Pouvoir d’achat : entre perception et réalité, comment le mesurer ?| vie-publique.fr | Actualités | Dossiers

[ Publicité ]
Imprimer

Pouvoir d’achat : entre perception et réalité, comment le mesurer ?

le 17 01 2007 Archives.

Pouvoir d'achat, quelle réalité ?

Pouvoir d’achat, quelle réalité ? © Communauté européenne, 2006

Selon le sondage TNS/Sofres du début octobre 2006, l’évolution du pouvoir d’achat inquiète 42% des Français. 68% estiment que leur propre pouvoir d’achat n’augmente pas. L’annonce par l’INSEE d’une progression du pouvoir d’achat de 2,3% en moyenne en 2006 et la tenue de la conférence sur l’emploi et les revenus, le 14 décembre 2006, relancent le débat sur la « vie chère ».

L’évolution du pouvoir d’achat mesurée par l’INSEE

Selon l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE), « le pouvoir d’achat du salaire est la quantité de biens et de services que l’on peut acheter avec une unité de salaire » et « son évolution est liée à celles des prix et des salaires ».

La notion statistique usuelle de « pouvoir d’achat » utilisée par l’INSEE est celle du pouvoir d’achat du revenu disponible brut (RDB). Il se définit comme la somme de tous les revenus d’activité et des revenus du patrimoine ainsi que des transferts aux ménages (prestations sociales), moins les impôts et autres prélèvements sociaux. Le revenu réel qui reste à la disposition des ménages pour la consommation et l’épargne se calcule en déduisant l’augmentation des prix (l’inflationInflationPerte du pouvoir d’achat de la monnaie qui se traduit par une augmentation générale et durable des prix.) de la croissance des revenus (le RDB).

L’INSEE rappelle que l’indice des prix à la consommation (IPC) n’est pas un indice du coût de la vie. L’IPC est représentatif de l’évolution des prix des produits selon la structure de consommation moyenne de la population. Pour son calcul, l’INSEE s’appuie sur plus de 160 000 relevés de prix mensuels et sur 40 000 tarifs collectés directement auprès de grandes entreprises. Selon l’INSEE, l’IPC a évolué de +1,5% de décembre 2004 à décembre 2005 et de +1,5% de décembre 2005 à décembre 2006.

L’INSEE estime que les revenus des Français ont, globalement et en moyenne, progressé plus vite que les prix, entraînant un gain moyen de pouvoir d’achat de 1,9% par an entre 1996 et 2006. Selon l’INSEE, le RDB des ménages, net d’impôts et de cotisations, a progressé de 1% en 2003, de 2,2% en 2004 et de 1,1% en 2005. Dans le projet de budget pour 2007, le gouvernementGouvernementOrgane collégial composé du Premier ministre, des ministres et des secrétaires d’Etat chargé de l’exécution des lois et de la direction de la politique nationale., qui reprend la prévision de l’INSEE d’une hausse du pouvoir d’achat du RDB des ménages de 2,3% en 2006, table sur une progression de 2,8% en 2007.

Une définition et des méthodes de calcul contestées

La définition retenue par l’INSEE pour le pouvoir d’achat et la méthode utilisée pour son calcul sont contestées. Les critiques portent simultanément sur les deux composantes du pouvoir d’achat : l’évolution du revenu des ménages et celle de l’inflation.

Selon le Conseil national de l’information statistique (CNIS, Chroniques, mars 2006), le ralentissement de la progression du pouvoir d’achat à partir de 2003 est dû au poids croissant des dépenses « contraintes » ou « à engagement contractuel » (logement, chauffage, téléphonie, assurances, soit plus du quart du RDB) et au rôle perturbateur du passage à l’euroEuroMonnaie unique de plusieurs Etats membres de l’Union européenne qui forment la zone euro. en 2002. Le CNIS souligne que l’évolution de l’IPC affecte d’avantage les plus modestes en raison de l’évolution des prix du tabac et du carburant. Il note que l’IPC, même renouvelé chaque année, ne mesurerait pas l’impact, sur les dépenses, de l’évolution des choix de comportements des ménages en faveur de produits et de services de meilleure qualité. Dans son rapport de décembre 2006 consacré aux niveaux de vie et aux inégalités sociales, le CNIS met l’accent sur les lacunes du dispositif de l’INSEE concernant notamment les revenus du patrimoine et de certaines catégories de populations (étudiants, sans domicile, travailleurs indépendants).

Dans son rapport sur « La France en transition – 1993-2005 », de novembre 2006, le Conseil supérieur de l’emploi, des revenus et des coûts (CERC) constate une progression « réelle » mais « modeste » du revenu disponible par habitant, mesuré en termes de pouvoir d’achat, de 1,7% par an en moyenne de 1993 à 2005, avec un ralentissement ces dernières années. Comme le CNIS, le CERC attribue le hiatus entre perception et réalité du pouvoir d’achat au passage à l’euro et à la part croissante des dépenses « contraintes ». En conclusion, il estime cependant que « l’emploi instable » est la première source des inégalités de revenus et que « la réponse est plus dans la lutte contre les inégalités sociales et les disparités de revenus que dans une sophistication des indices ».

La Délégation pour la planification du Sénat confirme, dans un document d’information de décembre 2006, que le pouvoir d’achat a connu une évolution plus « heurtée » depuis 2002 (+0,9 en 2003, +2,2% en 2004, 1,1 en 2005 et de l’ordre de +2,2% en 2006). Pour illustrer le décalage entre inflation mesurée et perçue, l’étude met notamment en relief l’augmentation des prix de produits et de services spécifiques particulièrement visibles (énergie et services), l’effet « qualité » relevé par le CNIS, ainsi que la pondération jugée « restrictive », du coût du logement, fixée par l’INSEE à 6%.

Bien que n’étant pas exempts de critiques, de nouveaux indices de pouvoir d’achat déduisent du RDB les dépenses « contraintes » et mesurent le pouvoir d’achat du consommateur. Le Bureau d’informations et de prévisions économiques (BIPE) propose, depuis 2003, un indicateur du « pouvoir d’achat libéré » qui permet le calcul d’un indicateur du pouvoir d’achat « effectif ». En 2006, ce pouvoir d’achat « effectif » aurait augmenté de 0,5% (contre 2,3% du pouvoir d’achat global des ménages de l’INSEE). L’indice du pouvoir d’achat de l’Institut national de la consommation (INC), basé sur un IPC dont la part du loyer est de 20%, conclut à une augmentation du pouvoir d’achat de 0,9% entre juin 2005 et juin 2006.

Vers de « nouveaux instruments » de mesure du pouvoir d’achat ?

Les données statistiques globales sembleraient de moins en moins adaptées à la représentation d’une réalité complexe et éclatée. Pour mieux rendre compte de l’hétérogénéité des structures de consommation, des indices de prix différenciés par catégories sociales et une meilleure appréciation des dépenses « contraintes » et du coût du logement dans les indices « officiels » sont le plus souvent mis en avant.

L’INSEE a déjà commencé à présenter des indices des prix à la consommation par catégories de ménages pour la période 1996-2006. Il analyse ainsi l’impact des différences de structure de consommation sur la mesure de l’inflation en présentant des calculs d’indices particuliers, spécifiques à certaines catégories de ménages. Ainsi, l’indice des prix aurait augmenté plus vite pour les 10% de ménages les plus pauvres que pour les 10% les plus riches entre 1996 et 2006. En revanche, l’INSEE considère que le poste Logement « ne contribue que faiblement aux écarts d’inflation entre catégories, l’écart entre la hausse des loyers et l’IPC étant resté modéré sur la période ».

Lors de la conférence sur l’emploi et le revenu du 14 décembre 2006, le Premier ministre a évoqué la mise en place d’un nouvel indice des prix, incluant le logement, l’énergie, l’eau et le téléphone afin qu’il soit plus représentatif. Lors de sa conférence trimestrielle du 19 décembre 2006, le ministre des finances a annoncé l’ouverture de 3 chantiers : la mise en place d’indices catégoriels, la mise à l’étude par l’INSEE d’une meilleure prise en compte des dépenses de logement des ménages et l’élaboration d’un « bouquet de services-type », élaboré sur la base des dépenses mensuelles avec les associations de consommateurs, permettant le suivi des dépenses dites « contraintes ».

Mots clés :

Discours

Les prises de position

Président de la République Premier ministre Gouvernement Partis politiques Partenaires sociaux

Rechercher