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Addictions, drogues et santé publique : les données récentes

le 24 08 2017

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À l’occasion de la journée internationale contre l’abus et le trafic de drogues, les indicateurs chiffrés les plus récents et les plus pertinents pour quantifier et décrire le phénomène des substances psychoactives en France ont été publiés.

L’addiction est définie par l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) comme la consommation de substances psychoactives ou comportement répété impossible à contrôler pour l’individu en dépit de ses conséquences délétères (souffrance psychologique et troubles physiologiques). Ce terme s’applique à tous les produits (tabac, alcool, médicaments psychotropes, drogues illicites) et recouvre certaines conduites (jeux de hasard et d’argent, jeux vidéo, etc.). L’addiction inclut donc la notion de dépendance, mais aussi celle d’abus.

Consommation de drogues et addictions : état des lieux

Selon les derniers chiffres publiés par l’OFDT en juin 2017, les substances licites, alcool et tabac, demeurent les produits les plus consommés dans la population. 14 millions de personnes (11-75 ans) fument du tabac tous les jours et 9 millions consomment de l’alcool plus de dix fois par mois.

Consommation de drogues
Source : OFDT

L’OFDT constate que ni les hausses de prix ni les restrictions légales (interdiction de fumer dans les lieux publics et sur le lieu de travail, interdiction de vente aux mineurs, etc.) n’ont fait baisser la consommation de tabac depuis dix ans. En outre, l’usage de la cigarette électronique se développe. En 2016, un Français sur quatre de 18-75 ans a déjà essayé la cigarette électronique.

La consommation d’alcool, en revanche, est en baisse mais de nouveaux comportements d’alcoolisation ponctuelle importante se développent chez les plus jeunes.

Pour les produits, licites comme illicites, les hommes sont davantage consommateurs que les femmes sauf pour les médicaments psychotropes dont l’usage est plus féminin. Au total, 13% de la population française a eu au moins un remboursement pour un médicament anxiolytique ou pour un somnifère au cours de l’année 2015. Les femmes représentent 65% des consommateurs.

Parmi les drogues illicites, le cannabis reste de très loin la substance la plus consommée avec 1,4 million de consommateurs réguliers. La cocaïne est le deuxième produit illicite le plus consommé avec 450 000 usagers dans l’année. Elle est suivie de près par l’ecstasy (méthylènedioxyméthamphétamine ou MDMA) qui compte 400 000 usagers.

Les addictions peuvent avoir des objets divers, dont la liste s’étend sans cesse.

Aux dépendances classiques (drogues, alcool, tabac, jeu) viennent s’ajouter les dépendances à internet, aux achats, au sport, au sexe, au travail. Les professionnels ont dû élargir le champ des pathologies prises en compte, ce qui a conduit à préférer depuis quelques années l’anglicisme "addiction", plus global, aux mots français voisins tels que toxicomanie, dépendance et assuétude, plus spécifiques.

Les conduites addictives ont des conséquences sanitaires et sociales multiples (maladies, handicaps, suicides, violence, isolement, précarité, etc.), pour leurs auteurs mais également pour leur entourage. Le tabac et l’alcool sont respectivement à l’origine de 73 000 et 49 000 décès par an (ces chiffres se recoupant en partie). Le contentieux lié à l’alcool au volant représente 45% des condamnations pour délits routiers. 115 000 condamnations et compositions pénales ont été prononcées en 2015 pour conduite en état alcoolique.

Les politiques des pouvoirs publics

Le traitement individuel a peu à peu fait place à une approche plus systémique, cherchant à comprendre l’ensemble du problème.

L’action législative et préventive a longtemps été ciblée sur les produits : alcool à partir des années 50, drogues dans les années 70, tabac à partir des années 80, avec des approches différentes selon les produits, licites ou illicites.

L’épidémie du sida, dans les années 90, a fait évoluer la prévention. On a commencé à parler de réduction des risques (RDR) induits chez les toxicomanes en privilégiant une approche sanitaire (distribution des seringues, élargissement des traitements méthadone) au lieu de se limiter à l’interdiction. C’est un paradoxe car la RDR signifie implicitement acceptation de l’usage. Mais c’est aussi la solution du moindre mal pour lutter contre l’extension du sida.

La RDR est inscrite dans les différents plans gouvernementaux de santé publique. Découlent de la prise en compte de la RDR, les réflexions sur l’ouverture de salles de consommation à moindre risque (SCMR), appelées familièrement "salles de shoot". Ces salles offrent aux usagers de drogues un cadre sécurisé, afin qu’ils puissent consommer dans des conditions d’hygiène évitant les risques infectieux.

La première salle de shoot en France a ouvert à Paris en octobre 2016 pour une expérimentation de six ans. Une deuxième a été ouverte en novembre 2016 à Strasbourg.

La loi du 9 août 2004 relative à la politique de santé publique introduit une approche transversale, qui s’appuie sur les principes de protection des jeunes et de précocité de l’intervention. Elle inclut parmi ses orientations prioritaires "les comportements à risque et les pratiques addictives", et intègre officiellement la réduction des risques.

Le plan 2007-2011 de prise en charge et de prévention des addictions marque une nouvelle évolution de la politique sanitaire dans ce domaine en s’intéressant plus aux comportements qu’aux substances psychoactives elles-mêmes. Toute dépendance à des produits qu’ils soient en vente libre ou illicites et toute activité, même banale, dès lors qu’elle est pratiquée de façon compulsive, au détriment d’autres activités sociales et qu’elle risque d’entraîner des dommages graves pour l’individu et la société, doit entrer dans le champ de la prévention.

En septembre 2013, le plan gouvernemental 2013-2017 de lutte contre la drogue et les conduites addictives a été adopté lors d’un comité interministériel. Ce plan repose sur trois grandes priorités :

  • fonder l’action publique sur l’observation, la recherche et l’évaluation ;
  • prendre en compte les populations les plus exposées pour réduire les risques et les dommages sanitaires et sociaux ;
  • renforcer la sécurité, la tranquillité et la santé publiques au niveau national et international en luttant contre les trafics et contre toutes les formes de délinquance liées aux consommations de substances psychoactives.

La loi de modernisation de notre système de santé du 26 janvier 2016 tend à renforcer la prévention. Elle oblige toute personne qui délivre une boisson alcoolisée à exiger du jeune client l’établissement de la preuve de sa majorité (jusque-là, cette vérification était une simple faculté laissée à la discrétion du débitant de boissons).

Il est également désormais interdit d’offrir à un mineur tout objet incitant directement à la consommation excessive d’alcool (ces objets ont été listés par un décret du 6 octobre 2016. Il s’agit de « jeux, vêtements, accessoires de mode, éléments décoratifs, ustensiles et accessoires pour appareils électroniques dont la présentation, le logo, la dénomination ou le slogan incite directement à la consommation excessive d’alcool par un mineur »).

Par ailleurs, la loi interdit de fumer dans un véhicule en présence d’un mineur et de "vapoter" (utiliser une cigarette électronique) dans les lieux où il est interdit de fumer.

La politique publique de lutte contre la drogue et la toxicomanie se caractérise par sa nature interministérielle affirmée. La responsabilité de coordination et d’animation de cette politique publique est confiée a la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (Mildeca).

L’OFDT évalue le coût social de l’alcool et du tabac à 120 milliards d’euros par an chacun. Le coût social se compose d’un coût externe (valeurs des vies humaines perdues, perte de qualité de vie, pertes de production des entreprises et des administrations) et du coût pour les finances publiques (différence entre les dépenses de prévention, de répression et de soins, et les recettes des taxes sur l’alcool et le tabac ainsi que les pensions de retraite non versées).

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