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Lycées : un constat partagé mais une réforme contestée

le 15 04 2010 Archives.

Versailles (78). Classe de math. sup. Cours de physique.

Versailles (78). Classe de math. sup. Cours de physique. © La Documentation française Photo : Samuel Bollendorff/L’Oeil Public

En dépit d’un large consensus sur le constat des points faibles du lycée, la nouvelle réforme présentée par le ministre de l’éducation ne fait pas l’unanimité. Quelles sont les principaux axes de cette réforme et les orientations rejetées par certains représentants des lycéens et des enseignants ?

Le contexte de la réforme

Il existe un large consensus sur les points faibles constatés dans l’organisation actuelle du lycée. Il lui est notamment reproché :

  • la suprématie excessive de la série scientifique (série « S ») par rapport aux autres séries d’enseignement général (série économique et sociale « ES » et série littéraire « L »),
  • les inégalités en termes d’orientation (manque de « passerelles », inégal accès à l’information, etc.),
  • le manque d’aide individualisée,
  • l’inefficacité du redoublement.

Par ailleurs, les résultats des lycées, pris dans leur ensemble (enseignement général, technologique et professionnel), semblent stagner depuis 15 ans. En 2009, les deux tiers d’une génération obtiennent le baccalauréat en 2009, contre 60% en 1995. A titre de comparaison, cette proportion était passée de 20% en 1970 à 43,5% en 1990.

Face à ce constat, le président de la République a présenté en octobre 2009 un projet de réforme, auquel il assigne trois objectifs essentiels : rééquilibrer les filières d’enseignement général, faciliter les réorientations et créer deux heures hebdomadaires « d’accompagnement personnalisé » pour chaque lycéen.

Ce projet s’inspire des propositions du rapport de la mission parlementaire de Benoist Apparu, rendu public en mai 2009, et du rapport de Richard Descoings, remis à Nicolas Sarkozy en juin 2009. Chargé d’une « mission de consultation » sur la réforme du lycée en janvier 2009, Richard Descoings a élaboré son rapport à l’issue d’une phase de consultations et de débats organisés dans 80 lycées de 76 départements.

Il succède au projet de réforme présenté par le précédent ministre de l’éducation, Xavier Darcos, mis en échec en décembre 2008 par l’ampleur des mouvements de contestation des lycéens et enseignants. Ce nouveau projet fait, lui aussi, l’objet de contestations soutenues de la part de représentants des lycéens et des enseignants. La réforme doit entrer en vigueur à la rentrée 2010-2011 pour la classe de seconde, 2011-2012 pour celle de première et 2012-2013 pour la terminale.

Les principaux axes de réforme

Les principaux textes organisant l’architecture des séries générales sont d’ores et déjà parus, seule la version définitive des programmes reste à définir. Concernant les lycées d’enseignement technologique, le ministre de l’éducation nationale, Luc Chatel, a présenté la nouvelle forme des séries sciences et technologies industrielles (STI) et sciences et technologies de laboratoire (STL) le 1er avril 2010, mais les programmes des classes de première et de terminale ne sont pas encore connus.

Faciliter les réorientations.

Désormais, les classes de seconde et de première générale comprendront 60% d’enseignements communs. Tous les élèves de seconde (générale et technologique) devront notamment étudier deux langues vivantes étrangères. Ils le feront dans le cadre de « groupes de compétences ». La compréhension orale et écrite, l’expression orale et écrite, ainsi que l’interaction orale, seront ainsi travaillées de manière séparée, sous la responsabilité d’une équipe de professeurs. Par ailleurs, il sera désormais possible de changer de série jusqu’au début de la classe de terminale, au moyen d’un stage « passerelle » permettant d’appréhender les enseignements et méthodes spécifiques à la série souhaitée. Enfin, les élèves de seconde devront choisir de suivre deux « enseignements d’exploration », destinés à leur faire découvrir de nouvelles disciplines (sciences économiques et sociales, biotechnologies, littérature et société, méthodes scientifiques, santé et social, etc.), sans pour autant que ce choix conditionne leur orientation en classe de première.

Rééquilibrer les séries d’enseignement général.

Pour rénover la série littéraire, qui ne rassemble plus que 16,6% des bacheliers généraux, des enseignements nouveaux seront dispensés. En seconde, les élèves pourront opter pour l’enseignement d’exploration intitulé « littérature et société », ceux de première "L" suivront un enseignement de littérature en langue étrangère, tout comme les élèves de terminale, qui devront en outre opter pour un enseignement de spécialité : « langues vivantes ou anciennes » ou « droit et grands enjeux du monde contemporain ».

Pour initier chaque lycéen à l’économie, matière dominante de la série « ES », l’un des deux enseignements d’exploration à choisir en classe de seconde devra nécessairement porter, soit sur les sciences économiques et sociales, soit sur les sciences économiques et de gestion. Le cumul des deux matières sera également possible.

Mieux accompagner les lycéens

Durant tout son parcours au lycée, chaque élève suivra deux heures hebdomadaires « d’accompagnement personnalisé » dirigées par un enseignant et consacrées à des cours de soutien et d’approfondissement, ou à l’orientation. Concernant son orientation, tout lycéen pourra en outre bénéficier, individuellement ou par petits groupes, d’un tutorat assuré par un enseignant, un documentaliste ou un conseiller principal d’éducation. Enfin, pour limiter les redoublements, des stages de remise à niveau pourront être organisés, au cours de l’année ou pendant les vacances, sur la base du volontariat et sur recommandation du conseil de classe.

Les points d’achoppement

Les syndicats d’enseignants, les organisations lycéennes et les associations de parents d’élèves ou de professeurs se font l’écho des différentes oppositions formulées à l’encontre de ce projet de réforme. Quatre inquiétudes majeures semblent être au fondement des contestations exprimées.

La suprématie de la série scientifique « S » réellement remise en cause ?

Pour certains, la seule modification des contenus de la série littéraire ne permettra pas de limiter la suprématie de la série scientifique. Une refonte globale des séries aurait dû être menée, incluant une réflexion sur les rôles et places de chaque série (débouchés), sur le système d’évaluation des élèves, ainsi que sur les modalités pratiques du baccalauréat.

La fin de la spécificité de la voie d’enseignement technologique ?

Destinés à permettre à davantage de bacheliers technologiques d’accéder à des études supérieures, l’institution d’une classe de seconde générale et technologique, ainsi que le renforcement des enseignements de culture générale (dont une seconde langue vivante) en classe de première technologique risqueraient de conduire, selon certains enseignants, à une perte de la spécificité de la voie d’enseignement technologique. Cette évolution est d’autant plus crainte qu’elle est associée à la réorganisation des séries industrielles (STI) et de laboratoire (STL) en six baccalauréats au total, contre 17 actuellement.

L’enseignement de l’histoire et des sciences économiques et sociales mis à mal ?

Les professeurs d’histoire se sont opposés au nouveau programme de la classe de seconde, considérant qu’il réservait une trop grande place à l’étude du monde chrétien, au détriment de celle du monde musulman. Le 31 mars 2010, le Conseil supérieur de l’éducation a approuvé que l’intitulé de la partie du programme incriminé (« la civilisation rurale dans l’Occident chrétien médiéval, du IXe siècle au XIIIe siècle ») soit abandonné au profit de « De Constantinople à Istanbul, un lieu de contact entre différentes cultures et religions chrétiennes, musulmane et juive ». Par ailleurs, il déplorent que l’histoire-géographie ne soit plus qu’optionnelle en terminale « S ».

Les professeurs de sciences économiques et sociales (SES) rejettent le programme de l’enseignement d’exploration consacré à cette matière en classe de seconde, considérant que les sciences humaines (démographie, famille, etc.) n’y sont que brièvement abordées, à la différence de l’économie pure. Le gouvernementGouvernementOrgane collégial composé du Premier ministre, des ministres et des secrétaires d’Etat chargé de l’exécution des lois et de la direction de la politique nationale. s’est depuis déclaré favorable à l’ajout de certains thèmes, comme le pouvoir d’achat ou le chômage.

De nouvelles inégalités entre les lycées ?

Certains rejettent l’accroissement de l’autonomie des lycées prescrit par la réforme. Sur un total de 28h30 de cours hebdomadaires obligatoires en classe de seconde, chaque établissement répartira lui-même 10h30 de cours pour faire des demi-groupes et organiser les nouvelles mesures d’accompagnement (accompagnement personnalisé, tutorat, stages passerelles ou de remise à niveau). Jusqu’à présent, cette répartition était fixée au niveau national.

Par ailleurs, il faut signaler que le contexte particulier dans lequel s’inscrit la réforme tend à renforcer l’inquiétude des professeurs. En effet, le budget 2010 de l’éducation nationale prévoit la suppression de 16 000 postes, dont une très grande majorité de postes d’enseignants. Par ailleurs, la réforme de la formation des enseignants doit entrer en vigueur à la rentrée 2010-2011. Elle supprime l’année de formation en alternance dont bénéficiaient jusqu’ici les professeurs débutants. Les nouveaux enseignants seront directement affectés à un poste à temps plein, mais ils pourront bénéficier, en cours d’année, de périodes de formation plus ou moins longues. Pour certains, cette nouvelle organisation risque d’aggraver le problème du non-remplacement des enseignants. Actuellement, moins de 20% des absences de courte durée sont remplacées dans les établissements d’enseignement secondaire.

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