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Prix du pétrole : combattre la hausse ou s’adapter à une énergie chère ?

le 26 06 2008 Archives.

Prix du pétrole, quelle limite ?

Prix du pétrole, quelle limite ? © Union européenne 2006

Pas une réunion internationale où le prix du pétrole ne soit à l’ordre du jour : les 13 et 14 juin 2008, les ministres des finances du G8 (Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Italie, Japon, Russie) y ont consacré l’essentiel de leurs travaux, peu après que les ministres de l’énergie et leurs homologues chinois, japonais, sud-coréen et indien ont lancé un appel à la hausse de la production.

Une hausse continue depuis 5 ans

Le prix du baril de pétrole a été presque multiplié par 5 depuis 2003, passant d’environ 30 dollars en août 2003 à une valeur oscillant entre 130 et 140 dollars au milieu du mois de juin 2008.

Pour la plupart des analystes, la hausse continue de la demande, en provenance notamment des nouveaux pays émergents (Chine, Inde, Pays du Moyen-Orient, etc.) serait à l’origine de ce mouvement, compte tenu des difficultés rencontrées pour augmenter la production au même rythme (vieillissement de nombreux champs pétrolifères, peu de nouvelles réserves facilement exploitables, faiblesse des investissements, etc.).

Aucun signe de baisse de la demande n’apparaît encore, ni dans les pays développés, où la hausse est amortie au niveau des consommateurs par l’importance des taxes dans le prix final, ni dans les pays émergents où aucune source d’énergie alternative n’existe et où des subventions atténuent les effets de la hausse dans un contexte de forte croissance.

Les pays producteurs sont, de leur côté, plus portés à préserver leurs réserves qu’à investir dans de nouvelles capacités de production. Ils considèrent d’ailleurs que la montée du prix est provoquée surtout par des phénomènes spéculatifs amplifiés par la faiblesse du dollar. Ils craignent qu’une hausse de la production serve surtout à accroître les stocks et donc à diminuer leurs capacités de négociation, tout en accélérant l’épuisement de leurs réserves.

La spéculation est en effet aussi dénoncée comme une cause essentielle de la flambée des cours du pétrole. Elle est dans ce contexte liée à la faiblesse du dollar : les investisseurs achèteraient massivement des contrats à terme pétroliers pour se couvrir face à la baisse du dollar. Le pétrole serait devenu une valeur refuge, justifiant ainsi son surnom "d’or noir". Les ministres des finances du G8 ont demandé au Fonds monétaire international (FMI) une analyse sur ce sujet. Mais même s’ils n’en sont pas la cause première, les phénomènes spéculatifs accentuent très certainement le mouvement de hausse.

Les problèmes géopolitiques touchant de nombreuses zones de production (Irak, Iran, Nigeria, Venezuela, etc.) jouent également un rôle dans la crise de l’offre.

La hausse, jusqu’où ?

Les prévisions varient suivant la part attribuée aux différents facteurs de hausse, mais la plupart des analystes considèrent que le déséquilibre entre l’offre et la demande est appelé à durer du fait du maintien d’une forte croissance des pays émergents et de l’absence d’énergie alternative dans les transports, premier secteur d’utilisation du pétrole (contrairement aux années 70 où le charbon et le nucléaire étaient de vraies alternatives pour la production d’électricité, alors principal débouché du pétrole).

Si des mesures n’interviennent pas pour que la hausse des prix soit répercutée plus largement sur les consommateurs de façon à les inciter à réduire leurs achats, la hausse pourrait se poursuivre encore longtemps sans que personne ne puisse prévoir un terme, les analystes les plus pessimistes envisageant un baril à 200 dollars dans les prochains mois et même à 300 dollars à moyen terme.

Quelles conséquences ? ... pour qui ?

Au niveau global, l’envol des prix du pétrole a déjà des conséquences sur le pouvoir d’achat des ménages et, surtout, fait craindre une remise en cause brutale des prévisions de croissance mondiale. Déjà des signes de ralentissement de l’activité apparaissent et des risques de reprise de l’inflationInflationPerte du pouvoir d’achat de la monnaie qui se traduit par une augmentation générale et durable des prix. sont perceptibles dans les économies développées.

Tous les secteurs d’activité ne sont pas également touchés et si certains tirent bénéfice de cette situation, d’autres, bien plus nombreux, rencontrent déjà d’importantes difficultés.

Les secteurs d’activité bénéficiaires sont rapidement identifiables : les grandes compagnies pétrolières dont les bénéfices augmentent mécaniquement, le secteur des énergies nouvelles dont la compétitivité est améliorée, les fonds spéculatifs utilisant le secteur du pétrole comme un refuge quand les marchés financiers sont fragilisés, le transport ferroviaire gagnant en compétitivité face à la route et à l’aérien.

La liste des secteurs victimes de la hausse est bien plus longue, citons :

- le transport routier pour lequel, selon la Fédération des entreprises de transport et logistique de France, le prix du gazole aurait augmenté de 37,65% depuis janvier 2007 et représenterait aujourd’hui 28% des coûts d’exploitation.

- le transport aérien, secteur où aucune énergie alternative n’existe et qui, selon l’IATA (Association internationale du transport aérien), pourrait connaître une perte globale de 2,3 milliards de dollars en 2008 sur la base d’un cours moyen du baril à 106,5 dollars.

- l’industrie automobile dont la clientèle se tourne davantage vers les petites voitures moins consommatrices mais pour lesquelles les marges du constructeur sont beaucoup moins élevées. Le secteur voit aussi ses coûts augmenter du fait d’un grosse utilisation de matières plastiques issues de la pétrochimie.

- l’agriculture qui consomme de grosses quantités de fioul comme carburant ou pour le chauffage des serres (en moyenne 20% du chiffre d’affaires) et utilise les produits dérivés de la pétrochimie.

- la pêche, le fioul représentant aujourd’hui 50% du chiffre d’affaires d’un chalutier, contre 15% en 2004, selon le Comité national des pêches.

Parmi les secteurs victimes on peut encore citer l’industrie chimique, le tourisme et une multitude d’activités utilisant d’importantes quantités de carburant (taxis, ambulanciers, etc.).

Limiter la hausse ou s’adapter à l’inévitable ?

Les Etats et les organisations internationales n’ont jusqu’ici mis en oeuvre que peu de mesures pour maîtriser la hausse elle-même et les pressions sur les pays producteurs n’ont donné que peu de résultats.

Un geste vient cependant d’être accompli par l’Arabie saoudite qui a annoncé une augmentation de sa production de 200 000 barils par jour (pour 9,7 millions de barils produits quotidiennement). A l’initiative de ce pays, les principaux pays producteurs et les principaux pays consommateurs se sont réunis à Djeddah le 22 juin, mais aucun autre pays producteur n’a suivi l’Arabie saoudite, qui a malgré tout confirmé son intention d’augmenter sa production.

Au niveau européen, l’harmonisation des positions paraît difficile. C’est ainsi qu’une proposition française de plafonnement de la TVA sur le carburant a été rejetée par ses partenaires au motif qu’il n’est pas concevable d’amputer les rentrées fiscales alors que la recherche de l’équilibre budgétaire est toujours à l’ordre du jour. Parmi les autres pistes avancées, il faut noter celle de l’instauration d’une taxe sur les profits des compagnies pétrolières ou celle d’une taxation sur les mouvements spéculatifs.

L’adoption de mesures contraignantes semble pourtant peu probable. Les propositions de la Commission européenne privilégient de simples mesures d’aide aux plus démunis (comme les primes à la cuve pour le chauffage) ou aux plus exposés, à condition qu’elles restent limitées dans le temps et très ciblées pour ne pas fausser la concurrence. Au moment où l’on veut pousser aux économies et encourager les énergies renouvelables, des mesures qui viseraient à rendre indolore la hausse des prix du pétrole paraissent particulièrement inadaptées.

Certains voient même dans cette situation une opportunité qui permettrait de rendre enfin rentables les investissements vers les nouvelles énergies, ce qui serait le meilleur moyen de combattre le réchauffement climatique tout en se préparant à faire face à la véritable pénurie d’hydrocarbure dont la venue semble inévitable, même si les délais sont incertains.

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