Prise en charge de la radicalisation islamiste en prison : l’avis du CGLPL [20160711]| vie-publique.fr | Actualités | En bref

[ Publicité ]
Imprimer

Prise en charge de la radicalisation islamiste en prison : l’avis du CGLPL

le 11 07 2016

Un an après un premier rapport sur la prise en charge de la radicalisation islamiste en milieu carcéral, la Contrôleure générale des lieux de privation de liberté (CGLPL) a publié, le 5 juillet 2016, un nouveau rapport sur le sujet, centré cette fois-ci sur le fonctionnement des cinq unités dédiées (UD) de regroupement des personnes détenues radicalisées ouvertes en 2016.

Trois contrôleurs se sont rendus, entre février et mai 2016, dans les établissements de Fresnes (Val-de-Marne), Lille-Annoeullin (Nord), Osny (Val-d’Oise) et Fleury-Mérogis (Essonne). Le rapport détaille le profil des détenus, l’organisation des unités, la sécurité, l’exercice du culte mais aussi la mise en oeuvre des programmes de déradicalisation et constate l’importance des moyens matériels et humains consacrés ainsi que la grande implication de l’ensemble des acteurs concernés.

La CGLPL considère que le principe du regroupement présente finalement plus d’inconvénients que d’avantages. L’argument initial de la lutte contre le prosélytisme en prison n’est mis en avant dans aucun établissement. Les personnes placées dans les UD sont toutes écrouées pour faits de terrorisme lié à l’islam. La qualification terroriste est en fait le seul critère d’affectation. Dans le même temps, les UD n’accueillent pas toutes les personnes incarcérées pour faits de terrorisme lié à l’islam radical. Les détenus en UD bénéficient tous d’un encellulement individuel mais leurs conditions de détention s’avèrent "disparates" et "l’étanchéité" entre les quartiers d’un même établissement n’est souvent pas réalisée. Selon la CGLPL, le dispositif des UD pèse sur le parcours judiciaire. Certains magistrats y sont d’ailleurs hostiles et privilégient le transfert des personnes détenues dans leur région d’origine pour retisser les liens familiaux et éviter que cohabitent les détenus les plus dangereux. En outre, le placement d’une personne en UD peut constituer un pré-jugement qui pèsera au moment de l’audience et lors de l’examen des demandes d’aménagement de peine. Ce placement fait également obstacle à la mise en oeuvre du droit à l’orientation en établissement pour peines afin d’accéder à un régime destiné à favoriser la réinsertion des condamnés.

Pour la CGPL, l’extension des UD n’est pas réaliste. Si ce dispositif, qui impose encellulement individuel et prise en charge intégrée dans un secteur réservé, devait se généraliser, les conséquences pourraient être fortes sur la densité de la population carcérale des maisons d’arrêt dans un contexte de surpopulation pénale structurelle.

Rechercher