurs eux-mêmes d'ailleurs puisque ce sont des professionnels de la parole mais aussi aux élèves bien sûr.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je voudrais terminer avec le communautarisme puisque le président de la République va s'exprimer la semaine prochaine sur le sujet. En fait, à l'Elysée, on dit : il faut reprendre le contrôle. On a perdu un peu le contrôle d'une certaine … ? On a laissé s'installer un communautarisme qui aujourd'hui devient plutôt insupportable ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui je pense qu'on peut dire ce que vous venez de dire. Ce n'est pas évidemment d'hier matin, ça fait 2 ou 3 décennies que le problème s'est instillé dans notre société, pas seulement la société française, en Europe.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je sais que vous réfléchissez beaucoup sur la place de la laïcité.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bien sûr et de façon plus générale sur la possibilité pour la République de faire respecter ces règles sur l'ensemble du territoire et je pense qu'on a laissé s'installer notamment un islam politique dans notre pays qui est potentiellement dangereux.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que les règles de financement de l'islam, est-ce que la formation des imams vont être revues ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui et c'est d'ailleurs les musulmans eux-mêmes, les musulmans républicains qui sont la majorité de nos concitoyens de confession musulmane qui demandent une telle chose puisque qui sont les premières victimes des phénomènes extrémistes que l'on constate ? Les musulmans républicains, nos concitoyens qui ne demandent qu'une chose, c'est vivre une vie normale, avoir leur foi si tel est leur cas et de cette façon tranquille et de façon non prosélyte, donc bref comme toutes les autres religions dans notre pays et de manière, je dirais, normale. Donc c'est cette ce besoin de normalité, ce besoin de convivialité, ce besoin de civilité que tous nos concitoyens ressentent et on voit qu'il y a des petites minorités actives au sein de tel ou tel groupe dans la République qui cherchent à pousser les choses, parfois encouragés par des financements étrangers. C'est donc ces éléments-là qu'il faut évidemment réguler et c'est ce que le président de la République a décidé de prendre à bras-le-corps.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Sur la formation des imams, il y aura des nouveautés ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Encore une fois, ce n'est pas à moi d'annoncer ce genre de chose, c'est un travail collectif à l'échelle du gouvernement et sous l'autorité du président et du Premier ministre et le moment venu effectivement, le président proposera des mesures.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Sur la formation des imams entre autres ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ça peut être l'un des sujets. Là, c'est un sujet que regarde le ministre de l'Intérieur avec une série d'interlocuteurs. Nous sommes tous très attentifs à ça, oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pas de vision multiculturelle à l'anglo-saxonne ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, je dirais que c'est l'inverse. Notre société française s'est bâtie sur tout à fait autre chose que le modèle multiculturel anglo-saxon ; j'observe d'ailleurs que parfois vous avez des influences venues des Etats-Unis qui cherchent à pousser cette communautarisation de notre pays, vous avez des formations de jeunes aux Etats-Unis qui est ensuite reviennent en contestant le modèle républicain laïc français. Il faut être conscient de ce genre de problème ; on doit être très fier du modèle français, c'est un modèle qui est loin d'être désuet, je dirais que le modèle républicain, c'est justement ce dont on a besoin au XXIème siècle pour respecter nos différences mais en même temps, faire du commun.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les cours de laïcité à l'école, on pourrait imaginer ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
De toute façon, l'éducation morale et civique que nous développons bien entendu inclut la laïcité.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci Jean-Michel BLANQUER.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 17 février 2020 
 

Enseignant Lycée Enseignant Politique des salaires Systeme scolaire Retraite Baccalaureat Lycee Reforme Matiere enseignee 203000431
Date et heure de mise à jour

Interview de M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, à France Culture le 6 février 2020, sur la réforme du BAC et la mobilisation des enseignants.

Interview de M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, à France Culture le 6 février 2020, sur la réforme du BAC et la mobilisation des enseignants. Jean-Michel Blanquer 6/02/2020 réforme du BAC mobilisation enseignants

GUILLAUME ERNER
Les épreuves du baccalauréat nouvelle formule pourront-elles se dérouler comme prévu ? Alors que se multiplient les actions de blocage dans des lycées, des enseignants et des élèves marquent ainsi leur opposition aux nouvelles modalités de l'examen. Réforme du bac, colère des enseignants et des élèves, le gouvernement doit-il revoir sa copie ? Pour en parler je suis en compagnie du ministre de l'Education nationale, Jean-Michel BLANQUER, bonjour.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bonjour.

GUILLAUME ERNER
Tout à l'heure vous serez rejoint par le chercheur en pédagogie Philippe MEIRIEU, avec lequel vous débattrez de cette réforme, et on va longuement, bien entendu, évoquer votre projet pour l'école, Jean-Michel BLANQUER, mais tout d'abord une question sur ce que l'on pourrait qualifier de mauvaise passe, la mauvaise passe du gouvernement avec une série de couacs, avec ce que Libération appelait « une boulette géante », quel est votre sentiment sur cette succession de problèmes, ce refus de porter la période de congé pour le deuil d'un enfant de 5 à 12 jours, et puis les autres questions qui semblent déchirer la majorité ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Il y a différentes choses que vous rassemblez dans ce que vous venez de dire, ce qui est certain c'est que la semaine dernière n'a pas été très bonne, et il y a eu au moins deux erreurs qui ont été reconnues, tout simplement, qui ne sont pas forcément, d'ailleurs, des erreurs qui étaient dues à telle ou telle personne, mais parfois à des sortes de logique de situation, mais il est évident que ça n'a pas été une bonne semaine. En revanche, que tels ou tels problèmes, qui ont eu la semaine dernière, occultent d'autres choses qui se passent et qui, en réalité, sont plus importantes et plus structurelles, je pense à la baisse du chômage, je pense aux bons chiffres de l'apprentissage, qui s'articulent d'ailleurs avec des choses qui sont bonnes aussi en ce moment dans l'enseignement professionnel français, une série de nouvelles, en réalité, qui touchent beaucoup plus la vie des Français, doivent être aussi soulignées, et je pense qu'il faut qu'on sache un peu avoir des visions équilibrées de l'actualité, et puis aussi, peut-être, une mise en perspective, parce que je pense que quand on regarde dans la durée il y a toujours eu ce genre de difficultés à certains moments. Maintenant voilà, je pense que ce qui est important c'est de reconnaître une erreur, c'est ce qu'a fait Muriel PENICAUD s'agissant de cet amendement, mais pour justement essayer de faire mieux maintenant, notamment en ayant une approche plus approfondie du problème, idem pour Nicole BELLOUBET, qui a reconnu que sa phrase était malheureuse, donc je pense qu'il faut maintenant passer à autre chose.

GUILLAUME ERNER
Juste, une dernière question là-dessus, est-ce que ça ne renforce pas le procès en arrogance, en inhumanité, de ce gouvernement ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Dans la dernière phrase que je viens de vous dire il y a peu d'arrogance, puisque je vous dis que, et Muriel PENICAUD, et Nicole BELLOUBET…

GUILLAUME ERNER

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, mais pas de ma part, mais même de la part de…vous savez c'est… justement de non arrogance que de reconnaître une erreur, et c'est ce qu'elles ont fait toutes les deux, donc voilà, et même, d'ailleurs, le Premier ministre a également pris l'erreur, qui n'était pas que de Muriel PENICAUD, mais qui était de la mauvaise préparation de ce débat, et n'avoir pas vu le sujet dans toute sa plénitude. Voilà, ça a été dit, donc je pense que non, ce n'est pas de l'arrogance, c'est tout simplement, vous savez, il y a beaucoup de sujets tous les jours, on est dans des sociétés complexes, tout le monde est très exigeant avec un gouvernement, c'est normal d'ailleurs, maintenant il faut aussi raison garder dans le débat public et savoir avoir une vision équilibrée, peut-être de temps en temps aussi savoir parler des choses qui s'améliorent et puis créer des cercles vertueux dans notre pays, parce que, vous savez, l'avenir de notre pays dépend de chacun d'entre nous, ce n'est pas que un gouvernement et une société.

GUILLAUME ERNER
Jean-Michel BLANQUER, vous publiez un dialogue avec Edgar MORIN, « Quelle école voulons-nous ? La passion du savoir. » Et alors, dans ce livre, on vous découvre très agacé par la sociologie de l'éducation, « il me semble », dites-vous, « qu'il existe une tendance, dans la sociologie française, à lire la société à travers le seul prisme des inégalités », et vous dénoncez une sorte de pessimisme de principe. Expliquez-nous.

JEAN-MICHEL BLANQUER
De façon générale le pessimisme n'est pas ma tasse de thé, vous le voyez dans ce que je vous ai dit avant, c'est-à-dire que, dans la vie on peut toujours souligner ce qui ne va pas, et il y a toujours des choses qui ne vont pas, et c'est utile, et nous savons assez bien faire ça, et heureusement, ça s'appelle aussi la base de l'esprit critique, maintenant ça ne doit pas nous emporter vers une sorte de cercle vicieux. Je n'ai rien contre la sociologie de l'éducation, au contraire, j'en lis beaucoup, et j'ai certains livres qui sont des références pour moi, donc ce n'est pas du tout une attaque contre la discipline, bien au contraire. Par contre, ce que j'observe c'est que, un certain discours sur les inégalités, pas tous les discours, parce qu'il faut parler des inégalités, il y en a, il faut les pointer, c'est ce que je fais d'ailleurs très fortement, notamment dans notre politique d'éducation prioritaire, mais pour aller vers des solutions. L'exemple typique, que je cite souvent, c'est cet élève, issu de milieu défavorisé, qui racontait, a posteriori, que quand il entendait les théories de BOURDIEU sur les inégalités, il se sentait assigné à ces difficultés. Autrement dit, ce qu'il comprenait de ce qu'on lui disait, quand on lui disait qu'il y avait une forme de fatalité, de destin déjà tracé, pour quelqu'un quand il est enfant, eh bien il se disait « ah ben ça veut dire que donc je ne vais pas m'en sortir. » Donc c'est cela que je pointe, c'est que, à force… ça ne veut pas dire que certaines théories ou certaines de nos analyses sont fausses, ça veut dire que parfois on se complaît dans cela, on oublie de voir les portes de sortie, on oublie de souligner ce qui va, et on oublie de souligner les leviers qui nous permettent de lutter pour de vrai contre les inégalités.

GUILLAUME ERNER
Parce que BOURDIEU dit précisément l'inverse, qu'il révèle des inégalités pour que celles-ci soient conscientisées…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Après il y a beaucoup de choses qui ont été faites, au nom des théories de BOURDIEU, qui nous ont conduits à plus d'inégalités que…

GUILLAUME ERNER
Par exemple ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
L'édulcoration des savoirs par exemple, c'est un exemple typique. On dit, comme la culture classique serait une culture bourgeoise il faudrait finalement ne plus la transmettre parce que sinon on avantage les enfants de bourgeois, ça c'est typiquement une fausse idée, c'est-à-dire que, en faisant ça on a tout simplement édulcoré les savoirs, et par contre les enfants favorisés, eux, dans la famille, peuvent compenser cela, ce qui n'est pas le cas des enfants défavorisés. Donc, il faut avoir un diagnostic juste pour poser un pronostic juste, et on doit pointer les inégalités, mais pour les combattre.

GUILLAUME ERNER
Précisément, votre réforme du CAPES, dont on parle peu parce qu'on parle beaucoup de la réforme du bac, est accusée d'édulcorer les savoirs et de tourner le dos à une répartition entre disciplines qui étaient profitables aux enfants parce que les professeurs sont formés dans des disciplines. Jean-Michel BLANQUER, que faites-vous de cette critique adressée à votre réforme ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
J'ai entendu qu'il y avait cette critique, j'ai entendu aussi la critique symétrique, autrement dit, vous savez, il y a souvent dans le débat…

GUILLAUME ERNER
…plutôt la première.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Si, si, je vous assure, je vous assure, j'ai reçu les organisations syndicales, qui représentent chacun des deux camps, puisque vous avez dans le monde syndical français les deux approches, autrement dit doit-on plutôt appuyer sur les disciplines ou doit-on plutôt appuyer sur les modes de transmission, donc sur la pédagogie, et chaque professeur sait que c'est évidemment les deux. C'est-à-dire qu'on doit à la fois maîtriser un savoir et maîtriser une pédagogie, il faut avoir la passion du savoir et la passion des élèves, et le CAPES doit évoluer d'une manière qui justement permet d'avoir ces deux qualités-là. Quand vous passer le CAPES, normalement vous avez déjà votre master, vous avez déjà prouvé des choses en matière disciplinaire, il faut le reprouver en partie à l'occasion du CAPES, bien sûr, je serai le dernier à vouloir édulcorer ça, mais il faut aussi montrer aussi une capacité pédagogique, notamment à l'oral, ce qui est quand même la fonction du professeur, et on a donc parlé d'une leçon, ce qui… faire une leçon n'est pas sombrer dans un quelconque délire pédagogique, c'est juste avoir la volonté de faire démontrer aux futurs professeurs un panel de qualité qui sont indispensables.

GUILLAUME ERNER
Mais alors ce que certains professeurs redoutent, et je ne parle pas de syndicats, c'est par exemple la possibilité de devoir faire un cours, remplacer un prof absent dans une autre discipline que la leur, ils ont raison d'avoir peur ou c'est une hypothèse qui est écartée ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Là c'est un tout autre sujet que vous abordez-là, ça n'a pas de rapport avec le CAPES…

GUILLAUME ERNER
Mais ça a un rapport avec la question de la discipline.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui. Alors, vous avez aujourd'hui, en lycée, la bivalence ou la polyvalence, ça existe par exemple en lycée professionnel, les professeurs des écoles sont polyvalents, vous avez donc… et puis cette question de la discipline est en réalité chargée de bien des complexités parce que, par exemple quand vous êtes professeur d'Histoire-géographie, de fait vous êtes bivalent, vous enseignez, et l'Histoire, et la géographie, vous êtes même trivalent puisque vous enseignez l'éducation civique et morale, donc je crois que c'est un…

GUILLAUME ERNER
Mais, est-ce que vous envisagez d'augmenter cette bivalence, trivalence, quadrivalence, pour les profs dans le futur ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, pas spécialement…

GUILLAUME ERNER
Pas spécialement ou pas du tout ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, pas particulièrement, parce que je pense que ce qu'il faut c'est aussi ouvrir des possibilités aux professeurs. par exemple, vous pouvez très bien avoir un professeur de lycée professionnel qui, de fait, est bivalent, par exemple Lettres-Histoire, ça existe, et ça ne choque personne, tout le monde trouve ça bien, qui a envie de se reconvertir en professeur de collège, qui, dans le collège, pourra enseigner, et les Lettres, et l'Histoire, ça existe, ce sont des choses, donc il ne faut pas fermer des portes par rapport à ces possibilités, mais il ne faut pas en faire l'alpha et l'oméga d'une évolution du métier.

GUILLAUME ERNER
Mais si un professeur de mathématiques n'estime pas pouvoir être bivalent et enseigner autre chose que les mathématiques, est-ce qu'il y sera contraint ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, et c'est pour ça qu'il faut être beaucoup sur la base du désir, du volontariat, etc. Regardez ce que nous avons fait cette année en informatique, parmi les innovations importantes de la réforme du lycée il y a la création d'une discipline nouvelle, l'enseignement de spécialité qui s'intitule « Numérique et sciences informatique », pour cela il a fallu qu'on forme 2000 professeurs nouveaux pour cet enseignement de spécialité qui est implanté dans plus de la moitié des lycées, c'est une énorme innovation pour la France et donc pour nos élèves, eh bien on a formé ces 2000 professeurs, qui existaient déjà dans d'autres disciplines, parfois ils venaient des mathématiques en particulier, mais ils pouvaient être de sciences physiques, ils sont de facto devenus bivalents, et certains sont, et professeur de mathématiques, et professeur d'informatique, et en sont très heureux. Donc, je crois que, sur ces sujets il faut être ouvert et basé sur le volontariat.

GUILLAUME ERNER
Votre réforme du baccalauréat, Jean-Michel BLANQUER, soulève la colère des professeurs, avec beaucoup de protestation…

JEAN-MICHEL BLANQUER
De certains, pas de tous.

GUILLAUME ERNER
Alors, j'allai rajouter ça, parce qu'ensuite on va avoir des difficultés à soupeser ça, mais disons qu'il y a énormément de protestation des professeurs qui sont en colère, vous allez me dire que c'est tautologique, on entend moins les professeurs qui sont satisfaits de la réforme, même si des chefs d'établissement ont signé une tribune à ce sujet. Est-ce une colère qui, selon vous, procède d'une incompréhension de votre réforme ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
J'entends les oppositions qui peuvent exister, et c'est bien normal que tout le monde ne soit pas d'accord avec une réforme aussi importante. C'est une réforme très profonde, qui change beaucoup de choses, elle a d'abord changé la question du choix des élèves, la fin des séries était quelque chose de très attendu par beaucoup de gens, et les élèves de Première en ont bien vu les vertus en étant en situation de pouvoir choisir 3 enseignements de spécialité en Première, de faire des combinaisons correspondant plus à leurs désirs. Se faisant nous avons aussi plus approfondi ce qu'on attendait d'eux, c'est-à-dire on a des programmes plus approfondis, si vous interrogez discipline par discipline, très souvent vous verrez les professeurs, de mathématiques, puisqu'on en parlait, de physique-chimie par exemple, mais d'autres disciplines aussi, vous dire que les nouveaux programmes sont, passez-moi l'expression, mais plus sérieux, vont plus au fond des choses.

GUILLAUME ERNER
J'entends surtout dire qu'ils sont très très lourds, des programmes très lourds, qui sont exigeants, mais assez inadaptés à la pratique.

JEAN-MICHEL BLANQUER
On appelle lourd un programme sérieux qui ne nous plaît pas, mais la…

GUILLAUME ERNER
J'ai un extrait du programme de Première, « La 3e République avant 1914 », « La mise en oeuvre du projet républicain », un extrait du programme de Terminale, c'est très très large quand même, Jean-Michel BLANQUER !

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors, en Histoire il y a toujours cette difficulté que… l'Histoire est tellement dense, enfin l'Histoire qui nous précède est tellement dense que, soit on dit que c'est lourd, soit on dit qu'on a oublié de parler de ceci, de cela, donc ça a toujours été un enjeu et il n'y a pas de solution miracle, donc je reconnais volontiers que c'est dense. Maintenant, ce que j'assume, tous programmes confondus, c'est que l'objectif que nous avons poursuivi c'est, oui, en effet, d'avoir une exigence renouvelée, c'est-à-dire de se dire puisque les élèves choisissent un enseignement de spécialité, ils ne sont pas là par hasard, ils ne sont pas là parce qu'ils sont dans un couloir, ils sont là parce qu'ils ont choisi, conformément à tout ce qu'on a dit depuis le début, ce qui leur plaît, à partir du moment où ça leur plaît ils peuvent approfondir davantage et trouver du plaisir à cet approfondissement, c'est ça l'idée. Mais je reconnais que tout ceci crée du travail en plus, d'abord pour les professeurs, qui ont dû d'abord s'adapter aux nouveaux programmes, et puis, effectivement, parfois constater un hiatus entre cette exigence un peu plus forte, mais ça faisait longtemps qu'on n'avait pas peut-être fait rebondir l'exigence dans notre système, alors même que tout le monde se plaint d'un certain déclin, à commencer par les professeurs d'université qui, en première année, constataient toute une série de lacunes de nos élèves, donc on prend à bras-le-corps ce sujet dès l'école primaire, et aussi à travers la réforme du lycée, c'est donc un peu paradoxal aujourd'hui de se voir attaquer sur ce point, mais j'assume que, en effet, nous voulons rehausser le niveau général et que c'est la plus forte des mesures sociales que l'on peut prendre, parce que tout ceci c'est évidemment au bénéfice de ceux qui n'ont pas d'autres ressources que l'école pour eux, et donc c'est, à mes yeux, essentiel d'assumer ça. Et, évidemment que ça doit s'accompagner, et évidemment j'entends les difficultés pratiques que ça peut poser.

GUILLAUME ERNER
Ça veut dire que vous allez finalement réformer la réforme ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bien sûr. Il y a un comité de suivi du baccalauréat, que j'avais annoncé dès le mois de juin, qui fait partie tout à fait de la philosophie de la réforme, qui est co-présidé par…

GUILLAUME ERNER
Qu'est-ce que vous pourriez annoncer parce que, la liste des critiques adressées à cette réforme, vous dites que ça va représenter…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Le comité de suivi travaille, depuis la rentrée scolaire dernière, il a déjà fait des propositions pour faire évoluer la réforme, c'est déjà, je pense, une bonne méthode. j'ai déjà retenu plusieurs propositions, par exemple en français, on a allégé un petit peu les exigences, parce qu'on a tenu compte de ce que nous disaient les professeurs de français, en mathématiques on s'organise l'année prochaine pour que ce soit plus en groupes de compétences, tout ça ce sont des préconisations du comité de suivi, il y en aura certainement d'autres, et donc, si vous voulez, dans un système apaisé, où on est tous de bonne foi, on peut parfaitement, évidemment, améliorer tout ce qui doit être améliorable, je n'ai jamais prétendu que tout était parfait d'emblée, surtout, encore une fois, sur une réforme d'une telle ampleur, qui essaye de prendre à bras le corps des choses que beaucoup de gens pointaient depuis 20 ans, 30 ans, et évidemment, au moment où on le fait, ça bouscule un peu, ça je le reconnais volontiers.

GUILLAUME ERNER
Une surcharge de travail conséquente, vous le reconnaissez, et des professeurs qui vont recevoir, par exemple, une indemnité de 50 euros pour les copies de contrôle continu en Première, 50 euros en plus, qu'ils perçoivent comme une forme d'humiliation Jean-Michel BLANQUER ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
50 euros par paquet si je puis dire, donc il y a plusieurs paquets de copies…

GUILLAUME ERNER
Ce sont de gros paquets, ça représente beaucoup de travail.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ecoutez, que de façon générale, la rémunération des professeurs, en France, ne soit pas suffisante, s'il y a bien quelqu'un qui le dit, c'est moi, et je l'ai dit dès que je suis arrivé. J'entends dans le débat public des gens qui font comme si je n'avais pas dit ça, ou comme si je disais le contraire de ça…

GUILLAUME ERNER
Non, vous l'avez dit, mais, ensuite, qu'est-ce que vous pouvez faire pour… ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Eh bien, là je vous le dis très clairement ce matin, j'ai commencé à le dire en décembre, mais ça devient de plus en plus précis parce qu'il y a du travail qui est fait, notamment avec les organisations syndicales, que je vois demain dans un rendez-vous d'ailleurs très important, dans une étape très importante, nous sommes à la veille, ça veut dire à la veille de 2021, d'une augmentation des professeurs comme il n'y en n'a pas eue depuis très longtemps, parce que nous sommes en train de programmer, en finances publiques, cette possibilité. Nous parlons quand même d'un million de personnels de l'Education nationale, chacun peut comprendre que ce n'est pas simple, que ça va être un grand effort de la nation, mais qui va se traduire par des augmentations très substantielles, et pas de quoi se payer une pizza, comme je l'ai entendu dire, c'est beaucoup plus fort que ça ce qui se profile, notamment pour les plus jeunes, et notamment pour travailler sur l'attractivité du métier. Dans cette vision d'ensemble on doit rendre aussi visible ce qui est invisible dans le travail des professeurs, je pense en particulier aux corrections de copies justement, et donc dans ces évolutions de la rémunération on doit évidemment prendre mieux en compte ce point-là.

GUILLAUME ERNER
Alors, il y a encore une fois la question de la réforme des retraites, parce que vous dites qu'il y a une augmentation prévue, mais cette augmentation prévue elle est aussi en partie là pour compenser la perte subie par les enseignants à leur retraite avec la réforme, si celle-ci est adoptée, dans les formes où elle est censée l'être, avec dans l'étude d'impact, semble-t-il, une erreur qui a été soulevée, alors l'Humanité en parle aujourd'hui, une erreur entre le brut et le net que toucheraient les enseignants lors de leur retraite, et si cette erreur est corrigée, eh bien on se rend compte que les enseignants vont perdre 100, 150 euros par mois dans leur retraite, ce qui est évidemment une somme importante. Jean-Michel BLANQUER, qu'est-ce que vous envisagez par rapport à cette perte substantielle ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
D'abord, il y a tout un travail… tout le sujet est évidemment éminemment complexe, encore une fois on parle d'un million de personnes, on parle de l'évolution d'un système général de retraite, et ensuite de la situation spécifique des professeurs. nous sommes donc dans un travail à la fois technique et de dialogue social, qui dure environ 6 mois, depuis… enfin en tout cas avec une nouvelle étape de 6 mois, qui a commencé en janvier, qui finit en juin, dont le but a été clairement affiché, il est même explicité par le président de la République dès le mois d'avril dernier, par le Premier ministre en décembre, par notre volonté de mettre dans la loi cet objectif, c'est-à-dire de garantir que les professeurs, pour la première fois, c'est une garantie qui est mise, que les professeurs aient un niveau de pension comparable aux fonctionnaires de catégorie A, ce qui signifie, en clair, que le niveau de prime des professeurs va être, de prime pour tous, je tiens à le préciser, dans le niveau donc indemnitaire comme on dit, va être garanti à un niveau qui n'était jamais garanti jusqu'à présent. Cet objectif on le met dans la loi. Je sais qu'on me dit il y a l'avis du Conseil d'Etat, je rappelle que c'est un avis, que par ailleurs l'argumentaire est discutable, et que de toutes les façons, quoi qu'il en soit, nous avons affiché cette volonté politique, qui se verra dès le mois de juin prochain, quand on aura le projet de loi de programmation pour l'Education nationale. Donc, en réalité, on est en situation, premièrement de garantir le niveau de retraite des professeurs, deuxièmement d'améliorer leur rémunération de manière substantielle, et notamment les plus jeunes, ceux des plus jeunes et des milieux de carrière, troisièmement d'avoir une vision des ressources humaines complètement renouvelée dans l'Education nationale, c'est-à-dire que, quelque chose qui… qu'on s'occupe enfin du bien-être des professeurs, d'une gestion personnalisée des ressources humaines, c'est quelque chose de beaucoup moins anonyme, beaucoup plus dynamique, le tout au service de la qualité de notre service public d'Education qui peut être amélioré grâce à ça, parce que des professeurs mieux reconnus, matériellement et immatériellement, seront évidemment au service d'un service public d'Education toujours meilleur, c'est cela qui se joue. Donc, si vous voulez, ce qui est souhaitable c'est qu'on soit dans un système beaucoup plus apaisé, où on s'écoute, on se parle de bonne foi, moi-même je suis parfaitement capable d'entendre un certain nombre de revendications, je crois que je suis en train de vous le dire…

GUILLAUME ERNER
C'est une forme de mea culpa que vous êtes en train de faire ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ecoutez, si vous avez besoin d'un mea culpa…

GUILLAUME ERNER
Moi je n'ai besoin de rien, je vous pose la question.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Enfin il faudrait me dire sur quoi je dois faire un mea culpa, mais en tout cas…

GUILLAUME ERNER
Par exemple sur le fait que cette réforme elle est trop lourde, qu'elle provoque un contrôle continu au détriment de l'enseignement des savoirs…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Là vous revenez à la réforme du baccalauréat alors ?

GUILLAUME ERNER
Non, notamment, mais enfin bref…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Sur la question des rémunérations, si vous voulez, je veux bien faire tous les mea culpa qu'on veut, mais j'ai juste travaillé énormément depuis 2,5 ans pour arriver au résultat auquel nous sommes là, maintenant, c'est-à-dire être en mesure de faire une des plus grandes augmentations de rémunération qui a eu lieu depuis des décennies. Alors, on est tous très imparfait, et je ne prétends pas tout réussir, mais enfin, ce que je prétends c'est avoir travaillé pour les professeurs, pour l'Education nationale, en pointant des problèmes qui sont pointés depuis très longtemps, et comme souvent, quand on s'attaque pour de vrai aux problèmes, eh bien il y a du frottement, il y a de la difficulté, il y a de l'incompréhension, a fortiori quand on a un débat public tonique comme nous l'avons en France.

GUILLAUME ERNER
Jean-Michel BLANQUER, on se retrouve dans une vingtaine de minutes, vous serez rejoint par Philippe MEIRIEU, il est spécialiste des sciences et en recherche au sujet de l'éducation, et vous évoquerez avec lui vos différents projets pour l'école de demain.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 11 février 2020 
 

Lycée Baccalaureat Lycee Reforme Programme scolaire Enseignant Matiere enseignee Politique des salaires Pedagogie 203000354
Date et heure de mise à jour

Interview de Mme Frédérique Vidal, ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation, à France Info le 22 janvier 2020, sur le salaire des jeunes chercheurs, la précarité chez les étudiants et Parcoursup.

Interview de Mme Frédérique Vidal, ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation, à France Info le 22 janvier 2020, sur le salaire des jeunes chercheurs, la précarité chez les étudiants et Parcoursup. Frédérique Vidal 22/01/2020 jeunes chercheurs précarité étudiants
  • Frédérique Vidal - Ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation

SAMUEL ETIENNE
Effectivement c'est une journée importante pour les lycéens aujourd'hui, pour les élèves de terminale, avec le début de Parcoursup, et justement c'est l'une des actualités qu'on va évoquer ce matin avec notre invitée, je vous le disais, Frédérique VIDAL, bonjour Frédérique VIDAL.

FREDERIQUE VIDAL
Bonjour.

SAMUEL ETIENNE
La ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation. Johanna évoquait à l'instant la défiance encore persistante de certains lycéens vis-à-vis de Parcoursup, je ne sais pas si avez lu le journal Le Parisien, mais en fait ça vient de là, le journal Le Parisien qui évoque un questionnaire en ligne auprès des lycéens, publié en décembre dernier, 12.000 élèves qui notent effectivement sévèrement toujours Parcoursup, qui ne le jugent pas fiable, mystérieux, aléatoire, ce sont les mots qui reviennent.

FREDERIQUE VIDAL
Je crois que c'est normal, l'année où on passe son baccalauréat, où on se prépare à l'entrée dans le supérieur, il y a toujours un petit peu d'anxiété, et c'est pour ça que les équipes sont là, c'est pour ça que nous avons voulu un système qui soit très accompagné humainement, c'est pour ça que les professeurs principaux dans les lycées ont un rôle essentiel, et d'ailleurs accompagnent les élèves, et je tiens une fois de plus à les en remercier.

SAMUEL ETIENNE
Mais Parcoursup, aujourd'hui, ça marche ?

FREDERIQUE VIDAL
Bien sûr, Parcoursup ça fonctionne très très bien, ça fonctionne d'autant mieux, et on en est d'autant plus la preuve que l'an dernier c'est de plus de 100.000 personnes qui ont choisi d'utiliser cette plateforme pour reprendre leurs études, alors que, initialement elle est faite pour les néo-bacheliers et les jeunes en réorientation, et c'est pourquoi cette année nous avons mis un module supplémentaire « ParcourPlus », pour aider…

SAMUEL ETIENNE
Qui est destiné à ce public spécifique.

FREDERIQUE VIDAL
Absolument, ce public spécifique.

SAMUEL ETIENNE
Alors, Parcoursup qui évolue d'ailleurs, avec une offre enrichie, qui propose désormais l'ensemble des formations reconnues par l'Etat, c'est ça ?

FREDERIQUE VIDAL
Absolument, c'était l'objectif et c'était ce que les parlementaires avaient souhaité inscrire dans la loi, et c'est aujourd'hui le cas.

SAMUEL ETIENNE
On avait parlé ensemble la dernière fois qu'on avait échangé d'ailleurs à la suite de la réforme des études de médecine, les études de santé sont proposées, c'est la première fois, sous une nouvelle forme, soit le parcours spécifique « accès santé », on va dire classique, soit la licence avec une option « accès santé » pour ouvrir ces études de médecine à d'autres profils, c'est l'ambition ?

FREDERIQUE VIDAL
Absolument, c'est l'ambition, puisqu'en fait l'idée c'est d'avoir une diversité de profils de jeunes qui accèdent aux études en santé, donc des licences qui ont des majeures qui sont dans des disciplines différentes…

SAMUEL ETIENNE
Ça peut être le droit…

FREDERIQUE VIDAL
Et des mineures santé ; le droit par exemple ; et puis dans le cadre des parcours spécifiques « accès santé », des majeures santé, mais aussi une mineure dans une autre discipline, pour que ceux qui n'intégreront pas les études en santé puissent néanmoins réussir leur année et continuer leurs études. C'est plus de 400 licences « accès santé » qui ont été ouvertes, c'est 16 millions d'euros initialement qui y ont été consacrés, et hier soir j'ai pu annoncer que 9 millions d'euros supplémentaires allaient permettre d'accompagner les jeunes, parce que c'est aujourd'hui plus de 108 sites universitaires qui permettent d'accéder aux études de santé contre à peine plus de 60 l'an dernier.

SAMUEL ETIENNE
Là vous venez d'évoquer vos vœux que vous avez présentés hier soir, avec une annonce importante hier soir lors de ces vœux, une annonce à destination des jeunes chercheurs, ces jeunes chercheurs français qui, on le sait, sont souvent, trop souvent, condamné à aller travailler à l'étranger, estimant qu'en France il n'y a pas de moyens suffisants et que les salaires, aussi, sont insuffisants. Quelle est l'annonce que vous avez faite ?

FREDERIQUE VIDAL
Alors, dans le cadre de la préparation de la loi de programmation pour la recherche il y avait un sujet effectivement qui était prégnant, qui était celui du niveau de recrutement des jeunes chercheurs, c'était entre 1,3 et 1,4 SMIC, et hier soir j'ai annoncé que plus aucun jeune chercheur ne serait payé moins de 2 SMIC à partir de 2021.

SAMUEL ETIENNE
A partir de 2021, mais ça c'est pour répondre au fait que, notamment, partant à l'étranger ils ont des moyens plus importants.

FREDERIQUE VIDAL
Absolument, très souvent à l'issue d'un post-doctorat à l'étranger, lorsque les jeunes prenaient un poste de chercheur ils perdaient de l'argent.

SAMUEL ETIENNE
Je voudrais parler aussi de la précarité étudiante avec vous ce matin puisque, le mois dernier, on en a parlé bien sûr sur France Info, dans tous les médias également, il y a le suicide d'un étudiant de Lyon qui a alerté sur ce phénomène, les syndicats réclament plus de bourses, des montants plus élevés pour ces bourses, davantage de logements aux CROUS aussi, pour répondre à la difficulté des étudiants pour se loger.

FREDERIQUE VIDAL
Oui, c'est vrai, on sait qu'on a un problème de logement, donc c'est pour ça que nous avons prévu de construire 60.000 logements à destination des étudiants, c'est déjà plus de 20.000 qui ont été livrés, évidemment il faut accélérer encore ce processus. Et puis au-delà de ça j'ai pu échanger hier avec les organisations étudiantes, aussi lors de mes vœux, nous avons convenus de continuer à travailler sur cette question de la précarité, sur le Revenu Universel d'Activité, sur la façon dont on peut simplifier les choses, avoir un guichet unique, et puis surtout que les jeunes sachent tout ce à quoi ils ont droit, et c'est pour ça que nous avons mis en place un numéro vert qui leur permet d'être en contact avec une plateforme de renseignements qui leur permet de savoir tout ce à quoi ils ont droit, notamment les aides spécifiques qui, chaque année, ne sont pas consommées.

SAMUEL ETIENNE
Hier soir vous présentiez donc, on en a parlé, vos vœux, c'était au Musée de l'Homme à Paris. Vous avez été accueillie, on a vu les images, par des professeurs, par des étudiants, en colère. Alors, ces derniers jours on a plusieurs ministres, des élus La République en marche, qui ont dû annuler leurs voeux, ça n'a pas été votre cas, craignant des actions d'opposants à la réforme des retraites. On sait que de nouvelles formes d'actions se sont mises en place ces derniers jours contre cette réforme, visant par exemple la CFDT, syndicat réformiste. Quel regard portez-vous, Frédérique VIDAL, sur l'évolution de ce mouvement ?

FREDERIQUE VIDAL
Je pense que ce que l'on voit c'est quelques groupes de personnes qui essayent d'empêcher l'expression publique, et moi je trouve que c'est évidemment très regrettable. Je trouve que c'est très important d'écouter, très important de dialoguer, c'est ce que je fais en permanence, c'est ce que j'ai indiqué d'ailleurs aux gens qui étaient là hier, « on pourra parler quand vous le souhaitez », mais j'ai la chance d'être dans une communauté où globalement c'est plutôt le débat qui prime, et donc les vœux se sont très bien passés.

SAMUEL ETIENNE
Les actions radicales que j'évoquais, par exemple les coupures d'électricité sauvages ?

FREDERIQUE VIDAL
Ça c'est absolument inadmissible. Il faut se rendre compte, quand on coupe l'électricité on a peut-être l'impression qu'on va gêner légèrement les gens et que ça n'a pas d'impact, en réalité il peut se passer des choses très très graves lorsque l'on coupe l'électricité.

SAMUEL ETIENNE
Hier c'est par exemple l'aéroport d'Orly qui a été touché.

FREDERIQUE VIDAL
Absolument, on peut imaginer qu'on ne soit plus en capacité de faire atterrir correctement les avions, imaginer qu'un hôpital se trouve sur la boucle de réseau coupé, ça a été le cas…

SAMUEL ETIENNE
C'est arrivé pour les cliniques dans les semaines passées.

FREDERIQUE VIDAL
Absolument, ça a été le cas, imaginer que les gens se retrouvent bloqués dans des ascenseurs et paniquent, enfin honnêtement ce type d'actions ça n'a jamais juste aucun sens. Nous sommes dans un pays où le dialogue social est important, et je crois que dans dialogue social le mot dialogue est essentiel.

SAMUEL ETIENNE
Une dernière chose avant de nous quitter, ça ne vous concerne pas directement, pas directement votre ministère, mais je suis sûr que vous suivez la polémique sur les premières épreuves du contrôle continu de la réforme du bac pour les élèves de 1ère. Les syndicats et de nombreux enseignants dénoncent l'impréparation de cette réforme.

FREDERIQUE VIDAL
Alors là aussi je crois que, Jean-Michel BLANQUER l'a rappelé, dans l'immense majorité des cas les choses se sont bien passées. Moi je pense toujours, évidemment, aux élèves, et je crois que le baccalauréat c'est quelque chose qui est important, c'est une forme de rite de passage, et ce qui est important lorsqu'on est professeur c'est d'accompagner au mieux les élèves, et parfois c'est vrai qu'on a l'impression d'être soi-même un petit peu impréparé, je crois qu'il faut cacher, en fait, cette angoisse, pour accompagner les jeunes.

SAMUEL ETIENNE
Merci beaucoup Frédérique VIDAL d'avoir été notre invitée ce matin dans la matinale de France Info.

FREDERIQUE VIDAL
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 24 janvier 2020 
 

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Interview de M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, à RTL le 16 janvier 2020, sur la réforme du bac et du lycée et le programme de revalorisations salariales des enseignants.

Interview de M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, à RTL le 16 janvier 2020, sur la réforme du bac et du lycée et le programme de revalorisations salariales des enseignants. Jean-Michel Blanquer 16/01/2020 réforme bac lycée salaire enseignant

ALBA VENTURA
Bonjour Jean-Michel BLANQUER.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bonjour Alba VENTURA.

ALBA VENTURA
Les enseignants menacent de boycotter à partir de la semaine prochaine les épreuves de contrôle continu qui comptent pour le bac pour les classes de 1ère. Alors, ils veulent accentuer la pression pour protester à la fois contre la réforme des retraites, et contre la réforme du bac. Est-ce que vous comprenez leur colère ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est deux choses différentes. Et dans les deux cas, il faut expliquer aussi où on en est et quel est le sens des choses. S'agissant du baccalauréat, je rappelle qu'un des buts de la réforme, c'est le contrôle continu, donc le fait que les élèves soient en situation de travailler beaucoup plus en continu, tout au long de la classe de 1ère et de la classe de Terminale. Donc c'est une innovation extrêmement intéressante qui a lieu dans quelques jours. D'ailleurs, en réalité, ça a commencé dans certains établissements, où ça se passe tout à fait normalement. Donc il faut faire attention aussi à tout le brouhaha qu'on a en ce moment, dans la grande majorité des établissements, les choses se présentent très bien.

ALBA VENTURA
Ça se passe bien…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Et elles se présentent très bien au bénéfice des élèves et au bénéfice de la hausse du niveau que nous recherchons pour tous nos élèves, puisque quel est le but ? Le but, c'est que, encore une fois, les élèves puissent avoir une forme de galop d'essai, puisque c'est en plus une note, quand même, qui rentre en compte de manière petite, si je puis dire, dans le dans la note finale, puisque chacune des épreuves, c'est 1,7 % de la note finale, donc ça permet de s'exercer en quelque sorte…

ALBA VENTURA
On dit que c'est un peu comme des minis bacs ou des bacs blancs ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est le bac, puisque…

ALBA VENTURA
Oui, ça ressemble à ça…

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est-à-dire, on était habitué au bac blanc, mais de toute façon, notre pays était habitué au bac blanc, donc de toute façon, à organiser des choses de ce genre, simplement, maintenant ça compte pour la note finale, ça permet d'éviter ce qu'on appelle classiquement le bachotage, et au contraire, d'avoir encore une fois un travail plus en continu. Donc les choses n'existent pas pour rien, ce n'est pas pour le plaisir du changement, c'est parce que nous voulons la hausse du niveau de nos élèves, et d'ailleurs, nos élèves, cette année, de 1ère ont pu choisir beaucoup plus ce qu'ils faisaient, donc ils ont des matières qu'ils aiment davantage, les fameux enseignements de spécialités, ils en sont en général très satisfaits, et maintenant, ils ont ce contrôle continu.

ALBA VENTURA
Mais, Monsieur le Ministre, il y a des appels au boycott, donc est-ce qu'il y a des épreuves qui vont être reportées, il y a certains profs qui veulent faire la grève de la surveillance des épreuves, la grève de la correction des copies, ou remonter les notes, est-ce que ça va se produire ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est le fait d'une petite minorité qui est très vocale, qu'on entend beaucoup, mais ce n'est pas le cas de la grande majorité des professeurs, et donc établissement par établissement, nous réglons le problème…

ALBA VENTURA
Combien d'établissements sont touchés ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oh, ça dépend complètement des Académies, vous avez des régions entières où il n'y a aucun problème, et puis, il y a des endroits, et puis, il faut le reconnaître, il y a un arrière-plan politique, vous avez dit vous-mêmes : certains font ça pour protester contre la réforme des retraites alors que ça m'a rien à voir. Donc, et puis, certains cherchent à avoir une action politique contre le gouvernement, ça n'est pas normal puisque l'école ne doit jamais être le terrain de jeu de luttes politiques, et donc il faut que chacun soit dans la sérénité et l'objectivité…

ALBA VENTURA
Ils contestent votre autorité, Monsieur le Ministre…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Eh bien, vous savez, ce n'est pas…

ALBA VENTURA
Vous êtes habitué…

JEAN-MICHEL BLANQUER
A l'Education nationale, il y a une certaine habitude, mais j'ai toujours contesté le fait que certains puissent considérer l'école comme un terrain de jeu politique, ce n'est pas le cas. Vous savez, je parle souvent de la nécessité de la neutralité religieuse, c'est la laïcité à l'école, mais il faut aussi la neutralité politique, c'est le devoir de chaque fonctionnaire.

ALBA VENTURA
Est-ce que des sanctions sont prévues si toutefois il devait y avoir des boycotts des épreuves ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors, je ne suis pas sur un terrain de ce type, mais aujourd'hui, eh bien, sauf si lorsqu'on viole le droit bien entendu, simplement, quelqu'un qui ne corrige pas, se met en grève, donc a un retrait de salaire, ça, c'est évident, par ailleurs, bien entendu, tout ce qui relève de l'exaction, on voit parfois des choses un peu violentes ou choquantes, vous savez, quand on voit… mais c'est le fait d'une minorité, et moi, je ne veux pas que ça abîme l'image des professeurs, parce que l'immense majorité des professeurs de France ne sont pas dans ce type de comportement. Et quand je vois certains…

ALBA VENTURA
A Clermont-Ferrand, ils ont jeté des livres, ils ont fait un mur de livres, alors c'est une autre manière de se mobiliser ou en tout cas de vous interpeller, ils disent : on est tellement à bout qu'on est obligé de faire ça.

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est un très mauvais symbole, nous existons, nous, les professeurs, l'Education nationale, pour transmettre le savoir, le livre est l'incarnation même de cette mission, et donc jeter un livre ne peut jamais être comme acte symbolique le fait d'un professeur, donc ceux qui font cela nous déshonorent, et heureusement, c'est une toute petite minorité.

ALBA VENTURA
Jean-Michel BLANQUER, venons-en au dossier des retraites, vous avez reçu toutes les organisations syndicales depuis lundi, sauf Force ouvrière, vous avez évoqué les revalorisations…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ils étaient invités, Force Ouvrière n'est pas venue, mais ils étaient invités…

ALBA VENTURA
Et vous avez évoqué les revalorisations des enseignants qui vont être pénalisés par la réforme des retraites, vous annoncez une hausse du budget de 500 millions d'euros pour 2021, ça fait combien par prof ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors, ça s'ajoute d'abord à l'augmentation…

ALBA VENTURA
Je vous dis ça parce qu'ils disent : oh, là, là, par mois, ça va nous faire, allez, une place de ciné et une pizza, 40 euros par mois…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, non, c'est tout à fait inexact, ce qui se prépare, alors, là, si nous parlons maintenant de la réforme des retraites, rappelons, premièrement, que le gouvernement s'était engagé à ce que dans la loi, la loi sur les retraites, les professeurs soient indiqués pour que l'on garantisse que leur niveau de retraite sera maintenu à un niveau comparable aux fonctionnaires de catégorie A, c'est maintenant inscrit dans la loi. Il y a un mois, il y avait des gens pour dire qu'on ne le ferait pas, on l'a fait, on inscrit aussi dans la loi le fait qu'il y aura une loi de programmation, ça signifie que sur plusieurs années, nous programmons une hausse très conséquente des salaires des professeurs.

ALBA VENTURA
Mais vous confirmez 10 milliards à l'horizon 2037, vous pouvez le confirmer ce matin ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Nous discutons pendant – c'est en réalité potentiellement plus que ça – nous discutons pendant six mois avec les organisations syndicales, vous venez d'y faire référence, je les reçois sur ce point depuis le début de la semaine, mais nous travaillons à ça depuis des mois et des mois, parce que la question de la rémunération, je l'ai reconnue de depuis longtemps. Et ça se traduira par des augmentations importantes dès l'année 2021, donc dans le projet de loi de Finances 2021, nous allons programmer ces augmentations, ça touchera, d'abord, tout particulièrement, les plus jeunes des professeurs, parce que ce sont ces cohortes-là, c'est-à-dire les plus jeunes, qui sont les moins bien payés aujourd'hui, nous avons un rattrapage à faire, parce que ça fait longtemps, une trentaine d'années, qu'il y a eu une dégradation du pouvoir d'achat des professeurs. Donc je suis le premier défenseur de cette hausse du pouvoir d'achat, parce que c'est légitime, et c'est un investissement de la France dans son avenir. Nous devons redonner toute sa force et tout son prestige à la fonction de professeur, ça passe par bien des choses dont nous allons parler pendant les six mois, une meilleure gestion des ressources humaines, la carrière des professeurs, leur capacité de mutation, leur formation continue, tous ces sujets vont être traités de manière très qualitative pendant les six prochains mois, en plus du sujet des rémunérations.

ALBA VENTURA
Mais d'abord, ce que vous savez bien, c'est que ce que redoutent les enseignants, c'est que vous profitiez finalement de la réforme des retraites pour les revaloriser, et que vous en oubliez finalement les hausses de rémunérations qu'ils réclament depuis des années, ils disent : on s'est fait avoir avec le gel du point d'indice, le report de l'augmentation des 300 euros, qui était prévue, il y a deux ans. Donc est-ce que, finalement, vous n'en profitez pas un peu de cette revalorisation…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, non, c'est tout le contraire…

ALBA VENTURA
Pour ne pas leur donner de hausse de salaire…

JEAN-MICHEL BLANQUER
D'ailleurs, les organisations syndicales qui connaissent très bien ces sujets-là et qui ont commencé à bien voir ce que nous mettions sur la table, qui est très conséquent, ce qui se dessine, c'est un effort considérable de la nation sur les quinze prochaines années, et c'est tant mieux pour toute la France, parce que tous les pays modernes doivent évidemment investir beaucoup, et d'ailleurs, je mène même une sorte de campagne à l'échelle européenne pour que ça existe aussi à l'échelle européenne, c'est-à-dire l'investissement dans l'avenir, donc dans l'Education, donc des professeurs bien payés, nous entrons dans un monde ultra-technologique où on va avoir de plus en plus besoin du facteur humain, et autrement dit, de professeurs qui humanisent notre civilisation, notre société ; donc on a besoin d'avoir dans notre société du futur un professeur bien formé, bien payé, c'est exactement ce dans quoi nous sommes engagés. Donc la discussion actuelle, elle est gagnante-gagnante.

ALBA VENTURA
Eux, ils disent que vous allez leur demander des contreparties, qu'il y a un truc caché, qu'on va leur demander de travailler plus pendant les vacances…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, je mets sur la table, tout. Je mets sur la table tout ce qui peut améliorer le service public, et la première chose qui améliore le service public, c'est que chacun aille au travail avec bonheur, avec plaisir, dans une ambiance calme, avec des élèves qui travaillent en continu, etc, etc. Donc c'est une vision complète, donc il est bon de tout mettre sur la table pour que les professeurs tout simplement soient heureux dans leur travail, bien payés, et la société française les soutenant. Donc je suis le premier avocat des professeurs, simplement, il faut qu'on ait…

ALBA VENTURA
Mais « bien payés », c'est travailler plus pour gagner plus ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est travailler mieux pour gagner plus, on va réussir à ce que notre système soit plus efficace au service des élèves, quand je vous parle de formation continue par exemple, si on augmente le droit à la formation continue des professeurs, c'est gagnant pour tout le monde, parce que c'est aussi la qualité pédagogique, et c'est aussi le bien-être au travail, etc, donc, il ne faut pas raisonner de manière binaire, il faut raisonner en système, c'est-à-dire qu'il y a plusieurs choses qui vont s'améliorer, pas seulement la rémunération pour les professeurs, et ce faisant, ça doit s'améliorer pour les élèves. Et il est normal que le ministre et la société française s'intéressent à la façon dont nous allons améliorer…

ALBA VENTURA
C'est ce que vous appelez l'enseignant du 21ème siècle, on vous entend souvent dire ça…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, et puis, un métier plus attractif, si vous voulez, par exemple, les augmentations que l'on va faire, ça peut se traduire dès l'année prochaine, dès 2021, donc c'est très concret, par des hausses très substantielles pour ces jeunes professeurs, un professeur qui commence aujourd'hui, il est à 1.600 euros mensuels environ, ce n'est pas assez quand même vu le niveau d'études. Et ce que nous voulons dès l'année prochaine, c'est que ce soit une augmentation qui puisse être entre 70 et 90 euros nets par mois en plus. Donc si vous voulez, c'est quelque chose de très significatif, d'autant plus que ça se continuera, comme augmentation, au cours des années suivantes.

ALBA VENTURA
Jean-Michel BLANQUER, vous diriez que Ségolène ROYAL a manqué à son devoir de réserve, qu'elle n'a pas respecté les règles ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, ça semble être le cas, si vous voulez, il y a les fonctions politiques et les fonctions dans la haute administration, c'est deux choses différentes, quand vous êtes ambassadeur, vous devez respecter un devoir de réserve, après, si vous n'avez plus envie de le respecter, personne n'est obligé d'être ambassadeur.

ALBA VENTURA
Vous ne craignez pas d'en avoir fait une adversaire pour 2022 à Emmanuel MACRON en la licenciant, pas vous, mais le…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, moi, ce qui me choque, c'est quand les arguments sont… il y a clairement un problème, elle est allée au-delà du devoir de réserve, ensuite, tirer argument du fait que ce serait autre chose que tout simplement le constat du non-respect des règles, je ne trouve pas ça de très bonne foi.

ALBA VENTURA
Merci Jean-Michel BLANQUER.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Merci à vous.

YVES CALVI
Le ministre de l'Education nationale, qui rappelle à la neutralité politique les enseignants qui utilisent le contrôle continu par exemple du bac pour protester contre la réforme des retraites.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 17 janvier 2020 
 

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