Déclaration de M. Édouard Philippe, Premier ministre, sur la mobilisation sociale contre la réforme du régime des retraites et sa "disposition totale" à négocier pour élaborer des "transitions progressives", à Paris le 6 décembre 2019.

Déclaration de M. Édouard Philippe, Premier ministre, sur la mobilisation sociale contre la réforme du régime des retraites et sa "disposition totale" à négocier pour élaborer des "transitions progressives", à Paris le 6 décembre 2019. Édouard Philippe 6/12/2019 réforme du régime des retraites Point sur la mobilisation sociale du 5 décembre, sur le perron de l'hôtel de Matignon le 6 décembre 2019

Hier beaucoup de nos compatriotes ont fait grève ou ont manifesté dans les rues de Paris ou d'autres grandes villes de France pour dire leur inquiétude ou leur opposition à la mise en place d'un système universel de retraite. Aujourd'hui encore, la grève est importante. Elle est moins puissante à l'Education nationale, mais elle reste forte dans les entreprises de transport public au premier rang desquelles la SNCF et la RATP.

Comme tous les Français, je sais que lorsque des grèves importantes se déroulent dans ces entreprises de transport public, la vie de nos concitoyens s'en trouve affectée. Il est plus difficile de se rendre au travail, plus délicat d'aller chercher ses enfants à l'école, parfois compliqué de pouvoir rendre visite à ses proches.

J'entends bien entendu tous ceux qui exercent leur droit parfaitement légitime de faire grève et de manifester. Mais j'entends aussi ceux qui souffrent d'une certaine façon et qui subissent les désagréments liés à l'exercice de ce droit. Je veux leur dire que le Gouvernement, conscient des difficultés qu'ils rencontrent, continuera de mettre à leur disposition le maximum de moyens destinés à limiter l'impact de ces grèves. Je pense à l'incitation au covoiturage. Je pense évidemment au télétravail. Je pense à la mise en place de lignes de bus à l'intérieur des villes ou, le cas échéant, entre les villes. Je pense enfin à la meilleure information possible, grâce notamment au site gouvernement.fr.

Ma logique n'est pas et ne sera jamais celle de la confrontation. J'ai vu depuis le début de ce débat, depuis que nous avons commencé à travailler sur la question de la mise en place d'un système universel de retraites, certains désigner des catégories de Français en les accusant de tous les maux. J'en ai vu d'autres diffuser des chiffres qui ne correspondent pas à la réalité et qu'ils savent faux, des fake news comme on dit parfois en mauvais français et en bon anglais. Des simulateurs qui ne correspondent à rien, sinon à l'envie de ne pas informer correctement nos concitoyens. Je le déplore, car je pense que la mise en place d'un système universel de retraite permettant de garantir à tous nos concitoyens leur retraite et celle de leurs enfants et de mettre en place un système plus juste et plus solide, mérite un débat de fond, un débat éclairé. Un débat auquel je le sais, nos concitoyens sont prêts.

Car nos concitoyens savent que la très grande diversité des 42 régimes de retraite actuels ne peut pas perdurer. Ils savent qu'il faudra un jour renoncer à des régimes spéciaux qui ne sont plus compris. Ils savent même qu'au fur et à mesure, nous allons devoir travailler un peu plus longtemps. Je ne dis pas que c'est de gaieté de coeur, mais c'est ce qui se passe dans tous les autres pays comparables à la France. Et c'est ce qui se passe déjà en France d'une certaine façon, puisque s'agissant du régime général par exemple, nos concitoyens partent en moyenne après - et largement après - l'âge légal de départ à la retraite.

La question qui se pose vis-à-vis de ces adaptations, de ces transformations, est la suivante : voulons-nous les faire brutalement dans l'urgence ou préférons-nous les mettre en place raisonnablement, progressivement, sans brutalité, alors que nous avons le temps. C'est évidemment ce second choix qu'a fait le Gouvernement et la majorité.

Je voudrais dans cette période de grève et d'inquiétude adresser quelques messages simples. A tous les Français d'abord, je veux dire que si nous cherchons à mettre en place ce système universel de retraites, c'est parce que nous avons la conviction qu'il permettra à chaque Français de cotiser de la même façon et de bénéficier des mêmes droits. Le système que nous voulons installer est un système juste qui remplace la solidarité au sein de chaque métier par une solidarité véritablement nationale où tous les Français sont solidaires de tous les Français quel que soit leur statut, leur métier, le régime de retraite auquel ils étaient affiliés.

Aux salariés des entreprises publiques de transport qui se sont fortement mobilisés hier et qui restent mobilisés aujourd'hui, je le dis tranquillement : la mise en place d'un système universel de retraites implique la disparition des régimes spéciaux. Je ne crois pas que les Français puissent durablement accepter des régimes qui conduisent aujourd'hui certains à partir alors qu'ils font le même métier avec un peu plus et beaucoup plus tôt que d'autres.

Mais si je dis cela, je dis également à tous les personnels de la RATP et de la SNCF, et à tous les Français, qu'il ne serait pas raisonnable, pas acceptable, pas juste de changer les règles en cours de partie et de placer des femmes et des hommes qui, de bonne foi, parce que c'est leur droit, ont fait des choix de vie, des choix d'investissement, des choix d'organisation familiale sur le fondement d'un régime auquel ils pouvaient légitimement aspirer.

C'est la raison pour laquelle j'ai indiqué – et je la répète aujourd'hui – ma disposition totale pour faire en sorte que les transitions soient progressives, afin de ne pas être brutales. Nous le devons à chacun. C'est une affaire de justice individuelle et de justice sociale. Je rencontrerai dans quelques minutes le président de la SNCF et la présidente de la RATP, et je suis persuadé qu'avec les organisations syndicales, nous trouverons le bon point d'équilibre qui permettra à la fois de rassurer les personnels sur leur avenir, sans renoncer à la volonté très ferme qui est la nôtre de projeter le pays dans le futur et de mettre en place ce système universel.

J'ai vu également la mobilisation importante des enseignants, et je comprends parfaitement les inquiétudes qu'ils formulent. Il est vrai que l'application absurde des nouvelles règles les pénaliserait. Et c'est d'ailleurs tellement vrai que nous avons dit dès le début, avec le Président de la République, que nous nous engagions à ce que les pensions des enseignants de France ne baissent pas. Je veux le dire de la façon la plus claire possible : le système universel n'est pas la baisse des pensions des enseignants. Au contraire, c'est la revalorisation progressive de leur traitement de façon à ce que leur pension, leur pouvoir d'achat au moment des retraites ne baisse pas.

Un dernier mot : je crois – et je l'ai toujours dit – au dialogue social. Il est arrivé dans les mois et peut-être dans les années qui ont précédé ce moment, que certains critiquent le Gouvernement pour la verticalité avec laquelle il aurait pris des décisions.

Nous avons, s'agissant de la mise en place du système universel de retraites, fait le choix du dialogue social. De janvier 2018 jusqu'à juillet 2019, dans la première phase. Puis de août 2019 jusqu'à la semaine prochaine, nous avons fait le choix avec le Haut-commissaire aux retraites, Jean-Paul DELEVOYE, avec la ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès BUZYN, de rencontrer, de discuter avec le plus grand nombre possible d'organisations syndicales et avec les Français. Je rappelle la consultation qui a été engagée par le Haut-commissaire et les réunions publiques tenues par le Président de la République, par moi-même, par le Haut-commissaire, afin d'échanger avec les Français sur ce système universel que nous voulons construire.

Le dialogue social, c'est respecter le calendrier, que nous nous sommes fixé. C'est écouter et essayer d'intégrer les propositions qui sont formulées. C'est la raison pour laquelle la ministre des Solidarités et de la Santé et le Haut-commissaire aux retraites rencontreront lundi l'ensemble des organisations syndicales et patronales pour clôturer le cycle de négociations sociales et de débat avec les Français qui a été ouvert sur le sujet des retraites. Ils établiront un bilan complet des attentes, des préoccupations, des points d'accord et des points de désaccord.

Je présenterai ensuite mercredi prochain à 12 heures au Conseil économique, social et environnemental, qui est la Chambre du dialogue social et des corps intermédiaires, l'intégralité du projet du Gouvernement. Le débat pourra ainsi s'organiser autour de propositions claires qui prendront en compte bien des propositions formulées par les organisations syndicales et qui garantiront aux Français la justice, la solidité et la solidarité de leur système de retraite.


Je vous remercie.


Source https://www.gouvernement.fr, le 9 décembre 2019
 

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Interview de M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, à RTL le 2 décembre 2019, sur l'hommage aux soldats morts au mali, la rémunération des enseignants et la réforme des retraites.

Interview de M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, à RTL le 2 décembre 2019, sur l'hommage aux soldats morts au mali, la rémunération des enseignants et la réforme des retraites. Jean-Michel Blanquer 2/12/2019 réforme des retraites enseignants

ALBA VENTURA
Bonjour Jean-Michel BLANQUER.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bonjour Alba VENTURA.

ALBA VENTURA
Vous serez cet après-midi aux Invalides pour rendre hommage à nos treize soldats morts au Mali il y a tout juste une semaine. Des classes d'élèves des quatre régiments où étaient basés les militaires seront également présentes, de Pau, de Gap, de Saint-Christol et de Varces. Vous allez recevoir ces jeunes gens avant l'hommage au Ministère ; pour leur dire quoi ? Pour leur transmettre quoi ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est toujours important quand il y a un événement de ce type de faire sentir aux enfants l'importance de ce qui se passe et puis d'être dans cette logique de transmission. Nous tenons à ce que dans tous les hommages – et c'est d'ailleurs vrai aussi pour chaque 8 Mai, chaque 11 Novembre si possible dans chaque commune – que les enfants soient présents. D'abord pour témoigner aux militaires cette solidarité de toute la Nation et donc des enfants comme des adultes, mais aussi pour que les enfants partagent ces moments qui sont par définition des moments d'unité nationale.

ALBA VENTURA
On comprend l'engagement patriotique à cet âge-là ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bien sûr. Vous savez, l'éducation morale et civique, elle est faite pour ça et elle commence dès l'école primaire. C'est quelque chose de normal et de naturel que d'ailleurs on trouve normalement dans pratiquement chaque pays et ça n'a rien d'extravagant, si vous voulez. C'est, au contraire, normal de faire sentir que, encore une fois, on appartient à un même pays et que ce pays vit des bonheurs et des tragédies et qu'au moment des tragédies, il est soudé.

ALBA VENTURA
Au-delà de cet hommage, Monsieur le Ministre, la question de la présence ou non des forces françaises au Sahel, elle se pose à votre avis ? Elle est discutable ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Par définition, toutes les options diplomatiques et militaires sans arrêt se discutent. C'est fait pour ça d'ailleurs. Le Parlement est tout à fait compétent pour le faire et le fait régulièrement.

ALBA VENTURA
Mais pour vous ? Il faut maintenir une présence absolue avec l'aide des Européens ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
En tout cas ce que chacun doit comprendre, c'est que ce qui s'est joué dans une décision qui a été prise dans le précédent quinquennat et que nous avons été très nombreux à saluer – et moi aussi même si je n'étais pas ministre – c'est que ce qui se jouait, c'était notre sécurité à l'échelle internationale mais aussi à l'échelle de la France. Donc il ne faut jamais être simpliste sur ces sujets et quand l'armée intervient à l'extérieur de cette façon-là, c'est aussi pour assurer notre sécurité. Si elle n'était pas intervenue, aujourd'hui nous aurions un très grand pays, le Mali, qui serait un foyer djihadiste et qui enverrait des terroristes chez nous tout simplement. C'est ça qui se joue. Maintenant ce qui est évident et ç'a été très bien dit notamment par Florence PARLY, nous avons besoin de partager la responsabilité. Nous aimerions mieux ne pas y être. Nous aimerions mieux que…

ALBA VENTURA
Y être mais pas tout seuls.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ne pas y être tout seuls, dans l'idéal évidemment c'est la capacité des cinq Etats du Sahel concernés d'avoir les forces prêtes pour ça et puis, en attendant, d'avoir les Européens davantage avec nous dans ces interventions.

ALBA VENTURA
Jean-Michel BLANQUER, vous avez participé hier soir au séminaire du gouvernement à Matignon. Veillée d'armes dit-on avant la grève du 5 décembre. Qu'est-ce qui ressort de cette réunion ? Vous avez un peu clarifié les choses parce que c'est quand même le grand flou qui règne.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non. C'était très utile d'avoir cette réunion. Je ne pense pas que ce soit le grand flou. Je pense que c'est, au contraire, différentes étapes qui ont été prévues depuis assez longtemps, c'est-à-dire que ce sont des étapes d'écoute. Rappelons-le. Cette réforme des retraites a fait l'objet de concertations très longues. Aujourd'hui, on est encore dans des phases de discussion. Il y a des choses qui se calent, il y a aussi les Français qui nous disent des choses.

ALBA VENTURA
Oui, mais il y a des choses qui sortent : clause du grand-père, pas clause du grand-père, âge pivot, allongement de la durée de la cotisation. Gérard LARCHER, le président du Sénat, vous accusait hier – enfin, le gouvernement – d'entretenir l'opacité sur cette réforme des retraites.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Il est dans son rôle d'opposant de dire des choses comme ça.

ALBA VENTURA
Mais les Français ne comprennent pas bien…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Certains commentaires comme celui-ci sont fait plus pour créer de l'opacité que pour réellement s'en inquiéter. Donc si vous voulez, si on veut dire les choses très simplement, premièrement les retraites aujourd'hui sont un système complexe et qui risque de ne pas fonctionner dans les temps à venir si on ne fait rien. Ce gouvernement d'ailleurs, ce serait plus simple pour lui de rien faire comme l'ont fait d'autres gouvernements. Là, nous voulons agir tout simplement pour assurer pour les générations à venir une retraite à la fois plus équitable et plus simple.

ALBA VENTURA
Donc ça, c'est ce qui s'est dit hier soir.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ça, c'est les bases de tout ce que nous faisons. Les deux bases.

ALBA VENTURA
Donc qu'est-ce qui s'est dit hier soir ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ce qui s'est dit hier soir, c'est que si nous voulons assurer l'égalité et si nous voulons assurer la simplicité qui sont les deux objectifs poursuivis, nous devons jouer sur un paramètre. Les trois paramètres qui existent en matière de retraite, c'est le niveau de pension, c'est le montant des cotisations et puis c'est l'âge de départ à la retraite. Toute personne qui nous trouverait un quatrième critère serait intéressante à écouter mais personne n'en a vu. Donc nous savons que nous ne voulons pas diminuer le montant de la pension.

ALBA VENTURA
Ça, vous l'avez dit plusieurs fois.

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est l'engagement vis-à-vis des Français mais c'est un point très important, parce que les inquiétudes qui se développent çà et là sont sur ce sujet. Justement tout ce que nous faisons, c'est pour éviter de baisser les pensions. Nous ne souhaitons pas trop travailler sur l'augmentation des cotisations parce qu'il y a déjà beaucoup de charges sociales sur les Français. Et donc toute la discussion, on le voit bien, porte notamment sur l'âge et c'est normal qu'il y ait une discussion là-dessus. Donc ce point-là n'est pas encore défini parce que précisément il se discute, même si on a déjà commencé à dire des choses. On n'est pas muet sur ce sujet. On a parlé notamment de la classe 1963.

ALBA VENTURA
Mais il faut que tout le monde ait en tête qu'il va falloir travailler plus longtemps.

JEAN-MICHEL BLANQUER
De toute façon, je pense que ça, indépendamment de la réforme, tout le monde a compris que dans un pays où on vit plus vieux et où il y a moins d'actifs, il est normal d'agir sur l'un des paramètres. Là encore, celui qui dirait le contraire…

ALBA VENTURA
Ceux qui vont faire grève et ceux qui bénéficient des régimes spéciaux, non, ne l'ont pas en tête.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non. Je pense que certains sont en grève parce qu'ils ne comprennent pas tout donc c'est aussi notre travail d'expliquer avant le 5, et puis parce qu'ils ont envie de faire valoir leur de voir, ce qui est tout à fait leur droit en démocratie. Simplement c'est notre devoir, et a fortiori en amont du 5 parce qu'on n'est pas obligé de se résoudre à ce que la grève soit énorme – moi, je ne souhaite pas que ce soit le cas - donc je pense qu'on pourrait…

ALBA VENTURA
Vous pensez que ce ne sera pas un mouvement dur ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ecoutez, non. Je pense que ça peut être un mouvement dur, il n'y a aucun doute là-dessus, enfin sur le fait que c'est possible. Maintenant, je pense que ce n'est pas une fatalité. Qu'il faut encore une fois se parler tranquillement, sereinement. C'est ce que nous faisons d'ailleurs en disant : « Au fond dans une démocratie sociale avancée, on devrait pouvoir s'entendre là-dessus parce que tous les paramètres sont sur la table ».

ALBA VENTURA
Parmi ceux qui vont se mobiliser en masse le 5 décembre, il y a bien sûr les enseignants qui vont faire partie des grands perdants de la réforme. Même le président l'a reconnu. Certains disent : « On va perdre entre trois cents… »

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, il n'a pas reconnu qu'ils seraient les perdants ! Il a dit : « Il ne faut pas qu'ils soient les perdants. » C'est ça la différence.

ALBA VENTURA
Oui, ça implique qu'il va y avoir des perdants. Mais est-ce que vous allez intégrer les primes des enseignants dans les retraites ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bien sûr.

ALBA VENTURA
Les primes et les indemnités.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bien sûr. C'est juste un des principes de la retraite parce qu'il y a beaucoup de progrès possibles avec la retraite. Par exemple ce que l'on fera, ce qu'on peut discuter sur les dernières années de travail qui peuvent s'aménager, des choses comme ça. Parmi les progrès possibles, certains même puisque ça c'est vraiment prévu dans la retraite, c'est le fait que les primes soient intégrées. Mais justement le problème, c'est qu'aujourd'hui les primes des enseignants ne sont pas très élevées si vous comparez à d'autres fonctionnaires.

ALBA VENTURA
Notamment au primaire. Ils n'en ont quasiment pas.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Tout à fait. Donc il y a des inégalités aujourd'hui que justement la réforme des retraites permet de révéler. Et donc ces inégalités, nous sommes en train de travailler. Il ne faut pas parler au futur mais au présent. Nous sommes en train de travailler dans un dialogue social qui est maintenant très régulier avec les organisations syndicales - encore là, le 3 décembre, nous les rencontrons sur ces sujets - pour que les rémunérations augmentent le temps…
ALBA VENTURA

Vous allez revaloriser leurs salaires ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, bien sûr. Je m'y étais engagé et c'est ce que nous sommes en train de faire.

ALBA VENTURA
En janvier ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
En janvier, il y a des revalorisations en 2020 qui ont déjà été budgétées et qui sont connues. C'est huit cent cinquante millions d'euros quand même qui passent dans le pouvoir d'achat des enseignants. Mais c'est surtout à partir de 2021 que nous voulons une montée progressive, sachant qu'il y a toute une classe d'âge, c'est vrai pour les enseignants comme pour tous les Français, qui ne sera pas concernée par la réforme, mais que justement c'est les plus jeunes entrés dans la carrière qui sont concernés par les faibles rémunérations. Donc c'est de ce côté-là qu'on doit à la fois améliorer les rémunérations et, ce faisant, préparer le fait qu'ils n'y perdront pas pour leur retraite future.

ALBA VENTURA
Monsieur le Ministre, il y a deux syndicats d'enseignants qui vous demandent de repousser les épreuves de contrôle continu prévues en janvier pour les classes de 1ère - ça, c'est dans le cadre de la réforme du lycée - tout bonnement parce que les sujets ne sont pas accessibles pour faire plancher les élèves. En gros, il y a eu un bug de la base de données. Vous allez les reporter ou pas ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non. Le même syndicat qui demande ça demandait… Si vous écoutez bien, ça fait sept mois que sur chaque sujet, il demande le report. Je pense que c'est un peu bizarre parce qu'ils savent très bien que la réforme est enclenchée et qu'il n'y aura pas de report. Non, je ne comprends pas tellement cette revendication d'autant plus que, bien sûr, les sujets seront disponibles. C'est vrai qu'il y a une semaine de retard mais ça laisse six semaines pour consulter la base de sujets donc ce n'est pas…

ALBA VENTURA
Ils seront disponibles quand ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Lundi prochain.

ALBA VENTURA
Lundi 9.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Lundi 9, la semaine prochaine. Les professeurs auront les sujets.

ALBA VENTURA
Ils disent que c'est trop tard pour faire travailler. Une semaine de report.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, non. Si vous voulez, les examens dont nous parlons auront lieu à la fin du mois de janvier et certains auront même lieu en février, donc ça laisse largement le temps encore de travailler. Donc voilà, ne cherchons pas à chaque fois qu'il y a un petit problème à en faire toute une affaire. C'est vraiment… Non. Là au contraire, vous savez, la réforme du baccalauréat : on a dit tellement de choses qui ne se sont pas révélées. Reportez-vous à ce qui avait été dit sur la rentrée de septembre et caetera et, en réalité, ça se passe bien. Les élèves de 1ère sont contents. Il y a encore plein de choses à faire évoluer et avancer ; d'ailleurs, nous en parlons. Mais dans l'ensemble, les vertus de la réforme sont là. Notamment les élèves ont eu plus de liberté pour choisir, ils peuvent plus approfondir, donc nous sommes en route pour augmenter le niveau général de nos élèves.

ALBA VENTURA
Jean-Michel BLANQUER, la dernière fois que vous étiez venu ici, c'était après le suicide d'une directrice d'école de Pantin qui vous avait écrit pour vous parler de son épuisement, et vous aviez lancé à la suite de ça une consultation sur la situation des directeurs d'école. Est-ce que vous pouvez nous aujourd'hui s'il y a des pistes déjà ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, bien sûr, il y a des pistes. Les conclusions de ces pistes seront le 17 décembre prochain où nous réunissons les organisations syndicales sur la base d'une grande consultation que nous avons faite avec la totalité des directeurs d'école qui nous répondent en ce moment même. Et ces pistes, nous le savons bien, c'est comment nous pouvons allonger… Alléger, pardon, les charges administratives ; comment nous pouvons aider davantage les directeurs d'école et les directrices ; comment est-ce que nous pouvons aussi…

ALBA VENTURA
Donc des moyens humains en plus ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui. Il y a ce sujet des moyens humains mais il y a aussi le sujet de la nature des fonctions. Il y a aussi la question du statut et va avec ça la rémunération, le rôle dans l'école. Là c'est un sujet plus délicat parce que tout le monde n'est pas d'accord sur le rôle de direction, le rôle hiérarchique du directeur d'école. Nous discutons de tout cela actuellement et donc le 17, il y aura un premier pas qui sera franchi. Puis on continuera de façon à être opérationnel pour la rentrée prochaine et puis à commencer à les aider dès maintenant, ce que j'ai commencé à faire.

ALBA VENTURA
Vous avez dit donc avec de l'argent, des rémunérations.

JEAN-MICHEL BLANQUER
L'objectif c'est, de manière très cohérente avec ce que je vous disais avant sur les retraites d'ailleurs, c'est d'améliorer les rémunérations. Ça se passe aussi sur plusieurs années. C'est évidemment un travail qui doit nous permettre aussi de faire évoluer le système éducatif. Parce que quand on fait ces évolutions-là, c'est à la fois les élèves et leurs familles qui sont bénéficiaires de ce que nous faisons.

ALBA VENTURA
Merci beaucoup Monsieur le Ministre.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Merci à vous.


Source Service d'information du Gouvernement, le 3 décembre 2019 
 

Retraite Retraite Regime de retraite Enseignant Politique des salaires Financement France - Sahel 193002515

Déclaration de M. Édouard Philippe, Premier ministre, sur la réforme des régimes de retraite, à Paris le 27 novembre 2019.

Déclaration de M. Édouard Philippe, Premier ministre, sur la réforme des régimes de retraite, à Paris le 27 novembre 2019. Édouard Philippe 27/11/2019 réforme des régimes de retraite Point d'étape sur la réforme avec les ministres concernés et le haut-commissaire chargé du dossier, Jean-Paul Delevoye, à l'hôtel Matignon le 27 décembre 2019

Mesdames et Messieurs,


Lundi et mardi, j'ai tenu avec la ministre des Solidarités et de la Santé ainsi qu'avec le Haut-commissaire, un cycle de rencontres avec les partenaires sociaux sur la mise en oeuvre du système universel de retraite. Je souhaitais, alors que nous arrivons au terme de la consultation engagée par le Haut-commissaire sur la définition du futur système universel de retraite, faire le point avec les organisations syndicales et patronales et leur permettre d'exprimer et d'entendre les arguments que nous voulons échanger.

Les échanges que nous avons eus avec les organisations syndicales et patronales ont été, peut-être un peu plus encore que d'habitude, très riches et d'une très grande qualité. Je voudrais les en remercier très sincèrement. Cette richesse et ces échanges traduisent au fond un élément que nous devons conserver à l'esprit en matière de définition du futur système universel de retraite. Le dialogue social se poursuit, il avance à son rythme contrairement à ce que disent parfois ceux qui préfèrent une logique de précipitation, voire une logique de confrontation.

Il y a évidemment des points de divergence mais il y en a aussi de convergence. Au fond, les discussions ont permis de confirmer que de nombreuses organisations syndicales et professionnelles soutiennent le principe d'un système universel de retraites. Pas toutes, bien entendu, mais un certain nombre d'entre elles partagent l'ambition du Gouvernement.

Ces échanges ont aussi permis d'identifier de manière très claire des propositions formulées par les organisations syndicales ou patronales dont je m'engage à tenir compte dans le projet du Gouvernement.

J'ai entendu par exemple, l'importance pour la CFTC de définir de manière juste et pérenne les droits familiaux dans les modalités de calcul des retraites ; et nous nous y engageons.

J'ai entendu les attentes très fortes de la CFDT sur la question de l'emploi des seniors : nous devons évidemment y répondre. J'ai pris, à cet égard, bonne note de la volonté des représentants des employeurs, le MEDEF et la CPME ont été très explicites sur ce point, de trouver des solutions. J'attends beaucoup des conclusions du rapport que j'ai demandé à S. BELLON sur ce sujet. J'entends également les attentes de la CFDT s'agissant de la pénibilité. Je ne crois pas que nous puissions à ce stade refondre complètement un système que nous venons de réformer, mais nous devons étendre dans ce qu'il a possible le système actuel de pénibilité à la fonction publique. Et sur certains sujets, je pense notamment au travail de nuit, nous pouvons évoluer.

J'ai bien noté aussi la proposition qui vise à rendre possible, pour ceux qui le souhaitent - et uniquement pour ceux qui le souhaitent-, la poursuite d'une activité après la liquidation de leur retraite tout en continuant à acquérir des droits. Nous l'avons évoqué avec plusieurs organisations syndicales et patronales. Au fond, il s'agit de casser le caractère binaire qui existe aujourd'hui entre activité et retraite. Un jour on travaille, le lendemain, on ne travaille plus. Beaucoup de nos concitoyens et beaucoup d'organisations syndicales et patronales voudraient lisser le départ à la retraite. Faire en sorte qu'il soit possible de continuer à travailler dans des conditions différentes, peut-être moins intensément, bien-entendu, après avoir liquidé sa retraite tout en continuant à acquérir des droits, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui. Au fond, permettre des solutions plus intelligentes, plus souples entre l'activité et la retraite.

J'ai parfaitement entendu les préoccupations de l'UNSA concernant certains secteurs de la fonction publique, et je me suis engagé à inscrire dans la loi les garanties que nous accorderons aux enseignants, par exemple.

Je suis évidemment attentif aux inquiétudes formulées par l'U2P concernant les professions libérales. Des propositions sont sur la table. Nous continuerons à y travailler.

S'agissant de la gouvernance du futur système, les partenaires sociaux ont clairement exprimé leur souhait d'y prendre part. Et les questions restent ouvertes. J'ai indiqué aux partenaires sociaux que nous avions encore du temps pour en discuter. Le Parlement, et c'est légitime, en sera un acteur majeur. Mais je souhaite que nous puissions nous appuyer sur les organisations syndicales et patronales pour construire cette nouvelle gouvernance et pour leur laisser une place déterminante afin que nos concitoyens soient rassurés sur la façon dont sont prises les décisions dans le système futur. Associer le Parlement pour sa part, les organisations syndicales et patronales d'autre part, me semble pour l'heure de nature à apporter un élément de réassurance.

Enfin, beaucoup d'organisations nous ont dit aussi leur opposition au projet de réforme et leur volonté de manifester cette opposition. Je ne suis pas de ceux qui confondent les manifestants et les casseurs. Tous ceux qui voudront s'exprimer dans le calme et dans le respect de la loi auront évidemment le soutien de l'État.

En concertation avec les partenaires sociaux et dans un échange direct avec les Français, je veux évoquer les consultations citoyennes qui se tiennent depuis plus de deux mois. Le Gouvernement aura l'occasion de présenter rapidement un projet d'universalité, de responsabilité et d'équité. Au fond, ce sont les trois éléments qui sont au coeur du projet de refondation que nous préparons.

Nous sommes, plus que jamais, déterminés à construire ce système universel de retraites. Parce que cette réforme est une réforme de justice sociale. Construire un système universel de retraites, ce n'est pas réformer notre système actuel, c'est le refonder ; le refonder pour qu'il soit plus juste et plus solide.

Tout au long de ces discussions, nous avons rappelé le principe fondamental qui sous-tend ce projet de société : remplacer les 42 régimes existants par un système unique et universel, commun à tous les Français et dont les règles seront les mêmes pour tous.

La conséquence en sera la fin de l'esprit dans lequel avait été construit le système actuel, c'est-à-dire un système fondé sur des solidarités corporatistes pour passer à un système de solidarité universel entre tous les Français, entre toutes les générations. Il nous apparaît que le système qui a prévalu jusqu'à présent et qui a fait ses preuves avait également contribué à la création d'injustices, de complexités, de défiances. Mais surtout, que la logique qui le sous-tend n'est plus adaptée à notre époque ou à celle qui s'annonce compte tenu des transformations du monde du travail, des révolutions technologiques et de la nécessité d'avoir une protection de tous par tous.

Avec ce système universel, nous voulons mieux prendre en compte la réalité d'un très grand nombre de Français qui ne poursuivent plus comme autrefois des carrières linéaires. Au fond, nous le savons bien, le système actuel a été fondé sur l'idée, qui avait du sens en 1945, selon laquelle on choisissait un métier voire une entreprise dans laquelle on restait tout au long de sa vie. Cela n'est plus vrai, les Français changent de métier, changent d'entreprise, changent de statut, changent de régime. Et à chaque fois qu'ils changent de régime ils sont conduits à perdre un certain nombre d'éléments de solidarité, perdre un certain nombre de droits, perdre aussi une visibilité et une compréhension sur ce que sera leur future retraite.

Le système universel de retraite doit nous permettre de mieux protéger les femmes dont les pensions sont aujourd'hui en moyenne inférieures de 40% à celles des hommes. Et je connais les arguments de ceux qui disent "Il faut réparer pendant la vie professionnelle cette injustice". C'est vrai. Et nous le faisons, d'ailleurs, en nous engageant avec les organisations syndicales et professionnelles sur l'égalité de rémunération entre les femmes et les hommes. Mais les différences existent et nous devons regarder le monde tel qu'il est. Pas une fois qu'il serait corrigé de tous les problèmes que nous avons à régler. C'est la raison pour laquelle nous considérons que ce système universel protégera, et c'est un fait, beaucoup mieux les femmes qu'aujourd'hui.

Nous voulons mieux protéger les travailleurs modestes qui partent avec de très faibles pensions malgré toute une vie de travail. Nous voulons mieux protéger les Français qui alternent des périodes de chômage et d'activité et qui font face à des accidents ou à des maladies. Et là encore nous pouvons faire mieux que ce qui existe aujourd'hui.

Nous voulons mieux prendre en compte la réalité du travail, les métiers pénibles qui usent, l'invalidité qui résulte de conditions de travail difficiles ou encore les carrières de ceux qui commencent à travailler très jeunes et qui, de ce fait, doivent avoir le droit de partir plus tôt.

Nous continuerons évidemment à prendre en compte ces impératifs. A ceux qui nous disent qu'ils n'en savent pas assez sur notre projet, je réponds d'abord, que nous avons pris le temps de consulter. On nous a suffisamment reproché la verticalité, pour que nous assumions de prendre le temps, de discuter, de consulter, d'écouter avant de décider.

Nous disons ensuite que ce projet va introduire de nouveaux droits :

- le droit à bénéficier d'une pension majorée dès le premier enfant. Cela n'existe pas aujourd'hui, ce droit sera garanti dans le système futur. Le droit de bénéficier de pensions de réversion plus protectrices et plus justes pour le conjoint survivant. Il y a une grande diversité de régime qui s'applique en matière de pension de réversion aujourd'hui. Nous voulons faire en sorte que le système futur soit juste et soit généreux pour le conjoint survivant.
- Le droit de bénéficier d'un niveau minimum de pension garanti égale à 1 000 euros pour une carrière complète. Nous avons tous en tête des exemples d'artisans, de commerçants, d'agriculteurs qui ont travaillé dur et qui n'ont pas une retraite décente. C'est une injustice que nous connaissons et que le système futur permettra de corriger. C'est aussi à cela que sert un système universel.
- Pour la fonction publique, le calcul des cotisations sur l'ensemble des rémunérations, y compris les primes, et l'ouverture du principe de pénibilité.
- L'indexation des points de retraite sur le niveau des salaires pour éviter tout risque de décrochage. Or nous le savons, nos concitoyens veulent être rassurés au sujet de la valeur du point, ils auront cette garantie.

Parce que nous sommes convaincus que le système que nous définissons est meilleur que le système d'aujourd'hui, parce que nous sommes convaincus que les Français dans leur grande majorité veulent un système simple, juste qui mettra un terme à des régimes qui ne correspondent plus à une logique qui serait acceptée par nos compatriotes nous ne transigerons pas sur l'objectif.

Nous ne transigerons pas sur l'objectif mais nous prendrons le temps qu'il faut pour y arriver. Les réunions bilatérales que je viens de conduire montre cette demande de la part des organisations syndicales : les uns et les autres convergent sur le principe d'une transition qui ne brusque pas les choses. Parce qu'au fond on ne change pas un contrat social brutalement.

Nous allons mettre un terme aux régimes spéciaux C'est la conséquence mécanique de l'instauration d'un régime universel de retraite. Mais nous ne voulons pas stigmatiser ceux qui s'y trouvent aujourd'hui. Autrement dit, l'universalité oui, la brutalité non. Chacun doit être respecté et j'ai demandé aux dirigeants des grandes entreprises publiques de poursuivre le dialogue dans leurs instances. Et si j'ai un message à passer aujourd'hui, c'est que je suis persuadé qu'on peut faire de grandes transformations en apaisant les Français, à condition de se donner le temps. Nous devons donc trouver le bon rythme, la bonne transition.

Nous avons d'ores et déjà posé un certain nombre de principes. D'abord, les retraités actuels ne seront évidemment pas concernés par la réforme. Nous l'avons dit. Je le redis. Nous le redirons. Il n'en est aucunement question. Le deuxième principe que nous avons pris, est celui d'affirmer et de mettre en oeuvre un principe clair : les droits acquis seront conservés à 100%.

Le rapport du Haut-commissaire aux retraites, proposait d'exclure du système universel ceux qui sont ou qui seront à moins de cinq ans de la retraite en 2020 lors du vote de la loi. S'il faut que la réforme s'applique à des personnes un peu plus éloignées de la retraite que ce qui était envisagé jusqu'ici afin de prendre en compte les choix individuels faits par nos concitoyens, je suis prêt à en discuter avec les organisations syndicales. Et je sais pour les avoir entendues qu'un certain nombre l'ont demandé.

D'un côté, j'entends ceux qui estiment qu'à cinq dans de la retraite on se projette déjà dans cette retraite, on en connaît le mode de calcul, on en connaît le montant approximatif et que le changement de système pourrait être déstabilisant. Et ils ont raison. De l'autre, j'entends ceux qui disent que la fameuse clause dite "du grand-père" qui n'appliquerait la réforme qu'aux nouveaux entrants sur le marché du travail ne serait pas assez ambitieuse et qu'elle étalerait la mise en oeuvre de la réforme sur une période trop longue. Et ils n'ont pas tort. Entre ces deux extrêmes, on doit pouvoir trouver le bon curseur. Est-ce que ce sont les personnes qui ont déjà une bonne partie de leur vie professionnelle derrière eux, qui sont à 10 ans ou à 15 ans de leur âge de départ à la retraite ? Cela n'est pas encore décidé, mais j'ai la conviction que nous pouvons trouver la bonne solution ensemble.

Pour ma part, du moment qu'on construit un système universel en lieu et place des 42 régimes existants, y compris les régimes spéciaux, je suis ouvert à la discussion.

Mais ce que je peux d'ores et déjà affirmer aujourd'hui, c'est que ces mécanismes de transition doivent être, eux aussi, équitables entre les régimes. On ne peut pas répondre à des demandes catégorielles en pénalisant les autres. Et j'en suis convaincu, on peut dans ce cadre qui respecte l'équité entre tous les régimes, prendre également en compte l'histoire des entreprises publiques et de leur système de retraite.

Un dernier mot enfin sur la responsabilité. Nous voulons construire un système solide dans lequel les jeunes générations, nos enfants auront confiance. Ce n'est pas en fondant un système universel sur du déficit que nous créerons cette confiance.

Ce qui se produirait si nous ne faisions rien nous le savons tous.

Soit nous laisserions filer les déficits et nous demanderions à nos enfants de payer plus tard pour nos dépenses actuelles, ce qui serait totalement injuste. Je m'y refuse.

Soit nous augmenterions nos cotisations et nous le savons, notre compétitivité et le pouvoir d'achat baisseraient, le chômage repartirait à la hausse alors que nous sommes en train au contraire de faire en sorte que ce mouvement continu de baisse du chômage puisse se poursuivre.

Soit ce serait les pensions qui devraient baisser et c'est le pouvoir d'achat des retraités qui en souffrirait. Je l'exclus évidemment.

Le président de la République l'a indiqué : nous voulons préserver le pouvoir d'achat des Français, celui des travailleurs comme celui des retraités. Par conséquent, nous excluons de baisser les pensions ou d'augmenter fortement les cotisations de ceux qui travaillent. C'est cela, un projet de justice sociale.

Comme nous l'avons toujours affirmé, nous savons que nous devrons progressivement travailler plus longtemps afin d'équilibrer le système de retraites futur. Là aussi, je voudrais convaincre que nous pouvons le faire de manière apaisée, sans brutalité, de façon progressive, en laissant la possibilité à ceux qui sont concernés, le choix de le faire en fonction de leur parcours de vie. Je crois que nos compatriotes savent, au fond d'eux-mêmes, que ce qui est vrai dans tous les autres pays comparables à la France, c'est-à-dire un allongement progressif de la durée du travail tout au long de la vie, est aussi un des éléments sur lequel nous devons travailler.

Les concertations vont encore se poursuivre sous le pilotage du Haut-commissaire. Elles devraient s'achever aux alentours des 9 ou 10 décembre. Jean-Paul Delevoye présentera les conclusions qu'il formulera au terme de cette consultation, et j'aurai l'occasion, dans les jours qui suivront, de présenter dans sa globalité et très précisément, le projet que le Gouvernement présentera au Parlement au début de l'année 2020.

D'ici cette date, certains exprimeront leur opposition dans la rue, le 5 décembre. C'est leur droit le plus légitime. J'ai le plus grand respect pour le droit de grève et pour le droit de manifester. En revanche, j'appelle évidemment chacun au calme et au respect. De la loi, de la propriété, de tout ce qui fait la vie en commun, de l'ordre public, des biens publics, et bien sûr au respect des forces de l'ordre. De son côté, le Gouvernement mettra tout en oeuvre pour accompagner au mieux les Français qui veulent et qui doivent travailler.


Je vous remercie.


Source https://www.gouvernement.fr, le 2 décembre 2019
 

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Interview de Mme Sibeth Ndiaye, secrétaire d'État, porte-parole du Gouvernement, à France Info le 27 novembre 2019, sur les 13 militaires français morts au Mali dans un accident d'hélicoptère et l'appel à la grève contre la réforme des retraites.

Interview de Mme Sibeth Ndiaye, secrétaire d'État, porte-parole du Gouvernement, à France Info le 27 novembre 2019, sur les 13 militaires français morts au Mali dans un accident d'hélicoptère et l'appel à la grève contre la réforme des retraites. Sibeth Ndiaye 27/11/2019 décès militaires Mali appel grève retraites
  • Sibeth Ndiaye - Secrétaire d'État, porte-parole du gouvernement

MARC FAUVELLE
Bonjour Sibeth NDIAYE.

SIBETH NDIAYE
Bonjour.

MARC FAUVELLE
La France vient de perdre 13 militaires français au Mali, 41 depuis le début de l'opération Barkhane, est-ce que ce drame remet en cause la présence militaire française au Sahel ?

SIBETH NDIAYE
Je voudrais d'abord saluer la mémoire de nos soldats et m'associer à la douleur de leur famille, de leurs proches c'est évidemment comme à chaque fois des moments qui sont extrêmement douloureux, extrêmement difficiles. Pour ce qui est de notre engagement militaire au Sahel, d'abord, je crois qu'il faut rappeler que si nous sommes au Sahel, c'est d'abord à la demande d'un pays, le Mali, qui a connu un moment de déstabilisation important et qui a appelé la France à la rescousse, et la France a fait évidemment son devoir en venant aux côtés de l'Etat malien à un moment donné où il pouvait tomber.

MARC FAUVELLE
Et elle a vocation à rester sur place ?

SIBETH NDIAYE
Et elle a vocation à rester tant que nous ne serons pas en mesure d'assurer une stabilité pour les pays qui sont dans la zone du G5 Sahel, ce groupe de 5 pays, dans la bande sahélo-sahélienne où – vous le savez – des groupes djihadistes sévissent, sévissent contre les populations locales et sont capables aujourd'hui d'avoir des projections, y compris des projections assez lointaines dans le reste des pays africains, pour mener des attentats et continuer leur entreprise de déstabilisation.

MARC FAUVELLE
Pourquoi la France est seule à participer à ces opérations militaires sur place en Europe ?

SIBETH NDIAYE
Je ne suis pas d'accord avec vous, parce que la France n'est pas seule, nous avons effectivement en propre une opération qui est Barkhane, mais nous avons également un appui de la Minusma, qui est une force des Nations-Unies…

MARC FAUVELLE
L'ONU…

SIBETH NDIAYE
Qui comporte plusieurs pays en son sein, notamment des pays européens, et donc on voit bien, y compris dans le financement aussi du G5 Sahel, ce groupement de 5 pays de cette bande sahélo-sahélienne, qu'il y a des financements européens. Donc non, la France n'est pas seule, même si nous portons une grande part du combat sur place.

MARC FAUVELLE
Une grande part, est-ce que vous en appelez aux autres pays européens pour que leur présence militaire soit renforcée aux côtés de la nôtre ?

SIBETH NDIAYE
Mais nous avons une position constante en la matière, nous sommes convaincus qu'il faut toujours avoir une approche qui est multilatérale, et c'est d'ailleurs le cas aujourd'hui au Mali et dans cette zone sahélo-sahélienne, évidemment, dès lors que d'autres pays pourraient accroître leurs efforts, c'est évidemment bienvenu, mais la France est là où elle doit être, parce que si nous ne sommes pas là, nous avons l'assurance que le chaos s'installera.

MARC FAUVELLE
A votre connaissance, les hélicoptères avaient-ils essuyé des tirs avant cet accident ?

SIBETH NDIAYE
Je n'ai pas d'informations supplémentaires par rapport à ce que l'Etat-major des armées a déjà fourni sur les circonstances de cet accident. Je peux vous dire que nos soldats sont morts au feu, et que ça, c'est le plus important en ce moment.

MARC FAUVELLE
Il y aura une cérémonie d'hommages ?

SIBETH NDIAYE
Il y aura effectivement une cérémonie d'hommages…

MARC FAUVELLE
Aux Invalides ?

SIBETH NDIAYE
Probablement aux Invalides qui est aujourd'hui en cours de préparation…

MARC FAUVELLE
Vous en connaissez la date déjà ?

SIBETH NDIAYE
Alors, je n'ai pas encore cette date, mais cette cérémonie se prépare évidemment entre l'Elysée, l'Etat-major des forces armées, mais aussi en relation avec les familles de victimes.

MARC FAUVELLE
Emmanuel MACRON sera sur place évidemment ?

SIBETH NDIAYE
C'est une évidence.

MARC FAUVELLE
Hier soir, Sibeth NDIAYE, Edouard PHILIPPE, qui réunissait la majorité à l'Assemblée nationale, a appelé ses troupes à resserrer les rangs avant la grève du 5 décembre. Est-ce que le doute est en train de gagner la majorité ?

SIBETH NDIAYE
Je ne crois pas du tout, parce qu'au fond, nous sommes devant un moment qui est sans doute l'un des plus importants de ce quinquennat, parce que c'est un moment où nous allons refondre complètement le pacte social qui unit les générations en France, pourquoi je dis cela, parce que nous avons un système qui est un bon système, parce que c'est un système de retraite par répartition, où les actifs d'aujourd'hui, vous et moi qui travaillons aujourd'hui, une partie de notre salaire est utilisée pour payer les retraites des gens qui sont retraités aujourd'hui, c'est un bon système, parce que sa garantit cette répartition la solidarité entre les générations.

MARC FAUVELLE
Alors pourquoi le changer ?

SIBETH NDIAYE
Et cela, nous voulons le conserver, mais dans ce bon système, il y a des injustices, moi, je ne peux pas accepter qu'une femme qui est à la tête d'une famille monoparentale, qui a un ou deux enfants, qui travaille à temps partiel, par exemple, dans la grande distribution, se retrouve sur un rond-point, parce qu'elle n'arrive pas à finir la fin du mois. Et je ne peux pas accepter que ce soit cette même femme qui soit fortement pénalisée, et qui ait une chance sur cinq à la fin de sa vie de se retrouver à travailler jusqu'à 67 ans, parce qu'elle n'a pas accumulé assez de trimestres, assez de droits à la retraite.

MARC FAUVELLE
Vous voulez dire que cette réforme, c'est une réponse à la crise des gilets jaunes ?

SIBETH NDIAYE
Cette réforme, c'est une des réponses à la crise des gilets jaunes, c'est surtout une des réponses aux injustices importantes qui existent dans notre pays. Et moi, le combat politique que j'ai, c'est la lutte contre les injustices. Aujourd'hui, quand vous êtes agriculteur, que vous partez à la retraite, que vous gagnez 500 euros de retraite, mais ce n'est pas supportable dans notre pays, et donc c'est la raison pour laquelle nous voulons mettre en place un minimum contributif qui sera d'un montant de 1.000 euros, pour qu'en France, quand vous avez cotisé toute votre vie ou une grande partie de votre vie, vous ne gagniez pas à la retraite moins de 1.000 euros.

MARC FAUVELLE
Sibeth NDIAYE, hier soir, Edouard PHILIPPE a laissé entendre qu'il n'y aurait pas finalement de « clause du grand-père », c'est-à-dire que l'entrée en vigueur de la réforme ne sera pas repoussée à plus tard pour l'ensemble des Français, vous confirmez ou pas ?

SIBETH NDIAYE
Alors, moi, je n'étais pas à la réunion que vous évoquez, puisque le Premier ministre a rencontré les députés hier soir…

MARC FAUVELLE
Le Premier ministre n'en n'avait pas informé préalablement la porte-parole du gouvernement ?

SIBETH NDIAYE
Je sais que le Premier ministre aura l'occasion à la fois de faire un point en Conseil des ministres ce matin, mais aussi de s'exprimer à l'issue de ce Conseil des ministres, et donc je lui laisse l'opportunité de dire publiquement ce qu'il a envie de dire.

MARC FAUVELLE
Mais vous n'êtes pas au courant, vous, ce matin ?

SIBETH NDIAYE
Je peux vous dire évidemment que je suis au courant, mais j'ai beaucoup de respect pour nos institutions, et c'est au Premier ministre…

MARC FAUVELLE
Et vous avez gardé la primeur de cette annonce pour le Premier ministre tout à l'heure. Si je vous demande donc s'il y aura des négociations secteur par secteur, c'est-à-dire une forme de réforme à la carte, vous ne me répondez pas non plus ?

SIBETH NDIAYE
Je vous dis qu'aujourd'hui, nous avons beaucoup de négociations, depuis le mois de septembre, où on a entamé cette nouvelle phase de négociations avec les syndicats, on est à plus de 300 réunions, ces réunions, elles sont parfois fructueuses, parfois moins, mais moi, j'ai la conviction que dans notre pays, on peut avancer si on est attentif à la démocratie sociale, donc à la négociation avec les syndicats.

MARC FAUVELLE
Les Français connaîtront la réforme avant Noël ?

SIBETH NDIAYE
Je ne sais si les Français connaîtront la réforme avant Noël, puisque le Premier ministre aura l'occasion de détailler le calendrier, à la fois des dernières concertations, mais aussi le moment où lui-même, sans doute, aura à s'exprimer pour définir ce qu'est le cadre de cette réforme.

MARC FAUVELLE
Mais vous, vous la connaissez cette réforme ou pas ?

SIBETH NDIAYE
Alors non, je ne peux pas la connaître, pour la bonne et simple raison…

MARC FAUVELLE
Qui la connaît précisément ?

SIBETH NDIAYE
Mais aujourd'hui, personne, on sait ce que sont les grands principes de notre réforme, on sait où on veut aller, on sait qu'on ne veut pas que le montant des pensions baisse, et que c'est pour cette raison-là qu'on va mettre en place une règle d'or, qui empêchera la baisse du niveau des pensions, par exemple, il y a des grands principes, mais il y a des choses qui aujourd'hui ne sont pas définies. Vous avez par exemple 13 régimes différents de pension de réversion, qui permettent à un conjoint survivant de bénéficier de la pension, en partie, du conjoint décédé, eh bien, ces 13 régimes, on ne sait pas encore comment on va les refondre en un seul. Donc c'est normal qu'on négocie, et même, je vais vous dire, je suis plutôt fière de la qualité des négociations que nous avons en ce moment.

MARC FAUVELLE
Sibeth NDIAYE, la droite vous demande de réquisitionner les grévistes dans les transports le 5 décembre prochain, ou en tout cas, une loi pour pouvoir le faire à l'avenir, vous allez le faire ou pas ?

SIBETH NDIAYE
Moi, je réponds démagogie, parce que je veux bien voir le jour où la droite au pouvoir enverra des forces de l'ordre réquisitionner des cheminots à leur domicile, parce que, en fait, le service garanti, c'est cela. Le service minimum, c'est faire en sorte qu'on soit certain qu'on puisse à l'avance savoir de quoi la grève sera faite et quelles en seront les conséquences, ça, ça a été plutôt une avancée qui a résulté de négociations sociales dans les entreprises concernées, RATP et SNCF. Moi, je ne crois pas, aujourd'hui, qu'il soit sérieux de parler de réquisition.

MARC FAUVELLE
Le Premier ministre espagnol, le socialiste Pedro SANCHEZ, a annoncé qu'il allait taxer les banques pour financer le système de retraite espagnol, c'est une piste chez nous ou pas ?

SIBETH NDIAYE
Eh bien, aujourd'hui, les banques, en tant qu'employeurs, participent déjà au système…

MARC FAUVELLE
Comme toutes les entreprises…

SIBETH NDIAYE
Comme toutes les entreprises. Moi, vous savez, je ne suis pas complètement certaine qu'il faille désigner telle ou telle portion de l'activité économique de notre pays, pour, à la vindicte populaire, dire : c'est à cause vous si tout va mal, donc c'est vous que je vais taxer…

MARC FAUVELLE
Un mot encore, Sibeth NDIAYE, si vous le permettez, au sujet d'Adèle HAENEL qui va finalement porter plainte contre le réalisateur Christophe RUGGIA, qu'elle accuse d'attouchements et de harcèlements sexuels lorsqu'elle était mineure. Quel commentaire ça suscite chez vous ?

SIBETH NDIAYE
Pour moi, c'est la démonstration que, d'abord, la parole des victimes est importante, parce qu'elle permet de libérer les choses, elle permet d'aider sans doute d'autres femmes à pouvoir, elles aussi, faire cette démarche. Et pour madame HAENEL en particulier, je crois que c'est sans doute pour elle un pas qui est aussi important, là où elle avait de la défiance et peu de confiance dans le système judiciaire, je crois que, aujourd'hui, elle a fait un pas supplémentaire, et je pense surtout à elle dans ces circonstances.

MARC FAUVELLE
Merci à vous, Sibeth NDIAYE

SIBETH NDIAYE
Merci à vous.

MARC FAUVELLE
Porte-parole du gouvernement, invitée de France info


source : Service d'information du Gouvernement, le 27 novembre 2019 
 

Terrorisme Politique étrangère France - Mali Intervention France Intervention militaire Terrorisme Militaire Deces France - ONU Retraite Regime de retraite Preavis Greve SNCF RATP 193002482

Interview de Mme Sibeth Ndiaye, secrétaire d'État, porte-parole du Gouvernement, à LCI le 21 novembre 2019, sur le plan d'urgence pour l'hôpital, la rencontre d'Emmanuel Macron avec les anciens salariés de Whirlpool et la réforme des retraites.

Interview de Mme Sibeth Ndiaye, secrétaire d'État, porte-parole du Gouvernement, à LCI le 21 novembre 2019, sur le plan d'urgence pour l'hôpital, la rencontre d'Emmanuel Macron avec les anciens salariés de Whirlpool et la réforme des retraites. Sibeth Ndiaye 21/11/2019 plan hôpital Macron Whirlpool retraites
  • Sibeth Ndiaye - Secrétaire d'État, porte-parole du gouvernement/

ELIZABETH MARTICHOUX
Merci beaucoup d'être avec nous ce matin, bonjour Sibeth NDIAYE.

SIBETH NDIAYE
Bonjour.

ELIZABETH MARTICHOUX
En tant que porte-parole du gouvernement, vous aurez, entre autres, à coeur de défendre le plan Hôpital qui a été pwhrésenté hier par le Premier ministre et Agnès BUZYN, qui est destiné à faire baisser la température chez les blouses blanches. C'est un enjeu important pour le gouvernement. C'est un effort conséquent…

SIBETH NDIAYE
C'est surtout un enjeu important pour notre pays.

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est un plan qui est conséquent. Sera-t-il suffisant ? On va y venir. Mais, d'abord, une question sur le programme d'Emmanuel MACRON, qui fait une visite, elle aussi importante en tout cas en heure, il va aujourd'hui et demain à Amiens, sa ville natale, on lui fait souvent le procès d'être déconnecté au président, est-ce que le but, c'est aussi de tenter de convaincre que non ?

SIBETH NDIAYE
D'd'abord, je pense que c'est un bien mauvais procès, parce que tout au long de son action à la fois en tant que ministre de l'Economie et en tant que président de la République, il a apporté la démonstration qu'il avait évidemment non seulement de l'intérêt pour les territoires, mais qu'il agissait pour ces territoires. Moi, j'ai été sa collaboratrice quand il était ministre de l'économie, et nous n'avons eu de cesse de parcourir le pays là où il y avait des entreprises en difficulté dans les territoires, donc je crois que c'est quelque chose qui lui tient à coeur de longue date.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ça lui tient à coeur d'aller à Amiens, donc sa ville natale, ça risque d'être tendu, peut-être avec les étudiants cet après-midi, sans doute, avec les salariés de WHIRLPOOL demain. Sur WHIRLPOOL d'ailleurs, voilà ce qu'il confie ce matin au Courrier Picard. On va sans doute voir une citation : je suis venu en octobre 2017, avec un projet, celui de monsieur DECAYEUX, comme eux, les salariés, j'y croyais, comme eux, j'ai été déçu. C'est un échec. Je dois maintenant écouter les salariés et relancer le dossier. C'est un échec pour lui aussi ?

SIBETH NDIAYE
Eh bien, écoutez, il faut être lucide…

ELIZABETH MARTICHOUX
Un échec personnel…

SIBETH NDIAYE
Il y a eu une entreprise, WHIRLPOOL, qui était très en difficulté, on a fait des efforts considérables pour accompagner un repreneur, le projet de ce repreneur n'a pas réussi, donc oui, c'est un échec, mais ce n'est pas l'échec du président de la République, ce n'est pas lui qui dirigeait cette entreprise personnellement, ce n'est pas lui…

ELIZABETH MARTICHOUX
L'Etat ne peut pas tout ?

SIBETH NDIAYE
Le sujet n'est pas là. Le sujet est de se poser la question : est-ce qu'on met tout en oeuvre pour que les choses soient possibles, eh oui, dans le cas de WHIRLPOOL et du site en particulier d'Amiens, nous avons tout mis en oeuvre, on a accompagné on a injecté, y compris de l'argent public. Et donc c'est…

ELIZABETH MARTICHOUX
Exactement, mais il y a un des salariés de WHIRLPOOL qui nous disait ce matin sur LCI : le président n'a pas suivi le dossier. Il a relancé, effectivement, il y a de l'argent qui a été débloqué…

SIBETH NDIAYE
Alors, le président, à titre personnel, ne suit pas tous les dossiers d'entreprises en difficulté de France. Vous vous en doutez bien. Est-ce que pour autant, ça veut dire…

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais il avait promis, il s'était engagé, je reviendrai, je le suivrai…

SIBETH NDIAYE
Mais bien sûr, mais d'ailleurs, c'est la preuve qu'il est revenu. Et le président de la République reçoit tous les jours le suivi de tas de sujets différents, que ce soit des sujets industriels ou que ce soit les sujets du reste de la politique de la nation…

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc, vous dites : il ne peut pas tout suivre personnellement, donc on ne peut pas lui faire ce reproche ?

SIBETH NDIAYE
Non, mais je vous le dis, c'est une évidence que le président de la République ne suit pas chacun des dossiers d'entreprises en difficulté de toute la France au jour le jour ; il y a des équipes qui sont dédiées pour ça, au ministère de l'industrie, il y a une secrétaire d'État, il y a des ministres pour cela…

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc c'est un mauvais procès qu'on lui fait, donc on lui dira ça tout à l'heure ?

SIBETH NDIAYE
Donc, alors, évidemment que c'est un mauvais procès que de dire que le président de la République, tous les jours, n'a pas été avec le dirigeant de l'entreprise pour décider avec lui de ce qu'il fallait faire, ça n'a absolument aucun sens.

ELIZABETH MARTICHOUX
Au-delà de ça, Sibeth NDIAYE, dans ce type de dossier….

SIBETH NDIAYE
Ce qui est certain, c'est que l'Etat a accompagné ce type de dossier et ce dossier en particulier…

ELIZABETH MARTICHOUX
Est-ce que les gouvernements ne préfèrent pas, parfois, approuver des repreneurs qui se révèlent, là, par exemple, comme des mauvais repreneurs, en tout cas, pas solides, plutôt que d'être associés à un projet de fermeture forcément douloureux ?

SIBETH NDIAYE
Ecoutez, ça n'a jamais été, mais alors, jamais, la manière de faire d'Emmanuel MACRON, y compris quand il était ministre de l'économie. Il a toujours considéré qu'il fallait avoir une préoccupation, à la fois sur l'outil industriel, parce que quand on peut le préserver, il faut pouvoir le préserver, derrière, c'est du savoir-faire. Il faut se préoccuper avant tout des individus. Quand on peut faire en sorte qu'ils continuent, qu'ils aient une poursuite d'activité dans l'entreprise, oui, il faut le promouvoir, et oui…

ELIZABETH MARTICHOUX
Et là, il y a une majorité d'individus qui sont encore sur le carreau, il va annoncer, il arrive avec quelque chose ou il va simplement… bon, faire ce dialogue qu'il avait promis…

SIBETH NDIAYE
Alors, moi, je ne suis pas collaboratrice du président de la République…

ELIZABETH MARTICHOUX
Non, vous êtes porte-parole du gouvernement…

SIBETH NDIAYE
Je suis porte-parole du gouvernement. Donc je ne peux pas vous dire aujourd'hui si on a… d'ailleurs, je sais que nous n'avons pas de projet immédiat de reprise sur le site. En revanche, ce que je peux vous dire, c'est que notre préoccupation, c'est le parcours des individus, donc c'est s'assurer qu'il puisse y avoir un rebond pour chacun de ceux qui aujourd'hui sont au tapis et n'ont pas d'emploi, c'est ça notre devoir vis-à-vis de ceux qui perdent un emploi…

ELIZABETH MARTICHOUX
Est-ce que vous n'êtes pas frappée…

SIBETH NDIAYE
C'est faire en sorte qu'ils puissent en retrouver un…

ELIZABETH MARTICHOUX
Et votre devoir, et votre expérience aussi, depuis deux ans et demi, c'est une forme d'impuissance parfois ?

SIBETH NDIAYE
Je ne peux pas vous laisser dire ça, parce que depuis deux ans et demi, la France – ce qu'elle n'avait jamais fait depuis des dizaines… depuis au moins une dizaine d'années – a recréé de l'emploi industriel, donc oui, il y a des drames, oui, il y a des entreprises qui ferment, mais, oui, on crée aussi de l'emploi industriel, et ça n'était pas arrivé depuis bien trop longtemps dans notre pays…

ELIZABETH MARTICHOUX
Bon, à WHIRLPOOL, pour l'instant, ce n'est pas le cas. Jean-Christophe (sic) RUFFIN qui met souvent en scène son face-à-face avec le président, on rappelle, député France Insoumise, d'autant qu'il est né, lui aussi, à Amiens, a lancé sur Facebook : Bienvenue Manu ! Il nargue le président ?

SIBETH NDIAYE
Ecoutez, je pense que c'est un peu dans son habitude, on le connaît dans ses outrances, dans ses formes de happenings divers et variés, c'est sa manière de faire de la politique, ce n'est pas forcément la mienne, je le laisse à sa manière.

ELIZABETH MARTICHOUX
D'ailleurs, c'est François RUFFIN, Jean-Christophe RUFIN, c'est l'académicien, qu'il me pardonne. François RUFFIN. Vous dites, c'est son style, on le lui laisse, et il n'y a pas de mal. Et est-ce que cette façon d'interpeller le président en permanence, encore une fois, d'installer une forme de dialogue très directe… il sera tout à l'heure à Amiens, il a appelé les gilets jaunes, il a appelé les WHIRPOOL, il veut perturber la visite du président, c'est une crainte ?

SIBETH NDIAYE
Mais je ne comprends même pas quel est l'intérêt de perturber la visite du président. Monsieur RUFFIN a une tribune à l'Assemblée nationale où il peut interpeller le gouvernement à tout instant en tant qu'élu de la République, c'est son droit le plus strict, puisque c'est un élu de l'opposition, et donc je ne vois pas du tout l'intérêt politique, si ce n'est de faire de l'agite propre, que de dire : je vais l'interpeller ou perturber la visite du président de la République. Moi, j'ai toujours un dialogue républicain et respectueux avec tous les partis politiques et avec tous les députés…

ELIZABETH MARTICHOUX
Manifester, ce n'est pas antirépublicain ?

SIBETH NDIAYE
Non, je ne dis pas que c'est antirépublicain, mais dire qu'on le fait parce qu'on veut perturber la visite du président de la République qui quelque part n'aurait pas le droit de se situer sur ce territoire-là, et de venir en visite à Amiens, ce qui est le sous-entendu et le sous-jacent…

ELIZABETH MARTICHOUX
Il sous-entend qu'Emmanuel MACRON n'est pas bienvenu chez lui…

SIBETH NDIAYE
Mais dans ce cas-là, pourquoi est-ce que vous perturber une visite, si vous estimez que la visite est légitime, vous ne la perturbez pas, donc si vous la perturbez, c'est qu'elle n'est pas légitime. Et donc monsieur RUFFIN estime que le président de la République n'est pas légitime à aller dans les territoires de France.

ELIZABETH MARTICHOUX
Il estime qu'il a des arrières pensées électoralistes, il le conteste aussi, regardez.

FRANÇOIS RUFFIN, DEPUTE LFI DE LA SOMME
Je veux dire maintenant pourquoi il vient en vrai, ce n'est pas pour la jeunesse à Amiens, ce n'est pas pour la citadelle. Il vient pour lancer la campagne des municipales. Parce que ça la foutrait mal de perdre dans sa ville natale, tu vois !

ELIZABETH MARTICHOUX
Voilà, il ramène cette visite à des intérêts électoralistes.

SIBETH NDIAYE
Donc à partir de maintenant, compte tenu du fait qu'il y a des élections municipales partout en France, le président de la République n'aurait plus le droit de se déplacer en France, c'est absolument ridicule, vraiment totalement ridicule. Le président de la République se déplace sur des territoires, parfois pour mettre en valeur des politiques publiques, parfois pour aller à la rencontre des Français, c'est le cas qui va se poser à Amiens, puisqu'il rencontrera des étudiants, et sans doute sera-t-il interpellé sur les sujets de vie étudiante et de précarité. Le président de la République est aux côtés des Français, il apporte des solutions, il fait travailler un gouvernement, et tout ceci est parfaitement normal n'en déplaise au député RUFFIN.

ELIZABETH MARTICHOUX
Alors, ce qui est moins normal peut-être, c'est quand même ce 5 décembre qui s'annonce comme un conflit dur avec un appel à la grève, qui est parti sur la contestation de la réforme des retraites, et on voit qu'il y a des ralliements, des ralliements, c'est une épreuve pour le gouvernement ?

SIBETH NDIAYE
Moi, ce que je trouve d'abord étrange danse dans cet appel à la grève du 5 décembre, c'est qu'au fond, à ce stade, nous n'avons pas posé de projets de réforme, nous avons édicté des principes, nous sommes en ce moment dans une concertation et dans des négociations qui sont importantes avec les organisations syndicales, je vais vous donner un petit chiffre…

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais quand vous dites "c'est étrange", ça veut dire quoi "étrange" ?

SIBETH NDIAYE
Mais c'est étrange parce que, moi, j'ai du mal à concevoir qu'on se batte contre une réforme dont on ne nous a pas encore présenté le contenu de manière détaillée, parce que justement, ce contenu, il est en cours de négociation avec les organisations…

ELIZABETH MARTICHOUX
Tout est sur la table, Sibeth NDIAYE ?

SIBETH NDIAYE
Mais bien sûr que tout est sur la table. Tant que les négociations ne sont pas terminées, et qu'il n'y a pas des arbitrages qui ont été pris par le gouvernement, par nature et par définition, donc tout est sur la table…

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc vous ne comprenez pas l'inquiétude dans le fond, vous ne la comprenez pas ?

SIBETH NDIAYE
Je ne dis pas que je ne comprends pas l'inquiétude, je comprends des inquiétudes dès lors qu'on a un changement profond de système, qu'on souhaite de l'universalité là où aujourd'hui, il y a 42 régimes différents, qu'on souhaite plus d'équité, là, où, aujourd'hui, il y a de l'injustice dans le système. Donc oui, je comprends que devant un changement, il y ait…

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais alors pourquoi ça vous étonne, d'une certaine façon ?

SIBETH NDIAYE
Je ne dis pas que ça m'étonne, je dis que je trouve étrange, dans la scansion des choses, qu'on commence par faire grève avant qu'on ait le contenu d'un projet, mais évidemment, c'est la liberté de chacun d'appeler à manifester contre la réforme des retraites, même si son détail n'a pas encore été dévoilé, et je veux vous donner un chiffre, parce que c'est important que tout le monde l'ait en tête, entre septembre et décembre, septembre 2019 et décembre 2019, nous aurons tenu plus de 350 réunions entre le gouvernement, les organisations syndicales et les organisations professionnelles…

ELIZABETH MARTICHOUX
Bon, eh bien, il en faudra d'autres pour convaincre les Français, et surtout, pour leur faire comprendre le sens de la réforme dont vous dites vous-même qu'elle n'est pas prête…

SIBETH NDIAYE
C'est le témoignage de notre volonté de dialogue…

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc comprendre quelque chose qui n'est pas encore établi…

SIBETH NDIAYE
Mais, alors, non, je ne suis pas d'accord avec vous, je ne suis pas d'accord avec vous, parce que des principes…

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est effectivement compliqué par définition…

SIBETH NDIAYE
Il y a des principes qui guident cette réforme, nous les avons édictés…

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui, mais les conséquences pour chacun des Français, ça n'est pas clair…

SIBETH NDIAYE
Mais c'est normal qu'à ce stade, il y ait des choses qui sont encore en discussion, donc je ne vais pas dire le résultat d'une réforme d'une négociation, ce serait insulter les organisations syndicales. Mais il y a des principes, je veux vous en donner un exemple, aujourd'hui…

ELIZABETH MARTICHOUX
Un seul, parce que je voudrais qu'on parle de l'hôpital…

SIBETH NDIAYE
Un seul exemple, aujourd'hui, il y a une femme sur cinq qui est obligée de travailler jusqu'à 67 ans parce qu'elle a fait du temps partiel, parce qu'elle a eu une carrière heurtée, elle s'est arrêtée pour élever les enfants, etc., etc. ce que nous voulons faire avec cette réforme, c'est faire en sorte que cette femme qui, parfois, bien souvent, a été sur un rond-point en tant que gilet jaune, parce qu'elle n'arrivait pas à boucler ses fins de mois, c'est que cette femme, elle ait une meilleure retraite, parce qu'on remettra plus d'équité dans le système, c'est un exemple concret de ce que nous avons comme principe pour guider notre action, je pense que c'est plutôt positif.

ELIZABETH MARTICHOUX
Alors, il y a des femmes enseignantes, des femmes aides-soignantes qui, elles, ont des raisons aussi objectives de s'inquiéter, parce que, pour l'instant, tel qu'on voit la réforme, elles vont y perdre, et c'est ça qui va être négocié, dites-vous, ce n'est pas encore défini. Mais cela dit, je vous repose ma question, cette date du 5 décembre, c'est quand même une date importante pour le gouvernement, c'est une épreuve ?

SIBETH NDIAYE
Mais c'est une date importante pour le pays, tout court, dès lors que…

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais c'est une épreuve pour le gouvernement…

SIBETH NDIAYE
Dès lors que deux entreprises, deux grosses entreprises du ferroviaire, la SNCF et la RATP, seront malheureusement à l'arrêt, et donc, oui, ça va très fortement perturber notre pays, mais quel est notre rôle en tant que gouvernement d'ici, là ? D'abord, c'est d'expliquer…

ELIZABETH MARTICHOUX
Alors, quelle est votre stratégie pour faire descendre la température ?

SIBETH NDIAYE
Notre stratégie, elle est très claire, nous faisons en sorte d'avoir un dialogue avec les organisations syndicales, mais, moi, je vais vous dire une chose, quand on est une organisation syndicale responsable, en fait, on se met à la table des négociations, donc moi…

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous parlez de qui, là ?

SIBETH NDIAYE
Je parle de la CGT qui refuse systématiquement d'entrer dans une négociation, ça veut donc dire que quoi que nous fassions, en fait, il n'y a pas de compromis possible…

ELIZABETH MARTICHOUX
Elle demande le retrait de la réforme, elle est contre le principe même…

SIBETH NDIAYE
Mais, donc, moi, je veux bien, sauf qu'à un moment donné, il y a des gens qui ont voté au moment d'une élection présidentielle sur un programme dans lequel il y avait une réforme des retraites…

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc la CGT ne joue pas le jeu de la démocratie et du dialogue social ?

SIBETH NDIAYE
La CGT ne joue pas le jeu de la démocratie sociale, la démocratie sociale, c'est avoir un gouvernement…

ELIZABETH MARTICHOUX
Ça ne va pas arranger vos bilans, j'allais dire, avec cette organisation syndicale, puissante dans les transports…

SIBETH NDIAYE
Et je salue aussi le fait qu'il y ait d'autres organisations syndicales qui fassent le jeu de la négociation, et négocier, ça n'est pas sale, négocier, c'est considérer…

ELIZABETH MARTICHOUX
Qu'est-ce que vous êtes prête à faire pour les faire revenir autour de la table ?

SIBETH NDIAYE
Eh bien, d'abord…

ELIZABETH MARTICHOUX
Puisque c'est ça aussi la question…

SIBETH NDIAYE
Mais en fait, si le sujet, il est binaire avec certaines organisations syndicales et que c'est, soit, vous enlevez la réforme, soit, vous gardez la réforme et c'est la manifestation, je ne vois pas tellement comment on peut trouver une solution de compromis. Le gouvernement est ouvert au compromis, c'est la raison pour laquelle nous expliquons que tout est sur la table, mais pour pouvoir danser un tango, il faut au moins être deux. Donc pour pouvoir négocier, il faut avoir des gens autour de la table des négociations.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et donc vous renvoyez finalement la responsabilité d'une certaine façon du blocage à la CGT aujourd'hui ?

SIBETH NDIAYE
Mais à ce stade, ce que je vous dis, c'est que nous appelons tout le monde à la concertation et à la négociation.

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais alors, pourquoi ne pas faire une conférence sociale dans le fond, effectivement, remettre tous les sujets, et discuter avec tout le monde en même temps, comme la proposition des centristes, pardon…

SIBETH NDIAYE
Je ne sais pas si vous vous souvenez, mais il n'y a pas très longtemps, c'était, il y a moins d'un an, nous avons lancé le grand débat national, ça a été un moment au cours duquel il y a eu, au fond, une très, très, très large concertation. On nous a d'ailleurs reproché de gagner du temps pour ne pas faire des choses parce que nous concertions avec les Français très justement. En ce moment, nous avons lancé, à l'issue de la conférence de presse du mois d'avril du président de la République, une grande mobilisation nationale dans les territoires, pour faire en sorte que ce soit au plus près du terrain, que les syndicats puissent avoir l'opportunité de faire des Grenelle à l'échelon local…

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous voulez bien qu'on reparle une seconde de la réforme des retraites, est-ce que ça ne serait pas une façon, pardon, de repartir d'un bon pied, sur cette réforme qui pour l'instant, effectivement, n'est pas comprise…

SIBETH NDIAYE
Mais enfin, je vous dis que nous avons, d'ores et déjà, des centaines de réunions avec les organisations syndicales, c'est quoi Grenelle, en fait, c'est un moment donné où vous vous mettez dans une salle pour discuter, ça fait des mois et des mois que nous sommes dans une salle pour discuter…

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc vous dites aux centristes quoi…

SIBETH NDIAYE
Je dis simplement…

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous proposez quelque chose qu'on fait déjà mais de façon délocalisée, on n'a pas besoin d'un grand raout …

SIBETH NDIAYE
Mais je mets en évidence le fait que des discussions, nous en avons, et qu'à longueur de commentaires, on nous reproche parfois d'en avoir trop, on nous dit : vous n'avancez pas assez vite sur la réforme des retraites…

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais ce sont vos amis centristes qui le proposent, ce n'est pas l'opposition, ce sont vos amis centristes…

SIBETH NDIAYE
Mais ce sont les partenaires évidemment de la majorité…

ELIZABETH MARTICHOUX
Qui font une proposition de bonne volonté…

SIBETH NDIAYE
Evidemment que toutes les propositions sont bonnes, simplement, ce que je réponds, c'est qu'il y a d'ores et déjà aujourd'hui des endroits où nous faisons de la concertation et du dialogue, je pourrais vous citer la convention citoyenne sur le climat, je pourrais vous citer le débat sur les retraites, j'en mène moi-même à chacun de mes déplacements, je serai cette semaine dans la Drôme à Bourg-de-Péage pour réaliser justement un débat sur les retraites, et je vous le dis, nous discutons au quotidien avec les organisations syndicales. Et encore ce matin le Premier ministre et Jean-Paul DELEVOYE…

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous reconnaissez qu'il y a encore pas mal de chemin pour convaincre les Français de la justice, de la pertinence, etc.…

SIBETH NDIAYE
Bien sûr…

ELIZABETH MARTICHOUX
De votre réforme des retraites, vous n'y êtes pas, vous n'y êtes pas pour l'instant…

SIBETH NDIAYE
Et c'est aujourd'hui ce que nous faisons au quotidien d'expliquer de quoi il s'agit, mais vous savez, quand vous avez une réforme, juste un mot, au sortir de la Seconde Guerre mondiale, il y a eu la mise en place…

ELIZABETH MARTICHOUX
Non, on ne va pas reprendre l'histoire de la France, je voudrais qu'on parle de l'hôpital…

SIBETH NDIAYE
Mais ce que nous essayons de faire, c'est de faire en sorte que le système que nous allons bâtir demain soit un système qui dure des dizaines d'années, donc ça n'est pas quelque chose que vous faites d'un claquement de doigts. Vous prenez le temps pour le faire. On prendra le temps pour le faire.

ELIZABETH MARTICHOUX
Il y aura forcément quand même une loi cadre ?

SIBETH NDIAYE
Oui, bien sûr.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ça, c'est quelque chose sur lequel vous ne voulez pas revenir pour l'instant.

SIBETH NDIAYE
Nous ne reviendrons pas sur la nécessité d'avoir une réforme des retraites, ne serait-ce que parce que si nous décidions aujourd'hui de tout arrêter en disant : c'est terrible, nous arrêtons tout, en fait on a un trou de 10 milliards d'euros à l'horizon 2025.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ça, c'est une mesure financière.

SIBETH NDIAYE
Oui, mais moi je préfère arrêter de mettre des pansements sur des jambes de bois et réformer en profondeur le système pour qu'on n'ait pas à y revenir tous les cinq ans.

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est vrai que le déficit, dites-vous, vous pousse à encore plus réformer si je puis dire pour ne pas seulement faire des mesures financières.

SIBETH NDIAYE
Tout à fait.

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais il y aura des mesures pour combler le déficit. L'hôpital : Bruno LE MAIRE avait dit dimanche de mémoire que vous alliez mettre le paquet. Effectivement vous mettez le paquet, un milliard et demi de plus sur le budget de l'hôpital, un allégement de dix milliards de la dette et puis des mesures pour les personnels. On ne va pas toutes les détailler mais il y a jusqu'à 800 euros nets par exemple pour les infirmiers et aides-soignants de l'Ile de France. Vous n'aviez pas… Enfin, vous avez mis du temps quand même à réagir entre guillemets.

SIBETH NDIAYE
Je ne suis pas d'accord avec vous parce qu'on a fait les choses si j'ose dire…

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous avez changé de braquet en tout cas.

SIBETH NDIAYE
Non. Si j'ose dire, on a fait les choses en bon ordre et dans le bon temps. Quand Agnès BUZYN est devenue ministre de la Santé, elle s'est attachée à mener pour le coup une concertation qui a duré près d'une année avec les professionnels de santé pour définir ce que devait être notre stratégie de réforme du système de santé.

ELIZABETH MARTICHOUX
On a tendance à penser ou on constate que, quand même, vous mettez toujours un peu de temps réagir. Les Gilets jaunes, c'était un peu tard….

SIBETH NDIAYE
Non mais attendez…

ELIZABETH MARTICHOUX
L'hôpital, pourquoi ne pas l'avoir fait plus tôt ?

SIBETH NDIAYE
Nous avons fait le choix dès le début du quinquennat de discuter avec les professionnels de santé, de discuter avec leurs organisations représentatives, nous avons élaboré une stratégie qui s'appelle "ma santé 2022" qui a vocation à refonder en profondeur.

ELIZABETH MARTICHOUX
Qui n'a pas suffi, Sibeth NDIAYE.

SIBETH NDIAYE
Est-ce que vous pouvez me laisser terminer mes phrases ?

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui.

SIBETH NDIAYE
Donc une stratégie qui permet de refonder en profondeur un système, de réarticuler la médecine de ville et l'hôpital, nous avons notamment libéré le numerus clausus. On met 10 ans pour former un médecin, et donc je comprends parfaitement qu'à un moment donné, compte tenu des réformes précédentes, de la pression budgétaire qui a été précédemment mise et depuis que ce gouvernement est en fonction, nous avons fortement augmenté les dépenses de santé et ça on ne peut pas le nier. Ce que nous disons aujourd'hui et que nous avons constaté dans ce fort malaise qui s'exprime à l'hôpital public aujourd'hui, c'est qu'il y avait en quelque sorte trop de mètres à parcourir entre la cible finale qui est partagée par l'ensemble des professionnels de santé, cette stratégie "ma santé 2022" et le moment difficile, le gap à passer. Et donc en quelque sorte, on remet du vent dans les voiles et nous avons une action d'urgence pour permettre de passer ce moment de transformation qui est compliqué à passer.

ELIZABETH MARTICHOUX
Je disais c'est conséquent, dernière question, ça n'est pas suffisant dit entre autres le collectif…

SIBETH NDIAYE
Vous savez quoi, dans le contexte actuel, je ne m'attends pas à ce que la CGT applaudisse des deux mains. Donc ce que je dis, c'est que j'appelle tous les professionnels de santé à regarder dans le détail ce que nous faisons parce qu'on ne peut pas tout dire à la télévision malheureusement et puis il y a des choses qui sont un peu techniques et que seuls eux sont à même de comprendre et de mesurer la portée de ce que ça a. Donc je dis, regardez en détail et vous verrez que nous faisons des efforts qui sont considérables à la fois pour augmenter l'attractivité de vos métiers mais aussi et surtout pour vous assurer un cadre de travail de bonne qualité.

ELIZABETH MARTICHOUX
Appel à toutes les bonnes volontés qui veulent bien regarder dans le détail le texte, vous pariez que ça en ramènera dans votre giron entre guillemets.

SIBETH NDIAYE
J'espère que nous convaincrons.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et tant pis pour la CGT, qui elle, ne peut pas dans le contexte de toute façon approuver le texte.

SIBETH NDIAYE
Je le constate, je le constate malheureusement.

ELIZABETH MARTICHOUX
Merci beaucoup Sibeth NDIAYE.

SIBETH NDIAYE
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 25 novembre 2019 
 

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