Déclaration de M. Emmanuel Macron, Président de la République, en hommage aux combattants du débarquement de Provence du 15 août 1944, à Saint-Raphaël le 15 août 2019.

Déclaration de M. Emmanuel Macron, Président de la République, en hommage aux combattants du débarquement de Provence du 15 août 1944, à Saint-Raphaël le 15 août 2019. Emmanuel Macron 15/08/2019 Débarquement de Provence 75è anniversaire du débarquement en Provence

Messieurs les Présidents de la République de Côte d'Ivoire et de la République de Guinée,
Monsieur le Président,
Madame la Secrétaire d'Etat auprès de la ministre des armées,
Monsieur le Chef d'Etat-Major des armées,
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Mesdames et Messieurs les Elus,
Monsieur le Préfet,
Messieurs les Anciens Combattants,
Mesdames et Messieurs,


Il y a 75 ans, avec l'aide des forces alliées, la France brisait enfin les chaînes dans lesquelles l'armée d'Hitler l'avait enchaînée durant quatre longues années, car pour la seconde fois, en cette année 1944, une armada de braves débarquait sur les plages de notre pays pour le délivrer du joug de l'occupant. Il y eut le débarquement de Normandie et il y eut le débarquement de Provence. Il y eut le 6 juin et il y eut le 15 août. La reconquête de la France avait commencé par le nord, sur les côtes de la Manche, elle se poursuivit par le sud sur les côtes de la Méditerranée. Et cette fois, nos libérateurs étaient majoritairement français. Sur les plages de Cavalaire et de Saint-Raphaël, dans les villes de Toulon et de Marseille, dans les massifs des Maures et de l'Esterel, la France renouait enfin un fil rompu quatre ans auparavant : celui de ses valeurs et de sa grandeur. Ce n'était plus des groupes épars ou des détachements esseulés qui se levèrent alors. C'était une armée nationale reconstituée, "une belle armée française", selon les mots du Général de Lattre de Tassigny dans toutes ses composantes terrestre, maritime, aérienne, une armée d'environ 250.000 hommes soutenus par plus de 120.000 soldats des forces alliées britanniques, américains, canadiens et de tant d'autres nations, une armée qui sortait enfin de l'ombre et de l'exil pour se préparer au rendez-vous de l'histoire.

Après la débâcle, l'occupation et la collaboration, après l'humiliation, l'assujettissement et l'infamie, la France retrouvait l'éclat de ses couleurs, celles que de Gaulle porta si haut à Londres, Brazzaville, puis Alger. Le débarquement du 15 août est le deuxième acte de notre libération. Après Overlord, ce fut l'opération Dragoon, le débarquement de Provence mené sur les ordres de l'Amiral américain Hewitt, puis de son compatriote le Général Patch. Il permit d'ouvrir un nouveau front, de déloger les garnisons d'Hitler en les chassant du sud de la France et de ravitailler toutes les troupes alliées.

Le 15 août, donc, des milliers d'hommes guidés par la liberté, traversèrent la Méditerranée. Ils avaient embarqué en Corse et en Algérie, en Italie, à Malte. Bientôt, une armada fantastique de plusieurs centaines de bâtiments de guerre convergeait sur les rives du Var. Au côté de leurs alliés américains, qui débarquèrent en nombre et en force ce premier jour, les forces françaises étaient là: des marins, des aviateurs, des soldats, fiers et déterminés. Les premiers libérateurs vinrent du ciel. Dès l'aube, des avions de guerre et des milliers de parachutistes américains et britanniques qui avaient pris leur envol quelques heures plus tôt, vibrant à l'unisson de chants guerriers, prirent d'assaut la Provence et bloquèrent les accès aux renforts allemands. Après les airs, la mer allait bientôt charrier sur notre sol ses flots de soldats. À bord de leurs canots, deux commandos français se faufilèrent dans la nuit pour débarquer en éclaireur. À Théoule, les hommes du groupe naval d'assaut se heurtèrent aux champs de mines et aux tirs ennemis. Les pertes furent terribles. Mais au Cap-Nègre, les hommes des commandos d'Afrique escaladèrent la façade abrupte, réduisirent au silence une batterie d'artillerie au sommet du Promontoire, puis sécurisèrent l'ensemble de la zone. L'affrontement fut violent. Mais la mission était accomplie.

Le débarquement pouvait alors commencer. Il était 8 heures. Appuyées par la puissance de feu de la force navale, les premières vagues d'assaut déferlaient sur Alpha, Delta, Camel, les plages de l'opération. Le soir même, 100.000 soldats, notamment américains, avaient déjà pris pied sur le sol provençal. La libération du sud de la France était en marche.

Le lendemain, l'armée B, qui sera bientôt rebaptisée première armée française, entrait en scène. Des milliers d'hommes aux parcours si divers et aux destinés si différentes, dans la guerre comme dans la vie, dans une fraternité d'arme et dans une fraternité d'âme, partageaient un même idéal et un même courage : abnégation, bravoure, panache.

Cette armée était à l'image de son chef, Jean de Lattre de Tassigny. Ce Vendéen, fait de la même trempe que son voisin Clemenceau, était un combattant de Verdun et du Chemin des Dames. En novembre 1942, il avait suivi le seul chemin qui vaille, celui de l'honneur, et gagna Alger pour prendre le commandement de cette première armée française. Parmi les valeureux combattants de sa grande armée, il y avait des Français libres venus de la métropole, dont certains s'étaient déjà couverts de gloire en Tunisie, en Sicile, en Corse, en Italie. Il y avait aussi bon nombre de Résistants de la France des outremers, des dissidents des Antilles, des Guyanais, des Réunionnais, des Tahitiens, des Néo-Calédoniens, qui avaient souvent pris tous les risques pour rejoindre l'armée de de Lattre.

Mais la très grande majorité, des soldats de la plus grande force de l'armée française de la libération, venait d'Afrique. Français d'Afrique du nord, pieds noirs, tirailleurs algériens, marocains, tunisiens, zouaves, spahis, goumiers, tirailleurs que l'on appelait sénégalais, mais qui venaient en fait de toute l'Afrique subsaharienne, et parmi eux des Guinéens, des Ivoiriens, cher Alpha, cher Alassane. Tous se sont unis contre l'ennemi nazi au service du drapeau et de la liberté. Tous ont fait preuve d'un courage immense et d'une bravoure hors pair. Ils ont payé un lourd tribut à la victoire qu'ils ont largement contribué à forger. Ils sont des milliers à s'être sacrifiés pour défendre une terre lointaine, une terre souvent inconnue, une terre jusqu'alors jamais foulée, une terre à laquelle ils ont à jamais mêlé leur sang. Ils ont fait l'honneur et la grandeur de la France et pourtant qui d'entre nous se souvient aujourd'hui de leurs noms, de leurs visages ? Vous en avez rappelé quelques-uns Monsieur le Professeur.

Qui se souvient d'un héros comme Yorgui Koli, cet homme né au Tchad en 1896 qui fit toute sa carrière dans l'armée française ? Sous-officier en 1940, il refusa l'armistice et rallia la France libre avec ses hommes à partir du Congo, il fut ensuite de toutes les batailles de la campagne d'Afrique, débarqua le 17 août 1944 sur ces plages de Provence après s'être coiffé des lauriers durant la campagne d'Italie. Fait compagnon de la Libération en 1945, comme 16 autres Africains, naturalisé Français en 1949, il regagna ensuite le Tchad et la vie civile.

Je pense à un autre compagnon de la Libération, le Lieutenant Mohamed Bel Hadj. Né en Algérie en 1905, en juin 1942 à Bir-Hakeim alors adjudant, il sauve par deux fois, au péril de sa vie, son Commandant de compagnie. Débarqué en Provence le 17 août avec ses frères d'armes du 22ème bataillon de marche nord-africain, Mohamed Bel Hadj est mort pour la France le 10 janvier 1945 au cours de la campagne d'Alsace. Il dit au médecin qui tentait de soigner sa blessure : "le Lieutenant Bel Hadj va mourir mais cela ne fait rien. Vive la France !".

Honorés à juste titre par leurs camarades de l'époque, ces combattants africains, pendant nombre de décennies, n'ont pas eu la gloire et l'estime que leur bravoure justifiait. La France a une part d'Afrique en elle et sur ce sol de Provence, cette part fut celle du sang versé. Nous devons en être fiers et ne jamais l'oublier : les noms, les visages, les vies de ces héros d'Afrique doivent faire partie de nos vies de citoyens libres parce que sans eux nous ne le serions pas.

C'est pourquoi je lance aujourd'hui un appel aux maires de France pour qu'ils fassent vivre par le nom de nos rues et de nos places, par nos monuments et nos cérémonies la mémoire de ces hommes qui rendent fiers toute l'Afrique et disent de la France ce qu'elle est profondément : un engagement, un attachement à la liberté et à la grandeur, un esprit de résistance qui unit dans le courage. Je sais que certains maires ont déjà honoré de cette dette de mémoire et de fraternité - Reims, Menton ou encore Chasselay et tant d'autres communes. La gloire de tous les soldats de la Libération est immense et notre gratitude en retour doit être impérissable et nous n'oublierons rien ni personne.

Aussitôt qu'elles eurent débarquées, les troupes tricolores se tournèrent vers les deux môles de résistance allemands : Toulon et Marseille. La conquête de ces ports en eaux profondes était indispensable mais les garnisons ennemies eurent le tort de tenir jusqu'au bout, coûte que coûte, à n'importe quel prix. Les affrontements furent âpres. Les rues, les fortifications, les bunkers furent le théâtre de rudes batailles. Pourtant, dès le 23 août, Toulon était libérée, 12 jours avant les prévisions initiales. Et après d'épiques combats sur la colline de Notre-Dame de la Garde et alors que la nouvelle de la libération de Paris se répandait, Marseille était reprise le 29, avec 26 jours d'avance sur le calendrier stratégique.

Ces succès éclatants des forces françaises et alliées, nous les devons au courage des troupes et à l'audace de leurs chefs aguerris et intrépides, à l'image du Général de Monsabert, lui que le régime de Vichy avait déchu de sa nationalité française. Nous le devons à tous les soldats alors présents mais aussi à la Résistance intérieure, à toutes ces femmes, à tous ces hommes farouchement résolus à accomplir le devoir simple et sacré qu'évoquait le Général de Gaulle. Le 15 août résonna comme un signal. L'insurrection nationale pouvait paraître au grand jour, les forces françaises de l'intérieur furent de tous les combats, de toutes les luttes : Draguignan, à l'époque préfecture du Var, fut ainsi libérée par les Résistants eux-mêmes, dès le 16 août, soutenus peu après par l'arrivée des troupes. Le 19, les Marseillais se soulevaient à leur tour. Ici, en Provence, cette infanterie patriotique se leva partout sans rien attendre que les fruits de la liberté. En maints endroits elle balisa le chemin des armées de la Libération, accompagna l'armée régulière avant souvent de la rejoindre.

Par le sang versé, la Résistance a reconduit le pacte séculaire de la France avec la liberté. Nous savons leur grandeur, mais nous ne trouverons jamais assez de mots, ou des mots assez puissants, pour leur dire notre gratitude d'avoir ainsi continué à se battre pour que vivent nos valeurs, pas de mots assez forts pour dire ces années de combat, parfois de doute, de ceux qui, dans cette région numéro 2, ont pris parfois tous les risques, comme le Capitaine Alexandre, un certain René Char, et tant de compagnons d'armes. Grâce à ces forces conjuguées, moins d'un mois après le débarquement du 15 août, l'armée du Général De Lattre a rejoint celle du Général Leclerc, le 12 septembre, en Bourgogne, dans une émotion indescriptible. L'étau se refermait. L'occupant était acculé hors de France. Après Toulon, Paris avait été libéré, puis Marseille, puis Lyon. Strasbourg attendait encore, mais quelques semaines seulement. La victoire, désormais, était inéluctable, et la France y avait pris sa part.

En ce jour, nous nous rappelons combien le débarquement de Provence et l'épopée de nos armées ont été décisifs pour la France et pour l'Europe, pour la place de la France dans le cercle des puissances victorieuses, pour la place de la France dans le monde. C'est une page cruciale de notre histoire, car ce fut plus qu'un sursaut, une résurrection. En 1944 et en 1945, la France redevenait la France. Elle recouvrait sa liberté et sa souveraineté, elle renouait avec ses valeurs et avec ses vertus.

Vétérans, anciens combattants, anciens résistants, soldats de la Libération, je veux vous dire ici, en ce jour, à nouveau, la reconnaissance de la nation. Vous avez redonné à notre pays sa liberté et sa dignité. Vous avez redonné ses couleurs à notre drapeau et sa devise à notre peuple. Votre engagement suprême est notre héritage. Il nous revient de le préserver, de le transmettre, de le faire fructifier contre tous les obscurantismes, contre l'ignorance, contre l'oubli, dire, raconter ce souvenir, agir à notre tour pour que cette histoire, trop peu connue de nos concitoyens, prenne toute sa place dans nos mémoires et dans nos coeurs, à la juste mesure du sang versé, pour rappeler aussi que cette liberté est venue de la Méditerranée par les Français, les alliés, les combattants d'Afrique unis dans l'amour de la liberté et de notre patrie, car tel est le vrai visage de notre Méditerranée.

Chère jeunesse de France, votre participation à cette cérémonie vous engage, car désormais, vous savez, vous avez vu. Cela fait de vous non pas seulement les héritiers naturels mais encore les émissaires de cette histoire, car celle-ci vous honore mais vous oblige également. Vous devez la porter, en réaliser les promesses et en mesurer la dette. Nous ne vivrions pas libres sans tous ces héros et résistants de Londres, les résistants de l'ombre, les soldats du 6 juin et ceux du 15 août qui, pour certains, sont là, devant vous, devant nous, et qui, toujours, doivent vivre en nous. C'est en ne cédant rien de ce qu'ils ont conquis, eux qui ont contribué à faire de la France une nation libre et souveraine, que nous serons dignes de leur combat. C'est en n'oubliant rien des sacrifices qu'ils ont consentis pour que triomphent nos valeurs que nous les transmettrons à notre tour aux générations futures. C'est à la lumière de la flamme qu'ils ont fait jaillir dans la nuit noire qu'a traversée notre pays que nous nous devons, à notre tour, d'éclairer le chemin de notre avenir. Merci. Merci.


Vive la République, vive la France.
 

Guerre Deuxieme guerre mondiale Ancien combattant Hommage Resistance 197001685

Déclaration de Mme Geneviève Darrieussecq, secrétaire d'État auprès de la ministre des armées, sur le Concours National de la Résistance et de la Déportation, à Paris le 22 janvier 2019.

Déclaration de Mme Geneviève Darrieussecq, secrétaire d'État auprès de la ministre des armées, sur le Concours National de la Résistance et de la Déportation, à Paris le 22 janvier 2019. Geneviève Darrieussecq 22/01/2019 Concours CNRD Remise des prix du Concours National de la Résistance et de la Déportation (CNRD) 2017-2018

Monsieur le ministre, cher Gabriel,
Monsieur le Directeur de l'Enseignement Scolaire,
Monsieur l'Inspecteur Général de l'Education Nationale,
Monsieur le Recteur,
Monsieur le Directeur des Patrimoines, de la Mémoire et des Archives,
Mesdames et messieurs les membres du jury du CNRD,
Mesdames et messieurs les représentants des fondations de mémoire et du monde combattant,
Mesdames et messieurs les vétérans de la Résistance et de la déportation,
Mesdames et messieurs les chefs d'établissement et enseignants,
Mesdames et messieurs,
Chers lauréats, chers élèves, c'est à vous que je souhaite m'adresser en premier lieu.


Pour vous remercier de votre participation au Concours National de la Résistance et de la Déportation. C'est un bel engagement, c'est aussi un geste citoyen. Bravo !

Je tiens également à vous féliciter pour votre succès.

Vous recevez aujourd'hui le prix national d'un concours important. D'un concours qui tient particulièrement au ministère des Armées ; par son ancienneté, par son histoire et bien sûr parce qu'il véhicule les valeurs de notre République.

Vous venez des quatre coins de la France. Vous êtes des lycéens de Paris, de Mortagne-au-Perche ou de Douai. Vous êtes des collégiens de Manosque, de Marly-le-Roi ou de Château-Thierry.

Vous avez été distingués par vos académies et par le jury national parmi plus de 47 000 élèves qui ont participé à ce concours en 2017-2018. Je sais que vous êtes une source de fierté pour votre établissement scolaire. C'est l'occasion pour moi de saluer et de remercier vos enseignants, vos encadrants et vos chefs d'établissement. Le résultat que vous avez obtenu est aussi la réussite d'une équipe pédagogique.

Chers lauréats, vous venez de vivre deux jours chargés d'émotion autour d'un riche programme culturel. Vous avez visité quelques lieux des plus symboliques pour notre mémoire combattante. Je pense au Mont Valérien où repose une partie de notre mémoire de la Seconde Guerre mondiale. Je pense au Musée de l'Ordre de la Libération, véritable hommage aux héros de la France Libre et de notre liberté. Hier soir, vous avez eu l'honneur de raviver la flamme du Souvenir sous l'Arc de Triomphe.

Ainsi, vous êtes des héritiers de la mémoire. Désormais, vous devez en être les relais partout sur le territoire national. Chers amis, poursuivez !


C'est la deuxième fois que le lycée Louis le Grand accueille cette cérémonie nationale. Il y a là un véritable sens.

Ici même, entre 1940 et 1944, des jeunes qui avaient vos âges - 16, 17, 18 ans - se sont mobilisés pour résister à l'occupant. Il en est ainsi de Jean-Marie DELABRE. Dès 1940, luttant contre la propagande de l'occupant, il invitait les Français à réagir. Comme nombre de ses camarades, il connut la répression, l'arrestation et la déportation. De retour en France en 1945, il ne cessa jamais le combat de la mémoire. Pour que jamais nous n'oublions ceux qui ont fait le choix de l'engagement et du refus dans l'un des pires moments de notre histoire.


Notre devoir est de poursuivre ce combat. C'est cette œuvre de partage et de transmission que notre pays doit accomplir sans faiblir. Transmettre aux jeunes générations est une priorité de mon action. Monsieur le ministre, c'est là une des missions communes de nos deux ministères.

Pour l'accomplir, nous savons que l'école est un lieu privilégié pour l'apprentissage des valeurs républicaines, l'enseignement de l'histoire et la transmission de la mémoire.

Nous savons aussi, que dans cette mission citoyenne, l'ONAC-VG, les fondations mémorielles et les associations du monde combattant contribuent activement au succès.

C'est tout l'état d'esprit du Concours National de la Résistance et de la Déportation.

Je souhaite, Monsieur le Directeur de l'Enseignement Scolaire, réaffirmer l'attachement du ministère des Armées à ce concours. Le CNRD est attractif, reconnu et fédérateur. Nous l'avons constaté, il y a quelques minutes, il permet la créativité et le travail pluridisciplinaire. Ce concours a bénéficié d'une rénovation qui lui permet une diversification des établissements et une ouverture plus large. Personne ne doit être exclu de la mémoire !

Je remercie vivement vos partenaires. Je tiens à distinguer le travail de la Direction des Patrimoines, de la Mémoire et des Archives qui soutient très activement le CNRD et œuvre à sa valorisation.


« S'engager pour libérer la France », tel était le thème de la session 2017-2018. Il a permis le focus sur la notion d'engagement. C'est une notion qui est chère au Gouvernement.

Ce thème a mis à l'honneur ceux qui ont lutté. Ceux qui ont mis toute leur volonté dans l'accomplissement de leur devoir.  Les femmes et les hommes qui, au risque de leur vie, dans la Résistance intérieure et extérieure, ont forgé la libération de notre territoire. Il a permis de s'intéresser aux formes très variées de l'engagement, d'identifier les points communs et les originalités de ces parcours.

Ce thème fait écho aux priorités commémoratives de cette année. En effet, en 2019, la mémoire de la Seconde Guerre mondiale occupera le premier plan.

La France se souviendra de l'année 1944 et commémorera le 75ème anniversaire de sa Libération. C'est à toute une génération engagée dans ce combat que nous rendrons hommage. Nous nous souviendrons des débarquements en Normandie et en Provence, de la libération de Paris, des maquis, des drames d'Oradour-sur-Glane et de Maillé.

Les commémorations de cet anniversaire ont déjà débuté en Corse, il y a quelques semaines. Puisque c'est dans l'Ile de Beauté qu'a débuté, en octobre 1943, la libération de la France métropolitaine.

En 2020, c'est la terrible année 1940 qui marquera nos mémoires. Celle de la défaite et de l'effondrement de la République, mais également celle du refus fondateur, celle du combat qui se poursuit.

Celle de la naissance d'un optimisme infatigable, dont Raymond AUBRAC disait qu'il était le fondement de la Résistance.

Aujourd'hui, chers lauréats, cet optimisme, en vous voyant, en vous écoutant, je l'ai chevillé au corps.

Cet optimisme auquel je crois, il s'appelle aussi « Europe » et amitié franco-allemande. En ce 22 janvier 2019, 56 ans après la signature du traité de l'Elysée par le président DE GAULLE et le chancelier ADENAUER, le président MACRON et la chancelière MERKEL marquent aujourd'hui une nouvelle étape de nos relations en renforçant ce traité, en consolidant nos liens étroits et en créant la première assemblée parlementaire franco-allemande. 

Ce message de paix est aussi le message du CNRD.


Je vous remercie.


Source https://www.defense.gouv.fr, le 23 janvier 2019 
 

Concours Concours Resistance Deportation Recompense 193000144

Déclaration de Mme Geneviève Darrieussecq, secrétaire d'Etat auprès de la ministre des armées, sur le 75ème anniversaire des combats du Vercors, à Vassieux-en-Vercors le 21 juillet 2019.

Déclaration de Mme Geneviève Darrieussecq, secrétaire d'Etat auprès de la ministre des armées, sur le 75ème anniversaire des combats du Vercors, à Vassieux-en-Vercors le 21 juillet 2019. Geneviève Darrieussecq 21/07/2019 Résistance Vercors 75ème anniversaire des combats du Vercors

Monsieur le préfet,
Monsieur le Maire de Vassieux-en-Vercors,
Mesdames, messieurs les parlementaires,
Mesdames, messieurs les élus,
Monsieur le président de l'association nationale des Pionniers et Combattants Volontaires du Vercors,
Présidents et membres des associations du monde combattant,
Monsieur le commandant la 27e Brigade d'Infanterie de Montagne, mon général,
Officiers, sous-officiers, militaires du rang,
Chers porte-drapeaux,
Mesdames et messieurs,


Voici 75 ans, dans cette forteresse du Vercors, la République brillait d'un éclat singulier. Elle y était renaissante, le 3 juillet, elle y était proclamée à Saint-Martin en Vercors comme un défi aux autorités et aux forces allemandes.

Cette République Libre du Vercors tombera sous le feu ennemi et sa folie meurtrière. Ce maquis a été le théâtre d'une épopée à la fois glorieuse et tragique.

Au commencement, asile pour les proscrits et pour les réfugiés, camp de résistants puis de réfractaires, le Vercors devient un lieu de rassemblement pour les combattants.

Dans une France occupée et bâillonnée, le maquis, semblable à un îlot de liberté, faisait entendre le langage de la République. Des femmes et des hommes portaient haut nos valeurs françaises, levaient avec fierté nos couleurs et prolongeaient le pacte séculaire entre la France et la Liberté. Le drapeau tricolore frappé de la croix de Lorraine et du V de la Victoire flottait au vent. La Marseillaise pouvait résonner aux oreilles de tous, chacun pouvait exprimer sa foi en son pays, en son histoire et en son dessein.

Du haut de ces falaises, de ces chemins de ronde naturels, de ces murailles que l'on espérait imprenables, l'armée des ombres était en pleine lumière, les combattants anonymes menaient la lutte à visage découvert, ils affrontaient l'ennemi en face.

Longtemps, des héros ont résisté à l'occupant et à ses complices de Vichy. Des héros ont fait de ce bastion l'emblème de ceux qui veulent lutter, le point de ralliement de ceux qui ne se résignent pas, de ceux qui ont les valeurs de la République chevillées au coeur. Ne pas subir, ne pas accepter l'inacceptable, ne pas supporter l'insupportable. Ici, une fierté française a reparu. Ici, un espoir ardent a été soulevé.

Au nom de la France, au nom du Gouvernement et au nom du monde combattant, je suis venue saluer avec respect et reconnaissance les résistants du Vercors. Je suis venue m'incliner devant les martyrs de la liberté et devant la mémoire des sacrifiés. Nous rendons hommage à tous ceux qui sont restés indéfectiblement fidèles aux valeurs de la France.

J'adresse mes plus vives salutations aux vétérans et aux survivants du Vercors. Je veux leur dire toute mon estime et ma sincère admiration. Je veux souligner l'action inlassable au service du travail de mémoire et de la mise en valeur des lieux de souvenirs menée par l'Association nationale des pionniers et des combattants volontaires du Vercors et celle, bien évidemment, de son président Daniel HUILLIER.

Ensemble, nous poursuivons les commémorations du 75ème anniversaire de la Libération. Ensemble, à la suite des hommages rendus par le Président de la République aux Glières et en Normandie, nous honorons toute la Résistance, tous les résistants ainsi que les victimes civiles.


En juin et juillet 1944, le Vercors était une des parcelles de liberté qui parsemaient la France. La foi en la patrie y a uni près de 4 000 maquisards dans la gloire et le drame, dans la fraternité nationale et la fraternité d'armes.

Réduit combattant, destinataire de parachutages d'armes, potentiel lieu d'accueil de troupes alliées, point de fixation dans la bataille de France, l'armée allemande, aidée de la milice, est déterminée à réduire le Vercors.

De ce maquis, Vassieux-en-Vercors en était le coeur. Le village en était l'essence initiale avec le projet de futur terrain d'atterrissage du « plan Montagnard » cher à Jean PREVOST et Pierre DALLOZ.

Pour Vassieux, le drame se noue dès la mi-juillet 1944 avec des bombardements allemands systématiques. Déjà, le feu dévore des bâtiments, déjà les Vassivains comptent leurs morts. Le tragique survient à partir du 21 juillet. Des dizaines de planeurs déposent des troupes d'assaut à proximité du village. Les soldats allemands passent immédiatement à l'attaque et investissent Vassieux, ses hameaux puis l'ensemble du massif. Ils abattent les FFI, exécutent ceux qu'ils arrêtent, torturent les habitants et commettent des exactions.

En quelques jours, plus de 100 combattants et plus de 70 habitants sont ainsi massacrés dans le village et ses alentours. C'est un véritable martyr qu'a subi Vassieux-en-Vercors.

« Un martyr de sa foi en la résurrection de la Patrie ». Ainsi, monsieur le Maire, se conclut le décret d'août 1945 qui fait de votre village l'une des cinq communes de France à avoir l'honneur d'être Compagnon de la Libération. Aux côtés de Nantes, de Grenoble, de Paris et de l'Ile de Sein, vous représentez cet ordre prestigieux et vous en êtes désormais les gardiens. Vous avez récemment renouvelé le pacte qui vous unit depuis plus de sept décennies.

Votre mémoire est aussi gardée au Mont-Valérien. Un brave du Vercors est inhumé dans la crypte du mémorial de la France combattante. Le sergent FFI Raymond ANNE, tué ici-même, à l'âge de 21 ans, y représente les maquis parmi toutes les formes de résistance et de combats.

Partout dans le maquis, la furie fait des ravages. Otages fusillés, prisonniers exécutés et civils massacrés. A la Chapelle-en-Vercors, dans la grotte de Luire ou encore dans les ruines de Valchevrière, ce sont des crimes de guerre qui ont été commis, c'est une volont�� implacable d'annihilation qui a été appliquée.

Les troupes infernales n'ont laissé derrière elle que deuil et désolation, que cadavres et cendres.

75 années ont passé, nous nous souvenons des 201 victimes civiles, hommes, femmes et enfants. Chaque cérémonie témoigne d'une profonde émotion. Il est des évènements qui impriment la mémoire d'un territoire, d'un pays et d'une Nation.


Le Vercors est avant tout une histoire à hauteur d'Hommes. C'est une histoire d'engagement. Celle de femmes et d'hommes qui se rassemblent et se battent pour une cause plus grande qu'eux, pour un idéal dépassant leur propre vie.

Souvent, les maquisards arrivaient avec un proche. Des amis, un père et son fils, un oncle et son neveu, des frères à l'instar de Jean et Simon NORA. Le Vercors, c'est une histoire de famille et d'amitié. C'est une histoire de proximité.

Dans les bois, sur des sentiers forestiers, à travers les falaises, sur des sentiers muletiers, ils n'étaient plus des ouvriers, des apprentis ou des paysans, ils étaient des résistants. Ils étaient la diversité et l'égalité, ils étaient la France que l'on aime. Certains venaient du Vercors ou des territoires voisins, d'autres appartenaient à un mouvement ou étaient militaires. Nombreux sont les jeunes gens à rejoindre le maquis pour fuir le STO. Il y avait toutes les opinions, ceux qui croyaient au ciel et ceux qui n'y croyaient pas.

Ils étaient la Brigade de gendarmerie de La-Chapelle-en-Vercors, seule unité de France à avoir été décorée de la médaille de la Résistance. La Brigade a apporté une aide aussi précieuse que discrète au mépris des risques gigantesques qu'encouraient les gendarmes. Nous nous souvenons de leur abnégation et de leur désintéressement.

Tous étaient des résistants et des soldats de la liberté, tous étaient le Vercors. Tous étaient la France.

Ils portaient la bravoure pour emblème et avaient la vaillance pour guide. Ils ont livré un combat inégal face à un ennemi supérieur en nombre et en armement. 639 combattants du Vercors y ont laissé leur vie. Nous les honorons et nous rendons hommage à leur courage.

Aujourd'hui encore, nous n'avons nul doute que l'esprit du Vercors n'a pas été vaincu, qu'il a survécu aux massacres et à la répression, qu'il résiste toujours à l'épreuve du temps.


Mesdames, messieurs, chers amis,

Le Vercors passionne, le Vercors force le respect. Car il est tout à la fois : une remarquable histoire de mobilisation au service de la patrie, une tragédie dans une lutte inégale, une déception due à un sentiment d'abandon aux pires heures du drame, une plongée dans les ténèbres de la répression aveugle.

Et pourtant, dans cette histoire domine un éclat d'espoir. Il y a une lueur d'espérance : celle de la France, celle de la République, celle de la fraternité et par-dessus tout celle de la liberté.

Les maquis et toute la Résistance ont imprégné notre conscience nationale. Incontestablement, ils ont forgé une part de notre identité nationale. Veillons toujours, ici comme partout en France, dans chaque établissement scolaire, dans chaque lieu de mémoire, à transmettre aux jeunes générations les messages et les valeurs de la Résistance.

L'homme peut être un héros ou un barbare. Ces lieux rappellent le courage et l'honneur des uns, la répression sauvage et inhumaine des autres. Sachons aussi en tirer des leçons pour le présent.


Mesdames, messieurs, le Vercors fait partie de la mémoire nationale.

Il ne le quittera jamais.


Vive le Vercors !
Vive la République !
Vive la France !


Source https://www.defense.gouv.fr, le 31 juillet 2019
 

Guerre Resistance Deuxieme guerre mondiale Anniversaire 193001653

Message de Mme Geneviève Darrieussecq, secrétaire d'Etat auprès de la ministre des armées, en hommage aux combattants de la Résistance, le 27 mai 2019.

Message de Mme Geneviève Darrieussecq, secrétaire d'Etat auprès de la ministre des armées, en hommage aux combattants de la Résistance, le 27 mai 2019. Geneviève Darrieussecq 27/05/2019 hommage combattants de la Résistance Journée nationale de la Résistance, le 27 mai 2019

Il est des journées qui font l'histoire d'une Nation, qui nourrissent son espérance et bâtissent son avenir. Le 27 mai 1943, dans Paris occupé où flottait la bannière à croix gammée, le Conseil National de la Résistance tenait sa première réunion.

Ce jour-là, la France avait rendez-vous avec le meilleur d'elle-même. Dans le secret d'une rencontre clandestine, l'union de la Résistance était réalisée ; la renaissance de l'unité républicaine et des libertés fondamentales était préparée.

Courage et unité ! Honneur et progrès ! Le poids qui pèse sur les épaules des hommes réunis au 48 de la rue du Four est celui de l'avenir de la France. Le premier d'entre eux, Jean MOULIN, ne vit pas la fin de guerre mais l'envoyé du général DE GAULLE avait accompli l'essentiel : regrouper, rassembler, unifier et renforcer.

C'est bien ce jour-là que la « Résistance » a prit sa majuscule. C'est bien ce jour-là que les Français résistants sont devenus la Résistance française. C'était il y a soixante-seize ans et malgré le temps écoulé, la reconnaissance de la Nation ne faiblit pas. Notre gratitude va à toutes les femmes et à tous les hommes qui ont résisté, qui ont pris des risques, qui ont souffert ou qui ont perdu la vie.

Alors que dans quelques jours, nous commémorerons le 75ème anniversaire du Débarquement de Normandie, nous nous souvenons de la contribution et de l'apport incontestable de la Résistance à la libération du territoire. Des Glières au Vercors en passant par l'Ain, de Limoges à Paris en passant par Marseille, les éclaireurs de la liberté ont combattu, saboté, renseigné et mené la guérilla. Nous leur rendons hommage.

Les valeurs qui ont guidé les résistants doivent toujours nous inspirer. Hier comme aujourd'hui, l'esprit de la Résistance est une boussole pour la France.


Source http://www.herault.gouv.fr, le 11 juin 2019 
 

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Déclaration de M. Emmanuel Macron, Président de la République, en hommage aux résistants du Plateau des Glières en Haute-Savoie, Plateau des Glières le 31 mars 2019.

Déclaration de M. Emmanuel Macron, Président de la République, en hommage aux résistants du Plateau des Glières en Haute-Savoie, Plateau des Glières le 31 mars 2019. Emmanuel Macron 31/03/2019 Résistance Hommage 75ème anniversaire des combats du Plateau des Glières en Haute-Savoie

Monsieur le Président de la République,
Madame et messieurs les Ministres,
Messieurs les Préfets,
Mesdames et messieurs les Parlementaires,
Monsieur le Président du conseil régional,
Monsieur le Président du conseil départemental,
Mesdames et messieurs les Maires,
Messieurs les officiers généraux,
Monsieur le Président de l'association des Glières,
Mesdames et messieurs les Présidents des associations patriotiques,
Messieurs les représentants des cultes,
Chers enfants,
Porte-drapeaux,
Mesdames et messieurs,


Sur ce plateau des Glières, il y a 75 ans, des héros ont résisté à l'occupant nazi et à ses complices de Vichy.

Pour la première fois depuis l'armistice de juin 1940, des hommes tenaient un petit bout de France où il pouvait, fièrement, porter nos valeurs, chanter nos hymnes et vivre selon leur coeur. Où ils pouvaient, fièrement, faire claquer au vent le drapeau tricolore frappé de la croix Lorraine, le drapeau de la France libre.

Ils avaient pris les armes pour combattre la milice de Pétain et l'armée d'Hitler.

Non plus dans l'obscurité épaisse de la nuit, mais dans la clarté terrible du jour et de la neige. Non plus comme des ombres du crépuscule, dans l'anonymat du sabotage nocturne et de la guérilla, mais à visage découvert, dans le combat en face.

En cet hiver 44, la France terrassée, la France occupée, la France bâillonnée prouvait au monde qu'elle pouvait encore parler – sur son sol même – la langue de la Liberté. Parce qu'ici, dans ce décor comme destiné à être le théâtre d'une épopée à la fois sublime et tragique, quelques centaines d'hommes avaient décidé de se lever.

Sans ces hommes qui refusèrent tout renoncement, fût-ce au prix des larmes et du sang ; Sans ces héros de la Résistance intérieure qui refusèrent le déshonneur, fût-ce au prix de leur propre vie ; la France ne serait pas la France.

Les Glières, c'est l'histoire de quelques héros qui ont préservé le pacte séculaire de la France avec la liberté et scellé sa vocation. Ils ont ici « maintenu la France », comme le dira Malraux, et sont morts selon son coeur.

Les Glières, c'est l'histoire du 27e bataillon de chasseurs alpins d'Annecy qui, dès l'appel du 18 juin, commença à préparer secrètement la riposte. L'histoire de l'armée secrète, créée au même moment, et des maquis qui naquirent dans les vallées enneigées de Haute-Savoie, dont les rangs furent bientôt nourris par les réfractaires du STO. L'histoire des groupes communistes, des francs-tireurs et partisans. L'histoire aussi des républicains espagnols qui avaient fui l'Espagne franquiste en 1939 pour retrouver ici les combats d'une même liberté. Tous, à l'hiver 1944, commencèrent à gagner le plateau. Comme une ascension vers la liberté. Sur cette petite parcelle âpre mais libre de notre pays, ils sont bientôt 465. 465 hommes que rien ne prédisposait à se rencontrer, mais que le combat allait unir en une troupe solidaire et fraternelle.

Dans la neige des Glières, ils n'étaient plus paysans, instituteurs, ingénieurs, ouvriers, militaires, catholiques, juifs, communistes, ils étaient égaux et frères dans le combat, tous résistants.

Dans la neige des Glières, ils n'étaient plus Français, Espagnols, Polonais, Autrichiens, même Allemands. Non, ils étaient égaux et frères dans le combat, tous soldats de la liberté.

À Londres, le général de Gaulle et ses compagnons ont enfin convaincu Churchill d'armer la résistance intérieure. L'opération est délicate. Il faut trouver un terrain favorable, des hommes déterminés, des relais multiples. Le terrain sera ce pan de terre, perché à 1500 mètres d'altitude. Les hommes seront ces maquisards résolus, guidés par le lieutenant Tom Morel. Les relais seront les valeureux Savoyards qui, femmes et hommes, n'avaient eu de cesse dans le sillage de François de MENTHON, fondateur avec Henri FRENAY, du mouvement Combat, de harceler l'ennemi et ses collaborateurs, de protéger les Juifs et tous les persécutés.

Le cadre est posé. Les actes suivent.

Les maquisards vivent leurs premiers accrochages avec les Groupes Mobiles de Réserve de la police de Vichy. Les hommes des Glières se défendent. Ils tiennent les hauts, contrôlent les bas, ils sont partout. Mais les armes manquent. Les premiers parachutages se révèlent vite insuffisants. Le refuge du plateau menace de se transformer en piège. Il faut gagner du temps. Prendre l'initiative.

Dans la nuit du 9 au 10 mars, 150 maquisards, commandés par Tom MOREL, descendent à Entremont pour neutraliser les Groupes Mobiles de Réserve. L'opération est un succès. Les hommes des Glières font 60 captifs. Mais Tom Morel tombe. D'une balle dans le coeur. Il est enterré par ses troupes dans la solennité des montagnes. Il ne verra pas le nouveau parachutage qui le lendemain largue 60 tonnes de matériel et tout son poids d'espoir.

« Trois pays résistent encore en Europe : la Grèce, la Yougoslavie, la Haute-Savoie », annonçait Maurice Schumann sur Radio Londres. Ce troisième pays qui résistait, c'était les Glières. Les 465 irréductibles des Glières.

Face au succès du maquis, l'occupant s'impatiente. Face au mythe qui se construit ici en temps réel, il s'irrite. Il décide d'intervenir directement. Les hommes des Glières, passés aux ordres du capitaine Anjot, vont désormais affronter l'armée hitlérienne. Une division de la Wehrmacht, près de 3 000 hommes, appuyés par la Luftwaffe, l'artillerie lourde et la milice française. Une puissance de destruction extraordinaire.

À partir du 23 mars, les hommes des Glières, déjà assaillis par le froid, le sont donc aussi par le fer et par le feu. La raison commande la dispersion, l'honneur exige l'affrontement. Anjot et ses hommes choisissent l'honneur. Tant qu'ils le peuvent, ils résistent à l'ennemi. Tant qu'ils le peuvent, ils combattent. La neige les protège, eux qui connaissent chaque recoin. Ils en jouent et tiennent jusqu'à ce jour du 26 mars où les Allemands, ayant pris pied sur le plateau, prêts à l'assaut, Anjot décide de sonner le repli pour rejoindre d'autres maquis, pour continuer à mener le combat sur d'autres fronts.

Les frères d'armes se séparent pour mieux se faufiler entre les mailles étroites du filet allemand, sur ce terrain tout en relief, qu'ils connaissent si bien.

Mais ce paysage qui les a cachés, qui les a tant aidés, désormais les trahit. La neige, qui avait été leur meilleur allié, devient dénonciatrice. Car la neige révèle leurs traces et met leurs ennemis sur leurs pas.

Des dizaines d'hommes tombent alors sur le plateau, parmi lesquels le capitaine Anjot. D'autres sont capturés, torturés, déportés. On va traquer dans les fermes tous ceux qui les auraient aidés.

« Vivre libre ou mourir », c'était le serment des hommes des Glières.

129 d'entre eux périrent, et ils furent enterrés dans la dignité dès avril 1944, parce que là encore, le maire de Thônes, Monsieur Louis Haase, refusa pour eux la fosse commune.

Peu à peu, dans les communes avoisinantes, des groupes se reforment. Libéré de son manteau blanc, le plateau devient bientôt l'une des bases arrière où se prépare une libération qui désormais ne fait plus aucun doute. Le 1er août 1944, ils sont plus de 3000 aux Glières pour réceptionner les derniers parachutages. Le 19, la Haute-Savoie devient le premier département du continent à se libérer lui même, par les seules forces de la résistance de l'intérieur.

Elle est là, la victoire des Glières. Dans le coeur de ces résistants qui puisèrent dans l'exemple du lieutenant Morel, du capitaine Anjot et de leurs compagnons martyrs, la force de poursuivre le combat jusqu'à la Libération.

Lieutenant Morel ! Capitaine Anjot ! Tous ceux des Glières, rassemblés par un même élan patriote, rapprochés par le fracas des combats, unis en ce cimetière par le silence glaçant de la mort !

Si nous sommes là, au pied de ce plateau, qui fit votre grandeur et fut votre tombeau. C'est parce que, 75 ans après, le peuple de France n'oublie rien de votre sacrifice.

Si nous sommes là, c'est pour dire avec force que la leçon d'honneur et de courage que vous nous avez donnée est intacte.

Dans la neige des Glières, vous vous êtes dépouillés de tout. De vos biens, de vos croyances, pour embrasser une seule cause, celle de la France.

Dans la neige des Glières, vous avez renoncé à tout, parce que vous aviez, ancrée en vous, la conviction profonde que ce qui se jouait là était infiniment plus grand, plus grand que vous.

Et si nous sommes là, face à vous, 75 ans après, avec gratitude et humilité, c'est parce que chacun ressent ici, de manière palpable et intime, la présence vibrante de notre être profond, d'un rêve de liberté plus fort que le malheur des temps. Nous avons ici à apprendre une leçon aussi ancienne que la nation, au-dessus des sapins noirs et dans le murmure du vent : celle de l'enracinement, car les combattants des Glières que vous fûtes ont défendu l'honneur, la liberté, la civilisation, en même temps qu'une montagne, que leur terre, que ce lieu. Et il continue à en être ainsi de nos idéaux. Ils n'existent qu'ancrés, pétris dans notre terre, dans nos paysages. Vous y reposez. Leçon de l'égalité aussi. Paysans, soldats français, combattant des Brigades internationales, vous voilà côte à côte devant nous, oubliée la neige rougie des Glières, et sans distinction aucune.

L'égalité, la vraie, la nôtre, est bien de mesurer la valeur des hommes à ce qu'ils peuvent sacrifier à une cause qui les dépasse. Plus de noms, plus de familles, plus de différence ici.

Une fois tombé, chacun s'appelait la France.

Ainsi donc, sommes-nous venus ici apprendre de vos ombres le secret de notre Nation, cet esprit des Glières. Quand Alphonse MÉTRAL disait qu'il fut la volonté au service de l'espoir, l'enthousiasme de la jeunesse pour la liberté reconquise, la mystique de la libération en vue d'une France fraternelle qui serait « comme une vaste extension de la communauté du Plateau ». À présent que vos voix se sont tues, nous ne pouvons plus apprendre que du silence, le sens de votre combat. Et nous y puisons des forces inconnues, loin du vacarme des mots dont le monde nous entoure. Par votre sang, vous avez consacré le caractère libre et impérissable de la nation française et nulle part mieux qu'ici, à cause de vous, par vous, ne résonneront ces paroles qui sont celles de la reconnaissance en même temps que de l'espérance humaine.


Vive la République !
Et vive la France !
 

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