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Défense : priorité au renseignement, effectifs en baisse, retour dans la structure militaire de l’OTAN

le 23 07 2008 Archives.

Le renseignement militaire.

Le renseignement militaire. © La Documentation française

Avec la présentation du "Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale" et la préparation d’une nouvelle carte militaire issue notamment des choix faits dans le cadre de la Révision générale des politiques publiques, le secteur de la défense vit dans l’attente d’importants bouleversements.

Une nouvelle évaluation des risques, de nouvelles priorités

La dernière définition globale des objectifs de la politique de défense de la France remontait à un "Livre Blanc" publié en 1994. Depuis 15 ans l’environnement international s’est considérablement modifié (accentuation de la mondialisation) et la professionnalisation des armées entamée en 1996 en a transformé le fonctionnement et les dimensions.

Pour répondre à ces bouleversements une commission d’experts a été mise en place en août 2007 afin d’élaborer un nouveau "Livre Blanc", qu’elle a remis au Président de la République le 17 juin 2008.

Le Livre blanc souligne d’abord la nécessité de considérer la prévention des risques dans son ensemble et, contrairement au Livre blanc de 1994, de ne pas la limiter aux seules questions de défense mais de prendre en compte tout ce qui a trait à la "sécurité nationale". Il insiste sur l’instabilité croissante du monde, son imprévisibilité et la multiplication des nouveaux facteurs de risque (terrorisme, cybercriminalité, catastrophes climatiques, etc.), ce qui le conduit à définir une nouvelle fonction stratégique, "la connaissance et l’anticipation", correspondant aux activités de renseignement. Cette fonction, qui s’ajoute aux quatre fonctions déjà identifiées dans le Livre blanc de 1994 (prévention, dissuasion, protection, intervention), devient une priorité : les crédits en faveur du renseignement devraient doubler, notamment ceux destinés aux équipements spatiaux d’observation.

Le Livre blanc prend acte du fait que l’horizon stratégique de la France ne peut plus être la planète entière. Un axe géographique privilégié est défini allant de l’Atlantique à l’océan Indien en passant par la Méditerranée et le Golfe persique, auquel s’ajoutent quelques zones particulières (Afrique de l’Ouest, Antilles-Guyane).

Des effectifs en baisse, un effort financier maintenu

Le Livre blanc énonce des objectifs concernant les effectifs des forces opérationnelles à l’horizon de 2012 :

- pour l’armée de terre, une force opérationnelle de 88 000 hommes permettant la projection à distance de 30 000 hommes déployables en 6 mois, avec un dispositif d’alerte permanent de 5 000 hommes et une capacité mobilisable sur le territoire national de 10  000 hommes pour appuyer les autorités civiles en cas de crise majeure,

- pour la marine, un groupe aéronaval avec son groupe aérien complet, 18 frégates de premier rang, 6 sous-marins nucléaires d’attaque et la capacité de déployer un ou deux groupes navals, amphibie ou de protection du trafic maritime,

- pour l’aviation, un parc unique de 300 avions de combat (Rafale et Mirage 2000 modernisé) permettant notamment de projeter à l’extérieur du territoire national 70 avions jusqu’à 7 000 ou 8 000 kilomètres.

Aucune modification n’est envisagée pour la dissuasion nucléaire qui repose toujours sur les deux mêmes composantes (missiles balistiques embarqués dans quatre sous-marins nucléaires lanceurs d’engins et missiles aéroportés).

Au total, cela aboutirait à une réduction globale du format des armées qui devraient perdre 54 000 hommes, les effectifs passant d’ici à 2012 de 271 000 hommes à 225 000. L’essentiel des réductions toucherait les fonctions de soutien et de logistique qu’il faudrait ramener à 40% des effectifs alors qu’elles comptent aujourd’hui pour 60%.

Ces réductions s’accompagnent d’une révision de la carte militaire avec la fermeture de 30 à 50 implantations militaires (bases, casernes, etc.) dont la liste doit être fixée durant l’été.

L’effort financier pour la défense serait maintenu et son budget devrait augmenter de 1% par an en volume (1% en plus de l’inflationInflationPerte du pouvoir d’achat de la monnaie qui se traduit par une augmentation générale et durable des prix.). Les marges dégagées par les réductions d’effectifs seraient réutilisées pour l’amélioration de la condition des personnels et surtout au profit du budget d’équipement.

La question du financement de la construction d’un deuxième porte-avions (estimée à environ 3,5 milliards d’euros), indispensable pour avoir en permanence un porte-avions opérationnel, n’est pas tranchée et la décision est reportée à 2011-2012.

Retour dans la structure du commandement militaire intégré de l’OTAN et volonté de développer l’Europe de la défense

Le retour de la France dans les structures du commandement militaire intégré de l’OTAN avait été annoncé par le Président de la République. Le Livre blanc prend en compte cette décision et préconise "une pleine participation de la France aux structures de l’Organisation atlantique".

Le sommet prévu à Strasbourg et Kehl en avril 2009 devrait être l’occasion de lancer un débat sur les nouvelles missions de l’alliance dans un cadre très différent de celui qui avait conduit à sa mise en place (confrontation Est-Ouest), sur la définition d’un nouveau partage des responsabilités entre américains et européens et sur l’évolution des structures de commandement. Ce serait pour la France l’occasion d’opérer son retour dans les structures de commandement qu’elle avait quittées en 1966.

Ce retour dans la structure militaire de l’OTAN ne devrait cependant pas se faire au détriment du maintien d’une pleine liberté d’appréciation des autorités politiques françaises, rendue possible notamment par l’amélioration du système de renseignement, et ne doit donc pas se traduire par l’automaticité d’une contribution française aux interventions de l’OTAN.

L’indépendance nucléaire totale de la France devrait également être maintenue.

Dans le même temps le Livre blanc propose de travailler au développement d’une Europe de la défense présentée comme complémentaire à l’OTAN. L’objectif d’aboutir à la constitution d’une force européenne projetable à l’extérieur de 60 000 hommes devrait être notamment réactivé ainsi que la construction d’une direction stratégique unique à Bruxelles.

Pour les rédacteurs du Livre blanc, le retour de la France dans la structure militaire de l’OTAN permettrait de lever certaines réticences d’Etats européens devant la construction d’une Europe de la défense alors perçue comme potentiellement concurrente.

Les principales réactions

Parmi les préconisations du Livre blanc, deux volets ont suscité de vives réactions : la réduction des effectifs d’une part, le retour dans la structure de commandement militaire de l’OTAN d’autre part.

- Bien que tenus par une "obligation de réserve", des officiers généraux ont ainsi exposé leurs critiques dans la presse (Le figaro), notamment dans une tribune signée par un collectif utilisant le pseudonyme "Surcouf". Pour résumer le sens de leurs critiques, ils utilisent la formule : "Au mieux, nous serons mieux renseignés, mais nous pourrons moins agir", alors que selon eux les obligations d’intervention liées aux "nouvelles conflictualités" ou à des nécessités humanitaires vont se multiplier. Ils considèrent aussi que la réduction des effectifs dans l’armée, au moment de l’entrée dans la structure militaire de l’OTAN, risque d’empêcher la France de jouer un rôle de premier plan.

- Beaucoup d’élus locaux, notamment ceux des 471 communes abritant des installations militaires, manifestent leur inquiétude après l’annonce de la fermeture d’une quarantaine de ces installations et de la restructuration d’une trentaine d’autres. Cette révision de la carte militaire française est issue en grande partie de l’application de la Révision générale des politiques publiques (RGPP) au sein du MinistèreMinistèreEnsemble des services de l’Etat (administration centrale et services déconcentrés) placés sous la responsabilité d’un ministre. de la défense. Les objectifs assignés sont notamment : "mieux répartir les moyens en recherchant la meilleure efficacité au moindre coût" et "fournir un environnement optimal à la mise en œuvre du contrat opérationnel fixé par le Livre blanc". Certains élus considèrent que les recherches d’économie impulsées par la RGPP ont davantage pesé dans les choix de suppression de garnisons et d’emploi que l’analyse véritable des nouvelles menaces et des stratégies à mettre en œuvre. La multiplication des demandes de dérogation et la difficulté de mise en place des mesures compensatoires pour les communes lésées a déjà conduit au report de la présentation de cette nouvelle carte militaire, maintenant prévue pour la fin du mois de juillet.

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