Déclaration de M. Édouard Philippe, Premier ministre, sur la mobilisation sociale contre la réforme du régime des retraites et sa "disposition totale" à négocier pour élaborer des "transitions progressives", à Paris le 6 décembre 2019.

Déclaration de M. Édouard Philippe, Premier ministre, sur la mobilisation sociale contre la réforme du régime des retraites et sa "disposition totale" à négocier pour élaborer des "transitions progressives", à Paris le 6 décembre 2019. Édouard Philippe 6/12/2019 réforme du régime des retraites Point sur la mobilisation sociale du 5 décembre, sur le perron de l'hôtel de Matignon le 6 décembre 2019

Hier beaucoup de nos compatriotes ont fait grève ou ont manifesté dans les rues de Paris ou d'autres grandes villes de France pour dire leur inquiétude ou leur opposition à la mise en place d'un système universel de retraite. Aujourd'hui encore, la grève est importante. Elle est moins puissante à l'Education nationale, mais elle reste forte dans les entreprises de transport public au premier rang desquelles la SNCF et la RATP.

Comme tous les Français, je sais que lorsque des grèves importantes se déroulent dans ces entreprises de transport public, la vie de nos concitoyens s'en trouve affectée. Il est plus difficile de se rendre au travail, plus délicat d'aller chercher ses enfants à l'école, parfois compliqué de pouvoir rendre visite à ses proches.

J'entends bien entendu tous ceux qui exercent leur droit parfaitement légitime de faire grève et de manifester. Mais j'entends aussi ceux qui souffrent d'une certaine façon et qui subissent les désagréments liés à l'exercice de ce droit. Je veux leur dire que le Gouvernement, conscient des difficultés qu'ils rencontrent, continuera de mettre à leur disposition le maximum de moyens destinés à limiter l'impact de ces grèves. Je pense à l'incitation au covoiturage. Je pense évidemment au télétravail. Je pense à la mise en place de lignes de bus à l'intérieur des villes ou, le cas échéant, entre les villes. Je pense enfin à la meilleure information possible, grâce notamment au site gouvernement.fr.

Ma logique n'est pas et ne sera jamais celle de la confrontation. J'ai vu depuis le début de ce débat, depuis que nous avons commencé à travailler sur la question de la mise en place d'un système universel de retraites, certains désigner des catégories de Français en les accusant de tous les maux. J'en ai vu d'autres diffuser des chiffres qui ne correspondent pas à la réalité et qu'ils savent faux, des fake news comme on dit parfois en mauvais français et en bon anglais. Des simulateurs qui ne correspondent à rien, sinon à l'envie de ne pas informer correctement nos concitoyens. Je le déplore, car je pense que la mise en place d'un système universel de retraite permettant de garantir à tous nos concitoyens leur retraite et celle de leurs enfants et de mettre en place un système plus juste et plus solide, mérite un débat de fond, un débat éclairé. Un débat auquel je le sais, nos concitoyens sont prêts.

Car nos concitoyens savent que la très grande diversité des 42 régimes de retraite actuels ne peut pas perdurer. Ils savent qu'il faudra un jour renoncer à des régimes spéciaux qui ne sont plus compris. Ils savent même qu'au fur et à mesure, nous allons devoir travailler un peu plus longtemps. Je ne dis pas que c'est de gaieté de coeur, mais c'est ce qui se passe dans tous les autres pays comparables à la France. Et c'est ce qui se passe déjà en France d'une certaine façon, puisque s'agissant du régime général par exemple, nos concitoyens partent en moyenne après - et largement après - l'âge légal de départ à la retraite.

La question qui se pose vis-à-vis de ces adaptations, de ces transformations, est la suivante : voulons-nous les faire brutalement dans l'urgence ou préférons-nous les mettre en place raisonnablement, progressivement, sans brutalité, alors que nous avons le temps. C'est évidemment ce second choix qu'a fait le Gouvernement et la majorité.

Je voudrais dans cette période de grève et d'inquiétude adresser quelques messages simples. A tous les Français d'abord, je veux dire que si nous cherchons à mettre en place ce système universel de retraites, c'est parce que nous avons la conviction qu'il permettra à chaque Français de cotiser de la même façon et de bénéficier des mêmes droits. Le système que nous voulons installer est un système juste qui remplace la solidarité au sein de chaque métier par une solidarité véritablement nationale où tous les Français sont solidaires de tous les Français quel que soit leur statut, leur métier, le régime de retraite auquel ils étaient affiliés.

Aux salariés des entreprises publiques de transport qui se sont fortement mobilisés hier et qui restent mobilisés aujourd'hui, je le dis tranquillement : la mise en place d'un système universel de retraites implique la disparition des régimes spéciaux. Je ne crois pas que les Français puissent durablement accepter des régimes qui conduisent aujourd'hui certains à partir alors qu'ils font le même métier avec un peu plus et beaucoup plus tôt que d'autres.

Mais si je dis cela, je dis également à tous les personnels de la RATP et de la SNCF, et à tous les Français, qu'il ne serait pas raisonnable, pas acceptable, pas juste de changer les règles en cours de partie et de placer des femmes et des hommes qui, de bonne foi, parce que c'est leur droit, ont fait des choix de vie, des choix d'investissement, des choix d'organisation familiale sur le fondement d'un régime auquel ils pouvaient légitimement aspirer.

C'est la raison pour laquelle j'ai indiqué – et je la répète aujourd'hui – ma disposition totale pour faire en sorte que les transitions soient progressives, afin de ne pas être brutales. Nous le devons à chacun. C'est une affaire de justice individuelle et de justice sociale. Je rencontrerai dans quelques minutes le président de la SNCF et la présidente de la RATP, et je suis persuadé qu'avec les organisations syndicales, nous trouverons le bon point d'équilibre qui permettra à la fois de rassurer les personnels sur leur avenir, sans renoncer à la volonté très ferme qui est la nôtre de projeter le pays dans le futur et de mettre en place ce système universel.

J'ai vu également la mobilisation importante des enseignants, et je comprends parfaitement les inquiétudes qu'ils formulent. Il est vrai que l'application absurde des nouvelles règles les pénaliserait. Et c'est d'ailleurs tellement vrai que nous avons dit dès le début, avec le Président de la République, que nous nous engagions à ce que les pensions des enseignants de France ne baissent pas. Je veux le dire de la façon la plus claire possible : le système universel n'est pas la baisse des pensions des enseignants. Au contraire, c'est la revalorisation progressive de leur traitement de façon à ce que leur pension, leur pouvoir d'achat au moment des retraites ne baisse pas.

Un dernier mot : je crois – et je l'ai toujours dit – au dialogue social. Il est arrivé dans les mois et peut-être dans les années qui ont précédé ce moment, que certains critiquent le Gouvernement pour la verticalité avec laquelle il aurait pris des décisions.

Nous avons, s'agissant de la mise en place du système universel de retraites, fait le choix du dialogue social. De janvier 2018 jusqu'à juillet 2019, dans la première phase. Puis de août 2019 jusqu'à la semaine prochaine, nous avons fait le choix avec le Haut-commissaire aux retraites, Jean-Paul DELEVOYE, avec la ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès BUZYN, de rencontrer, de discuter avec le plus grand nombre possible d'organisations syndicales et avec les Français. Je rappelle la consultation qui a été engagée par le Haut-commissaire et les réunions publiques tenues par le Président de la République, par moi-même, par le Haut-commissaire, afin d'échanger avec les Français sur ce système universel que nous voulons construire.

Le dialogue social, c'est respecter le calendrier, que nous nous sommes fixé. C'est écouter et essayer d'intégrer les propositions qui sont formulées. C'est la raison pour laquelle la ministre des Solidarités et de la Santé et le Haut-commissaire aux retraites rencontreront lundi l'ensemble des organisations syndicales et patronales pour clôturer le cycle de négociations sociales et de débat avec les Français qui a été ouvert sur le sujet des retraites. Ils établiront un bilan complet des attentes, des préoccupations, des points d'accord et des points de désaccord.

Je présenterai ensuite mercredi prochain à 12 heures au Conseil économique, social et environnemental, qui est la Chambre du dialogue social et des corps intermédiaires, l'intégralité du projet du Gouvernement. Le débat pourra ainsi s'organiser autour de propositions claires qui prendront en compte bien des propositions formulées par les organisations syndicales et qui garantiront aux Français la justice, la solidité et la solidarité de leur système de retraite.


Je vous remercie.


Source https://www.gouvernement.fr, le 9 décembre 2019
 

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Interview de Mme Sibeth Ndiaye, secrétaire d'État, porte-parole du Gouvernement, à France Info le 27 novembre 2019, sur les 13 militaires français morts au Mali dans un accident d'hélicoptère et l'appel à la grève contre la réforme des retraites.

Interview de Mme Sibeth Ndiaye, secrétaire d'État, porte-parole du Gouvernement, à France Info le 27 novembre 2019, sur les 13 militaires français morts au Mali dans un accident d'hélicoptère et l'appel à la grève contre la réforme des retraites. Sibeth Ndiaye 27/11/2019 décès militaires Mali appel grève retraites
  • Sibeth Ndiaye - Secrétaire d'État, porte-parole du gouvernement

MARC FAUVELLE
Bonjour Sibeth NDIAYE.

SIBETH NDIAYE
Bonjour.

MARC FAUVELLE
La France vient de perdre 13 militaires français au Mali, 41 depuis le début de l'opération Barkhane, est-ce que ce drame remet en cause la présence militaire française au Sahel ?

SIBETH NDIAYE
Je voudrais d'abord saluer la mémoire de nos soldats et m'associer à la douleur de leur famille, de leurs proches c'est évidemment comme à chaque fois des moments qui sont extrêmement douloureux, extrêmement difficiles. Pour ce qui est de notre engagement militaire au Sahel, d'abord, je crois qu'il faut rappeler que si nous sommes au Sahel, c'est d'abord à la demande d'un pays, le Mali, qui a connu un moment de déstabilisation important et qui a appelé la France à la rescousse, et la France a fait évidemment son devoir en venant aux côtés de l'Etat malien à un moment donné où il pouvait tomber.

MARC FAUVELLE
Et elle a vocation à rester sur place ?

SIBETH NDIAYE
Et elle a vocation à rester tant que nous ne serons pas en mesure d'assurer une stabilité pour les pays qui sont dans la zone du G5 Sahel, ce groupe de 5 pays, dans la bande sahélo-sahélienne où – vous le savez – des groupes djihadistes sévissent, sévissent contre les populations locales et sont capables aujourd'hui d'avoir des projections, y compris des projections assez lointaines dans le reste des pays africains, pour mener des attentats et continuer leur entreprise de déstabilisation.

MARC FAUVELLE
Pourquoi la France est seule à participer à ces opérations militaires sur place en Europe ?

SIBETH NDIAYE
Je ne suis pas d'accord avec vous, parce que la France n'est pas seule, nous avons effectivement en propre une opération qui est Barkhane, mais nous avons également un appui de la Minusma, qui est une force des Nations-Unies…

MARC FAUVELLE
L'ONU…

SIBETH NDIAYE
Qui comporte plusieurs pays en son sein, notamment des pays européens, et donc on voit bien, y compris dans le financement aussi du G5 Sahel, ce groupement de 5 pays de cette bande sahélo-sahélienne, qu'il y a des financements européens. Donc non, la France n'est pas seule, même si nous portons une grande part du combat sur place.

MARC FAUVELLE
Une grande part, est-ce que vous en appelez aux autres pays européens pour que leur présence militaire soit renforcée aux côtés de la nôtre ?

SIBETH NDIAYE
Mais nous avons une position constante en la matière, nous sommes convaincus qu'il faut toujours avoir une approche qui est multilatérale, et c'est d'ailleurs le cas aujourd'hui au Mali et dans cette zone sahélo-sahélienne, évidemment, dès lors que d'autres pays pourraient accroître leurs efforts, c'est évidemment bienvenu, mais la France est là où elle doit être, parce que si nous ne sommes pas là, nous avons l'assurance que le chaos s'installera.

MARC FAUVELLE
A votre connaissance, les hélicoptères avaient-ils essuyé des tirs avant cet accident ?

SIBETH NDIAYE
Je n'ai pas d'informations supplémentaires par rapport à ce que l'Etat-major des armées a déjà fourni sur les circonstances de cet accident. Je peux vous dire que nos soldats sont morts au feu, et que ça, c'est le plus important en ce moment.

MARC FAUVELLE
Il y aura une cérémonie d'hommages ?

SIBETH NDIAYE
Il y aura effectivement une cérémonie d'hommages…

MARC FAUVELLE
Aux Invalides ?

SIBETH NDIAYE
Probablement aux Invalides qui est aujourd'hui en cours de préparation…

MARC FAUVELLE
Vous en connaissez la date déjà ?

SIBETH NDIAYE
Alors, je n'ai pas encore cette date, mais cette cérémonie se prépare évidemment entre l'Elysée, l'Etat-major des forces armées, mais aussi en relation avec les familles de victimes.

MARC FAUVELLE
Emmanuel MACRON sera sur place évidemment ?

SIBETH NDIAYE
C'est une évidence.

MARC FAUVELLE
Hier soir, Sibeth NDIAYE, Edouard PHILIPPE, qui réunissait la majorité à l'Assemblée nationale, a appelé ses troupes à resserrer les rangs avant la grève du 5 décembre. Est-ce que le doute est en train de gagner la majorité ?

SIBETH NDIAYE
Je ne crois pas du tout, parce qu'au fond, nous sommes devant un moment qui est sans doute l'un des plus importants de ce quinquennat, parce que c'est un moment où nous allons refondre complètement le pacte social qui unit les générations en France, pourquoi je dis cela, parce que nous avons un système qui est un bon système, parce que c'est un système de retraite par répartition, où les actifs d'aujourd'hui, vous et moi qui travaillons aujourd'hui, une partie de notre salaire est utilisée pour payer les retraites des gens qui sont retraités aujourd'hui, c'est un bon système, parce que sa garantit cette répartition la solidarité entre les générations.

MARC FAUVELLE
Alors pourquoi le changer ?

SIBETH NDIAYE
Et cela, nous voulons le conserver, mais dans ce bon système, il y a des injustices, moi, je ne peux pas accepter qu'une femme qui est à la tête d'une famille monoparentale, qui a un ou deux enfants, qui travaille à temps partiel, par exemple, dans la grande distribution, se retrouve sur un rond-point, parce qu'elle n'arrive pas à finir la fin du mois. Et je ne peux pas accepter que ce soit cette même femme qui soit fortement pénalisée, et qui ait une chance sur cinq à la fin de sa vie de se retrouver à travailler jusqu'à 67 ans, parce qu'elle n'a pas accumulé assez de trimestres, assez de droits à la retraite.

MARC FAUVELLE
Vous voulez dire que cette réforme, c'est une réponse à la crise des gilets jaunes ?

SIBETH NDIAYE
Cette réforme, c'est une des réponses à la crise des gilets jaunes, c'est surtout une des réponses aux injustices importantes qui existent dans notre pays. Et moi, le combat politique que j'ai, c'est la lutte contre les injustices. Aujourd'hui, quand vous êtes agriculteur, que vous partez à la retraite, que vous gagnez 500 euros de retraite, mais ce n'est pas supportable dans notre pays, et donc c'est la raison pour laquelle nous voulons mettre en place un minimum contributif qui sera d'un montant de 1.000 euros, pour qu'en France, quand vous avez cotisé toute votre vie ou une grande partie de votre vie, vous ne gagniez pas à la retraite moins de 1.000 euros.

MARC FAUVELLE
Sibeth NDIAYE, hier soir, Edouard PHILIPPE a laissé entendre qu'il n'y aurait pas finalement de « clause du grand-père », c'est-à-dire que l'entrée en vigueur de la réforme ne sera pas repoussée à plus tard pour l'ensemble des Français, vous confirmez ou pas ?

SIBETH NDIAYE
Alors, moi, je n'étais pas à la réunion que vous évoquez, puisque le Premier ministre a rencontré les députés hier soir…

MARC FAUVELLE
Le Premier ministre n'en n'avait pas informé préalablement la porte-parole du gouvernement ?

SIBETH NDIAYE
Je sais que le Premier ministre aura l'occasion à la fois de faire un point en Conseil des ministres ce matin, mais aussi de s'exprimer à l'issue de ce Conseil des ministres, et donc je lui laisse l'opportunité de dire publiquement ce qu'il a envie de dire.

MARC FAUVELLE
Mais vous n'êtes pas au courant, vous, ce matin ?

SIBETH NDIAYE
Je peux vous dire évidemment que je suis au courant, mais j'ai beaucoup de respect pour nos institutions, et c'est au Premier ministre…

MARC FAUVELLE
Et vous avez gardé la primeur de cette annonce pour le Premier ministre tout à l'heure. Si je vous demande donc s'il y aura des négociations secteur par secteur, c'est-à-dire une forme de réforme à la carte, vous ne me répondez pas non plus ?

SIBETH NDIAYE
Je vous dis qu'aujourd'hui, nous avons beaucoup de négociations, depuis le mois de septembre, où on a entamé cette nouvelle phase de négociations avec les syndicats, on est à plus de 300 réunions, ces réunions, elles sont parfois fructueuses, parfois moins, mais moi, j'ai la conviction que dans notre pays, on peut avancer si on est attentif à la démocratie sociale, donc à la négociation avec les syndicats.

MARC FAUVELLE
Les Français connaîtront la réforme avant Noël ?

SIBETH NDIAYE
Je ne sais si les Français connaîtront la réforme avant Noël, puisque le Premier ministre aura l'occasion de détailler le calendrier, à la fois des dernières concertations, mais aussi le moment où lui-même, sans doute, aura à s'exprimer pour définir ce qu'est le cadre de cette réforme.

MARC FAUVELLE
Mais vous, vous la connaissez cette réforme ou pas ?

SIBETH NDIAYE
Alors non, je ne peux pas la connaître, pour la bonne et simple raison…

MARC FAUVELLE
Qui la connaît précisément ?

SIBETH NDIAYE
Mais aujourd'hui, personne, on sait ce que sont les grands principes de notre réforme, on sait où on veut aller, on sait qu'on ne veut pas que le montant des pensions baisse, et que c'est pour cette raison-là qu'on va mettre en place une règle d'or, qui empêchera la baisse du niveau des pensions, par exemple, il y a des grands principes, mais il y a des choses qui aujourd'hui ne sont pas définies. Vous avez par exemple 13 régimes différents de pension de réversion, qui permettent à un conjoint survivant de bénéficier de la pension, en partie, du conjoint décédé, eh bien, ces 13 régimes, on ne sait pas encore comment on va les refondre en un seul. Donc c'est normal qu'on négocie, et même, je vais vous dire, je suis plutôt fière de la qualité des négociations que nous avons en ce moment.

MARC FAUVELLE
Sibeth NDIAYE, la droite vous demande de réquisitionner les grévistes dans les transports le 5 décembre prochain, ou en tout cas, une loi pour pouvoir le faire à l'avenir, vous allez le faire ou pas ?

SIBETH NDIAYE
Moi, je réponds démagogie, parce que je veux bien voir le jour où la droite au pouvoir enverra des forces de l'ordre réquisitionner des cheminots à leur domicile, parce que, en fait, le service garanti, c'est cela. Le service minimum, c'est faire en sorte qu'on soit certain qu'on puisse à l'avance savoir de quoi la grève sera faite et quelles en seront les conséquences, ça, ça a été plutôt une avancée qui a résulté de négociations sociales dans les entreprises concernées, RATP et SNCF. Moi, je ne crois pas, aujourd'hui, qu'il soit sérieux de parler de réquisition.

MARC FAUVELLE
Le Premier ministre espagnol, le socialiste Pedro SANCHEZ, a annoncé qu'il allait taxer les banques pour financer le système de retraite espagnol, c'est une piste chez nous ou pas ?

SIBETH NDIAYE
Eh bien, aujourd'hui, les banques, en tant qu'employeurs, participent déjà au système…

MARC FAUVELLE
Comme toutes les entreprises…

SIBETH NDIAYE
Comme toutes les entreprises. Moi, vous savez, je ne suis pas complètement certaine qu'il faille désigner telle ou telle portion de l'activité économique de notre pays, pour, à la vindicte populaire, dire : c'est à cause vous si tout va mal, donc c'est vous que je vais taxer…

MARC FAUVELLE
Un mot encore, Sibeth NDIAYE, si vous le permettez, au sujet d'Adèle HAENEL qui va finalement porter plainte contre le réalisateur Christophe RUGGIA, qu'elle accuse d'attouchements et de harcèlements sexuels lorsqu'elle était mineure. Quel commentaire ça suscite chez vous ?

SIBETH NDIAYE
Pour moi, c'est la démonstration que, d'abord, la parole des victimes est importante, parce qu'elle permet de libérer les choses, elle permet d'aider sans doute d'autres femmes à pouvoir, elles aussi, faire cette démarche. Et pour madame HAENEL en particulier, je crois que c'est sans doute pour elle un pas qui est aussi important, là où elle avait de la défiance et peu de confiance dans le système judiciaire, je crois que, aujourd'hui, elle a fait un pas supplémentaire, et je pense surtout à elle dans ces circonstances.

MARC FAUVELLE
Merci à vous, Sibeth NDIAYE

SIBETH NDIAYE
Merci à vous.

MARC FAUVELLE
Porte-parole du gouvernement, invitée de France info


source : Service d'information du Gouvernement, le 27 novembre 2019 
 

Terrorisme Politique étrangère France - Mali Intervention France Intervention militaire Terrorisme Militaire Deces France - ONU Retraite Regime de retraite Preavis Greve SNCF RATP 193002482

Interview de Mme Sibeth Ndiaye, secrétaire d'État, porte-parole du Gouvernement, à BFM TV le 22 novembre 2019, sur la situation sociale et l'appel à la grève contre la réforme des retraites.

Interview de Mme Sibeth Ndiaye, secrétaire d'État, porte-parole du Gouvernement, à BFM TV le 22 novembre 2019, sur la situation sociale et l'appel à la grève contre la réforme des retraites. Sibeth Ndiaye 22/11/2019 situation sociale appel grève réforme retraites
  • Sibeth Ndiaye - Secrétaire d'Etat, porte-parole du gouvernement

JEAN-JACQUES BOURDIN
Notre invitée Sibeth NDIAYE, bonjour.

SIBETH NDIAYE
Bonjour.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Porte-parole du gouvernement mais aussi porte-parole du président de la République bien sûr. Vous avez travaillé avec lui, vous continuez. "Notre pays est trop négatif" a-t-il dit hier. Mais qu'a-t-il voulu dire ?

SIBETH NDIAYE
Je pense que c'est important que dans notre pays, on voit aussi ce qui va bien et ce qui marche bien. Il y a évidemment beaucoup de souffrance, beaucoup de gens qui sont dans la difficulté mais on a aussi des nouvelles positives et ça, il faut pouvoir s'en féliciter. Il faut aussi pouvoir le regarder. Quand vous avez plus de créations d'emplois, quand vous avez un pouvoir qui augmente, quand vous avez des impôts qui baissent, ce sont de bonnes nouvelles et parfois il faut aussi savourer ce qui est bon.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors pourquoi est-ce que les Français ne les voient pas, ne les entendent pas, ne les lisent pas ces bonnes nouvelles ?

SIBETH NDIAYE
Je pense qu'on a une ambiance qui est plutôt à la sinistrose.

JEAN-JACQUES BOURDIN
La communication du gouvernement est mauvaise ? Je ne sais pas, je ne sais pas.

SIBETH NDIAYE
Ne me remettez pas en cause comme ça, Jean-Jacques BOURDIN.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, je vous pose une question.

SIBETH NDIAYE
Ce que je veux vous dire simplement, c'est qu'il est normal que quand on est à titre personnel dans une difficulté, on ne voit que ce qui est difficile. Ça, moi je le comprends parfaitement. Ce qui est aussi important, c'est de se rendre compte de ce qui va un peu mieux, et donc ça c'est à nous de le dire, mais je suis persuadée qu'il y a beaucoup de Français qui se rendent compte que, oui, leurs impôts ont baissé parce qu'ils ont payé moins de taxe d'habitation cette année ; que oui, il y a peut-être dans leur entourage quelqu'un qui a retrouvé un emploi après un an, deux ans, trois ans de galère. Ça, ce sont des signaux qui sont positifs, il faut pouvoir le dire. Et puis pardon, mais la France est un grand et beau pays que l'on doit aimer aussi.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Sibeth NDIAYE, le 5 décembre nous verrons, nous entendrons une France en colère, la France des services publics.

SIBETH NDIAYE
Une France inquiète.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Une France inquiète mais en colère aussi, pas qu'inquiète. Vous vous avez conscience de la colère.

SIBETH NDIAYE
Oui, bien sûr.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous avez conscience que vous allez peut-être… Est-ce que vous avez conscience que vous allez peut-être dans le mur ?

SIBETH NDIAYE
Alors moi, je ne crois pas du tout que nous allions dans le mur. Le 5 décembre, c'est le jour d'un appel à la grève. Pour autant, est-ce que ça veut dire que les négociations sur la réforme des retraites entre le gouvernement et les organisations syndicales s'arrêtent ? Pas du tout. Pour moi le 5 décembre, c'est une étape dans un moment où nous sommes en train de discuter. Et nous avons des centaines de réunions avec les organisations syndicales, avec des organisations professionnelles pour trouver des compromis sur cette réforme qui est nécessaire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui mais, Sibeth NDIAYE, ça fait des semaines, des mois que j'entends ça : concertation, concertation. Mais moi je vois le 5 décembre arriver, les Français aussi.

SIBETH NDIAYE
Mais attendez, on va faire…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ils savent que le 5 décembre, ils vont être confrontés à quoi ? Ils vont être confrontés à des problèmes à la SNCF, à la RATP, pour se déplacer, avec des transporteurs routiers qui sont en colère et tant de professions notamment du service public en colère qui seront dans la rue et qui vont mobiliser.

SIBETH NDIAYE
Je comprends parfaitement deux situations. La première, c'est que quand on s'apprête à faire une réforme de cette ampleur, qui va à ce point bouleverser le régime que les gens connaissent jusqu'à maintenant pour le rendre plus juste, il y a des inquiétudes qui s'expriment. C'est normal que ces inquiétudes s'expriment et moi je comprends à la SNCF, à la RATP que des gens qui sont rentrés dans l'entreprise en se disant "ça va être comme ci ou comme ça", quand on dit "on va changer les choses" se pose des questions. C'est pour ça qu'on négocie avec leurs organisations syndicales. Et dans le même temps, je comprends aussi les Français qui sont inquiets des blocages, qui se posent la question de comment ils vont pouvoir travailler. Je pense à ceux qui sont commerçants et qui vont peut-être voir leur chiffre d'affaires diminuer à l'approche des fêtes de fin d'année. Je pense qu'il faut comprendre toutes ces difficultés-là.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est irresponsable ? C'est irresponsable une grande grève comme ça le 5 décembre ?

SIBETH NDIAYE
Je ne jette pas l'anathème aux organisations syndicales, elles sont dans leur rôle. Elles sont dans leur rôle de revendiquer.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous seriez syndiquée à la SNCF, vous seriez en grève mardi (sic), le 5 décembre.

SIBETH NDIAYE
J'aurais évidemment des inquiétudes, mais la question qui se pose dans notre démocratie…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Des inquiétudes ?

SIBETH NDIAYE
J'aurais des inquiétudes en tant qu'individu parce que je me dirais "mais au fond, à quelle sauce le gouvernement veut me manger ?" mais qu'est-ce que c'est…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui. "J'aurai une pension plus basse quand je partirai à la retraite."

SIBETH NDIAYE
Mais qu'est-ce que c'est que la démocratie sociale ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
"Et je devrai travailler plus longtemps."

SIBETH NDIAYE
Alors la démocratie sociale, c'est de se mettre autour d'une table : d'un côté le gouvernement, de l'autre côté les syndicats et de discuter ensemble. Moi ce que je reproche à certaines organisations syndicales, c'est de ne même pas s'asseoir à la table des discussions. Comment voulez-vous qu'on trouve dans notre pays des compromis si on ne discute pas ? Oui, il y aura une réforme des retraites et oui, on veut faire des compromis là-dessus.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors j'allais vous poser la question : il y aura une réforme des retraites.

SIBETH NDIAYE
Bien sûr.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça, c'est certain. C'est indispensable. Il y aura un changement majeur.

SIBETH NDIAYE
Ce n'est pas qu'on a une envie de le faire parce que c'est marrant, il faut qu'on fasse cette réforme des retraites parce que le système aujourd'hui est cul par-dessus tête. Quand vous avez une femme sur cinq dans le système aujourd'hui qui est obligée de bosser jusqu'à 67 ans parce qu'elle a eu pas assez d'argent gagné au cours de sa carrière pour pouvoir se payer une retraite complète avant 67 ans, ce n'est pas normal, Jean-Jacques BOURDIN. Donc on a des situations comme ça où on pourrait le répéter à l'envi. Quand suivant que vous êtes dans la Fonction publique ou salarié du privé, vous n'avez pas le même nombre de trimestres accordés du fait de votre grossesse, ce n'est pas normal. Donc on veut rétablir de la justice et de l'équité dans le système.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc il y aura une réforme des retraites qui sera votée avant l'été 2020.

SIBETH NDIAYE
Tout à fait.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. Système par points, on est bien d'accord.

SIBETH NDIAYE
Tout à fait. Et par répartition.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Par répartition universelle.

SIBETH NDIAYE
Universelle.

JEAN-JACQUES BOURDIN
On est bien d'accord. Mais quand connaîtrons-nous exactement la réforme des retraites que vous voulez mettre en place ? Parce que je ne la connais pas.

SIBETH NDIAYE
Mais c'est bien normal que vous ne la connaissiez pas.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors pourquoi ?

SIBETH NDIAYE
On est dans la discussion. Quand vous avez… En 45 quand le régime est mis en place, il a vocation à l'universalité. Déjà à ce moment-là, on voit qu'il y a des gens qui n'ont pas tout à fait envie d'être solidaires avec les autres, qui préfèrent avoir des solidarités professionnelles.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ah bon ? Aujourd'hui aussi il y a des gens, des catégories qui n'ont pas envie d'être solidaires avec les autres ?

SIBETH NDIAYE
Mais il y a des catégories qui se disent, et c'est bien normal quand on est humain de se le dire, qui se disent "aujourd'hui, moi j'ai plutôt une caisse qui est excédentaire, une caisse de retraite. Je ne vois pas tellement pourquoi je devrais…"

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous pensez aux avocats.

SIBETH NDIAYE
Mais il n'y a pas qu'eux.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, non, non. Mais des caisses excédentaires, je pense à celle des avocats avec des milliards d'euros.

SIBETH NDIAYE
Il y a des caisses excédentaires qui se disent "moi, je ne vois pas pourquoi je serais avec le régime des autres." Moi je dis simplement à tous ceux qui sont excédentaires aujourd'hui, d'autres l'ont été à d'autres moments de notre Histoire et on a vu des évolutions démographiques. C'est le cas des agriculteurs.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui mais si les caisses sont excédentaires, c'est parce qu'il y a eu des cotisations, Sibeth NDIAYE.

SIBETH NDIAYE
C'est surtout parce qu'il y a eu assez de gens pour cotiser. Il y a un beau jour où vous étiez de très nombreux agriculteurs…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que l'Etat va mettre la main sur cet argent d'ailleurs ?

SIBETH NDIAYE
Mais pas du tout. Pas du tout. Constitutionnellement de toute façon, si on le voulait ce ne serait pas possible. Donc il n'y a pas d'inquiétude de ce côté-là à avoir.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon, d'accord. Je parle des caisses complémentaires, ceux-là n'ont pas d'inquiétude à avoir. C'est ce que vous leur dites. Et que dites-vous à ceux qui seront d'ailleurs le 5 décembre mobilisés et qui ont des régimes – je ne vais même pas employer le mot de régime spécial, je vais parler de régime particulier - dont le cas de la SNCF. La SNCF : est-ce que les cheminots sous contrat garderont leur régime particulier ? Oui ou non ?

SIBETH NDIAYE
Aujourd'hui, nous avons une négociation qui doit nous permettre de déterminer comment on va opérer une transition. Donc cette négociation comme elle n'a pas encore abouti, je ne peux pas vous dire ce qu'il en sera.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non mais Sibeth NDIAYE, il y a des cheminots sous contrat, il y a des cheminots qui ne sont pas sous contrat…

SIBETH NDIAYE
Qui sont sous statut.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Sous statut ça veut dire sous contrat avec l'Etat. Oui ?

SIBETH NDIAYE
Employons les bons termes. Donc il y a des gens…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais sous statut…

SIBETH NDIAYE
OK, sous statut.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qui ont le statut cheminot et lorsqu'ils ont signé ce contrat, on leur a dit "vous avez un régime particulier de retraite." Est-ce que ceux-là risquent de perdre une partie ou la totalité de leur régime particulier de retraite ? Oui ou non ?

SIBETH NDIAYE
C'est ce dont nous discutons actuellement. Ce n'est pas la même chose quand vous êtes à quelques années…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais alors quelle est la condition au gouvernement ? Puisque vous discutez, vous avez une position ?

SIBETH NDIAYE
La position du gouvernement est de dire que tout est sur la table et donc on discute. Si vous voulez pouvoir mener une négociation syndicale, et moi j'en ai mené quelques-unes…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc vous pourriez remettre en cause ce statut particulier de retraite.

SIBETH NDIAYE
Mais écoutez, aujourd'hui déjà à la SNCF, nous avons éteint le statut. C'est-à-dire que nous avons décidé au cours de la réforme précédente, pour permettre à l'entreprise de s'adapter…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pour les nouveaux entrants.

SIBETH NDIAYE
Nous avons d'ores et déjà décidé que tous ceux qui à partir de l'année prochaine seraient embauchés à la SNCF ne le seraient plus au statut. Donc il y a déjà une transformation importante.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Eux n'auront pas ce régime particulier de retraite.

SIBETH NDIAYE
Il y a une transformation importante. Mais moi aujourd'hui, je ne sais pas expliquer les yeux dans les yeux, Jean-Jacques BOURDIN, à un Français pourquoi quand vous êtes conducteur de bus ou de tramway à Paris et quand vous êtes conducteur de bus ou de tramway à Lyon, vous n'avez pas le même statut, vous n'avez pas la même retraite et vous n'avez pas le même déroulé de carrière. Je ne sais pas le dire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais je comprends, je comprends.

SIBETH NDIAYE
Donc à un moment donné, il faut bien qu'on trouve un compromis pour ramener plus d'équité dans le système et c'est ce dont on discute aujourd'hui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
On est bien d'accord, j'ai bien compris l'objet de la discussion. Ça veut dire que ceux qui sont sous statut aujourd'hui et qui ont ce régime particulier, que ce soit à la RATP ou à la SNCF, verront ce statut remis en question par la réforme d'une manière ou d'une autre. Sibeth NDIAYE, il faut être clair.

SIBETH NDIAYE
Non mais je pense qu'il faut regarder en fonction des générations.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il faut être clair.

SIBETH NDIAYE
Mais je ne peux pas aujourd'hui vous dire la fin d'une négo qu'on est en train de mener.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je comprends très bien. Mais ce statut, vous allez discuter de ce statut.

SIBETH NDIAYE
Mais évidemment.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Evidemment. Non mais je dis ça parce que la CFDT…

SIBETH NDIAYE
Je veux dire, le gouvernement ne s'est jamais caché de cela.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je dis ça parce que la CFDT Cheminots, alors que la CFDT pour l'instant n'appelle pas à une mobilisation le 5, la CFDT Cheminots appelle à une mobilisation et nous dit : "nous, on est prêt à ne pas se mobiliser le 5 si ce ne sont que les nouveaux entrants qui sont concernés par la réforme." Ce n'est pas ce que vous leur dites ce matin.

SIBETH NDIAYE
On est dans un moment où on a deux positions qui sont différentes. Ces deux positions différentes, nous voulons à partir de ces deux positions bâtir un compromis social. Et donc d'ici au 5 décembre et après le 5 décembre, jusqu'à la fin de l'année, nous continuerons à avoir des discussions avec les organisations syndicales en fonction des trajectoires des individus.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui. Il faut essayer de leur faire passer la pilule, quoi.

SIBETH NDIAYE
Mais le sujet, il n'est pas là.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Comment il n'est pas là ? Si, il est là.

SIBETH NDIAYE
Mais la question, elle n'est pas qu'il y ait un vainqueur et un vaincu à la fin.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il ne s'agit pas d'être un vaincu.

SIBETH NDIAYE
Si, on doit faire avaler des pilules…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il s'agit de faire avaler la pilule au cheminot qui est sous statut et à qui on a promis…

SIBETH NDIAYE
Je ne suis pas d'accord. Il ne s'agit pas… C'est pour ça que je vous dis : il n'y a pas des vainqueurs et des vaincus. Il n'y a pas des gens qu'on doit taper pour leur faire avaler quelque chose. Il y a une discussion à avoir, il y a un compromis à bâtir et c'est ce qu'on essaye de faire avec la CFDT comme avec d'autres organisations syndicales. Et moi, je me félicite du fait…

JEAN-JACQUES BOURDIN
A celles qui veulent bien discuter.

SIBETH NDIAYE
Oui, celles qui veulent bien discuter. Mais la démocratie sociale, c'est comme pour le tango, il faut être au moins deux pour le danser.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, non mais ça c'est évident. Mais on est très proche dans le tango. Là, pas sûr que vous soyez très proche des syndicats.

SIBETH NDIAYE
C'est les manoeuvres d'approche qui commencent.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, oui. Les manoeuvres d'approche, vous avez du travail. Dites-moi, organiser une grande conférence sociale, c'était une idée avancée par le MoDem, l'UDI, tout ça c'est balayé. A quoi ça sert avant le 5 ?

SIBETH NDIAYE
Le sujet n'est pas du tout balayé. Pardon, aujourd'hui déjà on a une mobilisation nationale dans les territoires qui a été lancée par le Premier ministre il y a quelques mois. Vous savez, avec l'actualité on oublie vite les choses. Mais moi je me souviens d'un Premier ministre qui a proposé aux organisations syndicales, aux partenaires sociaux dans les territoires d'aller regarder comment concrètement on pouvait débloquer des situations, là où il fallait faire évoluer un certain nombre de pratiques notamment en matière de recherche d'emploi. Donc il y a de toute façon aujourd'hui… On fourmille de dialogues et, Jean-Jacques BOURDIN, vous venez de me dire "c'est flou, on ne comprend pas, c'est trop long, ça fait des mois que vous discutez."

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui.

SIBETH NDIAYE
C'est donc bien qu'il y a une discussion aujourd'hui qui a lieu et depuis plusieurs mois maintenant.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Dites-moi, est-ce que ceux qui veulent garder, justement, leur régime particulier, sont des corporatistes, qui ne pensent pas au bien commun ?

SIBETH NDIAYE
Evidemment, il y a une part de corporatisme, parce que…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qui ne pensent pas au bien commun.

SIBETH NDIAYE
Moi, je ne crois pas qu'il faille dire aux gens : vous êtes les méchants et nous on est les gentils, parce que la société et la vie ça ne marche pas comme ça, le monde n'est pas manichéen, ce n'est pas tout blanc ou tout noir, bien que je sois habillée en noir et blanc aujourd'hui. Mais je crois au contraire qu'il faut qu'on réconcilie des positions, et donc qu'on construise un pays dans lequel il y a de la solidarité et dans lequel les gens ont envie que cette solidarité existe. Et ils ont envie d'y participer. Et ça c'est à nous de bâtir cette société dans laquelle les gens ont envie de s'entraider, parce qu'aujourd'hui on peut être puissant et demain on peut ne plus l'être.

JEAN-JACQUES BOURDIN
De s'entraider, oui.

SIBETH NDIAYE
Exactement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais en abandonnant certains avantages, quoi, qu'on a signés, qu'on a signés par contrat. Enfin bon, on ne va pas entrer. Au passage, à propos de la SNCF, est-ce que vous êtes choquée par les billets gratuits des cheminots ? J'ai vu ça dans... je crois dans Le Point, c'est la Cour des comptes qui dénonce un système en vigueur à la SNCF, qui est invraisemblable. Vous êtes choquée ou pas ? Ça vous choque ?

SIBETH NDIAYE
Eh bien écoutez, moi je trouve que…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Un système très avantageux pour 1,3 million de personnes, alors qu'il n'y a 150 000 cheminots.

SIBETH NDIAYE
C'est quelque chose qui doit se discuter, honnêtement, ça fait partie…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Aussi, ça aussi, ça doit être mis sur la table ?

SIBETH NDIAYE
Honnêtement, moi je ne suis pas là pour faire les négos sociales de l'entreprise, à la place de monsieur FARANDOU…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non mais d'accord, d'accord.

SIBETH NDIAYE
Ce que je dis simplement, c'est qu'au moins ça devrait faire l'objet, de mon point de vue, de discussions, c'est sans doute que…

JEAN-JACQUES BOURDIN
De remise en question.

SIBETH NDIAYE
C'est sans doute que si ces avantages existent, c'est qu'à un moment donné on a considéré que, pour l'équilibre social de l'entreprise, que compte tenu des salaires, peut-être à un moment donné, il fallait avoir des compensations, et que c'était des compensations qui pouvaient être utiles. Maintenant, on peut discuter régulièrement de l'organisation sociale d'une entreprise, et c'est à Jean-Pierre FARANDOU, qui est aujourd'hui le patron de la SNCF, de voir…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est à lui de mettre ce sujet sur la table.

SIBETH NDIAYE
C'est à lui de voir si ça a lieu d'être, ou pas.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, c'est à lui de mettre, si je vous comprends bien, aussi ce sujet sur la table.

SIBETH NDIAYE
C'est à lui de diriger son entreprise.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais oui, non j'ai compris. J'ai entendu aussi l'appel du président de la République : pas de violences le 5.

SIBETH NDIAYE
Très important.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais pourquoi est-ce qu'il dit cela ? Parce que certains appellent... Est-ce que vous pensez qu'aujourd'hui, dans notre société, dans le monde politique, certains appellent à la violence, carrément ?

SIBETH NDIAYE
Je ne crois pas que dans le monde politique, des organisations politiques structurées, des gens appellent à la violence. Ce que je constate, c'est qu'après les violences qu'on a constatées le week-end dernier…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Samedi dernier, oui.

SIBETH NDIAYE
Il n'y a pas eu beaucoup de gens qui se sont précipités pour dire, pour les condamner ces violences, à part dans la majorité. Moi je trouve ça dommage, parce qu'en fait il faut qu'on puisse préserver ceux qui marchent, de ceux qui cassent. Et donc, à un moment donné, on ne peut pas, dans la classe politique, soit ne rien dire, soit laisser le sentiment qu'on peut le cautionner. En politique il n'y a aucune violence qui soit légitime pour défendre une idée, c'est net, c'est clair, c'est simple, et je souhaite que tous les responsables politiques le disent.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le disent, clairement.

SIBETH NDIAYE
Clairement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous pensez à qui, là ?

SIBETH NDIAYE
Ah je ne vise personne en particulier.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non mais, Sibeth NDIAYE, non, à qui pensez-vous ?

SIBETH NDIAYE
Moi je pense que tout le monde doit savoir garder ses nerfs, tout le monde doit savoir replacer ce qu'est la France, qui est une très belle et très grande démocratie, dans laquelle on a le droit de manifester, et ce droit de manifester est pleinement respecté.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous avez vu que Cédric VILLANI appelle à un référendum sur la réforme des retraites.

SIBETH NDIAYE
Moi je n'y suis pas du tout favorable, parce que c'est un sujet qui est compliqué. Le référendum...

JEAN-JACQUES BOURDIN
De quoi se mêle-t-il ?

SIBETH NDIAYE
Non, ce n'est pas le sujet, il a évidemment…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ah bon, d'accord.

SIBETH NDIAYE
Il est député de la République, il a évidemment vocation à avoir une opinion…

JEAN-JACQUES BOURDIN
République, En Marche.

SIBETH NDIAYE
De la République En Marche, et député de la République française.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Encore.

SIBETH NDIAYE
Et il a évidemment vocation à porter le débat. Moi, je ne suis pas favorable au référendum sur les retraites, parce que les retraites c'est un sujet compliqué, et répondre oui ou non, je trouve que c'est un peu rapide.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les violences faites aux femmes, nous aurons les mesures lundi.

SIBETH NDIAYE
Tout à fait.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Violences faites aux femmes, marche pour toutes les femmes à Paris. Et demain, vous irez marcher ?

SIBETH NDIAYE
Alors, demain malheureusement non, parce que pour tout vous avouer, mon mari n'est pas là, donc je garde les enfants.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon. Mais vous seriez allée marcher, sinon ?

SIBETH NDIAYE
Oui, parfaitement, moi je pense que c'est important, en tous lieux et en tous temps, de défendre les droits des femmes. Je le fais aujourd'hui sans doute de manière un peu différente de ce que je faisais quand je n'étais pas au gouvernement, mais à défiler avec des gens qui revendiquent à la fois l'égalité entre les hommes et les femmes, et qui réclament qu'on fasse mieux pour lutter contre les violences sexistes et sexuelles, c'est une évidence, c'est un combat que je porte moi aussi.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Sibeth NDIAYE, vous allez partir dans la Drôme, là ?

SIBETH NDIAYE
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pourquoi ? Eh bien parce que depuis 8 jours certains dans la Drôme sont sans électricité. Nous sommes en 2019, est-il acceptable que dans notre pays, parce qu'il est tombé de la neige, pas qu'un peu, d'une neige lourde, mais tout de même, des habitants, des citoyens, des concitoyens, soient privés d'électricité pendant une semaine ?

SIBETH NDIAYE
Moi, je comprends qu'il y ait une exaspération qui est parfaitement légitime. Quand vous êtes dans le froid, chez vous, pendant plus d'une semaine, et que surtout vous avez le sentiment qu'il n'y a pas de résolution, qu'on ne vous donne pas de date précise pour savoir quand est-ce que tout ça va s'arrêter, on est exaspéré, on n'en peut plus, et je le comprends.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce qu'ENEDIS a failli ?

SIBETH NDIAYE
Ce que…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce qu'ENEDIS a failli ?

SIBETH NDIAYE
Moi, honnêtement, on est encore dans la crise, donc je ne vais pas me mettre à désigner tel ou tel coupable. Je pense qu'il faut d'abord regarder ce que nous avons pu éviter comme catastrophe, parce que dès que l'épisode neigeux a été annoncé, il y a plein de mesures qui ont été prises pour empêcher les poids lourds de circuler sur les routes, pour faire en sorte que les enfants rentrent à l'école, parce qu'on est dans des endroits où il y a du transport scolaire, rentrent de l'école pour être à la maison et ne se retrouvent pas en carafe sur les routes. Donc ça, on a eu une gestion de crise, dans l'aigu de la crise, qui a été une bonne gestion de crise. On n'a pas eu de morts, on n'a pas eu de naufragés de la route dans la Drôme, et ça c'est quelque chose qui est positif. C'est la première chose qu'il faut retenir. On fera un retour d'expérience, Elisabeth BORNE l'a demandé, pour examiner précisément, est-ce qu'il y a des choses qui ont failli, mais moi je veux aussi saluer la mobilisation des gendarmes, des policiers, des agents d'ENEDIS qui étaient…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il y aura des indemnisations ?

SIBETH NDIAYE
Moi je pense qu'ENEDIS devrait, comme la SNCF sait le faire lorsque les usagers, ses usagers n'ont pas pu voyager à cause une grève, devrait pouvoir faire un geste financier à l'attention de ceux qui ont attendu plus d'une semaine pour être rétablis en électrique.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, voilà, qu'ENEDIS, je ne sais pas moi, suspende l'abonnement…

SIBETH NDIAYE
Regarde sur la facture.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Suspende l'abonnement pendant un certain temps.

SIBETH NDIAYE
Non mais regarde la facture, après moi je ne suis pas là pour dire comment concrètement ça doit se faire, mais moi en tant que...

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais vous demandez un geste à ENEDIS.

SIBETH NDIAYE
En tant que citoyenne, je trouve que c'est normal qu'il y ait un geste qui soit fait de la part d'ENEDIS.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien, j'ai une dernière question, à propos d'Emmanuel MACRON qui sera avec les salariés de... les ex-WHIRLPOOL. Quel échec pour lui !

SIBETH NDIAYE
Je ne crois pas que l'on puisse dire que ce soit un échec personnel du président de la République.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Comment ? Eh bien pourquoi ? Pendant la campagne présidentielle, rappelez-vous ce qu'il disait, il s'était engagé pour la sauvegarde du site industriel d'Amiens !

SIBETH NDIAYE
Alors, pour y avoir été avec lui, je peux vous dire très clairement quel a été son engagement, c'est d'être aux côtés des salariés, c'est de faire en sorte que l'Etat soit au rendez-vous de l'accompagnement d'une reprise, et c'est ce que l'Etat a fait. Et l'Etat, vous savez quoi ? Agnès PANNIER-RUNACHER, sans la Presse, sans les médias, elle s'est rendue à plusieurs reprises sur le site de l'entreprise, sans faire de tambour…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais enfin, le résultat n'est pas là.

SIBETH NDIAYE
Mais, à un moment donné il y a eu un projet industriel de reprise. Ce projet n'a pas fonctionné, ça a été un échec, il y a de l'argent public qui a été dépensé…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Faillite. Exactement.

SIBETH NDIAYE
... d'ailleurs nous avons demandé une enquête, nous avons demandé une enquête pour vérifier en gros, à peu près 98 % des dépenses qui ont été es ça a été pour les salaires, pour investir sur l'outil productif. Très bien. Il y a 180 000 € sur lesquels nous on estime qu'il y a matière à regarder plus en avant, donc on a demandé à ce qu'une enquête ait lieu. Cette enquête aura lieu, et donc ça c'est ce qui est de la situation de l'argent public. Moi je crois que le rôle de l'Etat c'est de faire en sorte que deux choses se passent. Que quand il y a un outil productif qu'on peut sauver, on accompagne son sauvetage. Que s'il y a des repreneurs qui sont là, qui ont un projet sérieux, on puisse les accompagner pour que ça fonctionne. Mais ça n'est pas l'Etat qui dirige l'entreprise du repreneur, ça n'est pas l'Etat qui s'assure que le business plan il est respecté, ça n'est pas son rôle, c'est le rôle de l'entreprise ou de la personne…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, enfin, c'est l'Etat s'assure que la proposition, le business plan sera viable, et que l'entreprise créée... parce que l'Etat a versé de l'argent.

SIBETH NDIAYE
Mais bien sûr, mais vous pouvez avoir…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et l'entreprise n'a pas été viable, on l'a constaté rapidement.

SIBETH NDIAYE
Vous pouvez avoir un bon business plan et vous pouvez avoir des manageurs dans l'entreprise qui ne font pas…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qui ne sont pas à la hauteur ?

SIBETH NDIAYE
Qui ne sont pas forcément à la hauteur, et malheureusement c'est ce qu'on a constaté. Après, nous, moi je crois qu'il est important qu'on soit là pour accompagner les individus. Aujourd'hui on mobilise quatre conseillers de Pôle emploi, à plein temps, pour accompagner les personnes qui sont dans la difficulté. Il y a 99 personnes aujourd'hui qui sont en recherche d'emploi sur ce site-là, donc on les accompagne, on est très mobilisé, on a déjà eu des éléments positifs, puisqu'il y a eu des reclassements qui ont pu être réalisées d'ores et déjà. C'est des gens qui ont un savoir-faire en or dans les mains et on ne va pas les lâcher, on ne va pas les abandonner.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien, merci Sibeth NDIAYE.

SIBETH NDIAYE
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 22 novembre 2019 
 

Situation sociale Situation sociale Communication gouvernementale Concertation Preavis Greve Reforme Retraite Regime special SNCF RATP 193002428

Interview de M. Jean-Baptiste Djebbari, secrétaire d'État aux transports, à Radio Classique le 20 novembre 2019, sur la réforme du régime des retraites à la RATP et à la SNCF.

Interview de M. Jean-Baptiste Djebbari, secrétaire d'État aux transports, à Radio Classique le 20 novembre 2019, sur la réforme du régime des retraites à la RATP et à la SNCF. Jean-Baptiste Djebbari 20/11/2019 réforme retraites SNCF RATP

GUILLAUME DURAND
Bonjour et bienvenu Jean-Baptiste DJEBBARI.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Bonjour.

GUILLAUME DURAND
C'est la première fois que vous venez ici. Vous êtes pilote de formation, vous avez 37 ans, vous êtes chargé des transports, et dieu sait que les sujets ne manquent pas ce matin. C'était comment cette réunion d'hier, quand on la perçoit comme ministre ? C'était une explication, un acte de câlinothérapie ou le rappel quand même que le gouvernement travaille et que les maires n'y comprennent pas grand-chose ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Moi j'ai reçu les maires de la Haute-Vienne le soir, donc après…

GUILLAUME DURAND
Parce que c'est votre circonscription.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Absolument. Au ministère, pour avoir cet échange et pour voir comment, eux, avaient perçu ce discours. Et ce que j'en tire, c'est deux choses. D'abord, il y a eu une recomposition politique majeure, et cette recomposition elle a forcément un impact sur la relation entre le président, l'exécutif et les maires. Et la recomposition elle est massive. Si je prends simplement exemple de la Haute-Vienne, qui a vécu sous un système socialiste pendant 108 ans, la mairie a été perdue en 2014, les trois députés sont aujourd'hui En Marche, et donc l'ensemble de la classe politique, l'ensemble des dirigeants politiques, ont dû se recomposer dans leur rapport les uns aux autres. Et puis il y a eu ce qui s'est passé ces 18 derniers mois, la crise des Gilets jaunes, les Grands débats qui ont forcément, quelque part, qui nous ont mis dans le même bateau, et qui nous ont obligés à nous rapprocher et à trouver des voies de…

GUILLAUME DURAND
Et vous avez même dit, enfin expliqué à un moment, où vous aviez été, pour ce Grand débat, un moment en prison, et que c'était violent ce qui vous était reproché.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Moi j'ai fait cinq Grands débats, et il y avait beaucoup de conflictualité, c'est sûr, et notamment sur les Grands débats qui duraient 2 heures, 2 heures 30, vous aviez 45 premières minutes, où vous étiez…

GUILLAUME DURAND
Tendu.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non, mais en tout cas mis en cause sur le plan personnel. Oui, c'était vraiment tendu, bien sûr que c'était tendu. Mis en cause sur le plan personnel, parce que je crois qu'il y avait une colère qui s'exprimait vis-à-vis de la classe politique, vis-à-vis des politiques qui étaient, et pour le coup, de façon totalement excessive, supposés commettre toutes les atrocités, être coupables de tous les maux. Et il y avait ce moment où on devait sortir de cette conflictualité un peu mortifère, pour arriver au moment, au temps du débat. Et nous avons réussi à le faire, et je crois qu'aujourd'hui il faut à la fois recomposer la façon dont on fait de la politique dans les territoires, entre le gouvernement, les députés, les maires qui sont évidemment les piliers de cette démocratie, de notre système démocratique, et puis il faut, et je crois que le président a vraiment raison de le dire, il faut essayer de tendre vers l'action, et le temps de l'action c'est maintenant, et le temps du bilan viendra, et je crois que nous aurons un bilan dans les territoires, mais pas que, et également évidemment au niveau national, un bilan tout à fait important.

GUILLAUME DURAND
Nous sommes en direct avec Jean-Baptiste DJEBBARI. Vous savez que finalement il y a trois manières de s'exprimer : il y a les élections, vous avez rappelé, donc, législatives, ou récemment les européennes. Il y a effectivement la rue, et puis il y a ce degré de représentation que représente justement le Grand débat. Arrive le 5 décembre, vous lisez les journaux au gouvernement comme nous tous les matins, et comme tous ceux qui vous écoutent, avec cette espèce d'inquiétude terrible, ce matin dans les gares, vous avez des gens qui sont en train de préparer, au fond les usagers, c'est votre métier les Transports, c'est votre poste au gouvernement, à l'idée que la grève peut être massive, qu'elle va peut-être même durer. Vous avez rencontré les syndicats des transports, vous allez les revoir, et dans un contexte qui est quand même très particulier, puisqu'on attend peut-être que, d'un jour à l'autre, on leur annonce qu'on va annoncer à un âge pivot sur les retraites. Donc…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Bon, d'abord, je fais plus que lire les journaux, effectivement je rencontre les syndicats et nous avons depuis le 1er octobre eu un certain nombre de réunions avec les syndicats de la SNCF et de la RATP notamment, qui sont, qui seront au coeur de la journée du 5. Et puis je suis allé voir les agents directement. La semaine dernière j'ai passé un après-midi entier à la RATP, pour discuter avec les gens de la maintenance, avec les gens du métro, du RER, des bus…

GUILLAUME DURAND
Et vous les sentez comment ? Parce que c'est ça…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Oui, bien sûr, mais ce qui est intéressant c'est que, au fond, d'abord eux sont tout à fait dans le débat que nous avons lancé, ils sont d'ailleurs parfois beaucoup plus inquiets, par exemple à la RATP, de l'ouverture à la concurrence, que du système des retraites, et je pense qu'il faut aussi avoir ça en tête. Ils ont besoin d'informations, ils me l'ont dit, « nous n'avons pas d'information, pas assez », et donc je crois qu'il faut avoir…

GUILLAUME DURAND
Mais pour ce qui est de l'âge pivot, on ne sait toujours rien. Parce que c'est vrai que c'est tombé il y a quelques jours maintenant, donc…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Oui, et donc je leur ai expliqué ce que nous discutions avec les syndicats, les modalités de la transition que nous construisions, je leur ai expliqué aussi le contexte global dans lequel la réforme se déroulait, les exigences d'équité vis-à-vis notamment des jeunes générations. Bref, tout ça ils le comprennent. Eux veulent des réponses très concrètes sur leur niveau de pension, la durée du temps de travail, c'est ces sujets très concrets que nous…

GUILLAUME DURAND
Mais pardonnez-moi de vous poser la question franchement, Jean-Baptiste DJEBBARI, est-ce que par exemple quand vous rencontrez les gens de la SNCF, vous allez clairement leur dire, ou vous leur avez déjà dit : « Les régimes spéciaux, c'est terminé, et ce sera 64 ans pour tout le monde ». Est-ce que vous leur avez dit ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
En tout cas, je leur ai dit que les régimes spéciaux, en tant que tels, étaient terminés, que nous allions construire un régime universel et que nous allions faire converger l'ensemble des régimes spéciaux vers ce régime universel à bon rythme.

GUILLAUME DURAND
Et les 64 ans ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Et vous savez, vous parlez à des jeunes, notamment à la RATP j'avais des jeunes de 30, 35 ans, qui ont commencé il y a 5, 6 ans à la RATP, et qui, même à la RATP, ont un doute sur le système de retraite, sa viabilité, sa soutenabilité financière, etc. etc. Donc vous parlez à des gens qui sont intelligents et qui ont bien compris que depuis 30 ans dans ce pays, on mettait des pansements sur un système qui dysfonctionne, et qui ont bien compris, parce qu'ils sont dans des familles, parce qu'ils habitent dans la grande couronne en Ile-de-France, que ce système, aujourd'hui, il est assez inéquitable, assez peu lisible, peu équilibré, et qu'il faut construire autre chose.

GUILLAUME DURAND
Mais je comprends que vous ne leur avez pas franchement dit que c'était les 64 ans, d'ailleurs on attend la décision du gouvernement, mais surtout vous savez que des syndicats ils sont divisés là-dessus, enfin l'ensemble du mouvement. D'abord, il y a une partie qui est assez inorganisée, du côté des Gilets jaunes, il y a des syndicats qui sont réformistes et qui essaient de comprendre, et puis il y a les syndicats qui veulent mettre le feu aux poudres.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Mais vous savez que sur les 64 ans, d'abord il y a une forme d'hypocrisie, c'est qu'aujourd'hui quand vous regardez les salariés du privé, en définitive ils ne partent pas à 62, mais beaucoup plus, à 63 ans et demi et c'est 64 ans à horizon de 2025. D'abord, le système est hypocrite, parce que les gens partent plus tard que l'âge légal de 62 ans, pour partir à la retraite, et que sur les régimes spéciaux, nous avons dit, et depuis le début, que nous prendrions en compte les contraintes de service, le travail de nuit, la pénibilité, la dangerosité. Et c'est ça que nous construisons actuellement avec les syndicats. Donc il n'y a pas... tout est sur la table si vous voulez. Et qu'ils aient des contraintes, qu'ils aient des contraintes réelles d'exploitation, le travail de nuit c'est une réalité, et ça, nous le prenons en compte.

GUILLAUME DURAND
Donc vous ne craignez pas pour le 5 décembre, une sorte de, comment peut-on dire, d'explosion généralisée, quoi.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non mais mon travail, ce n'est pas de craindre l'explosion généralisée, c'est de travailler avec les syndicats, c'est d'essayer de faire baisser les niveaux de tension à l'intérieure les boîtes, et de construire les solutions de l'avenir.

GUILLAUME DURAND
Dernier point, il est important, c'est cette affaire de pont. Alors, on sait tous maintenant que le camion c'était 50 tonnes, il est au fond de l'eau maintenant, 50 tonnes c'est plus du double de ce qui était autorisé. Alors, les gens se demandent si ce genre de cas se multiplie un peu partout en France, que la circulation des camions est extrêmement dense, et si tout ça a été vérifié ? Pardonnez-moi de vous demander de répondre brièvement, parce que nous avons terminé.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Brièvement. Tout ça a été vérifié, il y a eu une inspection en 2017, par le CEREMA, qui est un organisme d'Etat, qui n'a pas trouvé de défauts structurels sur le pont, une inspection des services départementaux en 2018, et effectivement ce pont était dimensionné pour 19 tonnes, et le camion semble-t-il faisait entre 45 et 50 tonnes, tout chargé. Il y a un sujet, il y a un sujet notamment des informations dans les GPS, qui aujourd'hui conduit certains conducteurs à prendre des itinéraires secondaires, pour ne pas aller sur les autoroutes, et gagner un peu de temps. Nous avons voté une loi hier, qui permet, qui impose de nouvelles contraintes sur ce sujet. Je vois que nous sommes au rendez-vous, tant sur l'aspect sécurité des ponts, j'aurai un débat au Sénat un peu plus tard dans la journée, que sur l'aspect de la bonne information des transporteurs, des usagers, au sens général.

GUILLAUME DURAND
Jean-Baptiste DJEBBARI, donc, qui est secrétaire d'Etat chargé des questions de transport au gouvernement, était sur l'antenne de Radio Classique ce matin. Merci beaucoup.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Merci.

GUILLAUME DURAND
Bonne journée à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 22 novembre 2019 
 

Retraite Politique des transports Regime de retraite Regime special RATP SNCF Reforme Relations gouvernement syndicat Relations Etat collectivite locale 193002430

Interview de M. Jean-Baptiste Djebbari, secrétaire d'État aux transports, à Europe 1 le 15 novembre 2019, sur la situation sociale et la réforme des retraites.

Interview de M. Jean-Baptiste Djebbari, secrétaire d'État aux transports, à Europe 1 le 15 novembre 2019, sur la situation sociale et la réforme des retraites. Jean-Baptiste Djebbari 15/11/2019 situation sociale réforme retraites

SONIA MABROUK
Bonjour Jean-Baptiste DJEBBARI.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Bonjour à vous.

SONIA MABROUK
Une neige lourde et abondante a entraîné de nombreuses perturbations dans les transports, on va en parler, mais d'abord 300 000 foyers privés d'électricité, c'est conséquent ce matin.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Oui, les phénomènes météorologiques ont été très concentrés sur cette région, et ENEDIS mobilise donc des moyens supplémentaires pour venir en aide aux plus de 300 000 Français, foyers français, qui sont aujourd'hui privés d'électricité. Ça prendra un petit peu de temps, mais les moyens d'ENEDIS sont sur place déjà depuis ce matin.

SONIA MABROUK
Ça prendra un peu de temps, donc ça peut durer aujourd'hui, dans la matinée, dans la journée ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Traditionnellement, on arrive assez bien à remettre la majorité des foyers dans la journée, mais ça peut, vu la concentration, là, des intempéries, ça peut durer un petit peu, donc je sais qu'ENEDIS travaille fortement, je crois qu'il aura à s'exprimer dans les heures qui viennent.

SONIA MABROUK
Alors, il y a les transports, c'est votre domaine, c'est votre sujet. Perturbations sur les routes, dans les gares, aéroports, est-ce qu'on peut faire un point sur la situation ce matin, en particulier dans le Sud-est de la France ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Oui, bien sûr. Deux sujets : les sujets de prévention et les sujets d'intervention. Sur la prévention, évidemment les plans de circulation des TER ont été mis à jour, modifiés, notamment dans la vallée du Rhône. Certains poids lourds ont été restreints de circulation, les élus ont pris leurs responsabilités sur l'interdiction des transports scolaires, de manière à assurer la sécurité des enfants. Et puis depuis ce matin des interventions sont en cours également. Je rappelle que la Sécurité civile est sur place pour aider ceux qui sont encore dans les bouchons, que d'une manière générale les 7 500 agents de l'Etat, qui sont mobilisés H 24 pour la sécurité des routes sont évidemment très fortement mobilisés ce matin, et que sur le ferroviaire, la SNCF notamment, met des groupes électrogènes pour être on appui des lignes TGV, de manière à permettre aux Français d'arriver à destination, pas trop en retard.

SONIA MABROUK
Alors, c'est la nature évidemment, c'est la neige, mais on est toujours étonné, Jean-Baptiste DJEBBARI, eh bien de la pagaille, routes, trains, ainsi qu'on n'arrive pas à s'organiser en amont.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
C'est la réalité, plusieurs millions de Français circulent chaque matin et chaque soir et qu'effectivement vous avez ces effets de concentration. Alors, dans la région ils sont un peu plus habitués qu'on va dire la majorité des Français, à ces phénomènes d'intensité forte, sur les intempéries, sur les chutes de neige. Mais oui, c'est toujours un défi de faire passer plusieurs millions de Français chaque matin sur ces itinéraires, qui sont déjà d'ordinaire particulièrement saturés.

SONIA MABROUK
Alors, autre défi, sur le plan social. Emmanuel MACRON dit avoir entendu la colère des personnels hospitaliers, mais les foyers de contestation s'allument de toutes parts. Pour faire retomber la pression, vous êtes contraints de tout ralentir, temporiser les réformes, votre action ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non, pas ralentir, mais vous savez, je crois que…

SONIA MABROUK
Un peu quand même.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Je crois que les gouvernements successifs ont assez largement laissé le pays se dégrader, eh bien c'est le cas par exemple à l'hôpital, c'est le cas évidemment, c'était le cas à la SNCF…

SONIA MABROUK
Encore, encore parler d'avant, d'avant. Ça fait deux ans et demi que vous êtes là.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non non, mais je crois réellement, soit par manque de courage, de faire les réformes qui étaient nécessaires, soit par manque de vision, et parfois un peu des deux. Et Emmanuel MACRON a porté un diagnostic lucide et a un gouvernement qui est à l'action et qui réforme. Et la réforme, quand elle est structurelle, systémique comme on dit, quand on change de système, notamment dans le cadre de la réforme des retraites, vous savez, c'est toujours plus compliqué à mettre en oeuvre. Et là, pour cette réforme en particulier, nous avons mis une méthode inédite, ça fait quand même 2 ans de concertation…

SONIA MABROUK
Reculer, c'est la méthode, c'est ce que certains disent, temporiser.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non, la méthode c'est concerter, 200 réunions de ministres, c'est se décliner au niveau ministériel. Moi je vois tous les jours les syndicats, et je vous assure que c'est beaucoup moins caricatural quand vous parlez avec les syndicats, dans les réunions, ou quand vous allez sur le terrain, avec les agents.

SONIA MABROUK
C'est important ce que vous dites, parce qu'il y a quelques jours à ce micro, Xavier BERTRAND s'inquiétait d'abord sérieusement de ce contexte social et surtout, dit-il, de l'absence de dialogue social de votre part.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Mais Xavier BERTRAND, il fait de la politique politicienne, pour le coup, assez traditionnelle.

SONIA MABROUK
Vous n'en faites pas, vous.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non mais moi je suis à l'action. Moi je ne viens pas de la politique et je ferai autre chose après. Moi, ce qui m'intéresse, c'est d'être utile pour mon pays, et singulièrement de cette séquence. Et tous les jours, plusieurs fois par semaine, nous voyons les syndicats, les différents syndicats, et nous allons sur place, puisqu'on parle de dialogue social, moi j'étais hier tout l'après-midi à la RATP, dans des centres de bus, dans des centres de métro et de RER…

SONIA MABROUK
Ah, donc à la rencontre directement des agents, des salariés.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
A la rencontre directe des agents, pour bien comprendre leurs craintes et leurs attentes. Donc je dis à Xavier BERTRAND et à d'autres, qu'ils critiquent d'un peu loin ce qui se passe réellement, que le gouvernement est pleinement au contact et en proximité, au contact des agents, au contact des syndicats.

SONIA MABROUK
Vous allez faire la même chose pour la SNCF, aller à la rencontre des salariés et des agents, peut-être au risque de fâcher un peu les syndicats, parce que vous leur passez dessus.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non non, je leur ai dit, je leur ai même dit en amont que j'allais probablement tenir, d'abord me rendre sur les sites et puis avoir des débats avec les agents, je crois que c'est tout à fait complémentaire, et c'est tout à fait nécessaire. Parce que le retour des agents sur le terrain, c'est qu'ils ont besoin d'informations directes du gouvernement, ils ont besoin de comprendre ce qui se passe, y compris dans ces discussions, ils veulent de la transparence et ça a été un moment très utile hier avec les agents de la RATP.

SONIA MABROUK
Oui, utile, mais tous les regards se tournent déjà vers le 5 décembre et l'appel à la grève de la RATP – SNCF contre la réforme des retraites. Est-ce qu'on va vers un décembre noir dans les transports ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Eh bien d'abord, nous avons plusieurs temps. Vous savez qu'entre le 20 et le 22 novembre nous aurons une réunion un peu conclusive, ou de synthèse avec les syndicats…

SONIA MABROUK
Une « Réunion conclusive ».

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Enfin, de synthèse.

SONIA MABROUK
Mais qu'est-ce donc ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
La réunion de synthèse c'est avec tous les syndicats, à la RATP et à la SNCF, pour acter les points d'accord et les points de désaccord.

SONIA MABROUK
C'est important ça, on va s'arrêter sur ce point. Vous serez avec Jean-Paul DELEVOYE, quelles propositions concrètes vous allez mettre sur la table pour éviter justement la grève illimitée ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Vous savez, d'abord les syndicats nous ont fait beaucoup de propositions. Donc ce que nous allons d'abord faire, c'est leur restituer la vision du gouvernement sur l'ensemble des propositions. Vous avez entendu dans le débat, on a parlé de la loi du grand-père, enfin bref, de pas mal de projets qui ont été portés par les syndicats eux-mêmes, et sur lesquels nous nous sommes engagés à expertiser les propositions. Et donc nous leur dirons, et nous leur dirons à eux avant.

SONIA MABROUK
Oui, très bien, mais par exemple, la CFDT Cheminots, justement, sur cette clause du grand-père, en fait un point important pour ne pas rejoindre l'appel à la grève du 5 décembre…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Mais pas que. Enfin, évidemment, ils portent cette proposition de façon assez forte, mais ils parlent aussi beaucoup de pénibilité, ils parlent aussi beaucoup de la convention de branches, il y a plein de sujets…

SONIA MABROUK
Vous pourriez les contenter sur d'autres points pour éviter qu'ils ne rejoignent un mouvement contestataire ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Ce n'est pas stratégique, c'est que, à la SNCF comme à la RATP, il y a beaucoup de sujets aujourd'hui d'inquiétudes, d'anxiété pour l'avenir. Il y a l'ouverture à la concurrence, il y a des grandes transformations au sein de l'entreprise, donc ce n'est pas stratégique, c'est qu'on veut répondre, moi je veux que la SNCF, dans 6 mois, dans un an, dans deux ans, soit une entreprise publique forte. La RATP pareil. Et donc, pour faire ça, il faut avoir une discussion qui soit rationnelle avec l'ensemble des agents, et y compris évidemment sur la réforme des retraites, prendre position.

SONIA MABROUK
En réalité, Jean-Baptiste DJEBBARI, ce qui est important, ce n'est pas le 5 décembre, c'est le 6, c'est le 7, c'est le 8, c'est les jours d'après, pour savoir véritablement ce qu'il en est de l'étendue de la grève. Vous devez avoir un indicateur, un thermomètre social.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
D‘abord il faut avoir un dialogue social qui soit de qualité, avant le 5. Le 5, moi je l'ai dit, je pense qu'il y aura... Cette grève elle a aujourd'hui beaucoup d'énergie, pour vous le dire comme ça, et il y aura probablement une grève suivie, donc nous devons prendre en amont les mesures de prévention, ça se prépare, et nous le faisons avec les entreprises, notamment la SNCF et la RATP. Nous maintenons le dialogue social et nous le maintiendrons autant que nécessaire. Et puis effectivement, vous l'avez dit, il y aura un mois de janvier, un mois de février, et il y aura toujours ces entreprises qui devront bien fonctionner, qui devront être debout, et moi c'est ça, si vous voulez, qui me tient et qui m'intéresse dans cette situation.

SONIA MABROUK
Mais c'est important, vous insistez sur le dialogue social. Dialoguer c'est bien, mais à un moment il faut proposer concrètement, leur dire vers où vous allez. Est-ce que ce n'est pas en grande partie vos ambiguïtés, vos valses hésitations qui nourrissent l'angoisse et les inquiétudes légitimes sur la réforme des retraites ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Vous savez, moi j'essaie toujours d'avoir un seul discours. Ce que je leur dis à eux, je le dis en dehors et sur des sujets extrêmement concrets : ouverture de la concurrence, les petites lignes. Je pense qu'il faut tracer des perspectives d'avenir. Nous travaillons actuellement, je leur dis exactement où nous en sommes, et je crois que c'est l'ensemble de ces solutions. Evidemment, sur la réforme des retraites nous ne ferons pas de... nous dirons les choses, telles que le gouvernement veut les porter, et vous savez très bien que s'agissant des mesures transversales ou du système qui sera adopté in fine, c'est bien le président de la République le Premier ministre qui s'exprimeront, c'est aussi ce que je leur ai dit, et c'est comme ça que cela va se passer.

SONIA MABROUK
Mais le problème justement, parce qu'Emmanuel MACRON par exemple s'est impliqué dans le dossier de la colère des hôpitaux, votre problème c'est que s'est installée l'idée que la seule façon de se faire entendre par vous, par ce gouvernement, c'est la violence finalement.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non, je crois vraiment que c'est un raccourci, et d'ailleurs c'est un raccourci assez dangereux en démocratie, mais ce qui est vrai c'est que quand vous payez…

SONIA MABROUK
Oui, mais qui l'a installé ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non, mais quand vous payez effectivement, prenons les dettes abyssales le certains hôpitaux, prenons la dette de la SNCF, 46 milliards d'euros, complètement insoutenable, qui a été quand même le fruit de décisions d'élus, qui ne sont plus aujourd'hui aux manettes, mais qui ont fait des LGV, des gares TGV ici et là, sans se soucier de l'avenir pour le groupe ferroviaire ou pour les finances publiques des Français, c'est ça le sujet. C'est qu'aujourd'hui on doit lucidement aborder l'ensemble de ces dégradations, dans les services publics, et y répondre, et y répondre de façon structurelle.

SONIA MABROUK
Oui, et ce qu'on attend c'est vos réponses, ce n'est pas le diagnostic.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Mais on pourrait aussi faire comme les autres, c'est-à-dire mettre des pansements et gagner un peu de temps. On a plus d'ambition que ça, c'est plus compliqué à faire.

SONIA MABROUK
Mais le temps, vous n'en avez plus, parce que l'autre rendez-vous c'est demain, un an après le début des mouvements des Gilets jaunes, un an après les braises couvent encore, les plaies sont encore ouvertes ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Les symptômes, moi j'ai déjà eu l'occasion de le dire, les symptômes du mal français sont encore là, sur la perception d'un capitalisme un peu dérégulé, qui a oublié les classes moyennes, et je crois que ce gouvernement…

SONIA MABROUK
Et sur votre politique aussi, un peu plus précisément.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non mais je crois que singulièrement, ce gouvernement, et vous verrez, un jour on fera le bilan de l'ensemble des mesures sociales qu'on a prises sur le quinquennat, et je pense qu'on on s'apercevra alors, et j'espère que ce sera absolument flagrant…

SONIA MABROUK
Oui, mais sera peut-être déjà trop tard pour vous, parce que…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non, ça ne sera pas trop tard, parce que vous voyez bien comment se passe la vie politique, et qu'en 2021 je crois que fin 2021 on sera mesure, à la fois de commencer à avoir un bilan et présenter l'ensemble des mesures sociales, notamment de soutien au pouvoir d'achat des Français, ce sera massif.

SONIA MABROUK
Mais faisons déjà un bilan d'étape, un an après.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Et ce sera massif.

SONIA MABROUK
Oui, Jean-Baptiste DJEBBARI, quelle image ont les Gilets jaunes selon vous aujourd'hui ? Est-ce que ce sont toujours des gens en colère, en souffrance, ou alors est-ce qu'il y a d'autres visées plus radicales ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Moi, vous savez, je les ai reçus dans ma circonscription en Haute-Vienne, tout au départ, et à plusieurs reprises…

SONIA MABROUK
Ça a dû être mouvementé.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
C'était au départ mouvementé, mais vous savez, il y a eu beaucoup de sujets de perception de l'action du gouvernement, des petites phrases, etc., qu'il a fallu comme ça un peu déminer. Et puis après s'est installé le dialogue et l'échange politique. Et je continue à discuter avec eux.

SONIA MABROUK
Discuter, mais demain, qu'est-ce qu'il faut craindre, notamment à Paris ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Il y a toujours de l'anxiété individuelle, mais je pense quand même que certains reconnaissent que le gouvernement a fait beaucoup, notamment les 17 milliards d'euros de pouvoir d'achat, et ce n'est n'est pas fini, et effectivement les réformes sont encore en cours, et je crois réellement que nous aurons un bilan très favorable à présenter, notamment en matière de …

SONIA MABROUK
Mais il y a de l'inquiétude, de la peur, demain, et puis les prochains jours. Demain, qu'est-ce que vous attendez précisément ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Mais l'inquiétude et la peur, ce n'est pas un programme politique, madame MABROUK, si je puis me permettre, et moi ce qui m'intéresse c'est d'être utile au pays, et de faire en sorte que la France de demain, grâce aux réformes qu'on aura faites, elle soit en meilleur état que dans l'état où nous l'avons trouvée.

SONIA MABROUK
Eh bien on en parlera, l'épreuve justement des défis à venir. Merci Jean-Baptiste DJEBBARI.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 20 novembre 2019 
 

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